‹ Les fondements de la moraleChapitre 45 sur 62 · ORAN · texte numérisé non relu

ORAN

de suspendre mon action, d'évoquer et de poser plusieurs possibles. L'être le plus libre est celui dans la vie duquel il y a le plus de place pour la délibération » (1). Ces paroles sont certainement confirmatives de ce qui a été la conception première de la liberté. On y a vu la faculté d'adhérer, par un choix personnel et en y apportant toute son énergie, à la loi de la raison, de préférence aux sollicitations des sens, commerègle de la conduite. Or les lois de la raison ne peuvent s’adresser évidemment qu'à l'intelligence,

Est-à-dire que nos jugements sont libres, comme l'a prétendu Descartes ? C'est placer la liberté là où elle n’est pas et ne peut être. Cette erreur est probablement due à la vicieuse définition de la volonté que j'ai rapportée précédemment, qui montre une erreur d'analyse incompréhensible chez son auteur. Ce qui est libre, en matière de jugements, c'est l’usage que nous en faisons lorsqué, échappant au règne exclusif des spontanéités instinctives de notre nature, nous donnons notre collaboration à la loi morale, à la raison.

Peut-on proportionner la moralité à l'intelligence, comme on l’a pensé par un retour plus ou moins direct à la doctrine socratique ? Parler ainsi, c’est paraître ignorer l'existence en l’homme de l'intérêt, de la passion. L'expérience a suffisamment

(1) H. Marion, De la solidarité morale. Cette pensée se trouve

également chez Leibniz.

Dee fus

démontré que nous pouvons parfaitement connaitre notre devoir, mais que des sollicitations intéressées suffisent pour nous en détourner. Il n'en est pas moins vrai que plus nous sommes intelligents, plus nous sommes en mesure de nous rendre compte du devoir, et plus il nous est facile, intellectuellement parlant, de le remplir. N'est-ce point par l'intelligence que nous sommes appelés à discerner le bien, et à rechercher ses applications dans le cours de notre destinée ?

Non seulement c’est l'intelligence qui perçoit certains rapports qui font apparaître l'obligation au sein de la conscience, mais c’est elle aussi qui développe l'idéal moral, parce qu’elle arrive à saisir des rapports nouveaux, corrélatifs des premiers, et qui y sont contenus implicitement.

La volonté.

Je n'ai point défini l'intelligence, je n’essaierai pas davantage de définir la volonté autrement qu'à titre de force, de puissance, d'énergie se rapportant au sujet, dont elle est un état, une manière d’être. C'est le révos des Stoïciens, qui lui ont attribué un rôle considérable en morale, considérable et peu concordant avec leur conception générale des choses qu'ils soumettent au fatum, sinon à la nécessité.

Il faut arriver ensuite à Duns Scot, en plein moyen-âge, pour voir remettre en lumière l’action

très importante de la volonté. Cette action est acceptée par Descartes. Il semble en être de même chez Kant, qui fait procéder, au moins dans certains passages, la loi morale de la volonté ellemême, laquelle serait ainsi législative par nature. En d’autres termes, Fichte exalte également le rôle de la volonté. Avec Schopenhauër le mot reste, mais la notion en est altérée. Chez ces deux derniers auteurs, je le rappelle, elle est le principe de l'être.

Avec l'invasion du phénoménisme on ne pouvait s'attendre à voir accorder une valeur importante à la volonté. Celle-ci disparaissant, d’ailleurs, avec le sujet, il en reste cependant quelque chose dans les volitions, et celles-ci ont eu des fortunes diverses suivant les gens qui en parlent. Est-on phénoméniste hétérodoxe, comme M. Renouvier, on essaie d'y rattacher la liberté humaine. Est-on phénoméniste orthodoxe ? On va voir ce qui advient:

« Les déterministes admettent, à tort ou à raison, une volonté nulle. Ils nient qu'il existe en dehors de l'intelligence, de la sensibilité et de la motilité, en dehors des phénomènes intellectuels et sensibles ou de leurs lois, une facultéséparée (on pourrait en dire autant de l'intelligence, de la sensibilité) du nom de volonté qui aurait une puissance propre » (1). « Dans tout acte volontaire, 11 y a deux éléments biendistincts : l’état de conscience :

(1) Fouillée, Revue philosophique, avril 1883, p. 352,

je veux, qui constate une situation, mais quina par lui-même aucune efficacité; et un mécanisme psycho-physiologique très complexe en qui seul réside le pouvoir d'agir et d'empêcher. La volition,

que les psychologues intérieurs ont si souvent

observée, analysée, commentée, n’est donc pour nous qu'un simple état de conscience. Elle n’est qu'un effet de ce travail psycho-physiologique dont une partie seulement entre dans la conscience, sous forme d'une délibération. De plus, elle n’est cause de rien. Les actes et mouvements qui la suivent résultent directement des tendances, sentiments, images et idées qui ont abouti à se coordonner sous la forme d’un choix. C’est de ce groupe que vient toute l'efficacité » (L).

Au dire de M. Ribot, le problème du libre arbitre est de l’ordre des causes premières (2), mais s'il pouvait en admettre la discussion, je me demande à quoi, dans sa pensée, on pourrait le rattacher. Ce neserait certainement pas aux volitions qui ne sont cause de rien. Ici d’ailleurs, en neutralisant la volonté, ou les volitions, M. Ribot obéirait-1l à un parti-pris dene teniraucun compte des phénomènes de conscience? Peut-être juget-il à propos, c'est-à-dire sans inconvénients, de le faire.

Passons à M. Renouvier: « Le psychologue

(1) Ribot, Maladies de la volonté.

(2) Ibid.

imagine souveut ce quil appelle volonté comme une force sui generis, non pas comme un simple état ouacte mental. L'unique fonction dela volonté, je veux dire de l’élément volitionnel d’une pensée qui délibère sur elle-même, est la fonction d’appeler et de maintenir dans la conscience ou d'’éloigner de la conscience les idées de toute nature provenant de la perception, de l'imagination et de la mémoire, et qui peuvent présenter des biens, des fins à atteindre ou servir de motifs à un jugement. Pour le dire en passant, la racine de l’idée de force m'apparaît là et ne m apparaît que là. Nous ne connaissons de forces que celles que nous exerçcons pour appeler ou bannir des idées etformer en conséquence des résolutions. Dans le monde de la pensée réfléchie et libre, l’antécédent et le conséquent sont unis dans un même acte conscient » (1).

Une autre citation de M. Renouvier : « Les volitions n'exprimèrent Jamais que les rapports mutuels des états mentals, en tant qu'ils ne sont pas entièrement déterminés par leurs antécédents et les circonstances, mais qu'il existe entr'eux, dans leur succession, des liens libres et qu'ils sont, en même temps que des états, des actes » (2).

Dans la première citation que Je viens de faire il y a une expression qui m'a beaucoup frappé :

(1) Renouvier, Critique philosophique, 1883, I, p. 355, 356. (2) Renouvier, Critique philosophique, 1883, I, p. 357.

« L'unique fonction de la volonté, je veux dire ‘élément volitionnel d’une pensée qui délibère sur elle-même ». D'où il suit que la pensée ou l’idée a un élément volitionnel, Il me semble qu'on avait le droit de ne pas s’y attendre parce que le fait de l'idée est purement intellectuel, et que, si à l’idée nous substituons la pensée, en lui attribuant un élément volitionnel, nous sommes également conduits à lui attribuer un élément ou propriété sensitive. Dans ces conditions la pensée devient un tout à la fois intellectuel, sensible, volontaire, un sujet doué d'éléments, de propriétés, de manières d’être multiples. Sur le terrain du phénoménisme ce n’est point un fait intellectuel qui peut vouloir, qui peut être sensible.

Je ne fais point de difficulté à assimiler la force avec la volition que nous mettons en œuvre en appelant les idées, en les bannissant, en formant des résolutions, qu’elles soient ou non d'ordre moral. Seulement, s'il en est ainsi, je ne puis me rendre compte comment les volitions ne sont jamais que les rapports mutuels des états mentals, en tant qu'ils ne sont pas entièrement déterminés par leurs antécédents. Qui dit rapports implique l’idée de loi et celle-ci nous éloigne de la liberté. L'état et l'acte me paraissent choses fort dissemblables. Point d'identité de nature entre l’état de conscience qui réfléchit l'acte volontaire et cet acte lui-même ou volition,

Je viens de traiter sommairement la question

générale de la liberté. J'ai voulu démontrer que nous sommes un sujet distinct de ses propres phénomènes, que les idées, les passions, les volitions expriment divers points de vue dans le sujet, et que supprimer la volonté c’est mutiler la nature humaine. Et on mutile celle-ci parce que la théorie l'exige.

B. Le déterminisme est-il démontré par l’histoire?

Un tel déterminisme implique une loi générale ou des lois générales de l'histoire, subordonnant les volontés humaines à une discipline rigoureuse, inflexible, mais inaperçue, sans doute, par le fait même de la grande complexité des choses. L'homme sagite et Dieu le mène, est une formule dont l'esprit est suffisamment adéquat à la doctrine énoncée.

En principe, tout système d'évolution universelle a le déterminisme historique comme conséquence nécessaire. On peut le déduire des philosophies d'Héraclite, de Leibniz et de Spencer, tout en faisant la part de deux conceptions très différentes : l’une qui nous montre de simples alternances, comme un mouvement oscillatoire d’immense envergure, telle est la pensée d'Héraclite et de Spencer; l’autre, qui est celle de Leibniz, considère l’évolution comme un mouvement progressif tendant à une perfection indéfinie. Quant à Spencer, Je crois utile de le rappeler, le progrès

qu'il admet est invariablement suivi de regrès, de manière à constituer des séries continues et éternelles. Cela rappelle, avec une acception différente, les corst e ricorsi de Vico.

Une autre conception, n'impliquant en ellemême ni progrès, ni regrès, est celle du docteur Burdin, l’inspirateur de Saint-Simon, qui considérait tous les phénomènes quelconques comme régis par une seule et même loi : la gravitation universelle (1). « Il est évident que les physiologistes prolongent l'existence du système conjectural'en niant que la gravitation soit la cause des phénomènes de la vie. Cette négation de leur part met un obstacle insurmontable à l’organisation du système scientifique positif, puisque ce système ne peut avoir d'autre base qu une seule et unique loi » (2). Si, avec les autres lois de progrès ou de regrès, on a pu penser que l'on pourrait sauvegarder la liberté humaine, dans le cas présent, l'illusion devient impossible. La gravitation universelle est probablement le principe essentiel, mais non exprimé, du mécanicisme contemporain, ou à tout le moins il y voit un état particulier de ce qu'il appelle, par abus de langage, la force, et qui n'est que le mouvement sous une forme ou

(1) Vers 1850, dans un cours fait à la Faculté de médecine de Paris, le professeur (un agrégé) se fit l’interprète de cette idée. J'étais l’un des auditeurs,

(2) Saint-Simon, Mémoire sur la science de l’homme.

Dupuy 16

sous une autre. Nous sommes loin de Leibniz quand il disait que le mécanisme est la surface des choses et que le dynamisme en est le fond.

En fait, le déterminisme historique a pour fondement principal, comme raison d’être, la doctrine du progrès, plus particulièrement rattaché au système de l’évolution. |

Quelques considérations historiques me paraissent nécessaires avant de traiter la question du progrès. La perfection en Dieu, la tendance à la perfection dans l’homme sont des idées platoniciennes. Aristote considère le progrès comme la loi de la pensée ainsi que de la nature. Il avait dit que la vie de la nature est dans le désir, d'où Leibniz conclut que des forces faites pour lInfini doivent tendre, sans cesse, à passer d’une perception à une autre par le fait de l’appétition, synonyme de désir. De là, le progrès continu de tous les êtres, l’effort qui les porte à s'élever du degré inférieur au degré supérieur. Les forces, ou monades supérieures ou esprits, ont pour destinée un passage perpétuel à de nouvelles joies et à de nouvelles perfections.

Avec Turgot, la doctrine arrive à se formuler d'une manière très nette. Dans un premier discours, il cherche à montrer que le Christianisme a été, pour l'humanité, le principe d’un très grand perfectionnement moral. Dans un second discours, également, et peu après prononcé à.la Sorbonne, il développe l'idée des progrès successifs de

He

l’homme dans les sciences, les arts, l’industrie, le commerce, l'administration, la politique, semblant négliger la poésie, la peinture et la musique. IT admet incontestablement que : « La masse totale du genre humain, par des alternatives de calme et d’agitation, de biens et de maux, marche toujours, quoique à pas lents, à une perfection plus grande » (1). « Le genre humain toujours le même dans ses bouleversements et marchant tou- Jours à sa perfection » (2). « Les empires s'étendent : ils ont leur âge de vigueur et de décadence, mais leur chute même aide à perfectionner les arts et améliore Îles lois » (3). « Il ne faut pas croire que, dans les temps d’affaiblissement et de décadence, ni même dans ceux de barbarie et d'obscurité qui succèdent quelquefois aux siècles les plus brillants, l'esprit humain ne fasse aucun progrès. Les arts mécaniques, le commerce, les usages de la vie civile font naître une foule de réflexions qui se répandent parmi les hommes, qui se mêlent à l'éducation et dont la masse grossit toujours en passant de génération en génération, Ils préparent lentement, mais utilement et avec certitude, des temps plus heureux, semblables à ces rivières qui se cachent sous terre pendant une partie de leur cours, mais qui reparais-

(1) Œuvres de Turgot, II, p. 598 (édit. E, Daire). (2) bid., p. 628. Discours sur l’histoire universelle,

sent plus loin grossies d'une grande quantité d'eaux qui se sont filtrées de toutes les parties du sol que le courant déterminé par la pente naturelle a traversé sans se montrer » (1). La loi du progrès n'est d’ailleurs nullement, pour Turgot, exclusive de la liberté (2).

Herder, postérieur à Turgot, estantérieur à Kant. Le célèbre auteur des /dées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité développe, avec une sorte de Iyrisme religieux, la doctrine du progrès indéfini. Il s'inspire de conceptions essentiellement optimistes et prétend, à l'exemple de Milton :

Justi{y the ways of God'to man.

Le progrès serait une loi naturelle, nécessaire, rigoureusement déterminée et les oppositions qu'il rencontre sur sa route en sont le stimulant. De plus Herder admet une véritable évolution, dans la nature organique, dont l'homme est le terme le plus élevé; l'espèce humaine étant le confluent universel des pouvoirs organiques inférieurs, qui ont dû s'unir pour concourir à la formation de la race humaine. « L'homme, au milieu de ses passions, ne laisse pas de suivre des lois aussi belles, aussi immuables que celles qui président aux révolutions des corps célestes »(3). On arrivera un

(1) /bid., p. 666.

(2) Zbid., 2e discours, p. 597.

(3) Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité, TI, p. 90, trad, d'Edg. Quinet,

jour à calculer les lois, aujourd’hui inconnues, des

mouvements qui s'opèrent dans l'espèce humaine. Avec le temps le mouvement infatigable d'une raison toujours croissant fera naître l'ordre du désordre. Il n’y a pas à s’y tromper, pour Herder le déterminisme historique est un acte de foi, et celle-ci prévoit l'avenir.

Kant avait sa facon à lui d'interpréter le libre arbitre qui lui permettait de considérer les actions humaines comme étant déterminées, de mème que tout autre phénomène naturel, par les lois générales de la nature. D'où il suit que, individus et peuples entiers suivent à leur insu un fil conducteur, à eux inconnu, qui est le dessein de la nature, et concourent à une évolution dont ils n’ont aucune idée. Dans la marche absurde des choses humaines, on doit essayer de découvrirun dessein arrêté qui rende possible de faire, avec des créatures qui procèdent sans plan, une histoire conforme à un plan déterminé de la nature. C'est à celle-ci, au surplus, de produire un Kepler, un Newton, en état de concevoir pareil enchaînement des faits historiques (1). Toutes les dispositions naturelles d'une créature sont déterminées pour arriver, finalement, à un développement complet et approprié (2). Le moyen dont la nature se sert pour mettre à effet

(1) Zdée d'une Histoire universelle au point de vue de l'humanité, Littré, 4. Comte et la philosophie positive, p. 54. (2) Zbidem.

le développement de toutes les dispositions humaines, est l’antagonisme de ces dispositions dans la Société ; antagonisme qui finalement devient la cause d’un ordre social régulier. L’antagonisme signifie ici l’ënsoctable sociabilité des hommes (1). Le plus grand problème pour la race humaine,

problème à la solution duquel la nature contraint

l’homme, est d'atteindre une société civile administrant le droit d’une manière universelle (2). On peut, en somme, considérer l’histoire de la race humaine comme l’accomplissement d’un plan caché de la nature, à l'effet de produire une consti: tution politique parfaite, aussi bien dans les rapports intérieurs que dans les rapports extérieurs, constitution qui est l’unique théâtre où elle puisse développer toutes les dispositions mises par elle en l'humanité (3). Kant a lui-même conçu, à titre d'espoir, comme un millénium qui serait la justification de la nature ou mieux, dit-il, de la Providence (4).

Là où Kant espère, Condorcet affirme, presque avec la sécurité d’un croyant. « Le seul fondement de croyance, dans les sciences naturelles,est cette idée que les lois générales connues ou ignorées, qui règlent les phénomènes de l'univers, sont nécessaires et constantes ; et par quelle raison ce principe serait-il moins vrai pour le développement des facultés intellectuelles et morales de

(1-2-3-4) Jbidem.

mn

l’homme, que pour les autres opérations de la nature ? » (1). « Il n’a été marqué aucun terme au perfectionnement des facultés humaines; la perfectibilité de l'homme est vraiment indéfinie; les progrès de cette perfectibilité, désormais indépendante de toute puissance qui voudrait les arrêter, n'ont d'autre terme que la durée du globe où la nature nous a jetés. Ces progrès pourront suivre une marche plus où moins rapide, mais jamais elle ne sera rétrograde, du moins tant que la terre occupera la même place dans le système de l'Univers » (2). « La bonté morale de l'homme, résultat nécessaire de son organisation, est, comme toutes nos autres facultés susceptible d’un perfectionnement indéfini, et la nature lie par une chaîne indissoluble la vérité, le bonheur et la vertu » (3). « L'homme peut, d'après l'expérience du passé, prévoir avec une grande probabilité les événements de l'avenir, pourquoi regarderait-on comme une entreprise chimérique celle de tracer avec quelque vraisemblance le tableau des destinées de l'espèce humaine d’après les résultats de son histoire ? » (4). Les progrès prévus par Condorcet comprennent: l° la destruction de l'inégalité entre les nations; 2° les progrès de l'égalité dans un même | peuple; 3° le perfectionnement réel de l’homme A quelques égards ces progrès se sont réalisés, mais.

(1-2-3) Esquisse des progrès de l'esprit humain. (4) Ibidem.

ils constituent à vrai dire un idéal et non une conséquence du passé. À son insu peut-être Condorcet mettait, non dans celui-ci mais dans le xvrrr° siècle le point de départ d’une ère nouvelle de perfectionnement indéfini.[ly avait là une contradiction formelle avec le principe posé d'une série de termes progressivement ascendants, comme loi de l’histoire, et Saint-Simon et Comte son élève en ont fait la remarque très fondée, Mais mieux valait l'inconséquence que de dénaturer sciemment les annales du genre humain.

On n'a jamais mieux caractérisé, à mon avis, l’œuvre de Saint-Simon et de Comte que ne l’a fait M. Renouvier, en la considérant comme une réaction aveugle et violente contre la Révolution française et le courant d'idées dont elle procédait (1). Le moyen-âge, interposé entre l’antiquité grécoromaine et la Renaissance, fut placé très bas, trop bas peut-être, dans l'estime du xvin° siècle. Comte prend le contrepied de cette opinion: « Transporter à des systèmes entiers d'institutions et

(1) Je donne comme preuve de ce que j'avance les citations suivantes de Comte : (La notion de droit doit disparaître du domaine politique, comme la notion de cause du domaine philosophique. Tout droit humain est absurde autant qu'immoral (philosophie positive) ». Et encore : «Quand on a tenté de donner aux droits prétendus humains une destination vraiment organique ils ont bientôt manifesté leur nature anti-sociale. Dans l’état positif qui n'admet plus de titres célestes, l'idée de droit disparaît infailliblement (conservation, révolution, positivisme) ». La cause me paraît enten-

due.

Page 1