C. Le déterminisme est-il démontré par la statistique
Le milieu comprend deux conditions générales : l’une d'ordre physico-chimique, l’autre d'ordre psychique ou social, comme on dit le plus ordinairement.
Le déterminisme d’origine sociale est une de ces questions qu'on ne discute plus, au dire de certaines gens. Tout étant déterminé rigoureusement dans ce monde, il faut bien que ce qui touche à la vie individuelle et à la vie collective le soit aussi. Le raisonnement est d’évidence supérieure st la majeure est vraie, malheureusement elle suppose cela même qui est à démontrer.
Dans l’espèce, le déterminisme a trouvé ou a cru trouver, dans les résultats de la statistique, une confirmation péremptoire de son propre principe. Il a donc paru à nombre de gens que l’à posteriort venait apporter à l'à priori, à l'hypothèse une démonstration vraiment pratique ou expérimentale. D'une manière générale, a-t-on dit, les actes humains varient peu d’une année à l’autre,
qu'il s'agisse de naissances, de mariages, de transactions diverses ; qu'il s’agisse même de criminalité. À ce dernier point de vue, qui a été le plus et le mieux étudié, on a conclu des variations peu importantes de la statistique à linsignifiance des variations de l’action du milieu. Entre la cause et son effet rapport direct que des conditions accidentelles sont seules susceptibles de modifier légèrement : « Quand on connaît la manière dont, dans le monde physique, les opérations des lois de la nature sont constamment dérangées, on doit s'attendre à trouver dans le monde moral des dérangements aussi actifs. Ces observations proviennent, dans les deux cas, de lois d’un ordre inférieur qui, à certains points, rencontrent celles de l’ordre supérieur et dérangent ainsi leur action normale. La grande loi sociale que les actions morales des hommes sont le produit non de leur volition mais de leurs antécédents est, elle-même, sujette à des dérangements sans affecter sa vété (lt).
L'assimilation aux lois de la nature est complète.
Avant toute discussion, il me paraît nécessaire de bien déterminer le terrain même sur lequel elle doit porter, en ayant soin de le restreindre à une question déjà suffisamment vaste par elle-même :
(1) Buckle, Histoire de la civilisation en Angleterre, cité par Renouvier, Critique philosophique, 1880, IL, p. 4.
celle de la criminalité. Et tout d’abord quelle est l'origine de celle ci ? d'où procède-t-elle ? Lombroso a commencé par y voir un phénomène purement physiologique, un fait d’atavisme ou de retour ancestral, nos premiers pères étant non seulement des sauvages mais d'abominables bandits. Plus tard, il a modifié son point de vue, sans y renoncer complètement, et il a attribué le crime surtout à un état épileptique. D’autres sont venus qui l'ont expliqué par l’aliénation mentale etses suites, les dégénérescences de causes variées tandis que Lacassagne, de Lyon, et divers adeptes de l’école italienne, ont invoqué certains arrêts de développement et l’action nuisible du climat relativement aux excès de température. On a pu aussi, à très Juste titre, signaler l’action toxique de l’alcool qui joue un rôle de plus en plus considérable dans la genèse de l’aliénation mentale. Il y a là, on le voit, tout un ensemble de conditions physiques, et elles ne sont évidemment pas les seules, et ni les plus importantes. M. Tarde, lui, me paraît avoir insisté, à très Juste titre, sur les conditions psychologiques et morales ; de là une extension et une ampleur toutes nouvelles pour la question. Il déclare qu'il y a urgence à traiter l'anthropologie criminelle comme une psychologie, avant tout, et comme une sociologie criminelle (1). De ce passege Je rapproche le suivant : « Dire qu’un crime
(1) Philosophie pénale, p. 50.
se