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qu'accidentel, et Îles particularités individuelles qui n'ont que peu ou point d'action sur la masse s'effaceront d'elles mêmes et permettront de saisir les résultats généraux » (1). Les grandes collectivités deviennent ainsi une véritable physique sociale dont les lois ne peuvent varier que fort peu, el seulement en vertu de circonstances purement accidentelles ou peut-être de lois d’ordre inférieur. Il en est ainsi, et il ne peut en être autrement, parce que dans la nature les choses ne vont pas autrement.
Mais les progrès de fa criminalité ont été tels, dans les cinquante dernières années, que le fait des variations insignifiantes des statistiques annuelles a dù être réformé. Cette loi n'en était plus une. On n'avait pas tenu compte de l’état psychologique qui a modifié profondément les mobiles du délit et du crime, en a altéré et souvent aggravé le caractère. La part de limitation n'avait pas été faite, non plus, et elle a certainement son importance, en remarquant d’ailleurs qu'elle n’est qu'un cas particulier de la question psychologique. La criminalité a surtout un caractère passionnel, et celuiciest très insuffisamment expliqué par la maladie, par la dégénérescence, par la chaleur et le froid, par les conditions économiques, en un mot par tout ce qui se rattache au milieu physique, à l’excep tion du fait grandissant tous les jours : l’intoxica
(1) Physique sociale, T, p. 4.
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tion par l'alcool. Ce fait et l’état psychologique actuel, avec leur action et réaction réciproque, sont les sources les plus avérées de la criminalité du temps présent, en France. Je dis les plus avérées, non les seules.
Un fait très remarquable, éminemment en faveur de l'influence des conditions psychologiques, est l’infériorité très grande de la criminalité féminine relativement à la masculine, D'après le rapport officielde 1880, les hommes comptent annuellement cinq lois plus d'accusés que les femmes, et six fois plus de prévenus. Sur cent garcons dans les écoles primaires, neuf ou dixsont punis pour larcins, sur cent filles pas une. Je rappellerai de plus les chiffres déjà donnés de la criminalité des garçons et des filles de 16 à 21 ans: en 1885, 25,539 garçons et 3,149 filles. La supériorité morale de [a femme s'atténue par l’action pernicieuse de l’homme et, en partie sans doute par l'alcoolisme; et cela surtout dans la vie urbaine où la contagion du vice s'exerce plus librement. Alors la criminalité de la femme devient le tiers ou même la moitié de celle de l'homme. C'est du moins ce que dit certaine statistique anglaise. Ce chiffre élevé n'existe point ailleurs.
Mais si les moyennes peuvent augmenter, les moyennes peuvent baisser, et adieu encore la loi des variations insignifiantes ! Comparez l'Ecosse de nos jours avec celle de l’époque des Clans. Je sais, et on a en grande partie raison de Île faire,
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qu'on a rattaché la criminalité d'autrefois à une certaine organisation sociale. Seulement on oublie qu'il y a une chose qui a aussi grandement changé depuis, savoir la psychologie de l'Ecossais. D'’autre part un fait bien étrange, déjà mentionné, c’est non pas l’aggravation, mais une véritable diminution pour les délits et les crimes en Angleterre. Le milieu physique ou politique ou économique aurait-il donc éprouvé une véritable révolution ? S agit-il, au contraire, d’une condition de caractère purement psychique? Quoi qu'il en soit, la loi des variations insignifiantes ou d'un vrai s{atu quo n'est point non plus applicable ici. Les changements considérables survenus dans les moyennes en France lui sont également contraires.
Il y a néanmoins à rechercher le pourquoi de ce statu quo lorsqu'il existe, et ce que j'ai à en dire s'applique évidemment à toute période quelle qu'elle soit, c'est-à-direavec aggravation ou diminution de la criminalité. D'après les causes assignées à celle-ci, on s’est appliqué à mettre en relief ce qu'elle peut avoir en elle-même de fatalité inéluctable. Ce caractère se retrouve en effet et dans l’atavisme, tel que l’a compris Lombroso, et dans la folie, l’épilepsie, la dégénérescence, l'action de la chaleur et celle du froid, l’intoxication alcoolique, quand elle est pleinement confirmée. Sauf le retour ancestral et l’action directe du froid il y a là un ensemble d’influences dont la nécessité est effectivement le trait essentiel, et qui
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constituent comme une sorte de fonds commun, d'où surgissent et le délit et le crime, avec une véritable spontanéité de nature. Ces circonstances ne variant pas beaucoup, pour une même époque, en dehors de toute cause de perversion morale active, il s'ensuit que de ce chef il ne doit point y avoir de différences statistiques importantes d'une année à l’autre. Maintenant s'il arrive qu'une civilisation malsaine développe de plus en plus Paliénation mentale, et qu'ilse produise en même temps une intoxication progressive de la race, avec une législation et des législateurs qui la favorisent, le fonds de fatalité va croître forcément (1).
Les considérations qui précèdent me portent donc à penser qu'il y a un départ à établir dans l’étiologie du crime. D'un côté, la fatalité, celle qui vient de la nature et celle qu'on recherche soi-même (alcoolisme); d’un autre côté, la prédo-
(1) La régularité approximative des moyennes serait-elle d’ailleurs toujours une preuve de l'existence d’une loi particulière ? « Si on lance 6 fois un dé, on amènera un nombre voisin de 21, Si l'on fait 60 coups, on se rapproche encore plus de 210 (car les séries de 6 coups où l’on amènera moius de 21 seront compensées par celles où l’on dépassera ce nombre, et il n’y a pas de raison pour que les premières se répètent plus ou moins souvent que les secondes). En 600 coups ou trouvera 2,100, à très peu d'unités près, soit une moyenne exacte de 21 pour 6 coups, en négligeant les fractions. Îl y a donc des moyennes constantes pour les séries d'actes dont la coincidence est fortuite, pourvu que l’on opère sur des nombres considérables ; comment donc n'y en aurait-t-il pas pour des actes libres ? » (Derdouits, De la liberté et des lois de la nature, p. 421, 422.)
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minance que chacun de nous peut accorder aux passions mauvaises qui fermentent en [ui-même et qui, à la fin du présent siècle, sont caractérisées surtout par la cupidité, la soif de jouissance faisant taire tout scrupule. Les faits, en tant que criminels, peuvent avoir une expression différente parce que leur mobile a changé.
Maintenant que l'analyse a fait son œuvre sur le bloc criminel, qu'elle a distingué, différencié ce qui doit l'être, nous arrivons à nous trouver en présence d’une question fondamentale. Dans l'hypothèse du déterminisme, partiel où complet, il s'agit de savoir bien au juste sur qui ce déterminisme s'exerce. Est-ce sur l'individu? Est-ce sur le corps social subdivisé en autant d'organes divers qu'il y aura de divisions principales dans une nation, géographiquement, intellectuellement, moralement ? Est-ce sur les races et sous races? Est-ce sur l'humanité tout entière ?
Si on admet, en principe, que la cité est un être réel, que les sociétés, les collectivités sont des êtres vivants, ce qui fait de l'individu une abstraction pure ou un simple organisme très accessoire d’un être déterminé, on doit arriver logiquement à conclure que : « La société (alors organisme véritable) renferme en elle les germes de tous les crimes qui vont se commettre, en même temps que les facilités nécessaires à leur développement. C'est elle, en quelque sorte, qui prépare ces crimes et le coupable n'est que l'instrument
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de la société... le criminel en est, en quelque sorte, une victime expiatoire » (1). « Le suicide est simplement le produit de la condition générale de la société, et le criminel individuel met seulement à exécution ce qui est une conséquence nécessaire des circonstances précédentes » (2).
Quand on se place au point de vue de l'unité substantielle de l'individu et dela collectivité, iln'y a pas de limites imaginables entre une collectivité et la totalité, entre la cité et l'humanité tout entière. De celle-ci, chaque société, grande ou petite, serait un organe distinct dont l'individu apparent ne serait qu'une fraction infinitésimale et, partant, négligeable. Dans de pareilles conditions « le crime n’est plus qu'un phénomène social comme un autre et il est non seulement un phénomène de sociologie normale, mais un facteur de la santé publique, une partie intégrante de toute société saine ». |
Pareille hypothèse, qui est de la métaphysique au suprême degré de quintessence, peut s'affirmer, se prouver non. Il n'y a point à la discuter.
J'ai fait la part du déterminisme, en admettant celle de la fatalité. Reste à faire maintenant celle de la liberté. On a essayé de la faire de la façon que voici : toute statistique exprimant des
(1) C'est Quételet lui-même qui l’a dit sans se préoccuper, d’ailleurs, de métaphysique.
(2) Buckle cité par Renouvier.
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moyennes calcule sur les grands nombres et ne s'applique pas directement aux cas particuliers. Or, faire disparaître chacun de ceux-ci individuellement, c’est se placer de prime abord en dehors du terrain de la liberté, qui, elle, n’est et ne peut être qu'un fait individuel. Par essence, la statistique perd de vue l'homme, considéré isolément; elle l’élimine et ne voit plus en lui qu'une fraction de l'espèce. C'est ainsi que Quételet a cru pouvoir faire, malgré le caractère général des lois de Ja statistique, une part réelle à la liberté humaine. « L'homme possède une force morale capable de modifier les lois qui le concernent » (1).
Valable ou non valable, l'argument a été très critiqué. Je vais me placer sur un autre terrain, rappelant que si l’école italienne et, je crois, la majeure parlie de l'école française ont voulu ne voir dans le crime que le fait d’une fatalité de nature, il y a évidemment un côté psychologique d'abord méconnu, aujourd'hui mis en relief et pouvant permettre des appréciations nouvelles, Pour la liberté, la première des conditions est l'intelligence (2) et la seconde la volonté. Les règles de cette intelligence ne sont point individuelles, mais elles sont propres à l’ensemble des esprits, de telle sorte que les actes à accomplir
(1) Essai de physique sociale, IX, p. 248. (2) « Ayant donné à l'homme la raison et le libre arbitre qui s’y fonde ». Kant, /dée d’une histoire universelle,
doivent se présenter sensiblement les mêmes à tous ceux dont la pensée fonctionne dans des conditions normales, sauf les cas accidentels où la passion nous gouverne au lieu d'être gouvernée. D'une manière générale, la partie honnête de l'humanité, se laissant surtout mener par la raison, sa conduite se compose d'un ensemble de faits fort analogues et qu'on peut soumettre à la statistique. Tout d’abord statistique du jugement, des esprits sains, bien pondérés : les résultats doivent en être sensiblement les mêmes, Puis statistique de l'honnêteté susceptible, comme toute autre, d'augmentation ou de diminution, suivant que nous nous appliquons, avec une conscience plus ou moins scrupuleuse, à nous conformer à cette grande loi de la nature qu'on appelle la raison, subordonnant l'inférieur au supérieur. Or, c’est précisément en ceci que consiste la liberté de l’homme au point de vue moral. Par conséquent, la liberté n’est nullement contredite par les données de la statistique. Celle-ci n’infirme ni n'affirme celle-là.
D. Le déterminisme est-il d’origine mécanique ?
La question du déterminisme peut encore être transportée sur un autre terrain, celui de la mécanique. En effet le monde est soumis à des lois mécaniques, la quantité de matière y est constante, la force y est constante, tout en modifiant