CHAPITRE II. — MCHgRCBBS FAITES DU XV* AU XIX* SIÈCLE
.\lors on 8 imagina que, puisqu'en llilIT ccs effets ne se présentaient quavec une intensité bien inférieun- à celle que les témoignages des aïK'iens annonçaient, on s'imagina, dis-je, que des travaux d art avaient été l'ails à la source du Rosoir pour en diminuer le débit ; toutes les espérances se tournèrent donc Vfers cet immense réservoir (pie l’on avait fermi' d'une façon si merveilleuse.
C’est pourquoi .
« Au mois de mai l(i07, le sieur Jehan Perrot, (H)iLS(!igneur dOigny, conseiller du roi , vicomte inaieur et prévél de la ville de Dijon , et en cette qualité baron propriétaire d Antilly, Cliampseul et I.oclière; Claude de .Masque, euni de Fransaull, chanoine de la sainte (Chapelle du roi audit lieu, échmin commis par MM. du clergé; Bernard Carrelet, Philippe Baillet, Benigne Bonnard, Odol, Vautheron , échevins , et Loys Martin , secrétaire de ladite ville , sur l heure de sis du matin sortirent [lar la porte Saint-Mcolas et se transportèrent au village de Nesaigny.
« lllec étant, ils mandèrent André Jobeliu et les cy-après désignés ipii se sont diUétreàgés: Jobolin, de quatre-vingt-trois ans; Kichard Donnel, de soixantequiiue ans; Bernardin Michel, de soixante-douze ans; Antoine VrilUd, de quRiante ans; François Jarrenet, aussi de quarante ans; Michel Givotat, de quaturt»-cinq ans; Jehan Lallemant, de trente-cinq ans; et Regnier Gargaron, de (quarante-deux uns.
« Etoit encore présent nobh; maître Zacharie Piget, conseiller de Sa Majesté, trésorier général de France au bureau établi à Dijon, et député de monseigneur le duc de Sully, grand voyer de France. »
Les notables de Messigny eonduLsinuit alors .Messieurs de la ville de Dijon à la fontaine du Rosoir: ces derniers rccoiinurenl <]u elle était d’une eau fort vive, que le beusin d'icelle avoil plus d'une toise de laryeur, et les indicateurs ajoutèrent que jamais la dicte fontaine ncsl tarie, quelque temps de sécheresse qu'il
survienne.
tir* Aussi le sieur Jobiii , le doyen de lu réunion , déclara qu'il avuit par plu-
siauB fois oui dire aux plus anciens de Messigny qu'une source de ladite fou-
taÎM ae jettoit de terre fort grosse , puissante et abondante en eaux, mais ({ue Manieurs de la ville de Dijon la firent étouffer, parce que ladicte eau avec les
autres tombant dans ledit cours de Suzon , Huant à la dicte ville de Dijon, estoit
BISTCMIE ms FONTAINES PDBUQOIS BE OUON. — I- PARTIE.
û grande abondante que souvent elle inoudoit et faiaoit dégaal à la dite ville; et, pour faire retirer et empescher ladite aftlueucc et iuuudatiou d'icelle eau, ila firent mettre une grosse pierre sur ladite source, par le moyen de laquelle elle ne dt^gorge et jette si grande quantité d eaux à beaucoup près comme elle faisoit auparavant. »
Le sieur üoniiet fut entendu ensuite : il raconta que trente ans auparavant il avait été chargé de nettoyer le bassin de lu fontaine du Itosoir; en enlevant les eorps étrangers qui le remplissaient, il vit quau «centre étoit une grosse pierre y mise et posée, en laquelle au milieu y avoil un tirul pur le<juel ladictc fontaine jettoit de l'eau; ieeluy trou de la gros.seur du poing d'un homme. Avec un |kiu11 de fer qu il avoit porté, il mist icelui pault dans ledicl trou, tusi haut de remuer ou détourner ludicte pierre; mais il lui fut impossible, quelque force qu'il y apporlasl. de sorte qu il tient et croyt que ladicte pierre est attachée avec ferremens et crampons. >
Du re.ste, aux deux précédents témoignages se joignirent ceux des habitant* de Messigny.
Ils déclarèrent que, sous les gro.sses pierri's «{ui garnissaient le fond du bassin de la fontaine, se trouvait celle dont a été ci-densus />arlé, et tous ensemble que si ladicte pierre était otée et pente donnée audit cours, sans doute U en sortirait une grande quantité d’eau , laquelle se perd et consomme dans la terre.
Ces croyana'S se sont perpétuésïs jus({u'à nos jours: le propriétaire du moulin du Kosoir s'est efforcé, [K-ndant l'été de 1832, d'arracher cette pierre immense attachée, suivant Doiiiu't, avec jerremenset crampons: à cet effet, il a même employé la mine; mais, après avoir enlevé deux ou trois tombereaux d éclats de rocher, il a renoncé à .son eiitrcprist^ et à l'es(iérance qu'il avait conçue de voir sa roue pou.s.sée sans cesse par un puissant volume d'eau.
J'ai cherché ce qui avait pu donner lieu A I histoire de Donnet, et j’ai vu «pie les eaux de la fontaine du Rosoir provenaient:
I" D une fente horizontale prati(piéc dans le rocher, A l'extrémité du bas.sin;
2“ De sources jaillissantes de fond : rune d eutre elles est fort abondante; •itui'o A peu près nu milieu du bassin, elle monte A travers les sables ou les crevasM's de la roche dans laquelle le bassin est creusé, et que le pault de fer de Donne! avait, on doit le (oucevoir, une si grande peine à ébranler.
CHAPrniG U. — RBCHraCHES FAITES OU XV* AC XIX* SIECLE. 30
Après «voir entendu les récits précédents, le vicomte maienr et les personnes qui l aeconipaKnaient continuèrent leur exploration.
f Ils trouvèrent, clwiiiin faisant, plusieurs sources qu'ils proposèrent de netioper et conduire à Suion au imiyeii de |>etiles saignées. Arrivé-s è Sainle-Foy, île reconnurent que la fontaine de ce nom, et dont les eaux proviennent soit de fentes de rocher, soit de sources jaillissantes de fond, était obligée de remplir suoosssivenient deux étangs avant d arriver au lit de Suzun. A I extrémité de chacun de ces derniers était placé un moulin qui leur empruntait sa foree motrice; mais les meuniers avaient donné une telle hauteur an second étang, lors de l'établissement de l usine à la suite, que les mêmes indicateurs de Messigny déclarèrent que depuis cc'tte é|>oque le cours de Sinuii néioit garai d'une »i gnmde quantité d'eau qu auparavant.
0- Actuellement le second moulin néxiste plus, et la retenue ii'a lieu que dans le premier élaug; cependant je me suis assuré (|ue le volume débité par les sources est encore inférieur à ce (pi il devrait être : c’est une eon.séipienee de rexhaussemenl du plan des eaux; en effet, les .sources qui juilliss<.'ul de fond «mt d’autant plus de peine é surgir qu'une plus grande hauteur d'eau les comprime.
Le même résultat se remarque A la fontaine du Kosoir : les différents jnufeagea auxquels je 1 ai soumise le démontreront d une manière, rigoureuse.
L’atleiition du vicomte niaieur et de son cortège fut vivement attinie par les aiouositéa sans nombre que le cours d(^ Suzon affectait, par la quantité deau qui aemblail disparaître au milieu de profonds creux, coiiinie à travers de vastes entonnoirs ; au.ssi jugèrent-ils à riinanimité;
Que si les fontaines qu ils désignent étaient convenablcmient nettoyées et ainentea, au moyen de petits canaux, à lliiir dans Suzuti,
Que si le cours de ce torrent était traw en droite ligue depuis Saiale-Foy juaqu'è üijon,
1^- « 11 n'y auroil difficulté aucune que perpétuellement et en quelque temps de sécheresse que ce soit en l'année, l'eau dudicl Suzon ne couriit eu la dicte villt“ éaJèiioa, et coiisé<(uemment dans la rivière d'OucUe, pour faire eoilsr celle du -<MMWau canal projeté pour porter bateau dès ledûA Dijon jusqu A la Saâna. »
U parait qu'unj examen plus attentif déjoua cette conclusion; la questiwi envisagée de plus près ne sembla ptf) aussi facile ; car, an 1661, le 21 octobre ,
fO
le sieur de Sazilly-Vaiizelli's, ingénieur, vint offrir de nouveaux plans pour arriver i\ In solution de ee problème si controversé.
Le sieur de Sazilly demanda, pour faire la risxtunaigaanoe pn^paraloire el méuit* le tracé dis ouvrages à exéculep, une somme de six louis d'or, ou bien la noiirritim' pour lui el ses employés, avec une indemnité que .M.VI. de la (Cambre régleraient à leur volonté.
Il promellail de plus que le montant des travaux ne «lépasserait pas 16,00(1 livres, aimant mieux, disail-il, demander plus que moins, pour ne [loinl être aecust’ d'imprudence nu de filoulcrie. Enlin , il lerminail ses offres de servict's en priant M.Vi. de la Lhainhre d'étre bien convaini'Us (|u il n<‘ promettait jamuii rien tpCil ne fût assuré de faire.
L'ne diVlaration si positivent pareil désinléres.semenl durent st''duire : aiis.si, par délibération du 2Ô m-tobn- 1661, le sieurC.laude Cusenier, bourgeois, échevin de la ville de Dijon, fut commis à l’effet d’accompagner le sieur de Sazilly aux lieux de Sainte-Foy, Messigny, Vantoux et moulin d'.iliuy.
Ils se mirent en marebe le lendemain, et se firent suivre de Claude Verot, meunier d'.Xliuy, et Claude Barbier, de .Me.ssigny. Je vais donner un abn'gé du procès-verbal qui fut rédigé à la suite de li'ur visite.
L<’ sieur de Sazilly rts onnut, 1* que les sources de Sainte-Foy étaient étouffées par 1a retenue des moulins; que, pur suite d'une malice non tolérable, les meuniers fuisaient pv^rdre les eaux dans le pn- des Noyers; el que, pour n»eltre un terme à leur mauvaise volonté, il était néces-saire de planter des bornes afin de régler le niveau de leur bief, niveau (pi'ils ne pourraient désormais dépasser sous peine d'amende;
Qu'il était facile d'accroître le volume des eaux versées dans le cours de Suzon par les sources qui raccompagnent, à l’aide de quelques travaux de déblai;
3“ Que, du moulin de Sainte-Foy jusqu'il celui dAhuy, Suzon se perdait principalement eu huit endroits. Pour les éviter, il proposait de creuser environ trois mille pieds de foss('’s par lesquels s'écouleraient les ba.sses eaux, et de réserver le lit principal adjacent pour le temps des inondations;
A’ Que, du moulin d'Ahuy jusqu’aux ('.apucins, les eaux s’infiltraient encore en beaucoup d'endroits; le développement des fossés précités suffisait sans doute pour les contourner;
5* Qu il était néces.saire de rectifier le lit du torrent.
CHAPmiE n.‘— REOTERcnes faites m; xv* ad xix* siicctÆ.
On voit que les idte de >î. de Sazilly n’avnient ni le mérite de la justesse, ni celui de la nouveauté. Suzon, nous le savons déjà, se perd dans Imite l'élendue de son lit : il fallait donc, suivant le projet de M. de Menay, lui creuser un canal latéral pour récoulemenl des eaux d’été. l/>s trois mille pieds de fossi'-s n'auraient point suffi, et les redressements n'eu.ssent fait qu’arcroîlre le mal.
D'ailleurs, les fractions de canal latéral que cet ingénieur proposait pour contourner chaque endroit pi'rméable eussent été dégradées à cha(]ui‘ crue : car il ne pensait point à les garantir par un vannage contre la violence des eaux d'hiver, précaution ipii, je l’avoue, etU mk-essité des dépenses considérables.
la; sieur de Sazilly avait déjà fait des propositions identiques dans trois mémoires adres-si^ à l'assimiblée les S.'i, 30 aoilt et ti .septembre llilil; il est inutile d’en pn'-senter l’analyse. l'ajouterai que, malgré les assurances de succès et d’économie qu’ils renfermaient, le vicomte maieiir se contmila de les faire déposer aux archives.
Un siècle s’écoula avant que l’on s’occupât encore des moyens de conduire di's eaux à Dijon, soit pour raison de salubrité, soit pour l’établissement de fontaines; ou du moins des recherches attentives n’ont fait découvrir amniii mémoire relatif à cet objet pendant cet inten alle.
Je dois dire cependant que, dans un rapport sur l’établissement du canal de Bourgogne, j’ai trouvé quelques réflexions de M. de Chesy sur la possibilité de rendre Suzon pérenne.
M. de Chesy, dont le nom fait autorité parmi les ingénieurs, avait été, sur l'avis de M. de Begemorte, envoyé en Bourgogne pour constater si l’édat hydraulique et topographique des lieux permettait de songer à la cn-alion du canal dont nous recueillons aujourd’hui les avantages. Il passa dans la province l’année 1752, n-digea un rapport détaillé sur toutes ses oi>érations, et notamment s'exprima ainsi pour la ligne placée entre Dijon et Saint-Jean-de-I.one :
« Depuis Dijon jusqu’à Saint-Jean-de-l.ôiie, il n’y a point de difficulté pour le canal; mais, par des vues d’économie, on aurait souhaité de rendre 1a rivièn* d’Ouche navigable dans celte partie, par le moyen de portes marinières; et, cette rivièn* n’étant pas assez forte en été, on a pensé à lui joindre les eaux de Suzon et de. la Tille.
« La Suzon passe à Dijon en hiver: mais en été elle n’y parvient pas : elle se perd en chemin dans le fond pierreux de son lit. On Ta visitée en différents
ii HISTOIRE DES FONTAINES PUBLIQUES DE DUON — I" PARTIE.
temps, el l'on a jugé iju il serait trop dil'tieile de remédier ù eel incouvénieiit, parce que tout le vallon, depuis le Val-Suzoïi jusqu à Dijon, est également incapable de tenir l'eau. I.'ulilité ((u'on pourrait tirer de ce ruisseau ne compenserait pas la dépense qu'il faudrait faire.»
f!e fut di.A ans jiliis tard, en 17t>2, ou, comme je le disais, un siècle après le travail de M. de Sazilly, que le sieur .Uarlin Maders-Pachcr, entrepreneur des fontaines de Dole, se rendit è Dijon, en vertu des ordres de .M. Dufour de Mileneuve, inleiiilant de llourgogne et de Bresse. Cet entnqireneur avait tni.ssion de reconnaître la possibilité d'établir des fontaines en dilférents i|uarli(‘rs de la ville, et lie déterminer le clioiv tics moyens d'exécution.
I.e ri‘sultal de l'examen du sieur .tladers-Pacher fut que l'on pouvait construire des fontaines place Saint-Midu'l, place Buyale, place .Saint-Etienne, place des rinq-Hiu's, place des Cordeliers, au moyen de plusieurs sources des environs du t’.reux-d'Enfer. Il proposait de les réunir toutes en cet endroit, duquel |>artirait la conduite principale d'alimentation.
Les sources situées du côté de In porte Saint-Meolas ne lui semblèrent pas mériter d'ètre conduites à Dijon.
Il SC plaît à reconnaître la pureté et la bonté des eaux qui dominent le quartier de la porte r.uillaume ; mais il remarque quelles disparaissent en lenqjs dété, et par conséquent il renonce à les ameiuT à la ville.
Il regrette le grand éloignement de la fontaine des Itlancliisseries, située au delà de Plombières. «Les eaux de cette fontaine, dit-il, sont pures et abondantes. En tous les temps elles pourraient être amenées à Dijon, el fourniraient à plus de trente fontaines; mais son éloignement occasionnerait une dépense de plus de deux cent mille livres. »
Les environs de la porte d'Ouche ne lui présentèrent aucune source qui, par le volume de scs eaux ou la constance de son cours, dilt fixer l aUenlion.
Dans l'intérêt des (juartiers de la porte (înillaume et <le la porte d'Ouclie , le sieur Maders-Paclier fut donc forcé de recourir à remploi d une niacliim* pour exhausser artiliciellemcnl les eaux de la rivière d'Ouche. l'.ette machine « onsislail en une roue à eau placée au bas du bastion du (juinconce; elle devait faire jouer une ou plusieurs pompes destinées ù porter l eau de 1a rivière dans un ré.servoir situé sur la tour de Guise, pour être de là répartie, .soit dans les quartiers précités, soit même dans toute la ville.