‹ Les forces à régler;Chapitre 11 sur 75 · V. — Le meilleur choix · texte numérisé non relu

V. — Le meilleur choix

Quant au suffrage universel, il n'est que trop bien organisé, avec ses comités, ses « caucus », sa « machine » maçonnique.

« L'art électoral est bien un art, dira Paul Bourget. Il suppose un vrai talent chez ceux qui le pratiquent, mais c'est un talent sans valeur solide, le talent du maquignon et du charlatan. L'oligarchie élaborée de la sorte est une oligarchie de gens retors, âpres, dégradés, l'oligarchie des supériorités inférieures, si l'on peut dire. Nous voyons aujourd'hui aux affaires ce personnel d'aigrefms éminemment incapables des hautes qualités que suppose le gouvernement d'un grand pays. Ce n'est pas là un accident, c'est

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une condition même de l'activité électorale qu'elle doive nécessairement produire de tels personnages. »

Sans doute, on ne veut qu'un meilleur choix. Mais il n'est pas de bon choix. C'est dans la désignation même des supérieurs par les inférieurs qu'est le vice. Et d'abord celui de l'instabilité.

« Tout vrai politique définitivement surgi, a dit Pierre Laffitte, doit être considéré comme une force sociale plus ou moins parfaite, mais qui doit être respectée, et dont la critique ne doit être menée qu'avec ménagement. Quand des hommes de valeur ont conquis par une ascension plus ou moins lente la notoriété, et qu'ils ont montré une aptitude plus ou moins grande aux affaires publiques, il n'est pas permis, moralement, de venir à tout propos et hors de propos les soumettre à des critiques sans discernement et sans réserve. Ces critiques sont d'autant plus blâmables, habituellement, qu'elles portent sur le sujet le plus difficile, le jugement d'un

homme, et qu'il n'y a que les appréciations positives et scientifiques qui sachent réellement tenir compte des éléments multiples d'une appréciation personnelle... Il est de mon devoir d'indiquer au public comme une véritable obligation morale résultée de la nature même des choses, c'est qu'il est dangereux et fâcheux de regarder gouverner de trop près. Cette habitude, qui résulte surtout de l'action du journalisme, et qui consiste à suivre constamment et sur toutes les questions les détails de la vie politique, est irrationnelle, parce qu'elle détourne de cet esprit d'ensemble qui est indispensable à toute appréciation politique. »

On peut toujours trouver ou croire trouver plus apte.

A quelqu'un qui dénigrait les rois, J. de Maistre répondit : « Un prince est ce que le fait la nature, le meilleur est celui qu'on a. »

Si c'est le mérite qu'on se propose de découvrir, qui donc ne se jugera pas soi-même apte aux plus hauts emplois ? — On ne le voit

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que trop maintenant. Personne ne veut plus apprendre, obéir, produire. Nul ne se tient où il est et n'aime ce qu'il fait.

« Nul n'a droit à une place, disait Renan, tous ont droit que les places soient bien remplies. » Le nombre n'a pas le droit de gouverner, mais d'être gouverné. « Les droits des hommes, en matière de gouvernement, a dit aussi Edmond Burke, consistent à ce que leurs intérêts soient protégés. »

Ici, il convient de rappeler le précepte essentiel de la politique positive : « A l'orageuse discussion des droits, nous substituons la paisible détermination des devoirs. Les vains débats sur la possession du pouvoir sont remplacés par l'examen des règles relatives à son sage exercice. »

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