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XI. — L'appel des passions par les erreurs

Ce système qui ne peut jouer que par la vertu est naturellement celui qui peut le moins la produire. 11 est essentiellement contre-éducateur, corrupteur.

Il y a quelque vingt ans, M. Ed. Théry avait calculé que chaque élection législative coûte en moyenne 25 millions de francs, soit 40.000 francs par circonscription, et 4.000 fr. de plus que le montant des indemnités parlementaires de quatre années. Cette indemnité a été élevée ; mais plus encore les frais d'élection.

La corruption est à répercussions, à rétorsions infinies. C'est tout Tesprit public qui est infecté.

Le trafic des décorations par un Wilson, qui souleva l'indignation populaire, paraît aujourd'hui une peccadille. Un Comité quasi officiel, pour garnir la caisse électorale d'un parti, s'y livre ouvertement. Il n'est pas un commerçant ou un industriel qui ne connaisse les tarifs de la rubanerie verte, violette et rouge.

« Dix millions d'ignorances ne font pas un savoir, dit Taine. Un peuple cohsulté peut à la rigueur dire la forme de gouvernement qui lui plaît, mais non celle dont il a besoin. »

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Dix millions de velléités incohérentes et de caprices personnels ne font pas une volonté sociale, ni une direction ; dix millions de cupidités égoïstes ne font pas une administration.

« Oui voudrait appliquer à ses affaires privées les principes qu'il préconise en politique, dit Le Play, et pousser la logique d'un faux système au point de soumettre les décisions concernant ses intérêts, son honneur et sa vie, au verdict de la plupart des citoyens qui l'entourent ? »

Imaginons l'élection dans l'industrie : Aucune entreprise ne tiendrait. Un bas politicien nommé ingénieur des mines provoquerait de terribles catastrophes. C'est pourtant ainsi que nous faisons des ministres. Le suffrage universel est la destruction, l'insurrection en permanence. On peut en dire ce que de Bonald disait de la Révolution : « C'est un appel fait à toutes les passions par toutes les erreurs. »

De quelques oripeaux qu'on le déguise, majoritaire ou proportionnaliste, voire unani-

niiste, l'appel subsiste, et ses conséquences corruptrices, anarchiques restent aussi funestes pour Tordre que pour le progrès.

Là-dessus, l'Église pense comme le fondateur de la politique positive.

Dans son encyclique Diuliirnum illiid, LéonXill enseigne : « Des modernes en grand nombre, marchant sur les traces de ceux qui, au siècle dernier, se donnèrent le nom de philosophes, déclarent que toute puissance vient du peuple, qu'en conséquence ceux qui exercent le pouvoir dans la société ne l'exercent pas comme leur autorité propre, mais comme une autorité à eux déléguée par le peuple et sous la condition qu'elle puisse être révoquée par la volonté du peuple de qui ils la tiennent. Tout contraire est le sentiment des catholiques qui font dériver le droit de commander de Dieu, comme de son principe naturel et nécessaire. »

Et Pie X ajoute après Léon XII 1 : « H est anormal que la délégation monte, puisqu'il est de sa nature de descendre. »

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Un parlementaire, dont on pourrait dire qu'il eût mieux valu, pour lui-même et pour la France, qu'il ne fût jamais né, si tout autre parlementaire n'eût été à sa place aussi néfaste, Emile 011ivier,a écrit dans un moment de bon sens : « La démocratie pure, supprimant à son profit les autres éléments sociaux, faisant découler toutes les forces et tous les pouvoirs d'une élection égalitaire, constitue, de l'aveu des théologiens, des philosophes, publicistes anciens et modernes, le pire des gouvernements, omnium deîerrimum^ selon la forte expression de Bellarmin, qui résume l'opinion unanime de l'Humanité pensante. »

Le moins qu'on puisse reprocher au système électif, c'est de subordonner le général au particulier, c'est de placer le supérieur, dans la dépendance de l'inférieur. Or, « pouvoir et dépendance s'excluent mutuellement comme rond et carré », a dit de Donald.

Rien de plus juste.

^< Pour qu'une autorité soit respectée, accentue encore H. Taine, il ne faut pas qu'elle

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naisse sur place et sous la main des subordonnés. Lorsque ceux qui la font sont précisément ceux qui la subissent, elle perd son prestige avec son indépendance, car, en la subissant, ils se souviennent qu*ils l'ont faite. »

Toutes vérités que les Français reconnaîtraient volontiers s'ils se pénétraient enfin de cette vérité que leurs affaires privées péricliteront si les affaires publiques vont de plus en plus mal, ou s'ils avaient pour celles-ci un peu de la sollicitude qu'ils ont pour celles-là. Le bon sens est aussi nécessaire dans l'ensemble que dans la partie.

Au reste, devant le danger de l'invasion, il a bien fallu le reconnaître.

LE GOUVERNEiMENT

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