II. — Du meilleur gouvernement
Avec un sens politique dont nous devons regretter qu'il n'ait pu s'exercer avec plus d'ampleur dans la métropole, le général Lyautey répondit un jour à ceux qui le louaient de l'œuvre qu'il a su accomplir au Maroc :
« Pour ce qui est des témoignages élogieux que vous avez bien voulu m'exprimer, je les accepte, parce qu'ils ne s'adressent pas à ma personne, mais à des principes. S'il a été réalisé une œuvre utile au Maroc depuis trois
ans, ce n'est pas parce qu'il avait à sa tète le général Lyautey, mais parce qu'il avait un chef, et un seul, et que ce chef est le même depuis trois ans, c'est parce qu'ainsi ce pays a bénéficié de l'unité de vues et de la suite dans l'action.
« Je me souviens d'avoir lu dans les récits d'un voyageur, que ses navigations avaient, entre 1830 et 1850, porté cinq ou six fois à Terre-Neuve et à Saint-Pierre-et-Miquelon, les deux colonies anglaises et françaises voisines, ce qui suit : « A mes voyages, j'ai tou- « jours trouvé à Terre-Neuve un gouverneur (( anglais qui était un homme très médiocre, « et à Saint-Pierre-et-Miquelon un gouver- « neur français de valeur supérieure. Cepen- « dant, à chacun de mes voyages, je consta- «■ tais des progrès notoires à Terre-Neuve et ^< la stagnation et l'inertie à Saint-Pierre. « C'est que le gouverneur anglais médiocre « était toujours le même, tandis que le gou- « vérneur français de valeur supérieure était « toujours différent. »
52 LE NOMBRE ET l'oPLMON PUBLIQUE
« Soyez sûrs que je me suis rendu compte mieux que personne des tâtonnements par lesquels nous avons passé ici, des erreurs ou des fautes qu'a pu commettre mon administration ; mais, les reconnaissant, je me suis efforcé et je m'efforce chaque jour de les corriger et je puis tirer de mon expérience tout son profit. Si plusieurs s'étaient succédé dans le même temps, ils auraient vraisemblablement corrigé mes erreurs, mais ils y auraient ajouté les leurs.
(( Un autre que le général Lyautey eût tout aussi bien ou mieux fait ici, pourvu que, comme à moi, on lui eût laissé le temps et l'autorité.
« Ce n'est donc pas à moi que s'adresse votre approbation, mais aux principes éternels et féconds : la suile, la stabilité, l'unité de commandement. »
Mais l'électif et le parlementaire sont essentiellement instables. La discussion, la compétition ruinent la confiance la mieux assise, la plus justifiée. Un étranger, dont le
subconscient n'inhibe pas les plus extravagantes impulsions — un Trotzky, par exemple, — passe dans un pays comme un cyclone. Son œuvre de dévastation accomplie, il disparaît.
C'est pourquoi la démagogie a toujours Tappui occulte de l'étranger.
Donc : un régime quelconque, mais qui dure. Un pouvoir aussi étendu qu'il puisse être, mais personnel..