‹ Les forces à régler;Chapitre 28 sur 75 · III. — Bureaucratie · texte numérisé non relu

III. — Bureaucratie

Dans la gigantesque tâche qu'il fallait accomplir, alors que toute organisation était à improviser, — ce qui est, au surplus, une décisive condamnation du régime, — il y avait des compétences, des intelligences, des énergies à utiliser. On s'en garda bien : cela eût froissé des amours-propres, dérangé des intérêts. Il y avait les « droits acquis » des fonctionnaires. 11 y avait des camaraderies. Il y avait des syndicats. Il y avait une maffia internationale.

^ Tout l'effort du ministre de la Guerre fut de lutter contre le parlementarisme dissolvant, de tendre à la dictature. C'est un parlementaire, M. Henry Bérenger, qui l'écrivait en février 1915 : « M. Millerand a dû lutter jour et nuit contre deux obstacles moraux plus redoutables encore que toutes les difficultés matérielles : la routine administrative

82 LE NOMBRE ET l'OPINION PUBLIQUE

et le préjugé démagogique. » Mais, sans cette « routine » et ce « préjugé », que serait le parlementarisme ?

Dans les grandes œuvres de secours semiofficielles, il en fut de même. C'est pourquoi l'on pouvait y entrevoir trop souvent quelques louches figures de métèques, de professionnels de l'émeute ou d'aventuriers. Les préoccupations de parti n'étaient pas étrangères à ces œuvres. Et des partisans n'hésiteront jamais entre un honnête homme, dont le caractère effarouche ou gêne, et un aigrefin qui donne des gages au parti.

Car toute barrière se force, et non pas avec de la discrétion et des scrupules. Il en va là comme au jeu électoral : les meilleurs sont écartés qui ne se peuvent résoudre à d'insistantes sollicitations et à rivaliser de bassesse avec des coquins, même pour donner leur argent, leur temps et leur vie. Après quelques tentatives, ils se tiennent coi, et ce sont les charlatans et les flibustiers qui ont le pas sur eux. Vraiment, il serait candide d'admettre

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que ceux-ci y ont mis tant d'acharnement pour se dévouer bonnement.

Sans doute, il n'est pas d'organisation sans quelques lacunes. Ce serait une sottise d'un autre genre que d'avoir l'obsession du meilleur fonctionnaire. On provoquerait surtout les convoitises. Il est plus sage de se contenter d'un ministre médiocre que de le changer pour un qui se prétend supérieur. Celui-ci aurait bientôt un autre compétiteur. C'est la fonction qu'il faut régler.

La perfection n'est pas de l'homme, dont le destin est d'errer. Mais encore convient-il d'éviter le maximum de déchets, et le pire.

Le système électif ne pouvant instituer un gouvernement, on y supplée par des mécanismes. C'est donc l'automatisme légal qui désigne les fonctionnaires, qui détermine leur avancement et qui prescrit leur travail. Or, si ingénieux qu'il soit, un mécanisme est toujours inintelligent. 11 est à tout le moins insuffisant. Mais le régime ne peut donner mieux. C'est son plus solide contrefort.

84 LE KOMBBE ET l'oPINION PUBLIQUE

Si les plus effroyables cataclysmes n'ébranlent point ce bloc d'inertie du fonctionnarisme, c'est qu'il se justifie par son utilité relative. En temps de paix, c'est ce bloc qui mettait obstacle à l'anarchie. Les fantaisies, les extravagances électorales, les ignorances encyclopédiques des ministres éphémères s'y heurtaient heureusement et finissaient par se briser.

En outre, nos fonctionnaires ont certainement cette qualité positive : l'honnêteté. Elle est d'autant plus remarquable qu'elle se trouve en contact avec toutes les corruptions. Là aussi, les fonctionnaires font office de frein. En couvrant discrètement, sans y pren- f dre part, les péculats et les concussions de tels politiciens, ils les limitent. Sans s'opposer ouvertement à l'anarchie et à ses conséquences, ils les circonscrivent. Ils soutiennent à la fois la maladie et le malade. Ils accordent ainsi un chétif caractère avec une certaine dignité personnelle.

Malheureusement, pour préparer la dé-

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fense nationale, il fallait plus, et aussi pour résister à l'invasion.

Nous venons de l'apprendre. Mais à quel prix?

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