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IV. — Le gâchis

Dans l'armée, la discipline fut maintenue, durant la guerre, par la ferme dictature militaire.

Dans le civil, il n'en fut pas de même. On ne demandait aux parlementaires, qui avaient tant à se faire pardonner, que de se taire. Mais le verbiage est leur raison d'être. Revenus à Paris en 1915, nos 900 tyranneaux se réunirent. S'étant réunis, ils conspirèrent le renversement du ministère, ils intriguèrent, ils firent des discours, ils nommèrent des commissions, ils entravèrent le travail des administrations.

Nos fonctionnaires ne sont pas gens à s'émouvoir pour si peu. Ils ont d'autres soucis. Us savent bien qu'on n'attend d'eux qu'une

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nonchalance sceptique ou somnolente, si propice aux manœuvres électorales et aux trafics d'argent. « Surtout, pas de zèle », leur recommandait Talleyrand. « Pas d'affaires », se répètent-ils entre eux.

Moyennant quoi, les politiciens sont de bons patrons, qui ne permettent pas qu'on « lèse » des fonctionnaires aussi commodes, — même quand la nation est en péril. Au besoin, le Conseil d'État vient à la rescousse. Il tient en état le protocole de l'anarchie.

C'est qu'une place ne représente pas une fonction à remplir ; mais un traitement auquel on a droit avec tel diplôme, après tel concours, tant d'années de présence. De même, pour l'avancement. Aucun compte n'est tenu du service, qui n'est que le prétexte. Les diplômes, voire même les concours, souvent truqués comme les urnes électorales, sont de faibles barrières pour contenir les appétits budgétivores des électeurs ; mais ils confirment d'autant plus que, pour le fonc

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tionnaire, la place est un « droit » sacré.

Et c'est l'apothéose de l'incompétence, — surtout morale. Alors, c'est parfois la place qui convient au fonctionnaire, mais rarement celui-ci à celle-là. Bien plus sûrement qu'au temps de Beaumarchais, c'est le danseur — ou l'ami cher delà danseuse — qui est promu calculateur. Une place obtenue ainsi n'est d'ailleurs qu'un marchepied pour s'élever à une autre, plus avantageuse. Le métier, ce n'est point de faire au mieux ce pourquoi l'on est payé, mais « d'avancer ».

Dans ces conditions, on conçoit que lorsqu'un de ces messieurs des bureaux consent à rendre quelque service au public, c'est pure bonté d'âme et quasiment de l'héroïsme. Ils nous le font assez sentir quand ça les prend. S'il en est qui s'excitent, ce n'est qu'à une paperasserie qui n'est utile qu'à eux-mêmes, pour les faire valoir, et qui met leur responsabilité à couvert. Au demeurant, ce sont les plus inquiétants.

Certes, la levée en masse ne serait pas

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moins absurde dans le civil — et le suffrage universel Tatteste — que dans le militaire. Mais, s'il y a un choix à faire, — et qui ne peut être fait congrûment que par le supérieur, — il faut toujours un chef responsable. Ce chef, l'armée l'a eu ; non l'administration civile. Et les résultats se peuvent comparer.

Des deux côtés, ils furent ce qu'ils devaient être, ce que la politique positive indiquait : d'une part, la victoire inespérée ; de l'autre, le gâchis désespérant.

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