‹ Les forces à régler;Chapitre 30 sur 75 · V. — L'administration subordonnée à la politiquerie · texte numérisé non relu

V. — L'administration subordonnée à la politiquerie

La confusion des fonctions est toujours un désordre, une régression.

En devenant tout l'État, en absorbant toutes les activités particulières, — parce qu'il ne les peut coordonner, — le gouvernement provoque un gaspillage et un gâchis que la

l'administration 89

plus tyrannique contrainte ne parvient pas à atténuer.

Les faits surabondent. Il n'est pas un journal qui, chaque jour, n'en cite quelques-uns. Cela va du grotesque à l'odieux.

La Compagnie des chemins de fer de rOuest-État est un symbole, et là, pourtant, il n'y avait qu'à continuer. En six années, le déficit a été d'un milliard. Les arsenaux, Tarsenal de Roanne notamment, sont la gabegie systématisée.

D'oii vient qu'un système aussi absurde,

qui donne d'aussi piteux résultats, n'a pas contre lui toute la nation ? — C'est un cas de l'anarchie spontanée.

Tous les intérêts particuliers sont ligués contre l'intérêt général. Sous le régime parlementaire, surtout avec le système électif, l'Etat ou les municipalités ne visent à s'emparer de toutes les fonctions sociales que pour y placer leurs fonctionnaires et satisfaire leurs clients. Il s'agit de faire partager par les vainqueurs des luttes électorales —

90 LE NOMBRE ET l'OPINIO?J PUBLIQUE

qui ne peuvent être que ceux dont relèvent les préfets — la dépouille des vaincus.

Notre parlementarisme électif pousse l'État à étendre ses attributions et à centraliser ce qu'il ne peut supprimer de vie sociale, et, naturellement, comme il est incompétent, comme l'organisation de ses entreprises est purement parasitique, il ne peut supporter aucune concurrence. C'est pourquoi il est conduit nécessairement à s'assurer le monopole. Et le monopole nécessite plus de monopole.

Et cela ira jusqu'au collectivisme.

Nous apprendrons alors qu'il n'est jamais d'aucun intérêt social de changer la nature des possessions ou de remplacer les titulaires des fonctions. 11 est même dangereux, comme nous ne le voyons que trop aujourd'hui, d'exalter ainsi toutes les vaines ambitions personnelles et de cultiver l'envie démocratique. La politique positive nous prescrit seulement de surveiller, de contrôler, de sanctionner par le blâme ou l'approbation

l'administration 91

remploi des forces quelconques, notamment de la richesse et du gouvernement, aQn d'en assurer le sage exercice.

S'il y avait encore une opinion publique, j'entends une opinion publique éclairée, dirigée, et organisée, et non les mouvements incohérents d'une foule amorphe, cette opinion publique ne supporterait pas la confusion intellectuelle et morale dont de telles théories peuvent surgir, non plus que la confusion politique et administrative qui peut en permettre la désastreuse réalisation.

Page 1