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VII. — «Chacun son pape, chacun son empereur

Alors que le plus grand politique et le plus indépendant a besoin d'être limité dans ses pouvoirs et contenu par des puissances morales, on invite le peuple à faire connaître ses volontés. Et il n'en a pas, ou plutôt il les ignore. Il ne connaît que ses désirs immédiats, il ne manifeste que ses instincts.

Rien de plus monstrueusement insensé que cette expression d'un métaphysicien juriste^ Emile Accolas : « Chacun son pape, chacun son empereur » ; mais c'est bien la formule de la souveraineté du peuple.

Etre vraiment pape ou empereur, à l'exclusion l'un de l'autre et dans certaines limites, n'est donné qu'aux plus grands parmi les

LÉGISLATIF ET EXÉCUTIF Hl

hommes. Eussent-ils eu plus que du génie, dès qu'un pape a voulu être empereur ou qu'un empereur a prétendu être pape, ils ont toujours trahi l'un pour l'autre. Autant revenir à l'antique théocratie, qui atrophiait la personnalité, mais qui sauvegardait la socialité.

Pape et empereur à la fois, mais d'un jour^ l'électeur ne peut que consacrer le gâchis qui favorise l'exploitation et la tyrannie jacobines.

« Le principe de l'élection appliqué à tout, dit Paul Bourget,est antiphysique. Il aboutit à la mise au pillage du pays par chaque génération qui, se considérant non plus comme usufruitière mais comme propriétaire, pratique le jus utendi et abiilendi^ sans remords et sans intelligence. Hélas ! où le suffrage universel, cet organe par excellence de l'élection appliquée atout, prendrait-il de l'intelligence? (( La vieille alchimie, a dit l'Anglais Lecky, (( n'a jamais eu rien de plus irrationnel que « l'idée de transmuer l'ignorance de plus en c( plus profonde du corps électoral dans une

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<( aptitude de plus en plus haute du corps « représentatif. »

Et ainsi, le « peuple souverain » oscille entre une inertie morale qui va jusqu'à la torpeur de la brute en digestion et une agitation d'autant plus fébrile qu'elle est sans base et sans but. Il vote; mais il ne sait plus vouloir. L'opinion publique égarée se laisse mener par tous les charlatans qui l'étourdissent et reste indifférente devant les pires méfaits ou les plus belles œuvres.

Fustel deCoulanges l'a fortement exprimé : « Si l'on se représente tout un peuple s'occupant de politique, et, depuis le premier jusqu'au dernier, depuis le plus éclairé jusqu'au plus ignorant, depuis le plus intéressé au maintien de l'état de choses actuel jusqu'au plus intéressé à son renversement, possédé de la manie de discuter les affaires publiques et de mettre la main au gouvernement; si l'on observe les effets que cette maladie produit dans Texistence de milliers d'êtres humains. ; si l'on calcule le trouble qu'elle

apporte dans chaque vie, les idées fausses qu'elle met dans une foule d'esprits, les sentiments pervers et les passions haineuses qu'elle met dans une foule d'âmes ; si l'on compte le temps enlevé au travail, les discussions, les pertes de force, la ruine des amitiés ou la création d'amitiés factices et d'affections qui ne sont que haineuses, les délations, la destruction de la loyauté, de la sécurité, de la politesse môme, l'introduction du mauvais goût dans le langage, dans le style, dans l'art, la division irrémédiable de la société, la défiance, l'indiscipline, l'énervement et la faiblesse d'un peuple, les défaites qui en sont l'inévitable conséquence, la disparition du vrai patriotisme et même du vrai courage ; les fautes qu'il faut que chaque parti commette tour à tour à mesure qu'il arrive au pouvoir dans des conditions toujours les mêmes, les désastres dont il faut les payer : si l'on calcule tout cela, on ne peut manquer de dire que cette maladie est la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse

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s'abattre sur un peuple, qu'il n'y en a pas qui porte de plus cruelles atteintes à la vie privée et à la vie publique, à l'existence matérielle et à l'existence morale, à la conscience et à l'intelligence, et qu'en un mot, il n'y eut jamais de despotisme au monde qui pût faire autant de mal. »

C'est que celui-là est à la fois spirituel et temporel. Napoléon était dans le plus pur esprit jacobin quand il voulait faire des académies, du clergé une sorte de gendarmerie sacrée ; et de l'Université, une caserne.

Le «jobard de Sainte-Hélène» ayant passé comme un cataclysme, l'esprit jacobin est resté, et chaque électeur se croit sous ce rapport, comme on le lui dit sur tous les tons, à la fois pape et empereur.

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