‹ Les forces à régler;Chapitre 42 sur 75 · V. — Impuissance délibérante · texte numérisé non relu

V. — Impuissance délibérante

Sourds aux avertissements, aveugles devant les signes les plus éclatants, les vagues journalistes ou avocats qui s'étaient succédé au pouvoir n'avaient rien prévu et donc n'avaient pourvu à rien. Ces ministres d'un jour, ayant à contenter leurs électeurs, leur parti et eux-mêmes, ne pouvaient, en outre, servir la France. L'affaire des politiciens est l'opposition des clans, la réélection, non point d'ordonner l'ensemble. Tout ce qui avait été fait par des militaires, des techniciens, voire même par quelques bureaux, l'avait été malgré eux, et souvent contre eux.

Si nous avons eu notre excellent 75, c'est

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malgré nos parlementaires. Voici, semblet-il, la plus émouvante condamnation du système. C'est dans le Temps, dans un article paru en février 1915, que nous la trouvons. Il s'agit de l'adoption du 75 et des dépenses qu'il fallut engager pour la fabrication :

«... Mais on ne peut retarder davantage la régularisation d'une dépense qui atteint environ 30 millions. Pourtant ce serait .folie de faire connaître publiquement ce qui a été réalisé déjà et ce qui reste à accomplir. Rien n'en doit paraître dans la demande de crédits. On ne peut songer à mettre dans la confidence les trente-trois membres de la Commission du budget et moins encore les neuf cents députés ou sénateurs. MM. Méline et Billot convoquent le président de la Commission du budget, M. Paul Delombre, et le rapporteur général, M. Camille Krantz. Ils savent à qui ils parlent. Sans crainte d'une indiscrétion, ils exposent l'œuvre commencée, l'œuvre à achever. Tous quatre sont immédiatement d'accord : il faut que l'existence du nouveau

canon reste secrète. La sanction parlementaire est indispensable. Et néanmoins il importe d'éviter dans le cahier des crédits supplémentaires toute allusion à l'objet des dépenses à régulariser. MM. Paul Delombre et Camille Krantz associent sans hésiter leur responsabilité à celles des membres du gouvernement. A la Commission du budget d'abord, à la Chambre ensuite, la régularisation des dépenses engagées est présentée comme un simple virement d'un chapitre à un autre. Sans objection ni débat, les crédits étaient votés ; et la fabrication du 75 pouvait être continuée dans le mystère nécessaire. »

Le Temps se garde bien, au reste, d'en tirer la conclusion qui s'impose : à savoir que le Parlement est nuisible même dans la fonction essentielle qui semble le justifier le mieux, le contrôle budgétaire ; qu'on ne s'en défend, comme du suffrage universel, qu'en le jouant.

Il est vrai que, dans ce même numéro du

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Temps^ mais en un autre article, plus loin, le lecteur pouvait lire une citation de Roger Bacon : « Si Dieu avait réuni une Commission pour créer le monde, tout serait encore dans le chaos. » Ce qui fait penser que ce grave journal ne tient au parlementarisme que par amour du chaos.

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