VI. — Nos fautes
Dans ce chaos, les services publics ne sont que ceux de MM. les parlementaires. Ils fonctionnent à faux.
Quiconque avait traversé l'Allemagne ou avait parcouru quelques journaux ou livres allemands savait quelles forces l'Allemagne allaitlancer contre nous, et de quel côté. Seuls nos administrateurs et nos gouvernants l'ignoraient. Pour eux, tout fut une surprise. C'est par le désastre de Charleroi qu'ils apprirent qu'il est plus utile de connaître la quantité de soldats que l'ennemi va mettre en ligne que de supputer le nombre des électeurs ra-
dicaux-socialistes de la circonscription de M amers.
Les services qui fonctionnèrent le mieux, tels que la mobilisation, la concentration, voire le ravitaillement, ce sont ceux qui, étant militarisés, échappaient le plus aux interventions parlementaires.
Les fautes, d'ailleurs, sont de tous et en tout. C'est qu'un régime politique, s'il ne crée pas, peut anéantir. Il répand le bien ou il propage le mal. Il peut exalter les meilleurs dispositions de l'homme ou ne favoriser que l'épanouissement des mauvaises. Il est le tonique des volontés ou leur toxique.
La guerre eût été abrégée de beaucoup, ses dévastations eussent donc été moindres, et ses carnages, si nous avions eu, avec des équipements, munitions et armements suffisants, plus de jeunes hommes, et plus vigoureux.
Or, sans le malthusisme, qui depuis un demi-siècle s'est propagé de la bourgeoisie au peuple, nous eussions été 55 millions de
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Français au lieu de 39, contre les 65 millions d'Allemands, et nous aurions pu mettre en première ligne près d'un million d'hommes de plus. Et les masses allemandes n'eussent pas franchi nos frontières.
L'alcoolisme aussi nous a affaiblis. Mais le cabaret est une puissance électorale. On ne peut rien là contre. Toute grande réforme sociale, toute grande entreprise nationale sont interdites à un système de désordre comme l'électif si elles ne servent pas des haines, des ambitions et des intérêts. C'est contre le catholicisme que l'on fit l'instruction laïque et obligatoire, non pour l'éducation populaire ; c'est contre le cléricalisme qu'on sépara les Eglises de l'Etat, non pour la liberté spirituelle ; c'est pour mieux tenir ou flatter les électeurs qu'on décida l'assistance aux vieillards et les retraites ouvrières, non par charité ; c'est afin de satisfaire les cupidités des brasseurs d'affaires que l'on poursuivit l'expansion coloniale et que l'on accorda quelques millions pour les arme-
ments de ia guerre et de la marine, non par patriotisme ; c'est contre les riches que l'on a décidé l'impôt sur le revenu, non pour trouver des ressources budgétaires.
Parfois, il s'est trouvé que l'esprit de secte ou la rapacité des syndicats financiers se sont accordés avec l'existence nationale ; mais ce fut purement accidentel.
Le tsar avait pris la mesure de salut social qu'est la prohibition de la vente des boissons alcooliques, l'anarchie socialiste annula aussitôt cette importante réforme.
Et la France ne peut rien contre le cabaretier, électeur influent. 11 faudrait un gouvernement, il n'y a que des politiciens qui dépendent des électeurs, et donc des distillateurs, des cabaretiers et des ivrognes.