VIII. — Les morts sauvent les vivants
Reconnaissons-le franchement, ce sont nos fautes qui ont permis aux Allemands de nous faire tant de mal. Chacun a sa responsabilité.
— celui qui laisse faire le mal, non moins que celui qui le fait. Tel pacifiste bavard, tel démagogue rhéteur, tel fonctionnaire somnolent, tel bourgeois âpre au gain et jouisseur, tel ouvrier saboteur et riboteur, et tous les Ponce-Pilate,et d'autres, ont autant de part à la destruction de la cathédrale de Reims que les gros obus prussiens et la sauvagerie teutonne déchaînée. Tant de soldats tués, blessés, mutilés, tant de souffrances, tant de ruines et de misères, tout ce qui eût pu être évité ou atténué avec une préparation meilleure, une organisation sérieuse, c'est la rançon de nos erreurs. Ne nous plaignons pas, puisque nous pouvons nous relever encore. Félicitons-nous plutôt, puisque ce ne fut pas l'effondrement de la civilisation la plus haute, la mort de la race la plus noble...
Chance ? Hasard? — Non pas. Gomme le mal, le bien a ses racines.
Les Français perdaient peu à peu le sens de la vie sociale. C'est pourquoi, sans doute, ils affectaient de plus en plus de se dire so-
cialistes. Ils s'étaient affranchis de toutes les autorités humaines ou divines et n'acceptaient que celles des choses. Ils ne se laissaient plus mouvoir que par leurs mesquineries d'argent, leurs concupiscences, de misérables chicanes et des phrases. Aussi, ces hommes libres divaguaient-ils avec volupté.
Comment ont-ils pu, cette fois, se reprendre si promptement devant le danger, se détourner sans hésiter de leurs plus chères folies, faire taire les funestes bavards et tenter la belle aventure de la gloire victorieuse ?