II. — Imbécillité des assemblées parlantes
Du compte rendu officiel de la séance de la Chambre des députés du 8 juillet 1913, nous relevons ceci :
1. Ainsi, le voici aujourd'hui qui s'occupe des paysans. Serait-ce qu'il a reconnu enfin l'importance du travail agricole ? Non pas. C'est que la masse terrienne est encore un obstacle, par son bon sens, au chaos. Le principal collaborateur de Karl Marx, Frédéric Engels, l'avouait, il y a quelque vingt ans : « On ne peut gagner les paysans à la cause socialiste que si on leur promet des choses que nous savons d'avance ne pas pouvoir concéder. »
« M. Brizon — « Je suis seul ». — C'est par ce mot singulièrement éloquent, mais mélancolique, de Tempereur d'Allemagne, constatant la dislocation progressive de la triple Alliance, que je me suis arrêté hier soir.
« Je montrais l'empereur inquiet et l'empire armant, non pas pour attaquer, mais pour se défendre, contre qui? Pour se défendre contre l'immense monde slave. Je vous ai donné à cet égard des citations probantes contre cet immense monde slave qui s'agite et s'organise aux portes mêmes de l'Allemagne, et l'on peut dire aux portes de la civilisation occidentale.
« Par conséquent, lorsqu'un journal qui a l'air d'être le journal officieux du gouvernement, lorsque /'£'c^o, je ne dirai pas de Paris ^ mais de la réaction, affiche sur tous les murs de France que les 850.000 soldats allemands sont dirigés contre l'armée française, qu'ils sont pour ainsi dire sur le point d'envahir notre territoire, ce journal a beau afficher avec les couleurs de la Patrie, son af-
fiche n'en est pas moins, en fin de compte, l'affiche de la panique et du mensonge. [Très bien, très bien, à r extrême-gauche) .
« L'Allemagne a deux frontières à défendre, et notamment cette frontière derrière laquelle (je le disais hier) vivent 140 à 150 millions de Russes « amis et alliés des Français ».
« Quoi qu'il en soit, en ne tenant pas compte des différences de population, vous agissez comme ferait le Danemark s'il se militarisait à outrance en vue d'égaler sur ce point, chose impossible, l'immense Allemagne. Oui l'Allemagne, depuis le plus humble de ses paysans, jusqu'à son empereur, l'Allemagne des affaires, l'Allemagne des universités, l'Allemagne tout entière veut la paix.
« Je vous crie et toute l'Allemagne vous dira qu'elle veut la paix.
« M. Vaillant. — Sûrement.
« M. Brizon. — Un universitaire allemand, Von Liszt, disait : « Dites à vos compatrio- « tes, dites-leur sur tous les tons, que le sou- « hait ardent de l'Allemagne est non seule-
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« ment de vivre avec vous en paix, mais de ((■ gagner s'il se peut votre confiance et votre « amitié. La culture allemande et la culture (( française dominent le monde. La réunion « de l'esprit allemand et de Tesprit français « ne pourrait servir que la civilisation génère raie. »
« Voilà des choses qui sont peu connues en France, parce que la grande presse réactionnaire dit le contraire.
a Nos journaux disent ce contraire, et c'est pour rétablir la vérité que je suis à la tribune.
« L'empereur ? Il aime la France. Il parle d'elle sans cesse. Il est attaché à la paix. 11 dit que la paix franco-allemande serait le grand fait moderne, que la civilisation et la culture universelles en seraient plus riches. (Très bien^ àV extrême gauche). Sachez aussi, et je vous le déclare avec toute la force dont je suis capable, qu'en Allemagne personne ne veut la guerre.
« M. Vaillant. — Les pangermanistes sont à l'image des nationalistes.
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« M. Brizon. — La guerre, mais personne ici ne la croit possible. Il est possible que des incidents se produisent encore, mais rien de grave n'en sortira, on s'entendra.
«. M. Jaurès. — Nous serions vainqueurs par l'idée si vous vouliez.
(( M. BrizOiN. — Eh bien ! Ce n'est pas seulement depuis vingt-cinq ans que règne la paix allemande, c'est depuis quarantedeux ans. Le ministre de la Guerre disait récemment au Reichstag : « L'Allemagne est a pacifique jusqu'à la moelle des os. »
« Tout ce que vous pourriez m'opposer,ce sont certaines paroles cocardières de l'empereur qui paraissent être en contradiction avec ses autres paroles et ses actes, ce sont les mots fameux sur la « poudre sèche et l'épée aiguisée ».
« Ces paroles s'expliquent par l'intérêt direct de l'empereur d'Allemagne. Rappelezvous à ce propos qu'en 1868, alors que la maison Krupp chancelait sur ses bases, le roi de Prusse lui prêta 20 millions. L'Europe
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veut la paix, la France veut la paix. Pourquoi alors la France prépare-t-elle la guerre? Pourquoi les trois ans, pourquoi le militarisme ? Telle est la question. »