IX. — Le péril politicien
Quand le gouvernement revint à Paris et que le Parlement reprit ses séances, l'Allemagne eut une grande espérance. Nul doute que nos politiciens allaient tout subvertir de l'organisation improvisée hâtivement depuis septembre. Deux milliards, puis trois, puis quatre à dépenser par mois, et le prestige d'avoir à signer le traité de paix, quelle aubaine !
Et, en effet, dès lors, « l'union sacrée » ne tint plus que pour les effets de tribune et comme masque. Dans les couloirs, les bureaux des commissions, dans les salles de rédaction, se nouèrent de sordides intrigues. Tout un parti favorisa la trahison.
Au retour du gouvernement, du l^' janvier au P' mars 1915, en deux mois, le seul ministère de la Guerre eut à répondre à plus de
1.200 questions et réclamations de parlementaires et de commissions. Du coup, tous les services furent absorbés pour ces amusettes et il fallut les surencombrer de fonctionnaires. Et c'est peut-être ce que voulaient les élus.
Mais, une fois encore, le coup fut manqué. Les Français persistaient dans leur dédain de la politiquerie et ils ne se passionnaient plus que pour la guerre. La foire aux harangues n'eut aucun succès. La presse ne parvint pas à faire prendre au tragique ses mésaventures avec la censure.
Dans l'ordre, il y a d'autres moyens de contenir les divagations qu'une censure qui ne laisse pas d'être quelque peu incohérente ; mais, quand la patrie est en danger, pour atténuer et guérir la maladie révolutionnaire principale, il importe d'éliminer par tous les moyens le virus de la critique et de la négation. Même quand le ciseau, manié par quelque vaudevilliste omniscient, élaguait à tort et à travers, il n'était pas si ridicule puisqu'il
nous rappelait que le salut public est la loi des lois.
Néanmoins, les fautes politiques s'accumulant, la guerre se prolongeant, le virus ne laissa pas de pénétrer dans les veines de la nation. Et ce furent les mutineries de 1917, les grèves de la Loire de 1918, qui faillirent livrer le pays à l'envahisseur.
Présentement, après la victoire^ l'angoisse nous étreint devant les ravages de la toxine démagogique.
Et la France en mourra si elle ne renonce point au système électif et parlementaire qui l'élabore.