‹ Les forces à régler;Chapitre 53 sur 75 · X. — Pour que la France vive · texte numérisé non relu

X. — Pour que la France vive

Ainsi donc, avec le parlementarisme, il ne servirait de rien que l'élection fît ce miracle constant de faire surgir les plus aptes.

« Comme la moyenne de plusieurs nombres ne peut évidemment être égale au plus élevé de ces nombres, fait remarquer S. Si-

176 LE NOMBRE ET l'oPLMON PUBLIQUS

ghèle,de même un agrégat d'hommes ne peut refléter dans ses manifestations les facultés plus élevées, propres à quelques-uns de ces hommes ; il reflétera seulement les facultés qui se retrouvent en tous ou dans le plus grand nombre des individus. Les dernières et les meilleures stratifications du caractère, dirait Sergi, celles que la civilisation et l'éducation ont réussi à former en quelques individus privilégiés, sont éclipsées par les stratifications moyennes qui sont le patrimoine de tous ; dans la somme totale, celles-ci prévalent et les autres disparaissent. »

Assisterait-on à ce miracle d'une assemblée d'hommes supérieurs, oii la supériorité seule prévaudrait, que le désordre subsisterait.

« Une assemblée ne peut jamais, par ellemême, a dit Pierre Laffite, organiser une direction... Aucune opération ne peut s'accomplir sans la direction d'un organe unique... Les situations posent les problèmes sociaux, mais la solution en appartient toujours à un

organe individuel, quoi qu'en disent de vagues penseurs humanitaires. »

Toutes les lois de la physique sociale se retournent contre nos chimères. Nous sommes maintenant à l'extrême du désordre, au moment où il faut choisir entre ces chimères et la civilisation.

D'après M. Paul Leroy-Beaulieu, les vices de l'État moderne sont les suivants :« l"" l'État moderne prolonge pendant plusieurs années consécutives l'engouement ou l'entraînement que subissait le pays lors des élections ; 2^ il n'a pas de suite dans les idées parce que le personnel est trop instable ; 3"" il ne peut être impartial parce qu'il représente un seul parti ; 4^ son instabilité le force à faire tout avec une précipitation nuisible ; S"* il ne conçoit les intérêts sociaux que morcelés, presque jamais sous forme synthétique, l'intérêt collectif ou de l'avenir lui échappe, il n'a en vue que le présent. »

L'éminent économiste confondait les vices propres au système électif et parlementaire,

178 LE NOMBRE ET l'OPINION PUBLIQUE

dans tous les temps et dans tous les lieux, et ceux qui sont inhérents désormais à la pratique politique, — tant que cette pratique ne sera pas éclairée et guidée par le théorique, c'est-à-dire tant que le temporel ne consentira pas à libérer le spirituel pour qu'il accomplisse sa fonction modératrice.

Page 1