IV. — La presse complice
Quand les accapareurs s'enrichissent, la presse fait de bonnes affaires.
Même avant la guerre, on a pu lire ceci dans r Intransigeant :
« Les Moulins de Corbeil que dirige M. Baumann, sujet allemand, qu'on assure être officier de réserve dans la landhwer, les Moulins de Corbeil ont senti venir l'orage. Ces questions de nationalités ne peuvent plus aujourd'hui être mdifférentes au grand pu-
biic, et quand on lui montre qu'un des services d'alimentation indispensables à la mobilisation est aux mains de la puissance allemande, il ne peut pas accepter sans protestation un état de choses aussi menaçant.
« Alors, voilà ce qu'a imaginé M. Baumann pour neutraliser d'avance la grande presse. Il a fait fabriquer par sa minoterie un produit quelconque, une farine semblable à toutes les farines, mais qu'il a manufacturée sous forme de petites boîtes destinées à être vendues au détail. Et, sous prétexte d'annoncer ce produit, les représentants de M. Baumann vont se présenter dans les grands journaux, offrant des budgets importants de publicité aux rédactions pour ce produit à lancer.
« On comprend bien qu'il n'y a là qu'un prétexte. Mais, dès que les Moulins de Corbeil auront ainsi mis le pied dans les divers organes de la grande presse, ils estiment qu'ils s'en seront fait des amis '.
1, M. Baumann est devenu, au début de la guerre, le « roi
194 LE NOMBRE ET l'oPINION PUBLIQUE
« Le voleur Zacco a dépensé des millions en publicité, de façon que ses dupes ne fussent pas averties de ses procédés malhonnêtes. Quant au fameux docteur Macaura, inculpé aujourd'hui d'escroqueries par le parquet de la Seine, il a ouvert à tel grand journal que nous pourrions désigner, un budget de publicité de 125.000 francs. Notre confrère, par une correction élémentaire, ne peut attaquer en première page un charlatan dont il vante copieusement la méthode à sa page 8. Et voilà comme on obtient le silence sur les faits souvent les plus graves de la vie sociale ! »
En dix ans, sur 25 milliards de francs de valeurs qui avaient été émises en France, il n'y eut que 7 milliards 800 millions souscrits pour lindustrie française. Le reste était allé à l'étranger, — ou plus loin encore, d'où l'on ne revient jamais.
du blé » . Quant à Zucco, il fut chargé d'une mission officielle à Tétranger. Depuis, on a dû l'arrêter de nouveau pour d'autres escroqueries.
Voici, par exemple, le tableau des émissions d'actions et d'obligations souscrites par les capitalistes français en 1911 :
Françaises Étrangères
Fonds d'État, de départements et de villes . 7.1 1 1.990 988.804.300 Obligations diverses industrielles .... 289.475.384 1.756.067.870 Actions ou parts de fondateurs ..... 518.124.210 1.136.845.804
Totaux 814.711.584" 3.881 717."974
Total général. . . ~ "^4.696^29.558 "
Ce sont, naturellement, les grandes sociétés de crédit qui poussaient à cette ruine volontaire de la France. L'une d'entre elles, la Société générale, par exemple, pour ne la pas nommer, avait fait perdre à l'épargne française 50 millions par la Caisse générale, 40 millions par la Raffinerie Say et Sucrerie d'Egypte, 40 millions par l'Omnium russe, 42 millions par la Société métallurgique de rOural-Volga, 25 millions par~ l'Électricité de Moscou, 35 millions parle Rountchenko,
196 LE NOMBRE ET l'OPINION PUBLIQUE
23 millions par la Société Istia, 20 millions par la Société générale électrique et industrielle, etc..
Aucun grand journal n'avertit le public français de ce brigandage organisé. Et pour cause. Rien qu'à la dite Société générale, les subventions à la presse atteignaient près de 3 millions de francs par an. Les grands journaux touchent donc leur part pour leur discrétion. Suivant l'importance de leur tirage, le fermage financier leur rapporte de 300.000 francs à 2 millions par an. Des petits journaux radicaux-socialistes, qui ont moins de lecteurs que de rédacteurs, reçoivent pour rinsertion d'un Bulletin financier que personne ne lit de 35 à 60.000 francs. Des directeurs de grandes entreprises, des chefs d'industrie, d'opinions conservatrices et de sentiments chrétiens, sont propriétaires, en partie ou en totalité, de journaux maçonniques et démagogiques.
La grande Muette? — C'est la presse.