‹ Les forces à régler;Chapitre 60 sur 75 · V. — Puffisme de presse · texte numérisé non relu

V. — Puffisme de presse

Dans sa brochure, ./e Conflit anglo-allemand^ M. Michel Pavlovitch nous rapporte ce fait : « Il fut dévoilé au Reichstag allemand, le 25 février de cette année, par le social-démocrate Stucklen, et confirmé, dans ses grandes lignes, par le ministre de la Guerre. En 1907, une des plus grosses firmes allemandes télégraphie à son correspondant de Paris de faire paraître, dans un journal français, un article où il serait dit que le gouvernement français avait fait doubler le nombre de ses mitrailleuses dans toute l'infanterie. Comme résultat, le ministère allemand fit à l'ingénieuse maison une commande de mitrailleuses pour la somme de 50 millions. 11 fut reconnu par le ministre de la Guerre que le télégramme avait bien été envoyé par la dite maison à son correspondant de Paris, mais le ministre assura que la commande n'avait été que de 8 millions de

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francs, et non de 50 millions, comme l'affirmait Stucklen. »

Quant au journaliste français, après avoir empoché sa petite commission, il a dû écrire un vibrant article patriotique pour réclamer la dissolution de la Confédération générale du travail et des poursuites contre les antimilitaristes.

Avec un budget de 5 milliards, 7 milliards si l'on compte juste, l'Etat ne pouvait subvenir aux frais de la défense nationale. Les présidents avaient des filles à caser ; les ministres, des fils à pourvoir ; les sénateurs et députés, des électeurs à satisfaire. Après la curée, il ne restait plus rien pour fabriquer des canons et des aéroplanes.

Heureusement, il y avait la presse, la

grande presse patriotique. Elle allait nous

donner la maîtrise de l'air, — et doubler son

tirage.

Par exemple, on vit un journal souscrire

50.000 francs pour les aéroplanes. A l'Assemblée générale des actionnaires qui suivit.

quelqu'un s'étant plaint de cette générosité qui réduisait les dividendes, le président de l'Assemblée sut ramener ce mauvais patriote à de meilleurs sentiments. « 11 faut faire de la publicité par tous les moyens, lui répondit-il. Quand on parvient à faire parler de soi par tout le monde et, ce qui est plus difficile encore, par ses confrères, on a réalisé le problème que tout administrateur doit toujours se poser. Faire parler de soi, c'est de la publicité, pas autre chose. » Que répondre à de tels arguments? L'actionnaire opposant n'avait plus qu'à entonner la Marseillaise qn^q toute l'assemblée, électrisée par cet éloquent discours.

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