VII. — Jusqu'à ia trahison
On sait que l'Allemagne avait créé une vaste organisation mondiale. Nos agences d'informations, nos grands journaux y étaient liés.
Voici, d'ailleurs, l'extrait d'un rapport de
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sir Edward Goschen, ambassadeur d'Angleterre à Berlin, et publié dans le Livre Blanc par le gouvernement anglais : « Il y a quelque temps, une réunion sur laquelle le secret a été bien gardé fut convoquée à Berlin, au ministère des Affaires étrangères, à l'initiative du D'' Hamman, notoirement connu comme étant le chef du bureau de la presse du Foreign Office allemand, réunion à laquelle le secrétaire des Affaires étrangères en personne était présent. A cette réunion assistaient des membres des entreprises industrielles les plus importantes du pays : leLloyd de l'Allemagne du Nord, la Hambourg-Amerika, la Deutsche Bank, la Diskonto Gesellschaft, la AUgemeine Elektrizitats gesellschaft, Siemens et Halske, les usines Schuckert, Krupp, Cruson, etc.. Ils formèrent une compagnie dans le but de c( favoriser le prestige industriel allemand à « l'étranger », objectif conventionnellement vague. La compagnie serait financée par des souscriptions privées avec la garantie du gouvernement.
« La compagnie devait conclure un accord avec l'agence Havas, accord en vertu duquel cette agence ne publierait plus à l'avenir, en fait de nouvelles d'Allemagne, que celles fournies par le Bureau télégraphique Wolff. Ce dernier recevra ses nouvelles exclusivement de la nouvelle compagnie. Celle-ci a l'intention de conclure un arrangement similaire avec le Bureau télégraphique Renier pour les pays étrangers sur lesquels Reuter exerce le contrôle des communications télégraphiques. Si Reuter refuse, la Deutsche Kabelgeseilschafî, une agence de presse allemande moins importante, qui fournit les télégrammes de certains pays (par exemple le Mexique) travaillant de commun accord avec le Bureau Wolff, sera financée par la nouvelle compagnie, de façon à assurer un service en concurrence avec Reuter.
f( Toutes les entreprises représentées à la réunion se sont en outre engagées à verser au fonds commun les sommes considérables qu'elles ont accoutumé de dépenser à l'étran-
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ger pour leurs annonces dans les journaux étrangers. L'importance de ce poste atteint annuellement, croit-on, rien moins que 25.000 livres sterling (625.000 francs), et la somme totale disponible pour les opérations de la nouvelle compagnie sera de 50.000 à 75.000 livres (1.250.000 à 1.875.000 francs).
« La compagnie n'insérera plus, à l'avenir, les annonces de ses membres que dans ceux des journaux étrangers qui publieront des informations allemandes provenant exclusivement de la nouvelle compagnie, qui doit être considérée comme la seule source d'informations authentiques concernant l'Allemagne et les choses allemandes. Ils recevront ces informations libres de tous frais pour une somme convenue, de sorte que les journaux étrangers qui voudront participer à l'affaire tireront des bénéfices matériels importants de leur collaboration avec la compagnie, soit des annonces lucratives et des informations gratuites rédigées dans la langue du pays où les journaux paraissent.
« La presse étrangère sera surveillée par les agents appointés par la compagnie dans les différents centres. Toute nouvelle « incorrecte » sera télégraphiée au siège central et « corrigée » par des télégrammes publiés par la compagnie. »
Rien ne paraissait sur l'Allemagne qui ne fût contrôlé par la fameuse agence Wolff. C'est ainsi qu'une agence qui s'est fondée pendant la guerre, à Paris, pouvait dire : « On connaît l'organisation dont nous étions victimes avant la guerre, organisation telle que nous n'étions informés des choses de l'étranger que par le canal d'un grand consortium d'agences, dont le contrôle appartenait à Wolf.En 1914 et 1915, nous n'avons été informés des choses extérieures que par des sources presque exclusivement hostiles ou suspectes, et, par réciprocité, les pays neutres n'ont connu les choses de France que par des intermédiaires peu sympathiques. »
Le journal est livré à l'argent. Comment un Etat étranger n'utiliserait-il pas cette anarchie?
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