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VIII. — La presse d'affaires, danger national

Le chiffre d'affaires annuel d'un journal quotidien va de 10 à 40 millions, sans compter les combinaisons occultes. Il faut de la publicité.

« Les bénéfices nets d'un journal, a-t-on dit, sont toujours inférieurs aux recettes de sa publicité. » Or, c'est la publicité, les informations, bien plus que les articles de première page, qui influencent les lecteurs et déterminent les événements. C'est sous la forme d'une simple agence de publicité, Haasenstein et Vogler, de Berlin, qui devenait, à Paris, la Société européenne de publicité, que l'Allemagne s'introduisait dans nos journaux.

« Avant de prendre une détermination quelconque, dit M. R. de Jouvenel, le directeur^ responsable d'un journal — fût-il un apôtre, fût-il un saint — est contraint d'envisager ces deux termes :

« 1^ Ne pas froisser ceux qui détiennent les informations, c'est-à-dire toutes les puissances politiques et administratives ;

« 2° Ne pas heurter ceux qui détiennent la publicité, c'est-à-dire toutes les puissances commerciales et financières.

c( C'est à ce prix qu'un journal est indépendant. »

Il lui en coûte encore plus de servir les intérêts généraux de la patrie.

11 n'y a pas eu que les affaires Bolo, Duval, Almereyda, Routier, Caillaux, Humbert,etc. ; des étrangers ont commandité ouvertement nos gazettes pendant la guerre. Voici ce que publiait un journal : « M. Horatio Bottomley est un citoyen anglais, fournisseur de l'armée anglaise, directeur de journal, qui, pour purifier des bénéfices de guerre lui ayant attiré le mépris d'hommes comme Asquith et sir Edwar Grey, commandita pour la somme d'un million — capital déjà dévoré et qui, pour cause, va être élevé à 1.250.000 — un journal français. »

210 LE NOMBRE ET l'OPINION PUBLIQUE

Tous nos profiteurs de guerre se sont mis d'ailleurs à subventionner ou fonder des journaux. Paratonnerre, assurance, vanité ? — Il y eut de tout. Le bolchevisme même n'est pas oublié. La démagogie va toujours avec les « affaires ».

Et ce n'est pas d'aujourd'hui. A la fin de 1792, Cambon disait : « La Révolution a atteint tout le monde, excepté les financiers et les partisans. Cette race dévorante est pire encore que sous l'ancien régime. Nous avons des commissaires ordonnateurs, des commissaires des guerres dont les brigandages sont épouvantables. »

Un historien, robespierriste passionné, M. Albert Mathiez, a pu écrire : « La Révolution offrait aux spéculateurs un champ d'opérations admirable, des occasions inespérées. La vente des 5 milliards des biens du clergé, la création des assignats accompagnée de rémission de billets de confiance de toute valeur et de toute couleur, les fournitures des gardes nationales, puis, après la

déclaration de guerre, les fournitures et les approvisionnements des armées, la vente enfin des 3 milliards de biens d'émigrés, tout cela donnait lieu à un énorme courant d'affaires. Tous les chercheurs de fortune se pressèrent pour prendre part au riche festin qui s'offrait. »

Nous repassons par là.

Nous savons que de grandes banques russes ont soutenu la terreur bolcheviste. Elles y trouvaient leur compte. Au moment de l'abdication du tsar, les fonds d'État se cotèrent en baisse ; mais les actions des grandes banques furent en hausse pendant quelque temps*

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