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IX. — La vraie liberté de la presse

Certes, sans le public jobard, le journal ne serait rien. Mais n'ayant aucun organe qui l'instruise et la guide, hormis l'Église qu'elle n'écoute plus, la foule suit tous les faux prophètes qui passent.

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Le mal que fait la presse est dû bien moins aux abus de la puissance du nombre qu'à son exploitation.

La République nous a donné, croit-on, la liberté de la presse. Hélas ! une loi ne suffit pas pour instaurer une liberté. Aucune liberté n'est possible dans l'anarchie. Une liberté est d'abord un pouvoir indépendant, et donc une organisation au-dessus de l'argent et du nombre. En réalité, la presse est moins libre que sous les plus rigoureuses censures officielles.

Ce que les économistes ont appelé la liberté du travail, ce fut l'exploitation intensive du travail ; ce que les métaphysiciens révolutionnaires ont nommé la liberté de la presse, ce fut sa prostitution. Une prostituée est une esclave.

11 n'est de liberté que positive. La seule liberté, sans contrepoids, de la force matérielle, de l'argent ou du commandement, est la corruption et l'asservissement des forces morales.

La loi de 1881 a aggravé Tesclavage de la presse. Celle-ci y a perdu ce qu'elle pouvait avoir encore de compétence, de dignité et de moralité. Un texte de loi ne peut fonder une liberté.

Entre un chantage, une escroquerie, un proxénétisme et une trahision, s'il y a quelque journal qui prétende à élaborer ou à restaurer un esprit public, on ne le peut prendre que pour l'effrayante manifestation d'une démence qui se généralise. Etant une « affaire » d'argent, qui doit rapporter de l'argent, comment serait-il indépendant ? Et puis, où prendrait-il sa règle, où sa doctrine ?

« La presse, disait A. de Vigny en 1834, est une bouche forcée d'être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu'elle dit mille fois plus qu'elle n'a à dire, et qu'elle divague souvent et extravague. Il en serait ainsi d'un orateur, fût-ce Démosthène, forcé de parler sans interruption toute Tannée. »

Sans doute, la liberté positive, la véritable liberté de la presse et toute liberté spirituelle

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est nécessaire. Car elle est essentiellement la condition et la base d'un ordre social moderne. Mais la liberté spirituelle suppose d'abord l'indépendance de l'esprit^ et donc la séparation définitive, sous toutes les formes, du spirituel et du temporel, notamment de la pensée et de l'argent.

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