‹ Les forces à régler;Chapitre 65 sur 75 · I. __ Filles de lettres · texte numérisé non relu

I. __ Filles de lettres

Nos intellectuels, nos littérateurs et nos artistes sont foncièrement hostiles à l'indépendance intellectuelle. Ils sont d'abord de bons commerçants.

En voici un, par exemple, qui « fait » dans le moralisme, l'humanitairerie larmoyante, l'éducation de la démocratie. A une petite revue qui lui avait adressé le court questionnaire d'une enquête, en sollicitant une brève réponse, il écrivait ceci : « Si je vous donnais une réponse satisfaisante, vous auriez un des chapitres susceptibles de figurer, plus tard, dans mes possibles Confessions ou Mémoires. Vous auriez peut-être aussi le sujet

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d'un article passable pour un journal. Or, ne l'oubliez pas, je suis avant tout un confrère... C'est-à-dire que je gagne ma vie avec ma plume, moi aussi ! Dans ces conditions, vous comprendrez que je garde pour moi ce qui pourrait vous servir, ce qui ne m'empêchera point, du reste, de m'intéresser à votre enquête et ce qui ne motivera pas, je l'espère, de rancune de votre part. Charité bien ordonnée... »

C'est le ton de la fille qui a crâne » en se vantant de faire payer toujours, et cher, ses caresses. L'amour vénal est d'ailleurs de même qualité que la pensée vénale.

Grâce à la confusion jacobine des deux pouvoirs, les filles de lettres tiennent boutique de vérité et de beauté qui se vendent le mieux. Ils aiment donc une chaîne qui est dorée. Ils ne veulent à aucun prix d'une liberté qui exige d'abord la suppression des ridicules distinctions universitaires, gouvernementales ou académiques — diplômes, rubans ou couronnes — et surtout de l'ab-

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surde et néfaste propriété littéraire et artistique.

Ces histrions, ces servants du pire, ces chiens de garde de l'iniquité ont perdu tout prestige et toute autorité. Ils sont presque aussi déconsidérés que les politiciens, et justement. Ils n'enseignent et ne dirigent point l'opinion publique : ils exploitent son igiiorance et son désarroi.

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