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III. — La leçon de la victoire

Nous l'avons compris à l'heure du péril suprême. L'oublierons-nous encore ? Reconnaîtrons-nous enfin que rien d'avouable ne défend un système qui est spontanément, unanimement considéré comme un poison du corps social, dès que la nation doit se reprendre, s'unir pour agir, pour combattre, pour se sauver, et qu'ainsi « le suffrage universel » est, comme l'écrivait G. Flaubert à George Sand, « la honte de Tesprit humain », ou encore Barbey d'Aurevilly : « L'immense bêtise du suffrage universel, qui sera la honte

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du XLX^ siècle (à faire crever de rire nos neveux, s'ils ne sont pas des crétins absolus). »

Au lendemain de nos désastres de 1870- 1871, dans sa Réforme intellectuelle et morale^ Renan adjurait les Français de renoncer à cette « honte ». Il ne fut pas entendu. L'épreuve négative n'avait pas suffi. Bientôt, la France, grisée parla prospérité matérielle, oublia l'Année terrible et revint à ses chimères. Ce furent quarante années de régression politique et sociale.

Sans doute, les soldats de Sedan avaient constaté que l'indiscipline mène à la défaite ; mais ils pouvaient aussi accuser la trahison, Tineptie des généraux, « Badinguet »...

Cette fois, Tépreuve positive est péremptoire. Beaucoup plus de Français ont été mêlés à Taction. Et ceux-ci savent bien que toute erreur fut chèrement payée par un revers, que la discipline des troupes comme l'énergie et la science des chefs assurèrent la victoire finale. Ils sont donc plus ouverts aux vérités sociales.

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Les vainqueurs de 1914-1918 seront plus intelligents que les vaincus de 1870. Ils ont retenu déjà que la plus effective participation à l'œuvre commune est, pour chacun, de bien faire son métier. « Les siècles de chefsd'œuvre sont les siècles de victoire, a dit Proudhon. Il n'y a point de poésie, point d'art pour le vaincu, pas plus que pour le boutiquier ou Tesclave. » Et quel plus beau poème qu'une civilisation, harmonieuse !

Ce sont des voix moins mélodieuses que celle de Renan qui vont se prononcer ; mais ce sont celles de témoins glorieux. Et elles seront d'autant mieux écoutées qu'elles ne proposeront pas que le peuple soit plus asservi à une pédantocratie ou plus exploité par la démagogie. Elles ne seront d'aucune coterie, d'aucun comité, d'aucun parti, d'aucune secte. Elles maintiendront l'union sacrée, et contre tous les fauteurs de discorde.Elles n'ambitionneront d'autre pouvoir que celui de faire entendre raison, — non pour nier mais pour affirmer, non pour cri-

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tiquer mais pour concourir, non pour exiger une part confuse au gouvernement, mais pour le consolider, l'améliorer en le sanctionnant moralement.

Ce sera d'autant plus facile que les pouvoirs seront plus concentrés, plus personnels, plus indépendants. Dans la phraséologie révolutionnaire, le « pouvoir personnel » n'est jamais assez réprouvé. C'est pourtant le seul qui soit responsable, qui se puisse sanctionner et régler. La pire tyrannie est celle des syndicats d'affaires, des partis, qui reste anonyme, insaisissable. Elle est sans limite. Le « pouvoir personnel », au contraire, n'est jamais absolu. 11 ne convient de se préoccuper du meilleur exercice possible des pouvoirs qu'après s'être assuré d'un exercice quelconque.

Les Français ne sauraient ignorer maintenant qu'une direction et une administration sont indispensables dans toute entreprise collective. 11 faut qu'ils apprennent aussi qu'une société ne vit que par un constant effort po-

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litique et qu'elle ne garantit son autonomie et la sécurité de ses membres que par le concours organisé de tous, la synergie.

Organisation, c'est division du travail, hiérarchie. Ce n'est pas dans la répartition et l'attribution de la richesse et du gouvernement qu'il convient de rechercher le bienêtre et la liberté, c'est dans la puissance de leur action. Ce sont des moyens et non des fins. On réalisera d'autant plus de bien-être et de liberté que les moyens seront plus puissants, et donc que la richesse sera plus respectée, c'est-à-dire plus concentrée, et le gouvernement mieux obéi, c'est-à-dire plus responsable. Aucun progrès — même matériel seulement — n'est possible s'il n'y a l'ordre à la base.

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