IX. ~ Puissance de l'opinion publique
Ainsi donc, s'il n'y avait que la force armée, la prison et la guillotine, rien ne tiendrait. Ce n'est point parce qu'ils sont insensibles à l'opinion publique que les malfaiteurs mettent la société dans l'obligation d'exercer une violente coercition, c'est parce qu'ils ne peuvent résister à leurs impulsions. Mais le besoin de sympathie est si impérieux que ces outlaws se créent pour eux des coutumes et des mœurs spéciales. C'est l'approbation des leurs qui leur donne l'audace de défier le sentiment public et ses conséquences. Même sur l'échafaud, ils s'en préoccupent. Imaginez, dans l'égout humain, la pire abjection, vous retrouverez cette vanité, si déviée, si grotesque soit-elle. C'est pourquoi la publicité des actes et des procès criminels, les exécutions publiques, la promiscuité des maisons de détention et des bagnes sont si dangereuses. Ce qu'on a appelé la contagion
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criminelle n'est pas autre chose. La mode, que les femmes, si enclines à l'insubordination pourtant, subissent et suivent avec une docilité qu'aucun martyre, aucune privation, aucune extravagance ne rebutent, est un autre exemple bien typique- de la puissance du désir d'approbation.
L'importance de l'opinion publique qu'ont si bien montrée un économiste psychologue comme Adam Smith et un sociologue philosophe comme Auguste Comte est telle, et si éclatante, qu'un socialiste marxiste comme Achille Loria a dû le reconnaître aussi : (( Romagnosi insiste sur l'efficacité qu'ont la bonne réputation et les sanctions de l'homme comme moyen de prévenir les désordres sociaux... Ces sanctions ne sont possibles que quand ces classes sont assez instruites et assez civilisées pour être susceptibles d'une influence morale ; au contraire, pour les travailleurs plus grossiers et abrutis, il est nécessaire de recourir à une sanction matérielle. Ainsi, dans la Vénétie, « les paysans
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(( remplissent leurs obligations dans la ferme « conviction qu'ils doivent céder à la force. » (Morpurgo)... « L'opinion publique, grâce à une série de procédés psychologiques et d'idées adroitement inspirées, parvient à rendre déshonorante toute action qui porte atteinte à la propriété et, par ce moyen, empêche l'homme de l'accomplir. A la classe laborieuse, Fopinion publique impose l'acquiescement à la domination du capital ; elle s'adresse à son intelligence, mais pour en fausser le jugement, pour la pousser à des actions et à des soumissions qu'elle lui rend désirables, en les entourant de l'approbation des personnes bien nées, quoique, de fait, elles soient en opposition avec son intérêt réel ; en même temps, elle prescrit à la classe capitaliste de restreindre ses usurpations dans les limites qui ne compromettent pas le sort de la propriété. »
Nous subissons tous cette formidable puissance sans nous en apercevoir. La mode tyrannique, grotesque, ruineuse en est un
exemple. La dangereuse « solidarité prolétarienne », maniée par la basse démagogie, pour les grèves, en est un autre.
La collecte de l'or n'a été si fructueuse que parce qu'elle ne fut pas décrétée. L'opinion publique a été la meilleure défense contre l'embusquage.
Pour ne pas parler de tout ce que nos poilus ont accompli par sentiment social, rappelons l'enrôlement volontaire en Angleterre, la part que les femmes y prirent. Les jeunes gens qui ne s'engageaient pas n'osaient plus se présenter en public.
En étudiant les Communautés de village dans VEsl et VOuest, H. Sumner Maine a noté : « Au point de vue juridique, il n'existe dans un village indien ni droit ni devoir. Une personne victime d'un dommage ne se plaint pas d'un tort individuel, mais du trouble occasionné à l'ordre de la toute petite société. — De plus, la loi coutumière n'a pas de sanction. — Dans le cas inconcevable de désobéissance à la décision du conseil du village.
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la seule punition, ou la seule punition certaine, semblerait n'être que la désapprobation générale. »