GAZOUILLIS
— Aux oiseaux nui lanceut des triiUes Pourquoi réponds-tu, jeune fille,
Par cet air douloureux ?
Ces chants, ne peux-tu les comprendre?
Sens-tu pas la chaleur descendre ?
N'as-tu pas d'amoureux ?
— J'en avais un et je le pleure; Sa \-oix réchauffait ma demeure.
\'oyez sa tombe, là.
-Maintenant je suis une oiselle Dont on a crevé les prunelles.
Je crie en vain, hélas !
Je crie et je tourne sans cesse ; Je tournerai, dans ma détresse,
Au même endroit toujours.
Jusqu'à ce que, lasse et muette, Je m'effondre où dort mon poète.
Mon rossignol d'amour.
— Jeune fille, épuise tes larmes, Mais ne va pas, comme les carmes.
Vivante t'emmurer Avec l'extase pour compagne.
Tu te fais d'une peine un bagne.
Je veux t'en délivrer.
Ne connait-on pas la légende Des rossignoils, dans cette lande ?
Quand l'un d'eux meurt, dit-on, Vite un autre chante à sa place.
Un poète s'est tu, je passe,
Ecoute ma chanson.
— Monsieur, votre légende est belle, Et ce langage me rappelle
Un son déjà lointain.
Mais souffrez qu'aujoin^d'hui je pleure.
Et revenez à la même heure
Me distraire demain.
L'ETERNEL FEHININ
La niontayne portait sa robe d'or bruni, Or fragile tombant, feuille à feuille, des branches, Dans le chemin, parmi Ja foule du dimanche. Sur les sentiers ombreux et le gazon terni.
Reposés de leur course à travers l'infini, Et doux, comme l'émoi d'une âme qui s'épanche. Les rayons du soJeil d'octobre, en nappes blanches, Sur le sol déjà froid, versaient un feu béni.
Ce ne fut que le soir, en soufflant ma veilleuse, Que nie vint nettement l'image glorieuse Dans ses milile détails ternes et rutilants.
J'avais distraitement vu les choses agrestes,
Trop attentif à suivre ou deviner les gestes
D'une fille aux \-ou.x noirs qui ramassait des glands.
74 LES lOKCES