L'AME CONSTANTE
La musique finit, dnuce, un rideau se lève, Une femme parait dans un décor de rêve. — Toute coulis^se est donc voisine d'un tombeau, Car cette femme pâle, éclairée au flambeau, Si remarquabde avec son ancienne toiilette. Nous l'avons déjà vue aiilleurs; c'est Juliette Qui s"en vient raconter ses amours, et demain Arrivera Sapin». Mar.ifuerite, ou Carmen, Ou Phè<lre. ou Cléopâtre.
On dirait que la terre Chany:ée. au cours des temps, en vaste cimetière, I-a terre, troj) piochée et friable, ne peut Retenir un amour \iolent ou pompeux ; Et ces femmes à (pii leur chair exaspérée
104 LES FOKCES
Faisait de chaque instant une immense durée, Ces mortes n'ont jamais vraiment connu la mort. Le marbre le plus dur cède 'sous leuT effort, Et sur tous les cliemins nous rencontrons leurs âmes.
Point n'est besoin de craindre et de rôder, ô femmes! Vos vices sont en nous soigneusement gardés, Et par vos pa/ssions nous sommes débordés. Pourtant, comment juger des choses, sans balance ? Vous souffriez tout haut, nous souffrons en silence; Votre joie et vos pleurs furent des carillons. Nerveuses vous frappiez le sol de vos talons, Et du sol sympathique aux amours sensuelles. Un poète naissait pour vous rendre immortelles.
Quant à nous, s'il nous faut garder l'anonymat, S'il est trop lent le grain que notre temps sema. Et si nous n'avons pas encor notre poète, Mortes, sachez qu'en nous votre âme se reflète,
Si bien, que vos désirs splendidement humains, L'angoisise de vos yeux, la moiteur de vos mains Nous plong-ent dau'S la même extase inquiétante Que donne l'eau profonde, étendue et mouvante. Tentante comme vous pour qui cherche un hasard, Caressante et fantasque et maîtresse de l'art, L'eau saisit à pleins bras notre chair nue et tendre, Et nous sentons que 'la nature veut nous prendre Infiniment plus près d'elle que tous les jours ; Proches à se tromper et croire qu'alentour C'est le sang de la terre au lieu de l'eau c[ui gronde.
Et vous nous immergez dans tout l'amour du monde.
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