ÉTÉ, JE NE PEUX PAS
L'odeur d'eau d'un torrent s'envole avec gaîté
Et s'épand en subtile et liquide poussière ;
Je songe à mon enfance, où j'ai tant souhaité
Voir l'eau d'un lac charmant rester bleue dans mon verre I
Par ma fenêtre ouverte une guêpe tanguant Se heurte à tout l'azur et bondit dans ma chambre. Son corps impétueux, couleur d'agate et d'ambre, Semble être pourchassé par son propre ouragan.
J'entends les mille chants légers de la Nature ; Tout composé de bruits, que le silence est beau! Je vois la fleur crémeuse et large des sureaux Comme une Voie lactée rêver dans la verdure.
Et le vent buissonnier, indocile, riant, Chargé de ciel, d'espace et de longs paysages, Est pareil à ces vins venus de l'Orient Dont le. secret empois a le goût du voyage...
Joviale odeur de la neige
Plus bleue que blanche ! et le silence
De tout ce sucre glacial,
Qui papillotte, et qui protège
De son calme repos loyal
Le sol où le printemps commence !
— Printemps caché de Février, Vous me chauffez, vous me riez De dessous cette nappe claire De froide farine stellaire,
En ce beau matin d'azur gai !
Le cœur ébloui, intrigué,
J'écoute, sybille terrestre,
Printemps ! vos souterrains orchestres !
— 0 forces de la profondeur, Qui, à coups de petites fleurs.
De fines et frêles papules, De filaments, de vertes bulles, De petits jets sucrés, laiteux, Qui tous se concertent entre eux, En deux mois d'efforts allez faire S'ouvrir d'amour toute la terre !
Une biche passe à pas lents;
Son souffle est sur son front dolent
Comme une vapeur de théière.
— 0 molle neige cachottière, Tous vos rires de corail blanc Annoncent les jeux pétulants Des belles ruses printanières !
Sur vos édredons cristallins Cette nuit sont venus s'ébattre,
— Sorciers fourchus et clandestins — Des pieds de chevreuils et de martres.
0 neige, l'hiver est passé !
Ton grand silence, condensé En mousseuse verroterie, Prépare la jeune prairie :
Prairie où nous verrons éclos, Sirupeux et battant de l'aile,
Ces écarlates hirondelles :
Les frémissants coquelicots !
— Neige, brillant sorbet d'étoiles, Sur ta gouache épaisse et sans plis Les pas des oiseaux ont molli Et tracent de légers pétales.
Un roitelet frileux, touffu.
Tassé sur la branche, répète Son cri aigrelet, vif, pointu Comme un grain d'épine-vinette.
Ciel et terre sont scintillants :
Je sens que le jeune Orient Frémit sous la neige laquée, Comme un groupe d'enfants, riant Au fond d'une blanche mosquée!...