‹ Les forces éternellesChapitre 70 sur 223 · AUTOMNE, TON SOLEIL · texte numérisé non relu

AUTOMNE, TON SOLEIL

Automne, ton soleil, comme une tiède main.

S'est encor ce matin posé sur mon visage,

Une claire gaieté émanait des chemins

Où les ruisseaux glissaient comme un liquide herbag*

11 semblait que l'été, rétrécissant son cœur. Eût laissé dans l'azur ce cercle étroit et tendre D'un soleil plus lointain, dont la pâle chaleur

S'isolait dans l'éther sans vouloir en descendre.

— Mais ce ciel délicat, paisible, cristallin, Ne pouvait pas tromper, triste Automne économe, Cet amoureux besoin qu'a la race des hommes De louer ce qui naît, et non ce qui s'éteint !

AUTOMNE, TON SOLEIL... IG'i

Lo doux parfum des bois dissous dans le silence, Les jardins, leur dernier œillet, mince et fringant, L'abeille frappant l'air d'un vol moins arrogant, M'emplissaient d'une amère et sûre défiance.

— Et pourtant, que m'importe, enfin, ce sol plus nu ! Voudrais-je maintenir l'expansion suprême ? Ayant tout désiré, ayant tout obtenu.

L'excès dans la douleur et dans le plaisir même,

Ne dois-je pas aimer cette saison qui meurt, Qui ferme lentement ses ailes fatiguées, Et qui, sentant faiblir l'éclat et les rumeurs, Se confie au néant, soumise et subjuguée ?

PLUIE PRINTANIERE

Eau tendre où le printemps abonde, Pluie industrieuse et féconde, Dont le clair et piquant tapage Est en marche dans le feuillage.

Fine habitante des nuages, Toi qui transmets le ciel au monde, Viens danser dans mes mains ouvertes, Abaisse tes pieds diligents,

— 0 ma sauterelle d'argent — Sur ma joue à tes jeux offerte ; La nue auguste se dévide

En minces écheveaux liquides.

— Ondée heureuse qui me touches, Tu peux donc laisser sur ma bouche La saveur des hautains espaces.

Tout ce que mon regard embrasse

PLUIE PRINTANIKRE 107

Quand il parcourt la vaste nue Est dans ta douce bienvenue.

— 0 perleuse et tremblante échelle Où mon regard va s'élevant Aussi rapide que le vent, Je me tiens sur ta passerelle !

Apaise par ton eau légère, Qui pourtant s'abat en torrent, La grande soif d'un cœur souffrant En qui tout émoi s'exagère!

Viens noyer sous ton eau hardie Mon déraisonnable incendie ; Éteins ce cœur si brave, et qui Languit sur ses lauriers conquis ; Endors ce frémissant espoir Qui s'irrite et ne peut surseoir, Et que je sois, humide amie, Sous ta ruisselante accalmie, Comme une Naïade endormie...

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