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CHAPITRÉ V

LE DÉPLAGEMEIIT DfiJS OBJETS A OISTANCE

N 1854, le comte Agénor de Gaspàrin publia (i) le résultat dès expérience^ auxquelles il s'était livré pendant cinq mois en Suisse, avec une douzaine de personnes habitant dans son voisinage, au sujet des 'mouvements que Ton pouvait imprimer aux objets inanimés par le procédé connu de la chaîne des mains (2).

Il est inutile de rapporter ce qui a trait au mouvement produit par le contact puisque les expérimèh-

(i) Des tables tournantes. — Paris, 1854; 2 vol. -r I-'fiin.n^ suivante, M. Thury, professeur à l'Académie de Genève publiait un ouvrage dans lequel il pasM en revue lés expériences du comte de Uasparin et entre dans de Ibngs détails ftur les i^ cherches qu'il. a faites en même tèxnps. 11 arrive aui mdm^ conclusions relativement aux faits.

(2) Les Anciens connaissaient ces phénomènes; ^on Vfn trouve la preuve 4ans Tertullieh [Ai^log^itique^. ch., XXIIi): c S'il est donné, dit ce Père, à des mfagidens de feîre apparaître des fantômes, d'évoquer lès flmes des znorts, de forcer là bouche des enfants à rendre deà orcldlés; 6i cek . charlatan^ imitent un grand nombre de miradeà qui S^zh61eht dûs oui cercles ou aux chaînes que dés personnes forment entr^ellesi s'ils envoient des songes, s'ils font des conjurations, s'ils oiit a leurs ordr<» des esprits xûessagers et des démons par la iftm^ desquels les sièges et les tables qui prophétisent sont un fait vulgaire^ avec quel redoublement de zèle ces esprits puissants ne s'efForceront-iJS pas de faire pour leur propre compté ce qu'ils font pour le service d'autrui ( »

tateurs obtinrent le mouvement même à distance (i). Voici', ait M. deGàsparin, comment nous y sommes parvenus une première fois :

Au moment où la table était emportée par une rotatioa énergique et véritablement entrain ante, nous avons tous soulevé nos doigts à un signal donné, puis, maintenant nos mains unies au mo]ren des petiu doigts, et continuant à former la chaîne à quelques lignes au-dessus de la table, nous avons poursuivi notre course, et 4 notre grande surprise, la table a poursuivi également la sienne, elle a fait ainsi trois ou quatre tours I... Et ce qui n'était pas moins remarquable que la rotation sans contact, c'était la manière dont elle s'était opérée. Une ou deux fois la ubie avait cessé de nous suivre, parce que les accidents de la marche avaient écarté nos doigts de leur position régulière au-dessus des bords ; une ou deux fois la table avait repris vie, si je puis m'exprimer ainsi, dès que la chatne tournante s'était retrouvée dans un rapport convenable avec elle. Nous avions tous le sentiment que chaque main avait emporté, par une sorte d'attraction, la portion de la table placée au-dessous d'elle. (Séance du 26 décembre) ,

Nous étions naturellement impatients de soumettre à une nouvelle épreuve la rotation sans contact. Dans le trouble de premier succès^ nous n'avions songé ni à renouveler ni à varier cette expérience décisive.. • Nous avons senti qu'il importait de refaire la chose *avec plus de soin et en présence de témoins nouveaux; qu'il importait surtout de produire le mouvement au lieu de le continuer

On pouvait dire que la table étant déjà lancée, elle conser-

(i) BoDUf {Démonomanie^ Paris, i582; 1. 2, ch. 1"), rapporte qwil s'est • trouvé^ il y a vingt ans, en Tune des premières maisons de Paris, où un jeune nomme fit mouvoir de\*ant plusieurs gens d'honneiir« un tamis sans y toucher et sans autre mystère, sinon en disant certains mots fi-aocais..... et les réitérant plusieurs fois, mais pour montrer que le malin esprit étoit avec celui-là, c'est que un autre, en son absence, le voulut faire en disant les mêmes mou et ne fit rien. •

C. Agrippa fait allusion d'une façon vague, dans lechap. XLIV de sa VanUè des Sciences à ce pouvoir de déplacer les objets : • Les mages, par paroles seules, d*i-il, par anèciions et choses semblables, produisent en eux-mêmes et ailleurs, admirables effects et, par ces moyens, peuvent dissiper les venus et propriétés qui sont es choses, les attirer à eux ou les repousser, et rejeter ou en quelque autre façon les manier et disposer tout ainsi que l'aymant attire à soi le fer, l'ambre, la paille, ou comme l'ail et le diamaqt empêchent la venu de Taymànt. »

vtit une certaine impulsion à laquelle elle obéissait mécaniquement, tandis que nous nous imaginions qu'elle obéissait à notre puissance fluidique. Il fallait donc arriver à produire la rotation en partant du complet repos. C'est ce que nous a?ons fait. La table étant immobile ainsi. que nous, la chaîne des mains s'en edt séparée et a commencé à tourner lentement à quelques lignes au-dessus de ses bords. Au bout d'un moment, la tablé a fait un léger mouvement, et, chacun s*attacbant à attirer par sa volonté la portion placée sous ses doigts, nous avons entraîné le plateau à notre suite. Les choses se passaient ensuite comme dans le cas plnécédent; il 7 a une telle difficulté à maintenir la chaîne en l'air sans la rompre, sans l'écarter des bords de la table, sans aller trop vite et supprimer ainsi le rapport établi, qu'il arrive souvent que la rotation s'arrête après un tour ou un demi-tour. Néanmoins, elle s'est prolongée pendant trois tours et même quatre. (Séance du 2g septembre)

Nous sommes parvenus à opérer sans contact la continuation de la rotation et sa production à partir d'un état de repos. Ce qu'il y a même eu de remarquable, c'est qu'une petite rotation d'un quart de tour a été produite par nos commandements, quoique nous restassions entièrement immobiles. La table fuyait ainsi sous nos doigts. {Séance du 6 octobre)

Une seule expérience nouvelle a réussi • Un plateau tournant sur un pivot soutenait un baquet. Après l'avoir rempli d'eau, j'y plongeai mes. mains ainsi que les deux autres opérateurs. Nous y avons formé la chaîne, nous nous sommes mis à tourner, en évitant de toucher le baquet; et celui-ci n'a pas tirdé à se mettre aussi en mouvement. La même chose a été faite plusieurs fois de suite

Comme on aurait pu supposer que l'impulsion donnée à l'eau suffisait pour entraîner un baquet aussi mobile, nous avons procédé immédiatement à la contre-épreuve. L'eau a été agitée circulairement et cela avec beaucoup plus de rapidité que lorsque nous formions la chaîne ; mais le baquet n'a pas bougé

Revenons à la démonstration par excellence, au soulèvement sans contact .Nous avons commencé par l'opérer trois fois. Puis, comme on a pensé que la surveillance des témoins s'exercerait d'une manière plus certaine sur une petite table que sur une grande et sur cinq opérateurs que sur dix, nous avons foit venir un guéridon en sapin que là chaîne réduite de moitié a suffi pour mettre en rotation. Alors les mains ont été levées, et tout contact ayant cessé, le guéridon s'est dressé sept lois à notre commandement. (Séance du 7 octobre)

Parmi les tentatives nouvelles qui ont été fiutes, je citerai

celle qui avait pour but de toulevèr ehtî^emcnt en l'air une table suspendue à une poulie et équilibrée par un contre-poids. Un seul de ses pieds touchait encore à terte et le poids à attirer était réduit à peu de chose. La chatne ayant été formée» le pied qui touchait le V>1 Ta quitté, et là ta\>)e a accompli aiAsi des vibrations dans lesquels elle lie rencontrait plus le parquet.

M. Louis Figuier considère le mouvement des tables opéré ians contact niàtériel c6mihe étoHt manifestement une impossibilité physique tt il en conclut qu^il s'était glissé parmi les expérimentateurs quelqu'ami trop zélé.

t Là parfaite honorabilité, dit-il, les connaissance^ étendues d'Agénor de Gasparin, ne peuvent être mises en doute ; imais, pour admettre là réalité de Télévation d'une table sans contact, il faudrait que ce fait se fût reproduit plusieurs fois, et à volonté, dans des expériences postérieures avec d'autres observateurs. Or, c'est ce qui n'est jamais arrivé, et ce qui porte à conclure qu'une connivence quelconque s*est glissée dans les expériences qui nous occupent (i). :►

M. Figuier se trompe ; le fait s'est reproduit, depuis, un très grand nombre de fois ; cela est attesté par le rapport d'une commission de savante anglais spécialement composée pour l'étudier : ces savants, membres de la Société dialectique de Londres, sont : Sir John Lubbock et M. Crookes, membres de la Société royale de Londriss ; le professeur Huxley, le naturaliste A. Russel-Wallace, M. Auguste de. Morgan, président delà Soiciété mathématique de Londres et se!trétaire de la Société royale astronomique ; M. Varley, inventeur du condensateur électrique et ingénieur en chef des compagnies de télégraphe international et transatlantique, etc.

(i) Histoire du merveilleux^ tome IV, p. 3a i.

je reprociuis un extrait de ce rapport.

Depuis U Création, ic'est-à-dirè depuis lè l'i février 1869» ^^^Tt Sou»-Comité a tenu quarante séances, dàtit Vt but Ah Viâtt dA expériences et des épreuves rigoureuses.

Toutes ces réunions ont eu lieu dans les demeures privées des membres du Comité, afin d'exclure toute ^Ssibilité de mécanisme disposé d'avance ou d'artifice quelconque.

L'ameublement des pièces dans lesquelles on a fait Texpérîence a été, dans chaque circonstance, leur ameublement ordinaire.

Les tables dbiit on s'est servi ont toujours été des tables à manger pesantes, qui démandaient un effort considérable jpour être mises en mouvement. La plus petite avait cinq pieds neuf pouces de long sur quatre pieds de large, et la plus grande neuf pieds trois pouces de long sur quatre pieds et demi dé large : la pesanteur était en proportion.

Lès chambres, les tables et tous les meubles en général, ont été soigneusement examinée à plusieurs reprises, avant, pendant et après les expériences, pour obtenir là certitude qu'il n'existait aucun truc, instrument ou appareil quelconque, à l'aide duquel les mouvements ci-après mentionnés eussent pu être produits.

Les expériences ont été faites à la lumière du gaz, excepté dans un petit nombre d'expériences spécialement notées dans les minutes.

Votre Comité a évité de se servir de médiums de prc^fession ou médiums payés, le médium étant l'un des membres de votre Sous-Comiié, personne placée dans une bonne position sociale et d'une intégrité parfaite, qui n'a aucun objectif pécuniaire en vue et ne pourrait tirer aucun profit d'une supercherie.

Votre Comité a tenu quelques réunions sans la présence d'aucun médium (il est bien entendu que, dans ce rapport, le mot médium est simplement employé pour désigner un individu sans la présence duquel les phénomènes décrits, ou n'ont pas lieu, ou se produisent avec moins d'mtensité et de fréquence), pour eèiayer d^obtenir par quelque moyen, des efKltà sémbiablei k ceux que l'on observe lorsqu'un médium est préèeht.

Aucun effort ne fût capable de produire quelque chose d'entièrement semblable aux manifestations qui ont lieu en présence du médium.

Chacune des épreuves que l'intelligence combinée des membres de votre Comité pouvait imaginer, a été faite avec patience et persévérance. Les expériences ont été dirigées avec une

grande yariété de conditiont, et toute Pingéniotité poetible a été mise ea eaaai pour infenter let moyeas qui permtttent à ▼otre Comité de wénûer set obaenrationi et d*écarter toute pottibilité d*impoeture ou d'illusion.

Votre Comité a restreint son rapport aux faits dont ses membres ont été collectivement témoins, fidts qui ont été palpables aux sens et dont la réalité est susceptible d'une preuve démonstrative.

Environ les quatre cinquièmes des membres de votre Sous- Comité ont débuté dans la voie des investigations par le scepticisme le plus complet touchant la réalité des phénomènes annoncés, avec la ferme croyance qu'ils étaient le résultat, soit de IMm posture, soit de Tillusion, soit d'une action involontaire des muscles. Ce fut seulement après une irrésistible évidence, dans des conditions qui excluaient Tune ou l'autre de ces hypothèses et après des expériences et des épreuves rigoureuses, souvent répétées, que les membres les plus sceptiques de votre Sous-Comité furent, à la longue et malgré eux, convaincus que les phénomènes qui s'étaient manifestés pendant cette enquête prolongée étaient de véritables fidts.

Le résultat de leurs expériences, longtemps poursuivies et dirigées avec soin, a été, après des épreuves contrôlées sous toute forme, d'établir les conclusions suivantes :

PaiMiàftiMBMT.— Dans certaines dispositions de corps ou d'esprit, où se trouvent une ou plusieurs personnes présentes, il se produit une force suffisante pour mettre en mouvement des objets pesants, sans l'emploi d'aucun effort musculaire, sans contact ou connexion matérielle d'aucune nature entre ces objets et le corps de quelques personnes présentes.

DauxièMEKiNT. — Cette force peut faire rendre des sons,, que chacun peut entendre distinctement, à des objets matériels qui n'ont aucun contact ni aucune connexion visible ou matérielle avec le corps de quelque personne, présente; et il est prouvé que ces sons proviennent de ces objets par des vibrations qui sont parfaitement distinctes au toucher.

TROistàiiBi&nrr. — Cette force est fréquemment^ dirigée avec intelligence, quelque»-uns de ces phénomènes se sont produiu dans trente-quatre séances, sur quarante que votre Comité a tenues. La description d'une de ces expériences, et la manière dont elle a été conduite, montreront mieux le soin et la circonspection avec lesquels votre Comité a poursuivi ses investigations.

Tant qu'il y avait contact ou simplement possibilité de con«

tact par les maint oy par les pieds, ou même par les vêtements de l'une des personnes qui étaient dans la chambre, avec l'objet mis en mouvement ou ■ émettant des sons, on ne pouvait être assuré que ces mouvements ou ces sons n'étaient pas produits par la personne ainsi mise en contact. L*expérience suivante a donc été tentée :

Dans une circonstance ou onze membres de votre Sous-Comité étaient assis depuis quarante minutes autour de l'une des tables de salle à manger, décrites précédemment, et lorsque dé)à des mouvements et des sons variés s'étaient produits, ils tournèrent (dans un but d'expérimentation plus rigoureuse), les dossiers des chaises vers la table, à neuf pouces environ de celle-ci ; puis ils s'agenouillèrent sur les chaises, en plaçant leurs bras sur les dossiers.

Dans cette position leurs pieds étaient nécessairement tournés en arrière, loin de la table, et par conséquent ne pouvaient être placés dessous, ni toucher le parqutt. l.es matins de chaque personne étaient étendues au-dessus de la table à environ quatre pouces de sa surface. Aucun contact avec une partie quelconque de la table ne pouvait donc avoir lieu sans qu'en s'en aperçût.

En moins d'une minute, la table, sans avoir été touchée, se déplaça quatre fois ; la première fois d-environ cinq pouces d'un côté ; puis de douze pouces du côté opposé; ensuite de la même manière et respectivement de quatre et de six pouces.

Les mains de toutes les personnes présentes furent ensuite placées sur les dossiers des chaises, à un pied environ de la table qui fut mise en mouvement cinq fois, avec un déplacement variant entre quatre et six pouces.

Enfin toutes les chaises furent écartées de la table à la distance de douze pouces, et chaque personne s'agenouilla sur sa chaise comme précédemment, mais cette fois en tenant les mains âerr rière le dos, et, par suite, le corps placé à. peu près à dix-huit pouces de la table, le dossier de la chaise se trouvant ainsi entre l'expérimentateur et la table. Celle-ci se déplaça quatre fois dans des directions variées.

Pendant cette expérience décisive, et en moins d'une demiheure, la table se mut ainsi treize fois, sans contact ou possibilité de contact avec une personne présente, les mouvements a3rant lieu dans des directions différentes et quelques-uns de ceux-ci répondant à la demande de divers membres de votre Comité.

' La uble a été examinée avec soin, tournée sens dessus desisous, et scrutée pièce par pièce, mais on n*a rien découvert qui pût rendre compte des phénomènes. L'expérimentation a été

faite partout en pteine lumière du gaz placé au-dessUt de la

table.

' Eu résumé» votre Sous-Coqitté a été plus de cinquante fois

témoin de semblables mouvements sans contact^ en huit soirées

diffiîrentes, dans des maisons de membres de votre Soys-Comité,

et chaque fois les épreuves les plus rigoureuses ont été mises e '

œuvre.

Dans toutes ces expériences, l'hypothèse d*un moyen méca nique ou autre a été complètement écartée par le hït que les mouvements ont eu lieu dans plusieurs directions» tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, tantôt en remontant vers le haut de la chambre, tantôt en descendant; mouvements qui auraient exigé la coopération d'un grand nombre de mains et de pieds et qui, en raison du volume considérable et de la pesanteur des tables, n'auraient pu se produise sans .l'emploi visible d'un éfibrt musculaire.

Chaque main et chaque pied étaient parfaitement en vue, et aucun d'eux n'aurait pu bouger, sans qu'on s'en aperçût immédiatement.

L'illusion a été mise hors de question. Les mouvements ont eu lieu en difiEérentes directions, et devant toutes les personnes présentes. C'est là une a£(aire de mesurage et non d'opinion ou d'imagination.

Ces mouvements se sont reproduits tant de fois, dans des conditions si nombreuses et si diverses, avec tant de garanties contre Terreur ou la supercherie et avec des résuluts si invariables, que les membres de votre Sous-Comité, qui avaient tenté ces expériences après avoir été pour la plupart antérieurement sceptiques au début de leur investigation, ont été convaincus qu't/ existe une force capable de mouvoir des corps pesants sans contact matériel^ force qui dépend^ tCune manière tnconifue, de la présence S êtres humains.

Votre Sous-Comité n'a pu collectivement obtenir aucune certitude relativement à la nature et à la source de cette force, mais il a simplement acquis la preuve du fait de son existence.

Votre Comité pense qu'il n'y a aucun fondement à la croyance populaire qui prétend que la présence de personnes sceptiques contrarie la production ou l'action de cette force.

En résumé, votre SDua-Comité exprime unanimement l'opinion que l'existence d'un |ait ph)rsique important se trouve ainsi démontrée, à savoir: que des mouvements peuvent se produire dAns des corps solides, sans contact matériel, par une force inconnue jusqu'à présent, agissant à une distance indéfinie de Torganisme humain, et tout à fait indépendante de l'action

musculaire, force qui doit être soumise à un examen scientifique plus approfondi, dans le but de découvrir sa véritable source, sa nature et sa puissance.

Voici maintenant quelques faits empruntés à d^autrès sources et qui se relient aux phénomènes observés par le Pr Pineau sur HQUQripe Seguiii (i).

M. Chevillard, professeur à TEcole nationale des Beaux -Arts, qui a fait un livre (2[) poqr combattre la théorie des esprits, rapporte d'abord q^'il a vu yne table soulevée entièrement de ii centimètres sous l'action de* trois médiums et que ses efforts, à lui et à cinq autres personnes assises à la table, ne parvinrent point à la faire descendre (3) ; plus loin il ajoute (p. 54).

Nous étions dix personnes On avait obtenu depuis iieuf

heures jusqu'à onze heures des battements rhythmés, des oui, des non, des- nombres. Je n'étais point étonné, connaissant la

niaiserie de sa puissante médium physique Pour mieux

contrôler les expériences, je demandai la permission de les diriger, ce à quoi M. P., homme crédule et sincère, ne fit aucune difficulté. Je commandai à tout le monde de s'éloigner de la table d'environ o m. 5o, et j'en fis autant. Cela exécuté, j'ordonnai à haute voix à la table de venir sur moi et de retourner ensuite à sa place. Cette table en bois, ronde, épaisse et lourde, m'obéit brusquement et instantanément à ma grande surprise. A la rapidité de sa course, je m*attendais à un choc violent; mais, chose curieuse, à peine fus-je effleuré..... Une personne assez éloignée de moi, ancien notaire, passant dans son village pour se livrer quelque peu à la sorcellerie, répéta mon commandement qui fut répété de même. Une troisième le répéu encore, la table ne bougea plus.

Le marquis de Mirville raconte les deux expériences suivantes, tout à fait analogues, qu'il a lues dans un

(i) Voir la fin de notre chapitre IL

(2) Etudes expérimentales sur certains phénomènes nerveux. — Paris, Dentu, 1872.

(3) Jb., p. 5o.

manuscrit du P. Barrât, longtemps professeur de

philosophie chez les Jésuites.

Voulant un {pur prouver à plusieurs prêtres, mais surtout à un magnétiseur, que le fluide, dont celui-ci se croyait le directeur exclusif, écoutait aussi d'autres ordres, il s*en empare mentalement et se propose de le faire obéir contradictoirement à la pensée du somnambule et de son mattre^ Comment s'y prendil T Auprès de lui se trouvait en ce moment un pan de rideau garni de ses anneaux ; à l'insu de ses deux magiciens, il détache donc et serre fortement ceux-ci dans ses deux mains;... suspend sa pensée, puis, au moment où l'on y pense le moins, il émet une simple intention, et voilà que malgré ses efforts les anneaux y <ont violemment arrachés et lancés è l'autre extrémité de la chambre..... Il émet une autre intention... et voilà que le fauteuil auquel il commande se met à tourner, à rouler tout seul sur le parquet, et à parcourir l'appartement à la grande stupéfaction des témoins et de la somnambule et surtout du magnétiseur qui se trouvaient dépossédés subitement et de leur propre fluide et des théories qui faisaient leur orgueil ; et dépossédés par qui? par. un profiahe, par un philosophe, ennemi du magnétisme, qui ne s'était même pas mis en rapport avec eux et qui, depuis, ne s'est jamais retrouvé la moindre puissance magnétique.

M. Crookes a décrit en détail (i) une expérience d^un autre genre faite par M. Home, le soir, dans sa propre salle à manger éclairée au gaz, devant lui, son frère, son aide de chimie, un docteur en droit bien connu à Londres, et un éminent physicien, membre de la société Royale.

Deux cercles de bois, l'un de q"* 55, l'autre de o« 60 de diamètre, furent réunis ensemble i>ar douze lattes étroites chacunes de o>° 55 de longueur, de manière à former la charpente d'une espèce de tambour ouvert de haut en bas. Tout autour, cinquante mètres de fils de cuivre isolés et pouvant communiquer avec

(i) Recherches êur les phénomènes du spiritualisme^ pp. i3 et suiv.

une pile placée dans une autre pièce^ furent enroulés en vingt-quatre tours^ cbacun de ces tours se trouvant à environ deux centimètres de son voisin. Ces fils de cuivre horizontaux furent alors solidement reliés ensemble avec de la ficelle, de manière à former des mailles de 4 à 5 centimètres de large sur 2 centimètres de haut. La hauteur de cette cage était telle qu'elle pouvait glisser sous la table de la salle à manger, mais elle en était trop près par le haut pour permettre à une main de s'y introduire dans l'intérieur, ou à un pied de s'y glisser par dessous.

M. Home prit, avec le bout des doigts, par le fond opposé aux touches, un accordéon que M. Crookes avait acheté dans la journée et que lui, Home, n'avait jamais vu, ni touché avant ce moment*Ià. Il l'introduisit dans la cage que Ton repoussa ensuite sous la table de telle manière que la main qui tenait Pinstrument fut pressée entre le bord inférieur de la table et le bord supérieur de la cage ; son autre main fut posée sur la table.

Au bout de très peu de temps, les spectateurs virent l'accordéon, dont la clef de basse avait été préalablement ouverte, se balancer de lui-même, faire entendre d'abord des sons isolés, puis jouer des airs. M. Home abandonna alors l'instrument et plaça la main qui lé tenait sur celle d'un spectateur; Taccordéon flotta tout seul dans la cage et continua à jouer.

Home ayant repris Tinstrument, de la manière qui a été indiquée plus haut, c'est-à-dire par le bout opposé aux touches, et le soutenant ainsi dans la cage, OQ fit passer un courant électrique dans les fils; aussitôt l'accordéon résonna et s'agita d'un côté et de l'autre avec vigueur, mais il n'a pas été possible de savoir net-

tement si ce courant était venu en aide à la force qui se manifestait à Tintérieur.

M. Crookes parle plus loin (i) d'autres manifestations de même genre produites par la présence de Home dans des appartements où il lui était impossible de s*aider d'aucun truc*

Un médium circulant dans ma taUe à manger ne pouvait pat, dit-il, quand fêtais assis dans une autre partie de la chambre avec plusieurs personnes qui l'observaient attentivement, faire jouer par fraude un accordéon que je tenais dans ma propre main, les touches en bas, ou faire flotter ce même accordéon ça et là dans la chambre en jouant pendant tout le temps. U ne pouvait pas apporter avec lui un appareil pour agiter les rideaux des fenêtres, ou élever des jalousies vénitiennes jusqu'à huit pieds de hauteur ; feire un nœud à un mouchoir et le- mettre dans un coin éloigné de la chambre ; faire résonner des notes à distance sur un piano; faire voler un porte-cartes par l'appartement; soulever une carafe et un verre à pied au-dessus de la table; feire dresser sur un de ses bouts un collier de corail ; feire mouvoir un éventail et éventer la compagnie; ou bien mettre en mouvement une pendule enfermée dans une vitrine solidement scellée au mur.

C'est à cet ordre de phénomènes qu'il faut rapporter ceux qui se manifestaient, il 7 a quelques années, sous l'influence des frères Davenport (2), et ceux que produit en ce moment un médium américain, M. Slade.

Les actes de M. Slade ont déjà été étudiés, en avril 1878, par le Dr Zollner, professeur d'astronomie à l'université de Leipsig et correspondant de notre Institut, assisté de l'illustre chirurgien Thiersch, du professeur Fechner et de plusieurs autres savanu (3). Ils peuvent se résumer ainsi :

(a) Hnifàs (C. Flammarion). ~ Deê farces naturelles tneofinues, à propos des phénomènes produits par les ft-hes Davenport et par les médiums en général. Paris, ig(55.

(3) ZÔLLMBu -* Wissensthaftliche Abhandlsmgen. Leipcig»

Une aiguille d*acier était aimantée par son contact ; une aiguille aimantée renfermée dans la boite d'une boussole était mue par sa volonté ; un crayon écrivait sur un papier placé entre les plis d^une table à charnières, fermée et scellée ; des nœuds se faisaient ou se défaisaient d'eux-mêmes sur une corde dont les deux bouts étaient fixés et scellés ; des rideaux s^ouvraient sans qu'on les touchât ; le son d'une clochette invisible se promenait à travers la chambre ; un harmonica isolé de tout contact humain jouait des airs de musique ; divers objets disparaissaient et reparaissaient â volonté, même un tabouret placé sur une table que Ton voyait ensuite tomber de deux mètres de haut, les pieds en Tair ; une main invisible pinçait au bras les spectateurs ; un vase de farine ayant été placé sous la table, cette main y trempait d'abord les doigts, dont l'empreinte se marquait sur les habits des personnes touchées : de son côté, la farine du vase portait la trace de cinq doigts, avec les détails les plus délicats de leur structure, et jusqu'aux plis de la peau.

M. le D' Paul Gibier, ancien interne de chirurgie et de médecine des hôpitaux de Paris, vient de répéter ces expériences (avril et mai j886), et il a bien voulu me communiquer les épreuves de son livre sur le Spiritisme (i), où elles sont relatées en détail.

Je me bornerai à les indiquer, en m'arrétant seulement sur celles qui confirment les récits précédents.

1877- — Naturwissensçfutfi und christliche Offenbarmg. Leipzig, 1881.

(i) Ce Uyre vient de paraître à la librairie O. Doin, à Paris.

1 *• CLASSE. — Phénomènes de percussion ; coups frappés ; sons divers.

2* cuLssB. — éMouvements de corps avec contact du médium.

Le plus curieux effet de ce genre obtenu devant le Dr Gibier et ses amis, a été renlèvement à plusieurs reprises, par simple contact de la main du médium, d'une table qui se soulevait, se retournait, et allait toucher le plafond de ses quatre pieds au-dessus de la tête des spectateurs.

3^ CLASSE. — éMouvements de corps plus ou moins lourds sans contact avec le médium.

Le 29 avril 1886, dans une séance de jour, Slade était assis en face de la fenêtre, ses pieds tournés du côté du Dr Gibier. Tout à coup, une chaise placée à I m. 20 de distance, fit un demi-tour sur elle-^même et vint se jeter, contre la table comme attirée par un aimant.

Le 1 1 mai 1886, Slade était dans la même position, en plein jour à 3 h. 1/2 de l'après-midi; un bahut placé à o m. 75 de la chaise de Slade se déplaça assez leptement d'abord (en quittant le mur oti il était appuyé) pour qu'on pût s^assurer qu'aucun contact n'existait entre ce meuble et les objets qui Tentouraient, puis il vint frapper violemment contre la table autour de laquelle étaient rangés les observateurs. Slade tournait le dos au bahut.

M. A. F. et nous-mêmes, dit M. Gibier, lui faisions foce. Nous ne pouvons dire l'cflet produit par ce meuble massif semblant s'animer pour un instant d'une vie propre.

L.e 12 mai, sur notre demande, une chaise fut comme mue par un ressort et s'élança à i m. So de hauteur

Aussitôt après chaque mouvement semblable aux précédents, nous nous sommes assurés par Tezamen des planchers, des murs, des meubles, qu!aucuhe hypothèse physique ou mécanique ne pouvait expliquer d'une manière satisfaisante les projections auxquelles nous venions d'assister.

Après avoir passé une fois la main au-dessus d'une aiguille aimantée, enfermée dans un boîtier vitré de la grandeur d'une montre, sans la faire sortir de son immobilité, Slade fit mouvoir une deuxième fois sa main droite de la même manière : l'aiguille fut violemment agitée et fit plusieurs tours sur son pivot quand le médecin prononça ces paroles en anglais: c Voulez-vous, je vous prie, faire tourner cette aiguille du compas. > Nous avions nos jambes sous la table au niveau du point où se trouvait la boussole et les yeux fixés sur ceux de Slade. La pièce de l'appartement où se faisait l'expérience est située à l'entresol et juste au-dessus du vestibule; nous n'y avons vu aucune installation de machine électrique. Nous savons en outre que les appartements situés au-dessus de celui où se faisait l'expérience ne sont pas loués par le médium. Enfin Slade ne s'attendait pas ce jour-là à ce que nous lui demandions cette épreuve.

La même expérience fut tentée deux autres fois et sans succès.

Le D' Gibier parle ensuite de corps brisés par simple contact du médium^ de mains apparaissant à la lumière naturelle, de sensations de contact, etc. Mais le phénomène qu'il a le plus étudié est celui de récriture spontanée obtenue sur des ardoises.

Ici comme pour Home, les gens qui n'ont rien vu n'ont point hésité à affirmer l'existence d'un truc. Le D' Gibier a eu soin de répondre à cette objection par l'attestation d'un témoin compétent, qui, tout ému de ce qui venait de se passer sous ses yeux, a écrit sur l'album du salon de Slade :

< J'affirme, Messieurs les savants, moi prestidigitateur, que la séance de M. Slade est vraie^ vraiment spiritualiste et incompréhensible en dehors de toute manifestation occulte. Et de nouveau j'affirme. > Signé : J . • ., du théâtre Robert- Houdin.

Avril î886.

J'ai assisté moi-même, il y a trente ans^ à Metz, à un fait d'enlèvement de table. Cétait le soir, dans une demi-obscurité, chez un industriel de la ville, qui avait parmi ses ouvrières un médium. Nous étions quatre : le maître de la maison, le médium, un de mes camarades de Técole d'application, aujourd'hui colonel d'artillerie, et moi.

Nous plaçâmes nos mains sur un petit guéridon^ et au bout de quelques minutes, je le sentis littéralement bondir comme un animal, et j'éprouvai la sensation de fix>id signalée par la plupart des observateurs.

Nous enlevâmes alors tous nos mains, sauf le médium, qui mit la main droite à plat sur le milieu du guéridon, Tenleva et le tint ainsi suspendu assez longtemps pour que nous pussions avec nos mains et nos bras explorer l'espace entre le guéridon^ le plancher et le plafond et constater qu'il n'y avait aucune ficelle. La jeune fille posa ensuite à terre le guéridon, qui sHndina à environ 45<» et se porta ainsi tout seul rapidement, mais avec une vitesse sensiblemeqt uniforme, jusqu'à l'un des angles de la pièce dont nous occupions le milieu et oti il £ràpi>a le mur assez violemment pour se briser en partie, si mes souvenirs ne me trompent pas sur ce dernier point..

N'ayant jamais eu l'occasion de rien revoir de semblable, je ne me serais pas prononcé sur la réalité de ce fait, si les nombreux cas analogues dont j'ai donné le récit ne m'avaient rassuré sur le témoignage de mes sens.

En Orient, les manifestations de ce genre sont, parait-il, fi-équemnient produites par les prêtres bouddhistes.

Un voyageur russe fut témoin, en Sibérie, des opérations magiques d'un lama. Il les a décrites, en i853, dansV Abeille du Nord^ journal publié à Saint- Pétersbourg.

Au nombre des moyens qu*emploie le lama, dit-il, il en est un plus curieux que les autres. U s'assied par terre, devant une petite table carrée, place sa main dessus et commence à voix basse la lecture d'un ouvrage thibétain. Une demi-heure après, il se soulève, détache sa main de la table, l'élève et la table monte, suivant la direction de la main. Le lama se place alors debout, met sa main au-dessus de sa tête et ta table se trouve au niveau de ses yeux. L'enchanteur fait un mouvement en avant, la table l'exécute; il court, la table le précède avec une rapidité telle qu'il a peine à la suivre. Après avoir pris diverses directions, elle oscille un peu dans l'air et finit par tomber. De tou* tes ces directions qu'elle a suivies, s'il en est une plus marquée, c'est de ce côté qu'on doit chercher les objets volés.

remprunterai un dernier récit (i), sur ces faits, i

M. Jacolliot, ancien président du tribunal de Cban-

dernagor. La scène se passe en plein jour et sur la

terrasse de sa maison, à Bénarès où il était allé

passer les vacances en 1867 (2).

Le fakir était d^à en posture, les deux mains étendues dans la direction d'un énorme vase de bronze plein d'eau. Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que le vase commença à osciller sur la base, et à s'approcher insensiblement et sans secousse du charmeur. Au fur et à mesure que la distance diminuait, des sons métalliques s'échappaient du vase, comme si on eût frappé

(i) Suivant le P. de la Bissachère, certains prêtres de la Cocbinchine font mouvoir, par le seul e£Port de leur volonté, une lourde barque sur le rivage. (Sainte-Croix. Vmrage aux Indes Orient,, lettre 60). — Le mystique Fabre d'Olivet prétendait avoir souvent fait sortir un volume du rayon de sa bibliothèque « en se mettant en face et en s'imaginant fortement qu'il avait l'auteur devant les yeux. » ^ Le célèbre chimiste Van Mons affirmait à M. Jobard (de Bruxelles) qu'il avait, par sa seule présence et sa volonté, déterminé des combinaisons chimiques qui refusaient de s'opérer sous la main de ses élèves.

(2) ^Voyage au pays des Fakirs charmeurs, pp. 23 et suiv. ;

f>. 43. — Voir encore à ce sujet les pratiques des sorciers apons avec leurs tambours dans les voyages de Regnard, celles des fokirs indiens dans l'histoire des voyages de Laharpe.

ce dernier avec une tige d'acier. A un moment donné, les coups devinrent si nombreux et si rapides que Tefièt produit ressemblait à celui de la grêle sur une toiture de zinc. Ajant demandé à Covindassamy de diriger J*opération^ œ à quoi il consentit immédiatement, le vase, toujours sous l'influence du charmeur, avança et recula ou resta immobile en se conformant aux demandes que je lui adressais..... Le vase ainsi mis en mouvement pouvait à peine, quand il était \\de, être remué par deux hommes. Largement évtdé comme une coupe, et placé de façon à recevoir la pluie du jet d'eau, il servait aux ablutions du matin qui, dans l'Inde, sont un véritable bain

Le fiedLirqui n'avait quitté ni sa place, ni changé sa position, se souleva alors et appuya le bout de ses doigts sur les rebords du vase. Ce dernier se mit, après quelques instants, à se balancer de droite à gauche en augmentant graduellement de vitesse...

Trois fois pendant ces balancements le vase se souleva entièrement à 7 ou 8 pouces du sol, et quand il retombait sur la dalle, c'était toujours sans choc ni bruit appréciable...

Le lendemain, nouvelles expériences avec le même vase : le fakir impose les mains sur la surfece de l'eau dont il était plein jusqu'au bord^ sans le toucher cependant ; au bout d'une heure d'attente silencieuse, l'eau commença à s'agiter doucement: des rides légères se formaient à l'opposé de l'opérateur et venaient de son côté frapper doucement les bords du vase.

Peu à peu le flot augmenta d'intensité et, sans direction aucune, éclata en tous sens, comme s'il eue été soumis par la chaleur à une forte ébulition. Bientôt 11 dépassa la main du charmeur et plusieurs jets s'élevaient par instant à un ou deux pieds de la surface. Je priai Covindassamy de retirer ses mains, et l'agitation de l'eau, sans cesser complètement, diminua peu à peu ainsi que cela se produit dans le liquide bouillant dont on éloigne le récipient du feu. Chaque fois, au contraire, que le charmeur replaçait ses mains dans la première position, le mouvement s'accentuait de nouveau.

Je regardai attentivement de tous côtés, je fis déplacer le vase, sonder le stuc du parquet, retourner le pied de bronze pour savoir s'il était creux... Le fakir me regardait fiiire avec la plus grande indifférence, et je ne découvris rien.

La dernière partie de la séance fut plus extraordinaire encore. L'indou ayant demandé de lui prêter un petit bâton, je lui

remis un crayon en?eloppé de bois qui n*avait pas encore été taillé ; il le plaça sbr l'eau et, en quelques minutes, par Timposition des mains, le fit mouvoir dans tous les sens comme l'aiguille d'une boussole à laquelle oc présente une tige de fer. Ayant posé alors l'inlex sur le milieu du crayon, si délicatement que la position de ce dernier sur l'eau n'en fut pas affectée, je vis, au bout de quelques instants, le petit morceau de bois descendre insensiblement sous Teau et atteindre le fond du vase.

Quelques jours après, j'avisai un petit moulin que l'on pouvait mettre en mouvement par un simple soiifRe et qui communiquait son impulsion à plusieurs personnages ; je le montre! à Covindassamy et lui demandai de le faire marcher sans 1^ toucher. Par la seule imposition des mains, le moulin se mit à tourner avec une extraordinaire rapidité et son allure augmentait ou diminuait selon la distance où se plaçait le fidctr'.

Nous trouverions donc ici l'explication ou plutôt la confirmation de l'existence des trépieds merveilleux dont parle Homère (i), qui, fabriqués par Vulcain, se rendaient d'eux-mêmes à rassemblée des Dieux, et en revenaient également d'eux-mêmes; Apollonius en aurait vu de semblables chez les sages de l'Inde (2), et les historiens anciens parlent fréquemment de statue^ automates (3). Quand la doctrine catholique

(1) Iliade — Chant XVllI.

(2) Philostrate, Vie d'Apollonius^ VI, 6. — Philostrale rapporte également (liv. III, ch. 5) que les saees de l'Inde conduisirent Apollonius vers le temple de leur Dieu en chantant des hymnes et en formant une marche sacrée • La terre quMls frappent en cadence de leurs bâtons se meut comme une mer agitée et les élève presque à la hauteur de deux pas, puis se rasseoit et reprend son niveau. > Ce prestige était également produit par Home. M. Du Potct raconte (Journal du Magnétisme, n* du 25 nov. iSSy), que dans une séance donnée par Te célèbre médium et où il se trouvait avec trois autres personnes, on vit

Lispendue

été sur le pont d'un vaisseau battu par la tempête et le parquet semblait onduler sous leurs pieds, w M. Crookes signale aussi cet ébranlement ou tremblement d^une chambre et de son contenu sous l'influence du médium américain (Recherches sur les phén, duspirit.^ p. i5o).

(3) Macrobb, Satum. x, 3. — Julien, De la déesse Syrienne.

dit que la foi transporte les montagaes, elle ne croit point parler au figuré, et St-Grégoire de Nysse (i) rapporte que St-Grégoire le thaumaturge convertit un païen en déplaçant instantanément, par un simple ordre accompagné d'un acte de foi, un énorme rocher qui se trouvait devant leurs yeux et hors de la portée de leurs mains. Il fout ajouter que les missionnaires nous rapportent fréquemment des prodiges de même nature opérés par les prêtres païens : Tun d'eux parle € d'idoles qui s'agitent d'elles-mêmes > (2) ; un autre < de ces berceaux de feuillages et de ces grands linceuils que Ton voit se suspendre dans les airs, sans aucune sorte d'attache et cela au simple commandemeut > ; un autre enfin < d'objets fixés solidement contre les murailles et auxquels on donne l'ordre de s'en éloigner rapidement >.

Pour expliquer les phénomènes de transport, la doctrine catholique a recours, suivant les cas, à Tintervention divine ou à Tintervention démoniaque ; la plupart des fakirs de l'Inde et des spiri tes d^ Europe admettent celle des âmes des morts. Nous n'avons point à juger ces hypothèses ; elles sont en dehors du domaine scientifique. Les combattre, ce serait excéder notre droit tant que nous ne pouvons fournir d'explication plus plausible^ car elles ne sont absurdes ni l'une ni l'autre ; les approuver, ce serait méconnaître prématurément l'efficacité des méthodes positives qui ont donné, de nos jours* de si magnifiques résultats.

Bien que les théories physiques émises sur

^ Voir dans mon livre sur les Origines de la science, comment les Anciens étaient arrivés à imiter mécaniquement ce prodige. IChap. V).

(i) DevitaS. Grég. thaum. — Patr. gr. t. 46, col. 9f8.

(a) Lettres édifiantes, t. VI, p. 277.

ce sujet ne soient encore que des hypothèses vagues

et dénuées de fondements tant soit peu solides,

il est néanmoins intéressant de les rappeler, car elles

peuvent donner des indications, sur le mode depro^

duction des phénomènes^ quelle que soit du reste la

nature de V agent moteur.

Voici celle de M. Chevillard (i) :

L'idée de Taction volontaire mécanique se transmet par le fluide nerveux du cerveau jusqu'à l'objet inanimé suffisamment échau£Eé; après quoi, celui-ci exécute rapidement l'action en qualité d'organe automttique Hé par le fluide à l'être voulant, que la liiiison soit au contact ou à distance courte ; mais l'être n'a pas perception de son acte, parce qu'il ne Texécute pas par un efibrt musculaire (i).

La liaison de Tacteur avec l'objet inanimé p^r l'intermédiaire du fluide serait confirmée par les sensations lumineuses qu'auraient perçues certains sensitifs voyants comme ceux de Reichenbach et que je trouve ainsi décrite dans V Extase de Desages(p. 270).

Après un certain laps de temps, le sensitif voit les flammes bleues et les flammes, rouges qui se dégagent des doigts s'étendre sur la table et former autour de chaque main comme une auréole brillante. Peu à peu ces auréoles deviennent plus larges ; elles se rapprochent les unes des autres et se confondent enfin pour ne former autour de la table qu'un seul cercle qui brille de toutes les nuances de l'arc-en-ciel et dans lesquels on distin-

(i) Etudes^ etc., p. 62.

(a) M. Chevillard affirme (Etudes, p. 49) qu'il suffit de f lire communiquer avec !e sol par un fil de cuivre une table qui frappe Mes coups sous l'influence d'un médium, pour que tout battement cesse. J'ai eu l'occasion, deux fois, d'essayer l'expérience ; elle n*a pas réussi.

Cependant le baron du Potet rapporte dans son €Manuel de V étudiant magnétiseur (p. loi) un fait analogue :

Un artisan de Reims, à la suite d'une aflection nerveuse, se mit à entendre distinctement, lorsqu'il, était couché^ de petits coups frappés sur le dossier de son lit, à l'extrémité de tes pieds. Ce phénomène fut constaté par des voisins, et même par son médean qui l'avait emmené coucher chez lui dans un autre lit. Un chimiste de Rouen qui était venu à Reims pour éclairer

gue les doîgtt des opérateurs comme autant de rayons rouges et bleus. Pendant que le cercle se forme et se développe, apparaît au milieu de la table une surface lumineuse et convexe. Toutes ces difiifrentes lueure deviennent de plus en plus dis* tinctes et finissent par s'étendre et se réunir les unes aux autres* de sorte que la table apparaît aux jeux du sensîtif comme recouverte d'une nappe lumineuse, avec un léger renflement au milieu. Bientôt ce renflement devient plus prononcé. Il prend d'abord la forme d'une boule brillante ; puis* s*allonge«nt et s'élevant, il se transforme peu à peu en une colonne diaphane et lumineuse, qui va atteindre le plafond et y former un large disque comme' ferait une flamme ordinaire. Cette colonne est produite par les rayons odiques d'une nature contraire, lesquels s'échappent du pied droit et du pied gauche de chaque expérimentateur, traveraent la matièra ligneuse et se déversent dans l'atmosphère avec cette force propulsive particulière à toutes les émanations odiques. Ce qui prouve qu'il en est bien ainsi, c'est que la colonne lumineuse que nous venons de décrire ne se produit pas quand les personnes qui forment la chaîne évitent de mettre les pieds en contact avec le meuble (i). C'est à ce moment que les phénomènes odiques acquièrent une énergie extraordinaire, que la table s'agite et commence à tourner; on la voit alora se mouvoir dans une atmosphère brillante. De grandes traînées de feux odiques surgissent sur le parquet, et des lueura d'un éclat inaccoutumé jaillissent du corps de tous ceux qui entourent la table et en suivent les mouvements. On observe que quelques-unes de ces personnes abandonnent la pourauite de la table; elles ressentent des douleura violentes et l'on en a vu tomber quelques instants après dans de violentes convulsions. On peut être assuré que ce sont là des sensitife qui n'auront pu subir impunément l'aaion prolongée d'une aussi grande accumulation d'od.

cette ville su gaz. fut également témoin du feit et entendit les coups. Il eut ndee d'attacher au gros orteil du malade un fil d» laiton dont l'extrémité allait plonger dans un vase où il y avait une dissolution saline. Les coups cessèrent aussitôt et après quelques joura de ce traitement, le malade fut définitivement guén.

ni cation avec le soK

(i) On remarquera la contradiction de cette assertion arec le phénomène du mouvement sans conuct avec la table.

M. Crookes fait observer (i) que tous ces phénomènes sont généralement précédés par un refroidissement particulier, qui arrive souvent à être un vent bien marqué.. « Sous son influence j'ai vu, dit-ii, des feuilles de papier s'enlever et le thermomètre baisser de plusieurs degrés. Dans d'autres occasions dont je donnerai plus tard les détails, je n^ai remarqué aucun mouvement de l'air, mais le froid a été si intense que je ne puis le comparer qu'à Telui qu'on ressent lorsqu'on tient la main à quelques pouces de mercure gelé. »

Je ne me suis occupé qu'incidemment de cet ordre de feits. Un des sujets avec lesquels j'étudiais les phénomènes physiques de la polarité, se trouvant en même temps très bon médium et très sensible aux suggestions, j'ai essayé à deux ou trois reprises de combattre par ces dernières les manifestations spirites.

Ainsi, j'ai suggéré à Marie, pendant l'état somnambulique, qu'à son réveil elle se mettrait toute seule à la table, qu'elle la ferait parler et que l'esprit qui viendrait serait non M • V. qui est son interlocuteur habituel, mais celui du D^ Charles R. La suggestion . n'a produit qu'une partie de son effet et c'est M. V. qui a répondu.

Une autre fois, j'ai suggéré à Marie qu*au quatrième coup frappé par la table, elle serait contracturée du •haut en bas ; elle était également seule à opérer. Au quatrième coup, la contracture s'est produite avec une grande intensité, et la table a continué à se mouvoir, mais moins tort, paraissant gênée par la rigidité des mains.

(i) Rech.sur les phén. duspiriU, p. i5i.

Il est ceruin cependant que plusieurs personnes se tenant par la main développent un dynamide susceptible d'agir sur les sensitifs.

L'un quelconque de mes sujets, en contact avec une chaîne ainsi formée et ouverte^ se meta trembler dès qu'elle se compose de 4 ou 5 individus; quand le nombre en est porté à 9 ou 10, il est obligé de lâcher tant la secousse le fatigue. Le phénomène cesse ou du moins diminue beaucoup quand on ferme la chaîne.

Humboldt avait déjà remarqué (i) que si douze ou quatorze personnes se tiennent par la main, les deux dernières touchant Tune Tarmature d'un nerf, l'autre celle d*un muscle d*une grenouille, il se produit des contractions dans l'animal comme lorsqu'elle est traversée par un courant galvanique.

L'éminent observateur avait en outre constaté, maintes fois, que certaines personnes jouissaient de la propriété d'empêcher, par leur présence dans la chaîne, les contractions de se produire, même en ayant la précaution de se mouiller les mains et de se placer sur un plancher humide (2).

(i) Expériences sur te galvanisme, p. i5o.

(2) Cette propriété isolante n'est pas permanente chez la* même personne; Humboldt suppose qu'elle est souvent la conséquence d'un état morbide et en particulier d'afiections rhumatismales.

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