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LES ACTIONS PSTCHIQUES BES CONTACTS ET BES ÉMANATIONS

§ i*'. — Ijes actions en hétèronome.

N a vu que l'état de crédulité était déterminé par les polarités isonome3 et que l'action en hétèronome ramenait à l'état normal. Je vais étudier maintenant ce qqi se produit lorsque l'on prolonge cette action.

N'agissons d'abord que sur un seul côté du cerveau.

Je donne, avec un procédé quelconque, une hallucination unilatérale sur le côté droit, par exemple.

J'applique sur ce côté droit une polarité — ; il y a aggravation de Tbypnose et sommeil proprement dit.

J'applique la polarité -«? sur le côté gauche ; il y a transfert de rhaUacinAtipii.

J'applique une polarité + sur ce côté gauche ; il y a transfert de Thalluckiation, puis sommeil.

J'applique enfin sur le côté droit la polarité + \ilY a d'abord suppression de l'hallucination, puis produc-

tion en général d'une hailucinatioa opposée dont je spécifierai tout $ Tbeure les caractères.

Si Ton produit, par suggestion, le mouvement d'une partie du corps, on peut déterminer mécaniquement le transfert de ce mouvement à la partie symétrique en agissant en bétéronome soit sur cette dernière partie, soit sur le lobe du cerveau qui est du même côté.

Ainsi Gabrielle a les deux mains sur la table ; je lui dis de penser à tambouriner avec les doigt? de la main droite, p^i8 j'approche du petit doigt de s^ main gauche (+) un morcçau(i) de soufre ( — ) ; au bout de quelques secondes, ce sont les doigts de la main gauche qui se mettent d'eux-mêmes en mouvement; pour que la majn droite puisse tambouriner il faut que je mette le morceau de soufre auprès du petit doigt de cette main.

Voici encore Benoît qui écrit de la main droite ; j'approche mon pouce du côté gauche de son cerveau (— contre +) ; la main gauche se rapproche peu à peu de la plume, la prend et se met à écrire (pi . X V, fig • 2) • Je ramène la plume dans la main droite en posant mon petit doigt sur le côté droit de sa tête.

Si, au lieu d*opérer sur un seul côté du cerveau, j'opère à la fois sur les deux, et de la même manière au point de vue de la polarité, les phénomènes suivent les mêmes lois.

L'action en isonome permet d'abord de donner la suggestion, pui^ ellç endort.

Uaction en bétéronome détruit d'abord la suggestion» puis la remplace par une hallucination

(i) Je dis morceau et non bdton, parce que, pour les sujets très sensibles, un bâton de soufre un peu long est polarisé.

opposée et enfin détermine une congestion sanguine du cerveau manifestée par le mal de tête.

Je commande par exemple à un sujet de voir bleu un cercle tracé sur du papier blanc ; par une action en bétéronome, la couleur commence par disparaître, puis le cercle devient jaune ; un cercle vert devient rouge. En général (car il y a des exceptions) une couleur est remplacée par la couleur complémentaire.

Il est plus âicile d'obtenir des oppositions d'odeurs et de saveurs ; mais ici encore les phénomènes ne se produisent pas toujours d^une foçon identique.

Voiciy pour trois personnes sur lesquelles j'ai essayé, les résultats obtenus :

8AVBUR OU ODIUft

suggérée.

Sucrée.

Acide.

Stlée.

Apre.

Violette.

Rose.

Jasmin.

Œillet.

Géranium.

SAYiua ou ODiua ooNsicunvB.

Amer.

Doux.

Acre.

Doux fade.

Citron.

Réséda.

Matière , diarrhéique.

Seringa.

Rien.

Amer.

Salée.

Doux.

Doux.

Doux acidulé.

Suci^

Héliotrope.

Œillet.

Réséda.

Crottin de cbe?al

Matière

Madère

diarrhéique.

diarrhéique.

Violette.

Odaor ioconooe.

Odeur Inooonue.

En suggérant un son aigu, j'obtiens comme opposé un son grave. Pour l'un des sujets j'ai fait l'expérience avec un piano et je suis anivé, de proche en proche à déterminer la note moyenne, c^est-à-dire qui se reproduisait par hétéronome ; c'était le ré de Toctave

— 3o9 — du milieu ; ceci, naturellement, n'a rien d'absolu.

Tous ces phénomènes peuvent s'obtenir en agissant soit sur le cerveau^ soit directement sur l'organe en jeu.

En agissant sur la sensibilité on obtient des effets analogues; à la suggestion du pincement parles ongles succède celle du pincement à pleine peau ; à celle de la piqûre avec une épingle, celle du contact avec un corps mousse comme le bout du doigt ; à celle du grattement, celle du chatouillement, etc.

Pour les souvenirs suggérés, je les feiis disparaître et reparaître à volonté, sans déterminer autre chose que des espèces d^oscillations d*oubli dont je n^ai pas bien pu me rendre compte.

La concentration de Pattention sur un objet déterrtiiné a, au contraire, souvent pour complémentaire la non-existence de l'objet pour le sujet.

Ainsi, je concentre l'attention de Benoît sur un aimant en fer à cheval tiré de Tappareil Breton. Au bout de quelques instants je place une de mes mains en hétéronome sur sa tête. Il commence par ne plus savoir le nom de l'objet quMl regarde, puis il ne le voit plus. Je le lui fais toucher en isonome ; il ne le sent pas et n^est point contracture. Je change de main et j*agis en isonome sur sa tête, sa main se contracture avec force; il sent, voit et reconnaît l'aimant.

De même pour un piano. L'action en hétéronome le rend invisible. On peut jouer tout ce qu'on voudra; le sujet qui, dans son état normal, tombe en extase à la suite de quelques accords, reste complètement insensible A tous les sons qu'on peut tirer du piano.

— 3io -

A un sentiment suggéré succède, en employant les mêmes procédés, un sentiment contraire*

Je prescris à Benoît, mis en état de crédulité par l'occlusion des yeux, d'être en colère contre son frère. Quand il ouvre les yeux, il entame des récriminations contre cet tnhnt ; j'agis en bétéronome d'une façon quelconque sur sa tête, il cesse d'être en cdlerei puis cherche à excuser la peccadille qu'il vient d'exposer avec aigreur.

De même je commande brusquement à Marie d'aller embrasser M. I. ; elle résiste d'abord, puis cède à Pobsession et s'avance vers lui. A ce moment j'agis à distance par derrière en bétéronome ; elle s'arrête, se met à rire, puis allonge une gifle à la joue qui s'avançait pour recevoir un baiser.

De tout cela il faut conclure que l'action en bétéronome, quand elle est unilatérale» a pour effet de porter l'influx nerveux du côté où elle est appliquée et^ par suite^ de déterminer de ce côté la réalisation de la sensation ou de l'acte qui est dans la pensée du sujet.

Si l'action est bilatérale on peut admettre, simplement pour fixer les idées, qu'il s'établit deux courants de transfert en sens contraire d'un lobe du cerveau à l'autre, et que ces deux courants commencent par se rencontrer en annulant ainsi leur effet, puis produisent, par leur pression Tun contre l'autre, un effet con« traire.

MM. Binet et Féré ont observé des phénomènes de même nature en foisantagir des aimants en fer à cheval sur des hystériques (i), ils ont constaté qu'il se produi-

(i) Repue philosophique, jiEinvier et avril i8S5,

- 3it —

sait une série d'alternances entre la suggestion primitive et sa complémentaire (i)» Je suis porté à croire que ce résultat eftt dû à ce qu*ils emplojrâieât les aimants sans se préoccuper de la manière dont agissait chaque pôle. Si^ en effet, je doâne à OÀbrielle la Suggestion d*étre gaie^ par exemple, et si je place ensuite un aiûiant en fer à cheval eti face du milieu du ftront de telle sorte que les deux branches soient dans le même plan verti^ cal et agissent ainsi à peu près également sUr les deux lobes du cerveau, I0 jeune fille passe par des alterna-» tives très rapides de gaieté et de tristesse.

g 2. — Les émanations et les onctions.

Quand MM. Burot et Bourru présentèrent^ il y a doux ans, au Congrès de Grenoble^ les résultats de leurs expériences relatives à l'action sans contact des médicaments sur les hystériques^ il y eut parmi les auditeurs un sentiment général d'incrédulité qui se serait traduit par des appréciations mal sonnantes si la haute personnalité scientifique des auteurs et l'important cortège de preuves fournies par eut n'avaient contenu la verve railleuse dés sceptiques»

Les initiés eux-mêmes^ ceux qui par Tétude du magnétisme sont habitués à régarder comihe possibles les faits les plus extraordinaires quand ils se rapportent

(i) Aucun de mes sujets n*a ressenti la douleur de. transfert dont ces auteurs font mention.

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au système nerveux des sensitifs, (i) avaient peine à admettre ce que les éminents professeurs de Rochefort rapportaient de Faction psychique de certaines substances.

Ce furent précisément ces derniers pbénomènei qui piquèrent le plu$ ma curiosité parce qu'ils semblaient corroborer et expliquer bien des traditions antiques. Je cherchai à les reproduire et j'y parvins ; mais comme je suis un des rares observateurs qui sVn soient encore occupés, je crois utile de montrer par quelle série d'idées on a été conduit à cette découverte et comment on en a démontré la réalité (a).

Il y avait à Thôpital de Rochefort un jeune soldat de rinfanterie de marine, âgé de 22 ans, né à Paris et affligé de crises hystéro-épileptiques à la suite desquelles il était paralysé et insensible de toute la moitié du corps. On eut Tidée d'essayer, pour combattre cette infirmité, Tapplication, sur la peau, de plaques métalliques suivant la méthode de M. Burcq. Le zinc, le cuivre, le platine, le fer, furent sensiblement actifs, quoiqu'à des degrés inégaux; mais l'action de l'or fut particulièrement frappante, car non seulement un objet d'or, au contact de la peau, produisait une brûlure intolérable, mais encore, à une distance de loà i5 cent., la brûlure était ressentie, même à travers les vêtements, même à travers la main fermée de l'expérimentateur. Le mercure dans la boule d*un thermomètre,

(i) Le D' Viandn avait déjà pratiqué, il y a quarante ans, le pharmaco-magnétisme^ c'est-à-dire l'administration des remèdes en magnétisant à travers ces remèdes, soit par insufflation, soit autrement. (Charpigmon. Physiol, au Magnit,^ p. 58.)

(2) L'exposé des expériences de MM. Bourru et Burot est emprunté à un compte-rendu du Congrès de Grenoble. (Association française pour l'avancement desaciei^ces.}

approché de la peau, mais sans contact, déterminait de la brûlure, des convulsions et une attraction du membre. On eut naturellement Tidée d'essayer les composés métalliques. Le chlorure d'or, dans un flacon bouché à rémeri, approché à quelques centimètres, avait une action fort analogue à celle de l'or métallique ; mais, en approchant du sujet un cristal d'iodure de potassium^ il se produisit des bâillements et des éternuements répétés. On avait dès lors Faction physiologique connue de Tiodure de potassium irritant la muqueuse nasale. C'était un résultat bien imprévu, mais on fut encore bien plus surpris quand on vit l'opium faire dormir, par simple voisinage.

Ces faits étaient si surprenants que les observateurs eux-mêmes n'osaient pas tout d'abord les affirmer ; ils en croyaient à peine le témoignage de leurs sens; les expériences furent multipliées dans les conditions les plus variées, en présence de leurs collègues, admis non seulement à observer, mais encore à expérimenter eux-mêmes dans les contre-épreuves les plus difficiles qu'ils pouvaient imaginer et qu'ils ont toutes acceptées.

Après plusieurs mois de recherches ininterrompues et de prudente réserve, MM. Bourru et Burot ont eu la bonne fortune de rencontrer un second sujet hysté* ro-épileptique qui donnait les mêmes réactions que le premier.

Ce second malade est une femme âgée de vingt-six ans. Née dans le département de POrne, et élevée à Alençon, elle aurait eu des crises de nerfs vers Page de onze ans. Elle habite Paris pendant plusieurs années, et, à Tâge de dix-huità vingt ans, elle a de grandes çriseç qui la forcent à entrer à la Salpétrière, dans le

service de M. Charcot où elle passe dix-huit moiSi Au moment où où l'observe à Rochefort» die est insèù&ible de toute la moitié droite du corps et, par contre, d'une sensibilité excessive à gauche, où le coùtaet ne peut être supporté. C'est, comme le premier sujet, une hystérique de premier ordre et tout à fait déiiéquili'» brée.

MM. Bourru et Burot avaient donc entre leurs mains deux sujets à peu près identiques et sur lesquels ils pouvaient établir les expériences de contrôle les plus diverses. Les résultats ont été les mêmes chez les deux malades, à quelques différences près, que nous signalerons.

Ne craignant plus alors de se compromettre en donnant de la publicité à des expériences hâtives» incomplètes et douteuses, même pour eux, ces observateurs ont prié le directeur de l'Ecole de médecine navale de Rochefort, M. le docteur Duplouy, de vouloir bien assister à une expérience de contrôle. M. le docteur Duplouy, absolument incrédule et craignant un entraînement irréfléchi pour son école, avait exigé les conditions les plus rigoureuses ; toutes les personnes susceptibles d'influencer le sujet devaient être écartées ; un silence absolu devait être observé. L'expérience eut lieu en présence du directeur, des professeurs, des agrégés de l'Ecole et d'un grand nombre de médecins et de pharmaciens de la marine. L^autorité scientifique de cette assemblée avait pour eux la plus haute importance. L'expérience fut décisive et concluante. Un flacon contenant du jaborandi, apporté par un assistant et approché du sujet par une autre personne, détermina presque immédiatement de la salivation et de la sueur, (Jn expérimentateur, ayant dans sa poche

deux flacons de même grandeur» enveloppés de papier, et voulant mettre le sujet sous Pinfluence de la can-^ tbaride^ le voit partir comme s'il ëtttit influencé par la valériane ; Texpérimentatear est tout bouleversé, tout le monde regarde et constate qu'au lieu de présenter le flacon de cantbaride^ comme il en avait l'intention, il avait présenté le flacon de valériane. Tous les spectateurs sont partis convaincus» et Mé le directeur Duplouy a déclaré publiquement qu'il était convaincu malgré lui*

Depuis ce mometit» un des sujets a été transféré à Tasiie de Lafond (La Rochelle)» où M. le docteur Ma»bille» directeur de l'établissement, a répété toutes les expériences» Il a même rendu témoin de ces- faits la Société de médecine et la Société des sciences naturelles de La Rochelle. Ici» comme à Rochefort, les résultats ont été nets et concluants.

MM. Bourru et Burot, après bien des tâtonnements et des essais, sont arrivés à fixer les premières lois de la méthode expérimentale à employer.

Tout d*abord, ils mettaient la substance en contact avec la peau, puis l'activité du mercure enfermé dans la boule du thermomètre leur montra à employer des flacons de verre bouchés hermétiquement, enveloppés de papier, pour que le sujet, les assistants et souvent l'expérimentateur lui-même ne pussent soupçonner la substance expérimentée.

L*action de l'or s'exerçant à 5 ou lo centimètres de distance apprit à présenter le flacon sans contact avec la peau, en regard même de régions recouvertes par les vêtements.

L'énergie de certains poisons, comme les alcaloïdes, les huiles essentielles, démontra qu^il était préférable

d'employer des solutions étendues plutôt que la substance elle-même. On évite ainsi des actions brutales, toxiques, qui quelquefois seraient peut-être sans danger, et toujours substitueraient des impressions et des réactions violentes, mais banales, aux effets plus mitigés, mais caractéristiques.

La substance paraît agir à quelque point du corps qu'elle soit présentée, mais il semble que l'action est plus rapide et l'application plus facile près de la tête. Ainsi le procédé expérimental consiste à attirer l'attention du malade par quelque objet intéressant pour lui, pendant qu'une autre personne présente une substance médicamenteuse enveloppée dans du papier ou enfermée dans un flacon bien clos à une petite distance derrière la tête. Au bout de deux ou trois minutes, quelquefois moins, l'action commence.

La première période de Faction est tout à fiait banale : les sujets deviennent insensibles, immobiles et inconscients ; les troubles de mouvements et de sensibilité qui leur sont habituels disparaissent complètement. Puis bientôt se déroule un tableau qui rappelle en partie les actions physiologiques et toxiques connues, auxquelles s'ajoutent pour la plupart des substances de phénomènes tout nouveaux, quelques-uns extrêmement énergiques.

La plus grande difficulté consiste à distinguer l'accessoire du principal. Ainsi, dans la phrase prodromique de leur action, les substances actives agissent de cette manière banale ; parfois elles produisent des phénomènes qui rappelent l'attaque d'hystérie, des grands mouvements et des contorsious, d'autres fois le sommeil ou le délire ; mais tous ces phénomènes se distinguent dç ceux de r«ttaque d'hystérie par leqr leq-

teur et leur évolution même. Ce sont là les premières réactions du système nerveux, variables avec les sujets. Bientôt à ces phénomènes sans caractère succèdent des actions spécifiques que ni le sujet ni l'expérimentateur ne peuvent foire varier. Ce sont celles qu'il est important de dégager de tout ce qui est accessoire et que l'on peut mettre en relief dans un coup dœild^ensemble.

Tous les narcotiques font dormir, mais pour chacun d'eux le sommeil a un caractère propre. Avec Topium, le sommeil est lourd et le réveil ne peut être provoqué ; le sujet, en se. réveillant, est fatigué et éprouve de la pesanteur de tête. Avec le chloral, il est plus léger et peut facilement se dissiper. La morphine détermine un sommeil analogue à celui de l'opium et qui peut être atténué par l'atropine. La narcéine produit un sommeil spécial avec salivation ; le réveil est brusque et le regard anxieux ; le sommeil de la codéine, de la thébaine et de la narcotine s'accompagne de convulsions plus ou moins généralisées.

Les vomitifs et les purgatifs ont aussi dans leurs effets des différences sensibles. L^apomorphine détermine des vomissements très abondants, sans effort, suivis de céphalalgie et de tendance au sommeil. L'ipéca- produit de la salivation, des vomissements très abondants avec goût spécial à la bouche. L'émétique amène surtout des nausées avec état de prostration. La scammonée détermine des contractions intestinales appréciables pour Texpérimentateur.

Lés alcools ont présenté des actions bien nettes. L'alcool de vin, sous ses différentes formes, a toujours donné une ivresse gaie ; l'alcool de grains, au contraire^ une ivresse furieuse et une véritable scène de

rage. L'aldéhyde a déterminé presque instantanément up état de prostration complète, avec respiration stertoreu^e, impossibilité de parler et figure hébétée, L^absinthe a donné une paralysie des jambes.

Les antispasmodiques ont donné des actions bien imprévues. L'eau de fleur d^oranger, le camphre, se sont montrés de véritables calmants en provoquant un sommeil tout à fiiit naturel. L^eau de laurier-cerise a déterminé chez la femme des phénomènes si surprenants qu'on les a étudiés à plusieurs reprises et analysés dans tous leurs détails. C'est d'abord une extase religieuse, qui commence presque instantanément et qui dure plus d'un quart d'heure. Quelques secondes après l'application de la substance, les yeux regardent en haut, les bras se lèvent très lentement, les mains tendues vers le ciel; la figure extatique.respire la béatitude ; les yeux sont mouillés de larmes. La position change et est en rapport avec l'objet invisible qu'elle ne veut plus quitter des yeux ; les mouvements sont très lents ; elle tombe à genoux^ ht tête se fléchit, les mains se rapprochent des lèvres ; elle est dans l'attitude de la prière. Bientôt elle se prosterne en adoration ; elle pleure, la tête touchant à terre. L'expression de la physionomie varie : elle est en rapport avec Pattitude, qui est celle de Tadoration, de la supplication, de la prière et du repentir. Plus tard elle se renverse en arrière, s'étend à terre, les bras ramenés sur la tête ; en ce moment surviennent des mouvements convukifs des muscles thoraciques et du diaphragme ; l'expression de la physionomie est celle de la douleur. Enfin survient un sommeil calme. Quand elle est encore sous l'influence de cette hallucination, on la somnambulise, et on lui demande ce qu'elle vient devoir. Elle

répond qu*eUe a vu Marie, la sainte Vierge, vêtue d'une robe bleue avec dea étoiles d*or, les cheveux blonds et une belle figure rosée. Elle est si bonne et si douce , qu^elle voudrait toujours la voir . Malheureusement, elle nW pas de sa religion (cette femme est Israélite) • Elle lui a reproché la vie de désordre qu'elle menait ; elle lui a dit de prier jusqu'à ce qu'elle change de conduite ; elle lui a donné sa bénédiction; enfin, elle l'a renversée en arriére parce qu'elle était pécheresse. A son réveil, elle se moque des personnes qui lui parlent de la Vierge.

Ce tableau a vivement frappé les observateurs. Ils éuient loin de s'attendre à une extase d'ordre religieux chez une fille de mauvaise vie et surtout Israélite. Aussi on a répété l'expérience bien souvent, et toujours avec le même résultat. Chaque fois, elle dit exactement le nombre de fois qu'elle a eu cette vision.

Tout d'abord on a cru que c'était l'acide cyanhydrique contenu dans l'eau de laurier-cerise qui produisait l'extase.

L'acide cyanhydrique, en solution dans l'eau à faible dose, a déterminé d'emblée des convulsions thoraciques. L'huile volatile de laurier-cerise, diluée dans l'eau, a déterminé immédiatement l'extase sans produire les convulsions terminales; la vision est la même : c'est toujours la Vierge.

L'analyse physiologique de l'eau de laurier-cerise était faite: l'huile essentielle étendue produisait l'extase et l'acide cyanhydrique les convulsions.

Pour compléter cette analyse, il restait à essayer l'essence de mirbane ou nitro-benzine qui a la même odeur que l'eau de laurier-cerise, mais qui a une composition différente. L^essencede mirbane, diluée dans

retu/détermine des secousses coavulsives dans tout le corps ; les yeux sont à demi ouverts. Bientôt on observe un tremblement rythmé du bras droit; puis le bras se lève, comme si le sujet exécutait un dessin ; la tête se soulève légèrement ; parfois il se produit un léger tremblement du bras gauche. Elle dit qu'elle vient de faire un dessin; l'hallucination est donc toute différente, bien que l'ardeur soit la même.

Chez Phomme, Feau de laurier-cerise n'a pas déterminé l'extase, mais des convulsions thoraciques près* que immédiates, hoquet, salivation, et picotement de la poitrine. L'huile volatile de laurier-cerise n'a produit que de l'excitation sans extase. L'essence de rairbane a donné les convulsions des bras avec la même hallucination de la leçon de dessin.

La valériane, généralement considérée comme calmant, a produit sur les deux sujets une violente excitation avec phénomènes bizarres analogues à ceux qu'elle produit chez le chat. Le sujet fait des mouvements de manège avec reniflements bruyants ; il gratte la terre avec les deux mains, fait un trou et cherche à y mettre le visage. Si on cache un flacon de valériane, il le cherche en reniflant ; arrivé près du flacon, il se jette sur lui, gratte la terre et recommence la scène. Le flacon, caché de différentes manières, a toujours été retrouvé ainsi, parfois hors de la volonté de l'expérimentateur.

Les diverses essences ont présenté cette particularité importante: concentrées, elles provoquent de grands mouvements, des contorsions et des hallucinations tristes; diluées, elles produisent des mouvements doux et lents dont la succession constitue un véritable tableau avec des hallucinations gaies.

Les anesthésiques ont produit de l'excitation très marquée^ rappelant la première période de Fanesthésie chirurgicale avec sommeil consécutif.

Les excitants ont aussi leurs effets particuliers : le phosphore donne un tremblement général avec hallucinations terrifiantes ; la cantharide produit une excitation que le camphre arrête instantanément.

Enfin, diverses substances ont des actions physiologiques absolument spéciales. La vératrine produit l'enchifrènement, le picotement des narines avec troubles de la vue. La jaborandi et la pilocarpine font suer et saliver avec action saccharifiante de la salive.

Dans tous ces phénomènes, les auteurs distinguent les actions psychiques qui consistent en hallucinations très variables et probablement spéciales au sujet et desactions physiques dont les principales sont : la salivation, le Vomissement, les contractions intestinales, Tétemuement, le bâillement, le sommeil, la sueur, Tenchifrènement, les troubles de la vue, la titubation alcoolique.

Ce sont ces dernières manifestations qu*ils se sont attachés à constater rigoureusement et qui paraissent au-dessus de toute contestation, car elles défient toute supercherie.

Certaines questions relatives à la dose, à la durée et au lieu d^application devaient naturellement se poser. Les doses suffisantes pour agir ne peuvent encore être déterminées ; on sait cependant que i gr. d'alcool dans loo gr. d'eau n'a rien produit, ni même 5 gr. ; il a fallu arriver à la dose de 1 5 gr. pour obtenir une légère ivresse. Jjà durée d'application varie beaucoup avec le sujet ; elle est courte quand le flacon peut être maintenu, sans oscillation, en regard d'une

partie découverte du corps. Le choix des points d^appiicatiou reste encore à déterminer; on croit cependant que les substances agissent aussi bien à n^importe quel point du corps.

Tels sont les résultats obtenus sur les deux principaux sujets ; mais on a étendu les recherches sur des malades moins sensibles que les premiers, et, si on n'a pas toujours obtenu des effets aussi nets sur tous, on peut dire que tous ont été influencés.

Une hystérique simple a été endormie par un flacon de chloral placé dans 9e$ mains ; le sommeil a été assez lent à se produire, mais il a présenté les mimes caractères que chez les deux premiers sujets.

Dans le service de M. Dumontpallier, Popium a déterminé le sommeil chez une hystéro-épileptique. Dans le service de M. Charcot, une femme soumise à l'alcool a présenté un sommeil invincible, puis de la titubation, de la pesanteur de tête, ivresse agréable, modérée, avec des vomissements, symptômes que l'ammoniaque a fait cesser. Une autre femme, hjrstéro-épileptique également, a été instantanément influencée par l'alcool: pesanteur de tête, titubation intense, ivresse, efforts de vomir répétés. Sur une malade du service de M. Brouardel, Paction de Talcool a surtout porté sur les jambes ; elle ne pouvait se tenir debout ; la valériane a donné une pesanteur de tête, de la somnolence et une sorte d'ivresse. L'eau de lauriercerise, chez une hystérique, produit des fourmillements, de l'agacement partout, battements de cœur, extrémités froides, tremblements, abrutissement, tendance au sommeil. Chez un jeune homme hystéroépileptique, l'iodure de potassium a produit des vertiges et une pesanteur de tête pendant plusieurs heures.

Quelques mois après, M. le D'Dufour, médecin de l'asile de Saint-Robert (Isère), reproduisait devant moi, une partie de ces expériences.

Voici ce qui s'est passé (i) :

< Effet de Pipéca. — Un gramme d'ipéca a été plié dans du papier et placé sur le milieu de la tête de T. • ., un chapeau à haute forme Ta recouvert ensuite, pour diminuer les émanations odorantes, autant quç possible.

. < Au bout de deux minutes, T. • . est devenu rouge, a accusé un certain malaise, puis des nausées, des régurgitations et il aurait vomi, si on ne lui eût enlevé le paquet d'ipéca.

< Ces malaises ont cessé immédiatement après.

< Dans une expérience précédente, faite dans sa section, T. • • avait vomi et était allé à la selle, par l'application successive, sur la tête et le ventre, d'un paquet d^ipéca.

< Effet de PalcaoU— Un flacon d'alcool, placé dans les mêmes conditions, a déterminé un malaise général, de l'affaiblissement, de Phébétilde et un état de torpeur manifeste; le tout cessant presque instantanément, après l'enlèvement du flacon.

< Effet de l'atropine.— Un paquet d'atropiiie produit une dilatation légère des pupilles, une sensation de constriction et de sécheresse à la gorge, et un relâchement musculaire général. T... ne peut plus se tenir, l'excitabilité neuro-musculaire, les réflexes ont disparu. Il est lucide et répond très bien aux questions. — Il est tout surpris de ce qui se passe en lui, et ne s^en rend pas compte.

(i) Contribution à Vitude de ^hypnotisme. ^ Grenoble, i886.

< Effet de la valériane.-^ Un paquet de racines de valériane, placé sur la tête, sous un ion bonnet de laine pour éviter d'agir sur Todorat, produit des actions mentales absolument inconcevables.

< Au bout de peu d'instants, T... prend un air étonné, il a le regard fixe, il paraît guetter quelque chose ; si une mouche passe, il la suit des yeux. Il quitte même sa chaise pour la poursuivre.

— Qu'avez-vous ? lui demandons-nous. — Rien.

Mais je suis tout drôle, je ne comprends rien à ce qui se passée. . Ne bougez pas les pieds, il me vient l'idée de les prendre. — Ses épaules se soulèvent, il fait le gros dos, ses doigts forment la griffe par moments, puis il se laisse aller à terre, marche à quatre pattes, court sous les lits et les tables ; joue comme un jeune chat, avec un bouchon, ou tout objet mobile à sa portée; il se roule à terre, recule et fait le gros dos, quand on aboie à cdté de lui. Pendant quelque temps, il répond, quoique avec peine, aux questions et dît qu'il ne sait pourquoi il agit ainsi, puis il cesse toulement de répondre, pour se concentrer dans son attitude féline.

< Comme le chat, à certains moments, T. • • lèche sa main et la passe délicatement sur ses oreilles, en les contournant^ ou bien il s'assied, les jambes allongées, et les mains posées à plat sur le dos. — < Vous voyez bien qu'elles y viennent. > Telle est la seule réponse qu'il nous fait, quand nous lui demandons des explications.

€ Si l'on enlève la valériane, ou si, dans sa course, sous les lits et les tables, son bonnet tombe, entraînant cette substance, la transformation cesse : T... se relève, tout étonné de se voir à quatre pattes ou

couché sous un lit, et ne conserve aucun souvenir de ce qui vient de se passer. Dans le fort de Taction, il est insensible, on peut le pincer, le piquer sans le déranger de son attitude.

< Nous reproduisons, chez lui, ces phénomènes à volonté. Placée sous son épais bonnet, la valériane ne donne aucune odeur, appréciable du moins par les personnes qui nous entourent.

< A distance, nous avons constaté qu'elle causait des actions analogues et des scènes plus ou moins comparables à celle que nous venons de décrire. Dans une de nos expériences, la valériane étant dans notre poche, T... a simplement éprouvé la fixité du re< gard, et une certaine inquiétude ; de la tendance à guetter, comme un chat qui observe ; par contre, il s'est manifesté une action dépressive sur les jambes, et il a dû se coucher. Il avait en même temps de la se-* cheresse à la gorge et un goût particulier. Il lui semblait avoir bu quelque chose, ayant une saveur semblable, mais il n'a pu nous en donner le nom.

< Chez Madame C. ., dont nous avons parlé plus haut, guérie au moment de Texpérience, l'application de la valériane a coïncidé avec la production d'un vide mental complet : toute idée avait disparu et son {iaciès, devenu inerte, ressemblait à celui d'un aliéné stupide. Peu après, il s'est produit de la fixité du regard et des contractions spasmodiques, dans les muscles du fix>nt, de la face, ainsi que des mouvements doniques du dos, des membres, un besoin irrésistible de remuer et de feiire des grimaces ; ce qui coûtrariâit fort la patiente. Tous ces phénomènes ont disparu, après l'enlèvement de la valériane, mais il en est resté le souvenir, avec une certaine impression de

tristesse, que nous avons dissipée par la suggestion^ après mise en état de somnambulisme.

< Effet des feuilles de laurier-cerise. » Le laurier rose n'a produit aucun effet. Quant aux feuilles de laurier-cerise, leur application sur la tête a provoqué une explosion de sentiments religieux, absolument contraire aux manifestations habituelles de T.. ., qui, au point de vue politique est anarchiste, et athée en religion

< A peine les feuilles de laurier soiit elles appliquées sur sa tête, que T. change de physionomie ; il devient réfléchi, il regarde les parois de la salle. Cest là, dit-il, qu^il fendrait mettre un Christ, montrant un mur nu. Un instant après, il remue les lèvres et dit mentalement un < Notre père >• — A ce moment il se lève, veut sortir, nous l'engageons à rester et à ne point se gêner pour nous. Il vient reprendre sa place, qu'il quitte bientôt, pour se précipiter à genoux, devant le mur dont nous avons parlé; il se frappe la poitrine, joint les mains avec componction, les élève vers le ciel, dans une attitude inspirée ; enfin, il se découvre

et , en enlevant sa coifiFure, feit tomber les feuilles

placées sur sa tête.

< Le phénomène cesse. T. nous regarde d*un air ahuri et cherche à reprendre la conversation qu'il te^ nait avant l'expérience. — Vous venez de feire votre prière, lui disons-nous. Vous devenez dévot, c'est votre droit, mais cela nous surprend. — Il réplique par une vigoureuse négation : il a tout oublié et manifeste même des sentiments anti-religieux.

< Nous avons, à plusieurs reprises, reproduit ce singulier spectacle, avec quelques variantes dans son expression scénique. Quelquefois T. fond en larmes,

— iiy —

invite Tàssistance à se repentir avec lui et à adorer le Seigneur ou la Vierge. Cette dernière a semblé lut apparaître dans une de nos expérimentations.

€ Les feuilles de laurier-cerise enlevées, la religion sVn va. Curieux phénomène ! non moins étonnant que celui de la transformation en chat, sous l'influence de la valériane. La conviction des assistants et la notre est qu*il faut éloigner toute idée de supercherie de la part du patient, comme toute pensée de suggestion possible, étant données Tignorance de T. à ce sujet, et les précautions prises de ne rien fiiire, ni de ne rien dire, qui puisse produire la suggestion, ou même Tauto-suggestion. >

Les expériences que j^ai faites de mon côté sur la valériane et le laurier-cerise ont été tout aussi nettes. Valériane.

Chez Benoît, la racine de valériane produit peu d'effet, aussi bien à Tétat de somnambulique qu'à Tétât de veille.

Il n'en est pas de même de l'essence. A Tétatde veille, elle lui suggère l'idée de chat, et c'est tout ; mais, quelque faible que soit le degré d'hypnose dans lequel on Tait mis, il lui sufiit d'en sentir l'odeur pour qu'il se mette immédiatement à marcher à quatre pattes, ft miauler et à imiter les diverses allures du chat.

L'effet de Tessence a été également nul sur les au* très sujets à Tétat de veille. Trois d^entre eux commencent, sous son influence, quand ils sont endormis, par prendre le regard fixe; ils sont inquiets, irritables; puis ils se baissent peu à peu et finissent par marcher à quatre pattes et ft miauler. On hâte cette transformation par une suggestion très iaible, comme

ed leur passant la main sur le dos ou en agitant un objet quelconque devant leurs yeux. Les deux autres, quoique extrêmement sensibles d'ailleurs^ n'éprouvent rien. '

C'est peut-être cette action de la valériane qui a valu au chat la place considérable qu'il tient dans les annales de la sorcellerie.

Bodin racoTite (i) que les sorciers qu'on brûla à Vernon, en i566^ s'assemblaient dans un vieux château sous des formes de chats. Quatre ou cinq hommes courageux résolurent d'y passer la nuit ; mais ils se trouvèrent assaillis par un si grand nombre de chats que Tun fui tué et les autres grièvement blessés. Les chats de leur côté n'étaient point invulnérables ; et on en vit plusieurs, le lendemain^ qui, ayant repris leur figure d'hommes et de femmes, portaient les marques du combat qu'ils avaient soutenu.

D'après le même auteur, trois sorcières^ sous forme de trois grands chats, assaillirent un laboureur près de Strasbourg. Le laboureur se défendit énergiquement, blessa et chassa les chats € qui se trouvèrent au lict malades en forme de femmes fort blessées à l'instant mesme; et sur ce enquises elles accusèrent celuy qui les avait frappées, qui dict aux juges l'heure et le lieu qu'il avait été assailly de chats et qu'il les avait blessées. >

Les sorcières d'Italie passaient pour se transformer en chattes et venir la nuit sucer le sang des enfants (s).

Je rappellerai enfin la fable de Lafontaine La femme

(i) BoDm. ^DémoHomanie, liv. II, ch. VI.

(a) TractatUM de institutione confessorum^ Antonini archiepiMcopi floretitini^ ttc Manuscrit du XV' siècle, de la bibliothèque de Monteil.

métamorphosée en chatte comme un dernier écho des croyances du moyen-flge.

Laurier.

Des feuilles de laurier-cerise mises sur la tête de Benoit, à Tétat de veille, ont d^abord simplement provoqué des idées ^'a/f^rc^toit et de vénération] il pensait à ses parents, aux personnes à qui il devait de la reconnaissance. A mesure que sa sensibilité se développait par l'exercice, les idées devenaient religieuses ; il se rappelait sa première communion, il entendait des chants sacrés. Plus tard Pextase s'est produite par une courte application des feuilles sur le vertex ou par une légère inhalation d'essence. Aujourd'hui il suffit, pour l'amener, d^approcher de sa tête une branche de Tarbuste; en agitant vivement la branche on détermine des coliques. L'action de l'essence de laurier-cerise est devenue trop intense et provoque d'emblée la léthargie si on n'opère pas avec de grandes précautions. Cest un spectacle vraiment frappant que de voir le sujet, rendu semblable à un cadavre par la catalepsie, se précipiter tout à coup à terre, miauler, griffer, puis subitement lever la tète, tourner les yeux vers le ciel et rester en extase et recommencer ensuite ses contorsions félines suivant que l'on passe rapidement sous son nez un flacon d'essence de valériane ou de laurier-cerise.

Le laurier-sauce n'a produit aucun effet sur Benoît, même en en mâchant des feuilles.

L'essence de laurier-cerise provoque simplement l'extase chez Gabrielle et des nausées chez Rose ; elle ne produit rien chez les autres.

D'après Plutarque (i), qui était grand prêtre d'Apol-

(i) P^h. oraç.

loiiy quand la Pythie de Delphes voulait rendre des oraclesy elle s^y préparait par le jeûne, par des ablutions dans Teau de la fontaine Castalte et par des fumigations obtenues en faisant brûler du laurier et de la farine d'orge ; puis elle pénétrait dans Tantre sacré, revêtue de son costume de cérémonie, buvait de Teau de la source Cassotis, mettait une feuille de laurier à sa bouche et, tenant à la main une branche du même arbuste, elle montait sur le trépied. Cest là que saisie par le Dieu et enivrée, dit-on, par les vapeurs qui qui sortaient des fentes du roc ouvertes au-dessous d^elle (i), elle tombait en extase et répondait aux questions qu'on lui posait.

Le scholiaste d'Aristophane (2) accuse d'une manière plus nette encore le rôle prépondérant joué par lé laurier dans la production de Téréthisme nerveux de la prêtresse, en ajoutant qu'elle secouait les lauriers qui se trouvaient près du trépied, et en énumérant les guirlandes et les couronnes de même nature prodiguées autour d*elle.

L'oracle de Thèbes était desservi par de jeunes garçons, les DaphnéphoreSy qui portaient des branches de laurier dans les cérémonies sacrées.

On admettait du reste, dans toute l'Antiquité, qu'une branche de laurier, placée pendant le sommeil près de la tête, procurait des songes heureux (3). Certains devins portaient le nom de Daphnéphages parce

(i) On peut lire dans les Homélies de Snint Jean Chiysostome (en. XXIX) de quelle manière la pythie 8*as8e)rait sur le trépied pour que la vapeur sacrée s'introduisit bien dans son corps.

(a) Plutus, 39, ai 3.

(3) TiBULLi. EUg. — FuLG. Myth,, 1, t3.

qu'ils se procuraient des visions prophétiques en mâchant des feuilles de laurier (i).

Virgile nous dit (2) qu'à Délos la voix prophétique d'Apollon fut précédée par le tremblement dt| laurier sacré. < Fils d'Ilus, sage interprète des Dieux, ajoutet-il, plus loin, vous que ne tfompent ni le trépied sacré ni les lauriers deClaros. > (3)

En Syrie, dans le' bourg de Daphnéy ' existait un autre oracle célèbre du même dieu, avec une source appelée Castalie comme à Delphes. St-Eustache,évéque d'Ahtioche au I V« siècle, qui nous a laissé lin Traité sur le pythonisse^ rapporte (X, 13) qu'un soufle sortait de l'eau en bouillonnant, secouait le laurier et jetait les assistants dans le délire. Uempereur Adrien, n'étant encore que simple particulier, vint Consulter cet oracle en trempant dans Peau une feuille de laurier qu'il retira couverte d'écriture. (4)

Le nom même de laurier (Daphné) désignait parfois la divination chez les Grecs; dans les poètes latins on trouve accolés à ce nom les épithètes de faticiday venturi prescia .

Suivant les uns, la fille du devin Tiresias s*appelait Manto ou Daphné. € Elle ne fut pas moins savante que son père dans la mantique (5), et elle y fit de grands progrès dans son séjour à Delphes. Douée d^un talent merveilleux, elle rédigea un grand

(i) H. EsTiBNMi. Thesaur. Hng, Grœc.

(a) Enéide, III, 90-93.

(3) Enéide, III, 36o.

(4) SozoM. Hist. ecclis,, v, 19.

(5) La Af antique éuit l'art de deviner l'avenir. D'après Plalon, le mot numtit dérive de mania signifiant délire ou

fureur.

nombre d*oracies avec un soin tout particulier. > (i)

Suivant les autres, Gœa (la Terre) avait pour interprète la nymphe Daphné ou Daphnis^sa fille, qui s^était changée en laurier, par la grâce de sa mère, dans les bras amoureux d^Apollon (a), le dieu de Tinspiration et de la médecine.

C'est donc bien comme irupirateuTy et non comme purificateur, ainsi qu'on Ta dit quelquefois (3), que l'on £Eiisait infuser le laurier dans l'eau des lustrations.

Il reste à savoir quelle était l'espèce de laurier dont parlent les anciens.

Les ouvrages de botanique indiquent généralement le laurier-sauce comme le laurier d'Apollon ; mais j'ai vainement recherché sur quoi était fondée cette opinion. D'autre part M. Foucart, directeur de l'école d'Athènes, m'écrit que le laurier rose est très abondant en Grèce et que très probablement il n'y en a jamais eu d'autre à Delphes.

Nos expériences tendent à démontrer que ce n'étaient ni l'un ni l'autre, mais bien le laurier-cerise qui jouissait des propriétés attribuées à l'arbuste divin (4).

Fiantes diverses.

J'ai également expérimenté l'action de contact exercée par certaines autres plantes qui passent pour avoir joué de tout temps un rôle dans la sorcellerie.

Ces plantes enfermées dans des sacs en papiers d'ap-

(i) DtOD. Sic. IV, 66.

(a) Pausan. X, 5, 5.

(3) BoucHn-LBCLttQ. Hist.de la div,^ III, 4.

[A U serdt cependant utile, avant d'affirmer plus nettement la chose, de faire des essais avec les essences du laurier-saucc t\ du lauriçr-roie.

parencé identique ont été placées sur là tête de Benoit mis en somnambulisme.

Quelques-unes ont donné des effets constants et bien nets (i).

Ainsi Vorigan blanc (2) a toujours provoqué la gaîté surtout dans les souvenirs et les projets. De même l'écorce du bois gentil (3) qui poussait surtout à la loquacité. Le bouton d'or (4) amenait le rire.

La sauge porte Benoit à la tristesse (5) ; le safran lui donne de l'appétit. Sous L'influence de la graine d'ellébore (6), il distribue des conseils aux uns et aux autres et se trace à lui-même un plan d'existence. La mélisse a produit tantôt la gaîté, tantôt la tristesse.

Je n'ai point reconnu d'action différente pour toutes ces plantes suivant qu^on les présentait à droite ou à gauche de la tête du sujet, ainsi que l'a indiqué M. Luys dans une communication faite à la Société de biologie^ le 7 janvier 1866.

quelques détails et je n'ai plus obtenu aucun eftet, probablement

1>flrce que les plantes dont je me servais étaient desséchées ; 'action des esse n ces et des plantes fortement odorantes comme le thym est en efièt restée la même.

(2) L'origan ou dictame de Crète y passait chez les Grecs pour ^érir merveilleusement les blessures. On racontait que sa puissance avait été révélée à l'homme par les chèvres blessées qui, instinctivement, allaient brouter cette plante.

(3) Le bois-gentil est le daphné-mej^ereum des bounistes et probablement le smilax taxus des latins,

(4) Le bouton £tor de nos pays est une renonculacée de la famille de Vherbe sardonique à laquelle les anciens attribuaient le pouvoir de provoquer le rire. Ce nom de sardonique provient de ce que l'herbe est très commune en Sardaigne, et c'est par extension qu'il a été appliqué à une espèce de rire.

(5) La sauge passait chez les Egyptiens pour donner la fëcon* dite aux femmes.

(6) On sait que les anciens donnaient eette plante en breuvage pour guénr la folie.

La graine de jusquiame a provoqué la gaité ; la racine^ d'abord la tristesse puis la colère.

Les anciens donnaient à une variété de ce végétal le nom de fève de porc parce que les porcs, quand ils en mangent, sont saisis d'une «orte de fureur que U mort suivrait bientôt s^ils ne couraient se jeter dans l'eau {/Elian. Variar. Hist., 1. 7.)

On trouve dans le Dictionnaire de médecine AtY^cyclopédie méthodique (Tome VII^ art. Jusquiame) un certain nombre d'anecdotes prouvantque la jusquiame provoque bien la colère. La plus saillante est celle de deux époux qui vivaient depuis longtemps dans la plus par&ite harmonie : il arriva un jour qu^ils se querellèrent dans la chambre où ils travaillaient ensemble ; ils eurent de fréquentes envies de se battre. Au sortir de leur travail, ils se regardèrent honteux et confus de leurs emportements. Le lendemain et les jours suivants, mêmes dispositions à la rixe ; ils ne pouvaient rester une demi-heure dans cette chambre sans s'invectiver, se menacer. Les émanations qui s'échappaient d'un paquet de graines de jusquiame, placé près d'un tuyau de poêle, étaient la cause de ces querelles journalières.

Debay (i) rapporte que deux individus, ayant respiré la fumée de graines de jusquiame que faisait brûler un pharmacien de Dresde, furent atteints, Pun d'aliénation mentale, Tautre de délire furieux, pendant plusieurs jours.

Les odeurs et les gaz ont eu des effets pouvant être attribués soit à leurs vertus particulières, soit aux souvenirs qu'ils éveillent (2).

( I ) Les parfums et les fleurs, p . 137.

(2) D*aprè8 Josèphe {Ant. Jud. VIII, 25) Dieu avait livré au

Le ga^ hilarant (protoiyde d'azote) amène une bruyante hilarité, même à des doses infinitésimales puisqu'il a suffi d'approcher du sujet Téprouvette sans la déboucher ou après l'avoir vidée.

En faisant brûler de la myrrhe^ on fait naître des sentiments d'admiration; la fumée du benjoin et surtout de l'encens provoquent très rapidement l'extase.

L'essence d'ungélique porte aux idées gaies ; celles d'an», de thyniy de girofle et de rose^ aux idées amoureuses ; celles de lavande et de canelle ont produit la répulsion ; celle dt jasmin et de menthe ont réveillé le sujet (i).

roi Salomon les secrets du monde physique, afin qu'il apprtt aux hommes à s'en servir pour le soulagement de leurs douleurs et contre les attaques des démons. 11 avait composé à cet efiet des recettes contre les diverses maladies et laisse par écrit des formules qui conjuraient les démons et arrêtaient leurs importunités. « Ces exorcismes sont encore en orand usage parmi nous, dit rhistorien juif, et j*ai vu moi-même un certain Eléaàr, de notre nation,' ouérir plusieurs possédai, en présence de Vespasien, de ses fils, de ses officiers et de son armée. Voici comment procédait cet homme; il plaçait sous le nej du démo» niaque une bague dont le chaton contenait une racine désigné^ par le grand roi et cette odeur forçait le démon à sortir par les narines de l'homme m^ il possédait : puis il adjurait l'esprit mauvais, en récitant des formules dues à Salomon, de ne plus revenir. Voulant montrer encore mieux aux spectateurs la puisr sance de son art, il faisait mettre à quelque distance un vase plein d*eau et commandait au démon de le renverser en signé de sa sortie. »

pi

des Colophoniens, à Claros, était rendu par un prêtre qui s'y préparait en buvant de l'eau d'un bassin que renfiermait la grotte d'Apollon et qui, au dire de Pline, était vénéneuse (Hist, nat. nv.%ch. c V.)

Dans les hymnes attribuées à Orphée, un parfum particulier est assigné à révocation de chaque divinité.

Porphyre^ Jambliqué et Produs insistent dans leurs œuvres sur Tefficaaté de certains parfums pour favoriser la divination, c'est-à-dire l'hypnose lucide.

(i) La plupart de ces effists. surtout ceux des fumées, et des gaz se produisent également à l'état de veille.

L^esseoce de vulvaria, qui sent le poisson, a fieiit penser Benoît à la pêche; celle de Portugal aux punaises.

J'ai essayé» à plusieurs reprises, de voir ce que produiraient diverses substances à proximité de la tête, mais je n'ai réussi que rarement.

Un jour, Benoît mis en état somnambulique, a senti le goût de la chartreuse, quand on lui a approché de la nuque un flacon de cette liqueur ; une autre fois, on a provoqué des' nausées en approchant également de la nuque un petit paquet d'ipécacuanha, à son insu et au mien(i), pendant qull était éveillé.

Je n*ai point voulu fieiire d'expériences sur les inges-^ tions et les onctions de crainte d'accident. Cependant j*ai prié Benoit de mâcher quelques débris de racine à^aconit pour voir si je pourrais reproduire les phénomènes ainsi décrits par Van Helmont (2).

J'éuis persuadé que les poisons peuvent être des remèdes utiles lorsqu'on sait les doser et les appliquer à propos.^ Je yoolus en. conséquence faire des expériences sur le napel (3).

En ayant préparé grossièrement une racine je la goûtai du bout de la langue; ie n'en avalai point et je crachai beaucoup. Cependant, il me sembla d'abord que ma tête était serrée par un bandeau, et bientôt après il m'arriva une chose fort singulière et dont je ne connaissais aucun exemple.

Je m'aperçus avec étonnement que je n'entendais, ni savais et nMmaginals plus rien par la tête, mais que toutes les fonctions qui lui appartiennent ordinairement, étaient transportées autour du creux de l*estomac. Je le reconnus clairement, distinctement; j*y fis la plus grande attention. Ma tête conservait le mouvement et le sentiment; mais la faculté de raisonner avait

i\ Dr DuFAT. Compte rendu de la réunion de la Société des ^édecins de Loir-et-Cher^ le 3 juin j886, p. 35.

(2) Démens idea, | 2 et suivanu; trad. de Deleuxe.

(3) Autre nom de l'aconit.

passé à Pépîgastre, comme si mon intelligence y eut établi son siège.

Frappé d^admiration et de surprise de ce mode insolite de sensation, je m'étudiai moi-même avec soin ; je me rendis' compta de ce que j'éprouvais, j'examinai toutes mes notions, et je reconnus que, pendant tout le temps que dura cet état extraordinaire, mon intelligence avait bien plus de force et de perspicacité. Je ne puis expliquer, par des paroles, le sentiment que j'éprouvais. Cette clarté intellectuelle était accompagna de joie. Je ne dormais point, je ne songeais point ; j'étais à jeun et ma sauté était parfaite. J'avais eu quelquefois des extases, mais elles n'avaient rien de commun avec cette manière de sentir par l'épigastre qui excluait toute coopération de la tête. Je m'étonnais que mon imagination eût quitté le cen*eau, devenu oisif, pour exercer son activité dans la région épigastrique.

Cependant ma joie fut un moment suspendue par l'idée que cette disposition pourrait me conduire à la folie. Mais ma confiance en Dieu et ma soumission à sa volonté dissipèrent mei craintes.

Cet état dura deux heures, après lesquelles j'eus deux vertiges : au premier, je sentis qu'il s'opérait un nouveau changement en moi ; et au second, je me trouvai dans l'état ordinaire.

J'ai depuis essayé plusieurs fois de goûter du napel, mais je n'ai jamais pu obtenir le même résultat.

Je n'ai, moi aussi, rien pu obtenir au moyen de la mastication de quantités, très petites il est vrai, de racines d'aconit, mais un paquet de feuilles sèches de cette plante, placé sur la tête, a provoqué des coliques en moins d'une minute.

J.-B. Porta rapporte, dans le chapitre de sa Magie naturelle, consacré à la cuisine, que, sous l'influence de la jusquiamej de la belladone et du stramonium réduits en poudre et mélangés aux aliments, les convives s'imaginent être transformés en bêtes ; on les voit faire les signes de brouter l'herbe comme les bœufs, nager comme les phoques et barboter comme le feraient les canards et les oies dans les mares.

Le hachisch peut produire des hallucinations ana*

logues et M. Motet raconte qu'à la suite d'une absorption de cette substance il se crut transformé en battant de cloche (i).

n est probable que les épidémies de zoantbropie, qui ont été si fréquentes au moyen-ftge et même dans Pantiquité, avaient souvent la même origine et qu'on doit les rapporter à l'action de parfums, d^onctions ou de potions quand elles n'étaient point dues à des accès d'aliénation mentale ou à de simples suggestions (2).

Homère nous montre Ulysse et ses compagnons dé barques dans llle d'CEa.

< Circé les fit asseoir, et mélangea pour eux du vin de Pramne, du fromage, de la fruine et du miel nouveau. A ce mets elle ajouta des sucs funestes pour leur faire oublier la patrie. Elle leur donna ce breuvage; et ils ne Teurent pas plutôt avalé qu'elle les frappa de sa baguette et les enferma dans Tétable à porcs. Ils en ont la tête, la voix, les poils, tout le corps, mais leur intelligence conserve sa force comme auparavant. Elle les enfenqe malgré leura larmes, et jette devant eux pour aliments des glands, des fiaiines et le fruit du cornouiller, mets habituel des pourceaux qui couchent sur la terre. > (3)

Uljrsse, mis à Pabri des enchantements de Circé par la vertu de l'herbe appelée molu que lui donne

(i) Société médico-psychol.f séance du 10 mai 1886.

(2) Cest là du reste l'opinion professée dans VEncrclopédie theoiogique de l'abbé MIgne.

Lycantkropi minime mutantur in lupoê, sed mutatos sue cre^ dunt in phrenesia. Rara hœc stultitia, sed antea communior^ quando sorciarii utebantur qyoJam linimento unouak maoigam vocato, quod flebat succis venosis et somniferis. (D'ici, des miimdes, t. n, p. 330y note 682.)

(3) Odyssée, ch. X, v. 230-243.

Mercure, force Circé à dâivrer ses compagnons.

€ Circé traversa le palais, tenant en main sa baguettCj et ouvrit les portes de Fétable, puis elle en fit sortir mes compagnons qui ressemblaient à des porcs de neuf ans. Ils s'arrêtèrent devant nous ; la déesse, allant de l'un à l'autre appliquait sur chacun une autre drogue (fàpiMcxov). Aussitôt les poils qu'avait fait pousser le breuvage funeste offert par Tauguste Circé tombèrent de leurs membres et ils redevinrent hommes, mais plus jeunes, plus braux et plus grands qu'ils n'étaient auparavant ».

Virgile parle d*hommes transformés en loups par

la vertu des plantes.

Has herbas, atque hœc Ponto mihi lecta venena Ipse dédit Maris: nascuntur plurima Ponto.

His ego sœpe lupumjieri et se condere sylvis Marin t sape animas imis excire sepulcris,,,

EOLOO. VllI.

Quant à Pline il n'ose y croire : Hommes in lupos verti, rursutnque restitui sibij falsum existimare debemus aut credere omnia quœ fabulosa seculis eomperimm (VIII, 22).

Saint Augustin a consacré un chapitre de sa Cité de Dieu à Texamen de ces métamorphoses.

€ Dirai-je qu'il fiaiut refuser toute croyance à ces prodiges ? Mais, encore aujourd'hui, les témoins ne manqueront pas pour affirmer que de semblables faits ont frappé leurs yeux et leurs oreilles. N'avons-nous pas nous-mêmes, pendant notre séjour en Italie, entendu raconter qu'en certaines parties de cette contrée, des femmes, des hôtelières initiées aux pratiques sacrilèges, recelaient dans un fromage offert à tels voyageurs qu'il leur était loisible ou possible, le secret de se transformer soudain en bétes de somme qu'elles chargaient

de leurs bagages. Cette tflche accomplie, ib revenaient à leur nature; et toutefois cette métamorphose ne s'étendait pas jusqu^à leur esprit ; ils conservaient la raison de Tbomme, comme Apulée le raconte lui-même dans le récit bu la fiction de TAne d'or, quand un breuvage empoisonné Ta fait devenir âne en lui lais« sant sa raison.

«Un certain Proestantius racontait que son père ayant ^oûté par hasard dans sa maison de ce fix)mage empoisonné, il était demeuré sur son lit comme endormi^ mais sans qu*il fût possible de 1 éveiller. Revenu à lui-même, quelques jours après, il raconta comme un songe ce qui venait de lui arriver : il éuit devenu cheval et avait, en compagnie d'autres bêtes de somme, porté aux soldats des paquets de vivres. Le fait s'était passé comme il le racontait, et ce fait ne lui paraissait qu'un songe. . • .

€ Ces faits nous sont parvenus non sur l'attestation de gens quelconques à qui il nous semblerait indigne d'ajouter foi^ mais d'hommes que nous jugeons incapables de nous tromper. Ainsi, ce que la tradition ou les monuments littéraires nous racontent des prestiges des dieux ou plutôt des démons, de ces métamorphoses habituelles d'Arcadiens en loups et des enchantements de Circé, tout cela a pu se ùAre de La manière que je viens de dire, si toutefois cela a eu lieu ». (2).

A ces causes, il faut peut-être en ajouter une autre^ Fétat de crédulité provoqué chez les témoins ou acteurs du tait. Les BoUandistes 'nous en fournissent

(1) Liv. XVia, ch, i8-

(2) St AuouiTiM. De la cité de Dieu, liv. XVUI, ch. 58.

un curieux exemple dans la vie de Saint-Macaire. (i).

Un Egyptien débauché, amoureux d*une jeune femme dont la vertu était inébranlable, demanda à un prestigiateur d^employer ses maléfices, soit à le feiire aimer, soit à faire répudier la femme par son mari. Le prestigiateur ayant échoué dans la première tentative, se servit de ses prestiges et de ses incantations pour transformer l'égyptienne en jument. Le mari, très troublé de l'aventure, se doutant que la métamorphose était due à la magie, eut la pensée de recourir à un saint homme qui vivait non loin de là dans la solitude. Il mit un licol à sa femme et la conduisit à Macaire en compagnie de quelques autres personnes. Celui-ci n'eut pas plutôt vu cette singulière ambassade et appris ce qu*on désirait, qu'il apostropha vivement les visiteurs : f C'est vous, dit-il, qui êtes des ânes et qui avez des yeux d'ânes ; celle-là est une femme telle qu'elle a été créée et non métamorphosée ; elle ne parait autrement qu'aux yeux des hallucinés. Equi vos estis, qui habetis equorum oculos ; illa enim est foemina, ita ut est creata^ non transformatay sed sic solutn apparens oculis eorum qui sunt decepti. » Il fit approcher la jeune femme, l'aspergea d'eau bénite et le charme fut rompu.

Quelquefois les changements de personnalité sont le résultat d'une maladie. Tel parait être le cas de Nabuchodonosor ; c'est du moins l'opinion qu'on trouve ainsi développée^ dans le Dictionnaire de la BiblCj par le savant Dom Calmet. < L opinion la plus suivie, dit -il, est que Nabuchodonosor étant tombé par un efiTet de la puissance de Dieu dans

(i) B.B. i3 Jan. t. II, p. 294, n** 5 et 6.

une noire mélancolie et dans la manie, s'imagina être devenu bœuf; comme dans la maladie qu'on appelle Lycanthropie, un homme se persuade qu'il est changé en loup, en chien, en chat ; changement qui ne subsiste que dans son cerveau altéré et dans son imagina^ tion échauflFée^ puisque tous ceux qui l'environnent ne voient aucun changement dans sa figure extérieure mais seulement dans ses inclinations, dans ses mouvements, dans ses manières ; en sorte qu'il hurle comme un loup, qu'il mord, qu^il mange des viandes crues, qu'il court dans les champs, qu'il fuit la compagnie des hommes. Ainsi Nabuchodonosor, sUmaginant qu'il était devenu bœuf, broutait l'herbe comme un animal, frappait des cornes, laissait croître ses cheveux et ses ongles; il beuglait, allait nu et imi-^ tait à l'extérieur toutes les actions d'un bœuf. Les gens étonnés d'une telle métamorphose le lièrent comme on lie les fous et les furieux ; mais enfin, s'étant tiré de leurs mains, il se sauva dans les champs, y vécut nu comme un bœuf, exposé à la rosée du ciel et aux autres injures de l'air, en sorte que son poil de" vint comme les plumes des aigles et ses ongles comme les griffes des lions. (Daniel, IV, 25, 3o.) >

C'est au XVI* siècle, dans le Jura, qu'on vit, pour la dernière fois, apparaître la lycanthropie avec le caractère d'une épidémie. Le lecteur curieux de connaître les détails pourra se reporter aux arrêts du parlement de Dôle (i) de i SyS à 1574 ; je me bornerai à citer ici une phrase montrant bien qu'il ne s'agissait, ici comme pour les chats^ que d'individus courant

(i) WiBRUs. De prœstigits, liv. VI, ch. XIII. — Job Fincb. Des merveilles^ liv. XI. — Boom. Démonomanie^ 1. II, ch. VU — Cu. RiCHicT. L'homme et l'intelligence^ p. 346.

les champs comme des fauves et probablement affublés souvent de peaux de bétes (i). < Il me souvient» dit Bodin, que M. le procureur général du Roy Bourdin m^eû a récité un autre, qu'on lui avait envoyé du bas pays^avec tout le procès signé du juge et des greffiers, d'un loup qui fut frappé d'un traict en la cuisse et depuis se trouva en son lict avec le traict qui lui fut arraché estant rechangé en forme d'homme et le traict cognu par celuy qui Tavait tiré, le temps et le lieu ustifié par la confession du personnage. > (2)

Quelle que soit l'opinion que l'on ait sur la réalité du sabbat, on ne saurait nier que beaucoup de sorciers n'ont assisté qu'en imagination aux scènes infernales dont ils affirmaient la réalité au milieu même des tortures.

On a composé des onguents avec les substances indiquées par eux et on a constaté que les personnes qui s'en frottaient ne tardaient pas à s^endormir d'un sommeil factice tout agité de rêves conformes à leurs préoccupations et dont ils conservaient le souvenir au réveil ; l'un des épisodes les plus constants de leurs

(i) c Interrogé si son père scait qu'il coure ainsi. Dict qu^ouy, et qu'il Ta graissé trois fois et aidé à vestir sa peau de

loup, laquelle ce monsieur de la forest lui donna » (Pierre

DB Lancrb. Tableau de hncongtance^ etc., p. 258).

(2) En 1854, le tribunal de Galice condamna à mort un homme pour avoir dévoré, à belles dents et toutes vives, plusieurs personnes qu'il avait rencontrées dans la campagne. Cet homme errait à qiiatre pattes, au milieu des champs^ se jetant, comme une béte fauve, sur tous les êtres vivants qui passaient à sa portée. Pour toute défense, il prétendit que. par moments, une soif inextinguible de sans Tenvahissanti il cessait tout à coup d'être homme et devenait loup.

Le D' Durand (de Gros), ayant appris le iuoement par les journaux, fit offrir au gouvernement espagnol oe se rendre à ses frais en Galice et de transformer par suggestions les juges eux-mêmes en loupji. On ne daigna pas lui n^ndre.

songes était le transport à travers les airs (i). Ces onguenu dont Poru et Cardan ont donné des formules (2) différaient un peu suivant les pays, mais ils avaient pour base essentielle des sucs de plantes telles que Pache, la jusquiame, la cigûe, le pavot, la belladone, la morelle furieuse, Taconit, la berle, la quintefeuille, TacoFum, la feuille de peuplier combinée avec de la graine de petits enfonts, des débris de momies, etc. (3)

(i) PoxTA {^ag. NaUtr, Itb. H, cnp. 26) et FiomiAifif (Tract, de/ascin,^ p. 502, 568, 569) rapportent ()ue deux forcîères, ainsi endormici, avaient annoncé qu'ellea iraient au Sabbat et

3u*enet en reviendraient en ^envolant avec des ailes ; toutea eux crurent Que la chose s'était ainsi passée et s*étonnaient qu'on leur soutînt le contraire. L'une même, en dormant, avait exécuté des mouvements et s'était élancée comme si elle eût voulu prendre son vol.

On a vu dans )e chap. VI le récit d'un vol de sorcière qui, cette fois-d, serait véritable, à en croire Tévéquc de Pampelune.

(a) Posta. L. c. — CAM>Aif. De subtilitate^ lib. 18. — Vojez aussi WiiBUS. De ^Prœstig^ lib. Il, cap. 36.

(3) Voici la recette et la théorie de Cardon :

• La mélisse donne une qualité d'esprit et rend l'homme joyeux en chassant dehors chagrin et note. Semblablement, mangée après le repas, elle faict les songes joyeux, comme les choux les rendent tristes, comme les phaMÎoles les rendent turbulents ; les aulx et les oignons les font terribles. De ce vient l'opinion d'aucunes ferome« qui sont dites Lamiœ (on peut les appeler lées), lesquelles nourries du suc de pavot noir, dit opium, de chastagnes, fèves, oignons, choux et de phaséoles, semblent en songeant, voler en diverses et plusieurs r^ons, et illec estre tourmentées en diverses manières, selon la température de chacune. Elles sont aidées contre tel songe d'un onguent dont elles s'oignent tout le corps. Cet onguent, comme on estime, est composé de la gresse de petits enUnts tirée hors et prise aux sépulchres, du suc de persil et de rengal, aussi du noir faict de l'herbe quintefueille, dicte pentaphylle. Cest chose incrédible combien et quantes choses ces femmes se persuadent voir : aucunes fois choses joyeuses, théâtres, jardins, pescheries, vestcments, ornements, danses, beaux jeunes enfants, et se coucher avec ceux de telle genre qu'elles désirent; elles pensent voir les rois, les magistrats avec leurs satellites, toute gloire et pompe du genre numain, et autres plusieurs choses excellentes, comme l'on voit aux peintures, plus grandes que nature ne peut faire ne donner; au contraire, quelquefois elles pensent voir des choses tristes, corbeaux, prisons, déserts, tourments. Et ceci n'est de merveille, quoiqu'il soit vénéfique, rar on peut le réduire aux causes naturelles.

Paolo Minucci, jurisconsulte de Florence, vivant au XVII* siècle, André Laguna, médecin du pape Jules III, Bodin, Alciat, le cardinal Cajetan, Pierre Remy et Gassendi relatent également des expériences foites par eux-mêmes ou en leur présence, qui ne laissent aucun doute à cet égard (i).

L'art des onctions a été très étudié dans les siècles passés à en juger par les beaux secrets que nous révèle un livre édité en 1746 à Francfort et à Leipsig, sous ce titre :

Lart de se rendre heureux par les songes^ c'est-à^ dire en se procurant telle espèce de songes quon voudra.

Tous ces songes s'obtenaient à Taide de pommades diverses; après avoir donné la recette d'une graisse < pour rêver qu'on couche avec une femme et qu'on en obtient les dernières faveurs, % Tauteur anonyme du livre ajoute : < Il n'est pas mal d'en feire plusieurs bouteilles à là fois ; c'est le précieux onguent auquel

c Certainement j'ay souvent expérimenté l'onguent qui est appelé populeum pour ]et branches de peuplier, appliqué aux artères des pieds et des mains (et est, selon aucuns, appliqué sur le Ibye et aux artères des temples} provoquer Je dormir et monstrer songes joyeux en la plus grande partie de ces choses, pour ce que le suc des branches et fueilles nouvelles du peuplier réjouit Tcâprit et démontre quelques imagée représentées par la clarté et couleur : car il n'est aucune couleur plus délectable que la verde. »

L'onguent populeum^ encore en usage dans la pharmacie, se compose de feuilles fraîches de pavot, de bellaaone, de jusquiame et de morelle, triturées dans de l'axonge avec des bourgeons de peuplier récemment séchés. On l'emploie comme calmant, spécialement pour les hémorroïdes.

Une l^ère onction sur les mains et les tempes de Benoit ne m'a donné aucun résultat.

(i) P. MiNucci. Commentaire sur le Malmantile racquistato, cant. IV, ott. 76. — A. Laouna. Comm. sur Dioscoride, j, LXXVI, cap. IV. — BoDiN. Démonom,^ 1. Il, c. 3. — Alciat. Parœogor,, 1. III. — Casktav, Quasi, 106.-^ Rbmt. DemonoL^ 1. Il, c 4. -* Gassendi. Physique^ 1. VIII, c 8.

j*âi dû mon repos, ma tranquillité» mon innocence et tout le système ou l'art nouveau de félicita dont )*ai le bonheur de pouvoir faire présent au genre humain. >

S 3. -^ Les oontaett snr le orâne.

Dans le chapitre VI de sa Neurypnologie^ James Braid rapporte une série d^expériences qu'il fit, en 1842 et années suivantes, pour spécifier les sensations émotives provoquées sur des' sujets hypnotisés par des pressions exercées sur divers points de leur tête» d'après la méthode de deux magnétiseurs anglais, célèbres à cette époque, MM. Brookes et Spencer- HaU(i).

Braid eut d^abord de nombreux insuccès et il finit par adopter un mode d'opération qui lui réussit toujours ; on le trouvera exposé aux pages 1 29 et 1 3o de la traduction française de son livre par le D' Simon.

Voici quelques-uns des résultats qu*il a obtenus :

Une légère pression sur les os du ne^ fut suivie immédiatement d'éclats de rire immodérés qui

(i) Spencer-Hall opérait sur des sujets magnétisés et déterminait par la pression de son doiot sur les parties du cerveau indiquées par ûall comme le siège de certaips sentiments, la manifestation de ces sentiments. Le D' Charpignon a rdfiait ces expériences et obtenu toutes les manifestations qu'il voulait^ quelque fût le point qu'il touchât; il explique le phénomène par une transmission de pensée. [Physiologie du Magnétisme ^ p. 234). L4ibntalne {L'Art de magnétiser, p. 234) confirme au contraire les résultats de Spencer-Hall.

cessèrent en même temps que le contact ; on obtenait des e£Fcts très curieux en fiaiisant chanter au patient un air grave et solennel qui se transformait en éclats de rire dès qu'on le touchait de la manière indiquée^ pour reprendre ensuite.

Si la pression était appliquée au tnentôn il y avait arrêt immédiat de la respiration avec soupirs et sanglots qui ne duraient que pendant le contact.

En touchant à la fois le nez et le menton on avait un assemblage bizarre de rires et de pleurs.

La pression ou la friction de la circonférence des orbites produisait des spectres d'aspect brillant ou gai quand on opérait sur le bord supérieur, et d'aspect terrifiant quand on opérait sur le bord inférieur.

La pression sur l'organe du son produisait le désir de chanter. En pressant celui de la combativité on provoquait la colère; en pressant celui de la vénération on amenait le désir d'être vertueux ou de prier, etc.

Braid a constaté également (p. 1 17) qu'en excitant les points antagonistes des hémisphères opposés^ on peut provoquer des sensations différentes dans les deux côtés du corps; si des facultés antagonistes sont excitées du même côté, la plus forte des deux sera seule en action. Il confirmait ainsi Inexactitude du quinzième aphorisme de Mayo dans son livre du Nervous fystem and itsfunctions^ oti il dit : € Chaque moitié latérale d'un animal vertébré a une vitalité séparée, c'est-à-dire la conservation de la conscience, dont une moitié est indépendante de sa conservation danslautre. >

Tous ces phénomènes s'obtenaient chez les sujets très sensibles, non seulement par. le contact mais

encore par l'approche d'une baguette de TerrCj par exemple.

Dans ces dernières années, M. DumontpalUer (i), ayant reconnu qu'il pouvait produire laphasie sur deux byst&iques'de son service, à l'état de somnambulisme, en exerçant une simple pression au niveau de la région temporale gauche (2), eut Tidée de rechercher ce qu'il obtiendrait en pressant la région temporale droite; chez toutes les deux, il détermina ainsi l'aphasie et la perte du langage écrit.

Continuant ses recherches relatives à Teffet produit sur les centres cérébraux (psycho-moteurs) par les diverses excitations périphériques, il obtint les résultats suivants :

Si on faisait dire à la malade, en état de somnambulisme, le nom de plusieurs objets qu'on lui présentait et si on exerçait subitement, au niveau du crâne qui correspond à la troisième circonvolution frontale gauche, la moindre action (pression, ventd*un sou£9et capillaire), la malade perdait immédiatement la mémoire des mots qu'elle venait de prononcer.

Au contraire, si on exerçait la même pression au niveau du point crânien correspondant à la première circonvolution frontale gauche, on constatait que la malade conservait la mémoire des mots, mais qu'elle avait perdu le souvenir de l'usage des objets. Ainsi, elle pouvait nommer une clef qu'on lui présentait, mais elle était devenue incapable de dire à quoi servait cette clef.

(1) BéftiLLON. La dualité cérébrale^ p. gS. — Paris, 1884.

(2) Broca a placé le siège du langage articulé dans la troisième circonvolution frontale gauche.

Chez les deux sujets en expérience, on obtenait le même résultat en agissant indifféremment sur la région frontale à droite et à gauche.

Pour rendre au sujet la mémoire perdue, il suffisait, dans tous les cas, de répéter l'excitation, c'est-à-dire d^exercer à nouveau la même pression sur le même point.

Si Ton attendait pendant un temps assez prolongé avant de rendre au sujet la faculté perdue, on constatait que cette faculté se rétablissait d'elle-même.

Si^ au contraire, on maintenait le doigt au niveau du point touché^ on observait des oscillations de perte et de retour de la mémoire.

A l'école de médecine de Rochefort, MM. Burot, Bourru et Berjon ont constaté qu^un courant quelconque appliqué sur la tête, en des points déterminés, produit des mouvements dans les membres et dans la fiace du côté opposé, quand les électrodes sont placés au niveau du sillon de Rolando, près de la ligne médiane. Les ipouvements commencent par le bras, la jambe ou la face, suivant la position des électrodes, un peu plus bas, un peu plus haut, un peu plus en avant ou un peu plus en arrière du sillon, ou plutôt d'une ligne verticale prolongée du niveau du pavillon de Toreille à la suture sagittale. Les rhéophores placés sur les lobes postérieurs donnent lieu à des mouvements dans le bras du même côté. Ces phénomènes se produisent également du côté droit; et les résultats s*obtiennent à l'état de veille comme en somnambu^lisme (i).

(i) Bbkjon. La grande hystérie che:ç r homme, — Paris, 1886.

Dé leur côté MM. Binet et Féré ont reconnu (i) qu'en opérant le transfert des hallucinations unilatérales, les sujets soumis à Texpérience accusaient spontanément des douleurs de tête oscillant d'un côté à l'autre du crâne, et se fixant en des points symétriques parfaitement déterminés, suivant la nature des hallucinations.

Ces points se .trouvent, pour le transport de l'hallucination visuelle, un peu en arrière et au-dessus du pavillon de l'oreille : Ils correspondent < à la région dont la destruction détermine la cécité verbale et Thémianopsie; c^est dans la partie antérieure du lobule pariétal inférieur.

< Dans le transfert de l'hallucination de TouTe, le point douloureux est situé au milieu de l'espace compris entre la partie antérieure du pavillon de Toreille et lapophyse orbitaire externe ; la douleur répond à peu près à la partie moyenne du lobe temporospbénoldal, et approximativement à la région dont la destruction produit la surdité verbale.

€ Pour le goût^ le point est au-dessus de la crête occipitale externe à deux centimètres en dehors de la ligne médiane. Pour ïodorat, il est à un centimètre au-dessus et un peu en dedans. Ces deux dernières localisations sont en contradiction avec les résultats des recherches anatomo<liniques; elles méritent d'être contrôlées

€ Si l'on plonge le sujet en catalepsie totale et qu'on vienne à exciter mécaniquement, avec le doigt ou un corps mousse, les points du crâne qui sont douloureux pendant le transfert, on produit de curieux effets. Si

(0 Le Magnitiime animal, p. 196. — Ptris, 1887.

on excite le point du crâne correspondant au centre visuel, on somnambulise les deux yeux de la malade qui perdent leur fixité cataleptique et suivent les mouvements du doigt. Si on excite de. la même façon le^point correspondant du centre auditif, on somnambulise cette fois Tappareil de Touïe, et la malade, jusque-là complètement insensible à la voix^ entend les ordres qu'on lui adresse et essaye de les exécuter dans la mesure où le lui permettent ses membres qui restent en catalepsie. >

M. Du'rville, directeur du Journal du Magnétisme^ m'a foit assister à des expériences de localisation cérébrale résumées dans la note suivante qu'il a bien voulu me communiquer :

Menons idéalement une ligne droite, de la partie moyenne de l'arcade sourcillière à la partie moyenne de l'occipital, en passant par la base de l'auriculaire supérieur ; abaissons sur cette ligne une perpendiculaire passant par le pavillon de l'oreille^ nous aurons deux axes qui nous permettront de déterminer mathématiquement, sur chaque hémisphère cérébral, l'emplacement de chaque fonction organique que l'exploration nous aura fidt découvrir et que l'expérience aura vérifiée.

En prenant pour terme de comparaison un cerveau de moyenne grosseur, sur la perpendiculaire, à 2 centimètres de la ligne qui nous sert de base, nous trouvons le siège des bras ; à 5 centimètres i|2 de la même base, le siège des jambes; à 9 centimètres, le siège d'une fonction compliquée, qui paraît commander à l'articulation iliaque du fémur, aux nerfo moteurs des cuisses et des jambes; à la centimètres, le siège de la rate; et, au sommet de la tête, le siège de la moelle épinière.

L'excitation en ces divers points, suivant les lois de la polarité» produit l'augmentation, l'exagération de la fonction organique, la contraction ou la contracture des muscles ; l'action calmante, exercée sur les points opposés, suivant les mêmes lois, produit la diminution de la fonction organique, le relâchement et ménae la paralysie.

Exemples : Un doigt quelconque de la main droite appliqué sur le côté droit, au point qui anime le braSf excite les mouve-

menu de ce bras et le fait entrer en contracture. Un doigt quelconque de la main gauche, appliqué sur le même point, du côté gauche^ produit le même effet tur le braa gauche. Dana cet eut de contracture des deux bras, ai on agit avec un doigt de la main droiu, sur le cdté gauche du cerveau, toujours au même point, ou obtient la résolution du bras droit ; et si on agit de même avec un doigt de la main gauche sur le côté droit du cerveau, on obtient la résolution du bras gauche. Quand la résolution de la contracture est complète, si on continue d'actionner le siège de la fonction, on obtient une diminution de l'activité et un relâchement qui peut aller jusqu'à la paralysie.

Des efiets absolument identiques se produisent sur les jambes, dans les mêmes conditions.

Si on place un doigt de la main droite, à droite du cerveau, au point qui commande le mouvement des cuisses )et des jambes, le sujet éprouve un tiraillement dans la cuisse droite, la jambe s*agite et tend à se porter en avant. En agissant avec les deux mains sur les deux côtés, les deux jambes sont tiraillées, et quelle que soit la position du sujet, il éprouve le besoin de marcher. Ce besoin disparatt si on agit avec les deux mains en sens contraire: c'est-à-dire la droite à gauche, la gauche à droite du cerveau.

Un doigt de la main gauche, appliqué à gauche sur le siège de la rate, produit des contractions plus ou moins violentes de cet organe, une impression de plénitude dans le côté gauche, avec de l'oppression, malaise, et le sujet éclate de rire. Si on agit avec la main droite, sur le même point, à droite du cerveau, les contractions de la rate cessent subitement, les malaises du côté gauche changent de nature, le sujet respire à pleins poumons ; mais bientôt la respiration semble s'exagérer, les sanglots arrivent et les larmes coulent sur son visage profondément attristé. De cette façon, en agissant alternativement avec les deux mains sur les deux côtés du cerveau, on produit le rire et les pleurs, les pleurs et le rire, sans autre exdution ph3rsique ou morale et sans aucune suggestion.

L'action que l'on exerce sur la rate, au siège cérébral de cet organe, est soumise aux mêmes lois que celle que l'on exerce sur l'une ou l'autre jambe, sur l'un ou l'autre bras. — ^ Quand on a provoqué le rire, en agissant avec la main gauche sur le côté gauche, on le fait cesser sans provoquer les pleurs, en agissant avec la même main sûr l'autre côté du cerveau. Il en est de même pour les pleurs.

En appliquant un doigt de la main droite sur le siège de la moelle épinière, le sujet éprouve une exciution de tous les

organes qui sont innervés par la moelle, et bientôt le corps tout entier entre en contracture. Cette contracture cesse et le calme se rétablit, en appliquant un doigt de la main gauche au même point. Si on prolonge cette dernière action, les fonctions organiques diminuent et on peut aller jusqu'au relâchement et à la paral3rsie de toutes les fonctions qui sont placées sous la dépendance de la moelle.

Si on touche avec un doigt de la main droite la peau qui recouvre la 3* circonvolution frontale droite, le sujet devient impuissant à articuler un son. Si on touche avec un doigt de la main gauche le même point, du côté gauche du cerveau, le sujet parle au contraire avec la plus grande facilité.

Ce dualisme cûébral se montre d'une façon tout aussi évidente dans les manifestations intellectuelles et morales.

Le siège de toutes ces fonctions ne se trouve pas dans les départements que les phrénologistes ont désignés. Toutefois, le plus grand nombre est conforme à la nomenclature phrénologique, quant au siège de la fonction ; mais, oùqi^aucun auteur (i) n'a soupçonné, -c'est que la faculté intellectuelle ou morale est opposée aux deux côtés du cerveau. Quelques exemples feront mieux comprendre cette singulière particularité de la dualité cérébrale:

Le point 24 de la nomenclature de Spurzheim, qui est placé à la partie supérieure antéro-latérale du front, est pour tous les phrénologistes le siège de Vesprit de saillie, de la verve satiri^ que, de la gatti railleuse. Si, avec un doigt de la main gauche, on excite ce point au cerveau gauche, la figure du sujet prend un épanouissement de gaîté propre à tous les caractères décrits, et les gestes, l'accent de la voix, les modulations du langage deviennent en harmonie avec les traits du visage. Dans cet état, si avec un doigt de la main droite, on excite le même point du cerveau droit, Texpression du sujet se transforme en tristesse (sans pleurs) ; il devient maussade, rêveur et se renferme en lui-m&ne.

Au point 6 de la même nomenclature, c'est-à-dire un peu /audessus et derrière Toreille, à l'angle postéro-infèrieur des pariétaux, les phrénologistes placent le siège de la combativité. Si, avec un doigt de la main droite, on touche ce point du cerveau droit, une violente colère se déclare, la peau du front se ride, le sujet ferme les poings, menace l'expérimentateur et ne tarde

(i) On a vu, au commencement de ce paragraphe, que Mayo et Braid avaient d^à constaté le fait

pat à iQ frapper s'il oontiniiie l'expériaoce. En excitant le mén^e oint du cerveau gauche, la douceur fiiit bientdt place à la colère, et le sujet montre la plus grande résignation.

Des phénomènes identiques paraissent se produire pour toutes les fonctions organiques et pour toutes les £icultés inteUec* tuelles et morales.

11 semble résulter de cette découverte que les fonctions organiques et les facultés intellectuelles et morales sont localisées en des départements isolés de la masse cérébrale et qu'ils sont en communication avec la couche corticale; que les fonctions des deux hémisphères sont en partie indépendante l'une de Pautre ; que les facultés intellectuelles «t morales sont de nature opposée sur les deux hémisphères et que toutes ces fonctions peuvent être calmées ou excitées en agissant selon les lois de la polarité» sur Pun ou l'autre côté du cerveau.

Si ces localisations sont vraies, chaque affection doit être appréciable à la sur&ce du crâne. Une main très exercée sent en effet à la surfiicedu crâne les modifications qui ont lieu dans les organes. Dans les affections de la première catégorie (affections de nature paralytique), le point où se trouve le siège de la fonction organique est déprimé si Taffection est chronique, ce qui indique l'atrophie de la fonction; dans tous les cas, les dieveux sont plus lisses, plus soyeux et la température est moins élevée que sur le reste du crâne. Dans celles de la 2* catégorie (affectioiu inflammatoires), on observe au contraire un renflement dans le cas de chronicité, ce qui démontre l'hypertrophie de la fonction ; dans tous les cas les cheveux sont plus rudes plus raides, et la température est d'autant plus élevée que l'excitation et l'inflammation sont plus considârables.

J'ai essayé de répéter ces diverses expériences et je n'ai pu obtenir qu'une partie des effets précités, soit que je n*ai point réalisé les conditions où s'étaient placés les autres expérimentateurs, soit que les personnes sur qui j'ai opéré ne présentassent pas les mêmes aptitudes, soit enfin que l'éducation des sujets ait une influence que ni les uns ni les autres n'avons su éliminer Complètement.

Ces insuccès partiels montrent du reste que tout ne se âtit point simplement par suite d'une communication de pensée ou d'une suggestion plus ou moins

inconsciente, ainsi qu'il est à la mode de le dire aujourd'hui. Je n'avais aucune idée préconçue et je m'attendais pas à réussir plutôt dans tel cas que dans tel autre.

En agissant sur Benoît éveillé ou endormi, rien ne s'est produit par la pression sur les os du nez ou sur le menton.

Les effets suivants ont été obtenus sur lui à l'état de veille.

En touchant le bord de Porbite, aussi bien dans la partie supérieure que dans la partie inférieure, j^ai amené la sensation d'obscurité.

En touchant la partie du crâne située à deux ou trois centimètres en arrière de la partie supérieure du pavillon de Toreille, au point coté 1 9 dans la planche XVIII, j*ai provoqué la colèredu côté droit et la bienveillance du côté gauche. De même la pression du point n* 90 sur les côtés du front donne des idées gaies à gauche et tristes à droite. Je dois ajouter que ces phénomènes sont quelquefois inversés, quelquefois nuls.

La pression de la saillie occipitale n<» IS détermine généralement des idées erotiques.

Les mouvements des bras et des jambes sont obtenus par des pressions sur les points n<w 1 4 et 1 tf au-dessus de l'oreille. Chez les uns on détermine le mouvement des membres du même côté ; chez les autres, le mouvement des membres opposés.

Les localisations des sens sont plus constantes. On supprime le goût et Podorat par la pression des points y et d ; j'avais constaté le fait avant d'avoir lu le livre de MM . Biné et Féré. La suppression n'a lieu que du côté où a été effectuée la pression. Il en est

de même pour le pomt B qui correspond à Poide.

En pressant le point n« O on rend le sujet aveugle, et une pression un peu en arrière (n« lO) détermine Tarrét du mouvement des yeux«

Au point 1 1 correspond le mouvement des lèvres ; au point 1 lt celui de la tête et du cou ; au point 1 3 celui de tout le corps.

J*ai déjà indiqué dans le 4* groupe du § 5, A) du chapitre VII les effets obtenus par la compression de ce dernier point appelé bregma.

L'extase est toujours provoquée par la pression sur le point n« 1 Y au sommet de la partie médiane du front (i)f là oti les initiés étaient marqués du sceau divin*' La pression au-dessous (n« IB) amène simplement les idées religieuses.

La pression sur la racine du nez n« 1 supprime la mémoire^ surtout celle de la personnalité (2). On supprime seulement la mémoire des nom% des choses

(i) Un sujet peut lui-même se mettre en extase par la pression du point n^ 17; bien plus, il peut faire durer cette extase le temps qu'il yeut, en s'en donnant auparavant à lui-même la su^estion par un quelconque des procédés que j'ai indiqués. J*ai répété maintes fois avec Benoft et Gabrielle cette expérience très curieuse qui rappelle la faculté dont Cardan se vantait d'être doué (Voyez plus haut, chap. VII, { 5, note I); mais il est prudent de ne point laisser l'extase durer longtemps, car la respiration est alors suspendue.

Mesmer connaissait très certainement cette pro p riété de Tattouchement sur le front ainsi que celle des parfums et de la musique, car un auteur contemporain, parlant de lui, s'exprime amsi : • Le salon où se tenaient les adeptes était dans une mystérieuse obscurité ; les sons d*un clavecin se fusaient entendre; des parfums remplissaient l'air; et le maître venait toucher au front, avec des gestes imposants, chaque personne qui tombait alors dans une sorte d'exuse. •

(a) En efBeurant à peine ce }>oint sur une robuste femme de 40 ans, peu sensible (railleurs, j'ai déterminé un état d'inertie complet qui a duré plus d'une minute.

Je rappelle que dans les luttes corps à corps, c'est cet endroitlà qu'on chercne à frapper avec le poing pour étourdir son adversaire.

en pressant le point n* 3 à Tangle supérieur du Iront, et la mémoire de Vusage des choses en pressant le point n^ 4L situé un peu au-dessous.

La mémoire est fortement ravivée par la pression du front au-dessus de Tarcade sourcillôre, surtout ù droite et ati milieu du sourcil (n® U).

Benoît possède cette fiaculté à un haut degré et il s'en sert aujourd'hui fréquemment. Le rappel est toutefois moins complet que celui qu'il peut obtenir par auto-suggestion. Ainsi jelui demande s'il se souvient du jour où je lui ai fait voir son saint patron^ il y a six mois(Cbap. VII, § 3, exp. XI) ; il cherche et me répond que non. Il presse le point de la mémoire avec son doigt; il se rappelle la vision et me dépeint le saint et le diable. Je lui demande ce qu'il a chanté à cette occasion ; malgré la pression, il ne se souvient pas. Il met alors l'index eii isonome sur son front et se rappelle avec étonnement qu'il a chanté Malbroug ^en va-Uen guerre.

La pression du point no 2f sur le milieu de la tempe détermine l'aphasie. Le sujet conserve la liberté de la mâchoire, de la langue et des lèvres, mais ne peut plus articuler ; l'effet se produit aussi bien à droite qu'à gauche.

Dans tous les phénomènes qui précèdent, la pression produit le même effet, quel que soit Tobjet qui presse, quand cet objet n'est pas polarisé ou qu'on ne laisse pas à la polarité le temps d'agir.

Ce que la pression foit, la friction le défait : Tune arrête la circulation, l'autre la rétablit. Ainsi, mettant Benoît en état de catalepsie totale par l'imposition de la main droite, je réveille^ comme l'ont indiqué

MM. Bioet et Féré, séparément chtcuo des sens dont Texercice est suspendu» par la friction du point du crâne correspondant.

Il y a une loi plus générale à laquelle jse rattache cette observation. Quand le sujet est très sensible, il suffit d'augmenter progressivement la pression pour produire successivement la catalepsie, le somnambulisme et la léthargie de l'organe sur lequel on agit ; à l'aide des frictions on fait repasser Torgane par les mêmes phases pour le ramener à l'état norraal. Je presse^ par exemple, le point 14 00 i5, le membre actionné se soulève d'abord en prenant la raideur cataleptique; si là pression continue, le membre retombe, il éprouve des fourmillements, et on peut alors lui donner la suggestion d'exécuter un mouvement déterminé à une époque déterminée ; le mouvement s'exécutera comme il a été dit sans que le sujet en ait conscience (i). La pression continuant encore, le sujet cesse d'avoir la sensation de son membre qui est complètement inerte et insensible. On obtiendra des phénomènes analogues en pressant de plus en plus le point correspondant à un sens, tel que le n? 9 du côté droit ; Fœil droit commencera par devenir presqu'insensible à la lumière, puis il deviendra suggestible et enfin le sujet ne le sentira plus.

Ce que Ton obtient par la pression et la friction

(i) Quand je dis que 1q membre entre en somnambulisme f exprime bien le phénomène tel qu'il appiraft ; mais il est presque certain que Thypnose du membre se propase en 8'a£fai- Dlissant jusqu'au cerveau qu'il tnét en état cle crédulité et que c*est le cerveau qui enregistra la suggestion pour la faire exécuter ensuite. (Voir chap. VU, g 5, A), 3« groupe.) Cette théorie explique bien mieux les sumestions locales des organes des sens que celle que j'ai hasardée dans une note du { 8 du chap. VU.

lk>btient également par une. action quelconque de polarité, l'action en isonome agissant comme la pression et l'action en hétéronome comme la friction. Voici, par exemple, Benoît en état de veille ou de catalepsie; je détermine l'extase en touchant le front à droite du n<> l T avec le bord externe de mon pouce, ou le pôle ^ d^un aimant ou seulement en approchant de cette partie les doigts de ma main gauche réunis en cône ; je le réveille, soit en faisant agir le petit doigt, le pôle + ou la main droite, soit en employant les premiers agents à gauche du point n* 1 T.

L'aphasie, la perte et le rappel de la mémoire, la suspension des sens, la catalepsie par pression sur le vertex ont été vérifiés sur une dizaine de sujets à Tétat de veille; le mouvement des membres, l'évoca^on des idées religieuses (i) et Textase, sur quatre seulement. Il est probable que l'épaisseur du crâne joue ici un rôle important.

ifaic

fait de progression de sentiments analogue à celui que j'ai déià indiqué pour Benoît à propos d^ l'action du laurier-cerise.

En frictionnant les points dont la pression amène certains sentiments, on produit des sentimenu contraires. La îriaion du point n* tf provoque la loquacité.

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