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CHAPITRE II

ACTIOHS MAOHÉTIQUES COHSTATÉES PAR LES iHSTRUMEHTS DE LABORATOIRE

§ i*'. — Magnétisme des minéraux.

BNDiiNT longtemps, on a cru que les propriétés magnétiques appartenaient seulement au fer et à l'un de ses oxydes. Des expériences précises, commencées au XVIII* siècle par Muscbenbroeck et Nollet, continuées de nos jours par Lebaillif» Faraday, Delesse, Friedrich, du Haldat, Reich, Mateucci et Becquerel (i), ont montré que ces

(i) Voir les MimoiTfdt V Académie du Sciences: tome XI, pageS^S; XII, oSo; XX, 1708: XXII, 48, 146, 730, oSa; XXIV, 943; XXVII. 548; MVIII, 35i, 154, 5oo; XXXI, 267, 8o5« etc. — Bibliothèque universelle de Genève (Arch. des Se.), t. II, p. 42 et 45 : XVI, 82 : XXXII, 89. — Annales de Chimie et de Physique, 3* série, t. XXIV, p. 424: XXIX, 129; XXXIV, 240 ; XXXVl, 1 27, 375 ; XXXVII, 75. ' -^ ^»

Gaod {de originaria corporum electricitate)^ avait d^à dit que presque tous les corps fossiles, tels qu'on les tire du sein de la terre, possèdent une électricité originale, qu'ils donnent des signes d*électridté sans avoir été préalablement frottés ou chauffiSs et que Taimant occupe le premier rang parmi ces fossiles.

On trouve dans Humboldt la citation suivante (Expériences sur le gal.y p. 366), tirée du Alounthly Reviem :

« M. Bennet a démontré par son Duplicateur que les métaux

propriétés se manifestaient dans tous les corps à des degrés divers.

Ainsi, l'on a constaté que les roches réduites en poudre et les cendres des végétaux étaient attirées par un puissant électro-aimant (i) et y restaient adhérentes en proportions plus ou moins grandes suivant leur nature.

On a reconnu encore que si Fou suspend des substances différentes taillées en forme de tige ou renfermées dans des tubes de verre, entre les pôles d'un électro-aimant, les unes se dirigent suivant la ligne qui réunit lesdits pôles, les autres perpendiculairement à cette ligne.

Les premières qu*on appelle magnétiques comprennent l'oxygène (2), le bioxyde d'azote, l'or, l'argent, le fer et la plupart des métaux, ainsi que leurs composés secs ou en dissolution. Parmi les secondes, qui ont reçu le nom de diamagnétiques^ on classe le bismuth, le plomb, le zinc, le cuivre, le mercure, l'hydrogène, le sel marin, le verre, le cristal de roche, le charbon et en général les substances organiques telles que le bois, l'eau, Féther, le gaz d'éclairage, Thuile d'olive, la résine, le sucre, le sang, la chmr currB ou crue. Sans entrer dans le détail des théories présentées pour

sont toujours dans un éiAt d^électricité spontanée : nous attri-

leurs fonctions et de fiiire contracter les fibres musculaires, t

(i) On estime que cette action est environ 100,000 fois plus ftiible que celle de l'aimant sur le fer.

(2) L'oxygène, à poids é§[al, est trois fois plus magnétique qiie le protochlorure de fer qui est le liquide le plus magnétique ; un mètre cube d'oxygène agirait sur une aiguille aimantée comme cinquante centigrammes de fer«

expliquer le oiagnétisme et le diatnagnétisqie, théories dont la plus accréditée repose sur le plus ou moins grand écartement des molécules des corps et le sens des courants moléculaires déterminés par rapproche de Taimant^ nous pouvons supposer^ avec beaucoup de vraisemblance^ que les polarités exposées dans le chapitre précédent jouent un rôle important dans li^ production de ces phénomènes.

M. Becquerel a montré (i) que, quand une base et un acide se combinent, V acide prend Télectricité posi^ tive et la base l'électricité négative (2); en d'autres termes, il se produit un courant allant de l'acide à la base à travers le galvanomètre.

Des expériences commencées par Voltaet continuées de nos jours en France, surtout par Peclet (3), établissent qu'il suffit de mettre en contact deux corps conducteurs quelconques pour provoquer entrVux une différence de potentiel, même sans l'intervention d'aucune action physique ou chimique. Ainsi, en tenant entre lès doigts mouillés avec divers liquides, des fragments de différents métaux, on a reconnu que, si le liquide était acide, les métaux non oxydables (or, platine, argent), le charbon et le peroxyde de manga-

(i) Annales de CkUnie et de Physique, 2* série, t. XXITI, p. 244. — Daouin. Physique, t III, p. 320.

(2) L'électricité n'est point attachée à la nature même du corps, mais au rôle qu*il joue dans la composition; ainsi Peau peut être positive ou négative selon qu'elle se combine avec des Dases ou des acides ; quand on fait réagir deux acides l'un sur

On remarquera que, dans la décomposition des sels par la pile, les acides se rendent au pôle positif, les métaux et lès bases au pôle négatif : dans la décomposition de Teau par la pile, c'est l'oxygène qui va au pôle positif et l'hydrogène au pôle négatit

(3) Annales de Chimie et de Physique, 3* série, t. II, p. 233.

nèse se chargeaient de fluide positif, mais en quantité extrêmement faible ; ils se chargent au contraire d'électricité négative, si les doigts sont enduits d'huile d'olive, qui est une substance extrêmement isolante (i )

Si l'on considère maintenant les contacts des métaux entr'eux, on peut les classer à peu près dans Toidre suivant :

Platine^ argent^ palladium^ or^ cuivre^ fer^ mer^ cure^ bismuth^ antimoine^ plomb^ cadmium, étain^ ^inc, aluminium,

chacun d'entr!eux prenant l'électricité positive avec l'un quelconque de ceux qui le suivent ou l'électricité négative avec l'un de ceux qui le précèdent, et la différence de tension étant d'autant plus grande que les corps sont plus distants sur la liste.

Le charbon et le peroxyde de manganèse se placent entre le platine et Targent.

Faraday (2) ayant frotté le fer, le cuivre, le laiton, rétain, Targent $t le platine avec treize substances différentes, observa toujours que les métaux étaient négatifis, excepté avec le soufre, qui parut les électriser tous positivement, ce qui prouve que ce dernier corps possède une forte affinité pour l'éleetricité négative «

M . Qaugain (3) a montré que le simple contact de deux fils d'un même métal à des températures différentes produisait un courant allant, à travers le contact, du chaud au froid pour le platine, l'étain et l'argent; du Jroid au chaud pour Vor^ le cuivre, le fer et le plomb ; et tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, suivant la température pour le zinc.

(i) HuMBOLDT. Expériences sur le galvanisme, p. i35.

(2) Expérimental Researches, t. H, p. 124.

(3) Masga&t: Traité d*éU sta., t. II, p. 418.

Parmi les cristaux, les uns ne manifestent leur électricité avec les instruments de laboratoire que lorsqu'ils sont pressés. Tels sont le spath d'Islande (se chargeant ainsi d'électricité positive), la topaze du Brésil) la chaux fluatée, le corindon, Témeraude, le spinelle, Taragonite qui conservent cette propriété pendant quelques jours; le cristal de roche et le diamant, pendant quelques minutes. D'autres, comme la tourmaline, la topaze du Brésil, le spath pesant, le cristal de roche, Taxinite, le silicate de zinc, le siicre, l'acide urique, etc., présentent des pôles quand on les chauffe plus ou moins vivement. Il suffit de plonger à moitié dans l'eau un morceau de peroxyde de manganèse composé de cristaux groupés irrégulièrement pour que la substance se polarise ; la partie la plus rapprochée du liquide prend l'électricité négative et la plus éloignée, l'électricité positive.

D'autres enfin sont assez fortement polarisés dans les conditions ordinaires pour pouvoir se diriger sous l'influence de la terre. Les cristaux de stannite ou Oxyde d'étain sont ceux où cette propriété se voit le mieux; ils peuvent même dévier une boussole très mobile. Puis viennent les cristaux de cyanite et de bismuth.

On remarquera que dans ces diverses espèces de cristaux, la ligne qui joint les pôles électriques ne se confond pas toujours avec Taxe cristallographiqué ; il y a même quelquefois plusieurs axes électriques.

§ 3. — MagnAtisme des yégéUuz.

M. Pouillet a isolé, dans une chambre bien desséchée, douze capsulés en verre recouvertes de vernis et remplies de terreau humide dans lequel il a semé du blé. L'intérieur des capsules communiquait par un fil métallique avec le plateau d'un électromètre condensateur. Tant que le germe des grains ne sortit pas de terre, le condensateur ne se chargea pas ; mais, au bout de trois jours, le germe étant sorti de terre, le condensateur, essayé à toute heure du jour et de la nuit pendant plus de huit jours consécutifs, se montra toujours chargé d'électricité négative. La même expérience renouvelée avec d'autres graines donne le même résultat (i).

Becquerel (a) plaça une capsule de porcelaine entre deux capsules en platine mises en relation avec les deux pôles d'une pile à auges de 3o couples faiblement chargée ; les capsules communiquaient entr'elles par des mèches de coton mouillé et contenaient de l'eau de rivière et du coton sur lequel étaient dépoisées des graines de cresson. La germination se fit avec la même rapidité dans la capsule de porcelaine et dans la capsule négative ; elle fut très lente dans la capsule positive. Le courant ayant été interrompu, la végétation fut comme suspendue dans cette dernière dont l'eau avait pris une réaction acide ; elle continua normale-

(i) Annales de Chimie et de Physique^ 2* série, t. XXXV, p. 414.

(2) Archives de Botaniquet t I, p. 395.

ment dans la capsule de porcelaine et dans la capsule négative dont l'eau était devenue alcaline.

Le même physicien a montré plus tard, en enfonçant deux aiguilles de platine dans Técorce d*un végétal à la même profondeur, mais aux deux points situés sur la même verticale à des hauteurs diSérentes, et en faisant communiquer ces fils avec un réomètre^ qu'il se produit un courant allant par le réomètre du point supérieur au point inférieur; ce qui montre que le premier est positif et le second négatif (i);

M. Buff a confirmé cette observation en prenant la plante entière et en se servant pour électrodes de deux vases contenant du mercure sur lequel était étendue une couche d*eau. Cest dans cette couche d'eau qu'étaient plongées d'un côté la partie supérieure de la tige, de Tautre la racine qu'on évitait ainsi de mutiler (2).

M. Donné a obtenu également des courants en enfonçant des fils de platine fixés au réomètre l'un près 4e la queue, l'autre près de l'extrémité libre de divers fruits. Pour les fruits à pépin, le courant va de la queue à l'œil dans Tintérieur du fruit, ce qui prouve que la la queue est positive et l'œil négatif; pour les fruits à noyaux, ce serait Tinverse (3). Quand les fils sont enfoncés en deux points opposés pris à la même distance de la queue, il n'y a pas de courant. Si Ton coupe un fruit en deux transversalement et qu'on exprime le jus des deux moitiés dans des vases réunis

(i) Annales de Chimie et dePhysique, 3' série, t. XXI, p. 40.

(a) Jbid. 3* série, t. XII, p. 198.

(3) Les expériences faites à Paide d*un f^nsitif montrent que les nruite à pépin aussi bien que les fhiite à noyau donnent l'action — du coté de la queue et Faction + du côte de l*œil.

par une mèche de coton mouillée, on obtient un courant dans un réomètre dont les fils plongent dans les deux vases (i) ; il n'y a pas de courant si les fruits ont été coupés de la tête à la queue.

Dans certains végétaux Télectricité prend une intensité considérable et la Revue scientifique a récemment décrit les curieuses propriétés de la Phytolacea elec" trica (2). Quand on brise la tige de cette plante, la main reçoit un choc semblable à la secousse produite par une bobine d'induction. Une aiguille aimantée est affectée à la distance de six mètres et s'affole complètement si on la rapproche. L^énergie de cette influence varie aux différents moments de la journée, passe par un maximum vers deux heures de l'aprèsmidi et s'annule pendant la nuit. Elle augmente pendant les orages, mais la plante semble se flétrir pendant les temps pluvieux. On ne la voit jamais offrir un asile aux oiseaux, ni aux insectes, et le terrain oti elle se développe ne contient aucun métal magnétique.

Tous les ouvrages de botanique indiquent que T^/ectricité favorise la germination. M. SchoUer a vu des betteraves semées dans un endroit frappé par la foudre développer une végétation luxuriante, et le professeur Holdefleiss a remarqué qu'une graine de la même plante semée dans un terrain exposé aux rayons d'un foyer électrique a germé deux jours plus tôt qu'une autre graine placée en dehors de ces rayons (3).

(i) Si l*oa coupe un citron en trois parties perpendiculairement à ton axe, les sensitifs accusent U réaction + pour le jus qui a été exprimé du fragment du côté de l'œil et — pour le |U8 du fragment du côté de ta tige. >

(2) i885. — 2' sem., p. 255.

(3] Revue scientifique^ 2*8em. i885, p. 255.

Le ly Siemens, de Londres, a constaté, que les plantes et les fleurs exposées pendant la nuit à la lumière électrique poussent et prospèrent beaucoup mieux que celles qu*on laisse simplement exposées à la lumière du jour et qui restent la nuit dans l'obscurité. L'une des plus curieuses de ces expériences est celle qu'il a faite dans la salle des conférences de la Royal Society: un pot de tulipes en bouton a été posé sur une table et exposé aux rayons d^une lampe électrique ; au bout de 40 minutes les boutons étaient complètement épanouis (i)«

Les journaux russes constataient, il y a quelques jours, que des baies soumises par M. Smaginine à la lumière électrique avaient mûri un mois plus tôt que les autres (2).

Je rappelerai à ce sujet que les magnétiseurs disent qu'eux aussi, activent la végétation en magnétisant les plantes (3) et les fakirs de l'Inde prétendent foire pousser des végétaux en quelques heures par la transmission de leur propre force vitale (4).

On a attribué des pouvoirs analogues à certain nombre de saints dont parle l'abbé Ribet dans sa Mystique divine (5).

{i) La Nature^ i** sem. 1880, p. 264.

(a; Revue scientifique^ 2* sem. 1886, p. 285.

(3) Lafontawb: JJaride magnétiser , p. 256.

(4) Jagolliot: Voyage au pays des Fakirs charmeurs^ p. 64. 15) Tome II, p. 623.

S 3. — Ifagnitisme des animaux.

C'est Nobili qui, en 1827, établit pour la première fois, d*une façon bien nette, Tezistence d'un courant propre dans l'organisme animal, courant indiqué dès 1678 par Swaromerdam (i), naturaliste hollandais, et dont Texplication donna lieu aux célèbres discussions entre Galvani et Volta, à la fin du XVI II* siècle.

Préparant à la manière de Galvani une patte postérieure de grenouille avec ses nerfs et la foisant plonger par ses extrémités dans deux capsules remplies d eau pure ou mieux d'eau salée, Nobili reconnut que si Ton plongeait dans chacune de ces capsules (PI. m fig. i) Tune des extrémités du fil d'un galvanomètre, l'aiguille de celui-ci accusait constamment Texistence d*un courant dirigé dans la patte postérieure de la grenouille, des pieds à la tête ou des muscles aux nerfs.

En opérant à diverses époques de l'année ou en agissant sur des grenouilles refroidies préalablement, Mateucci (2) a constaté l'influence considérable exercée ptiT la température sur l'activité du courant musculaire. Le froid fait cesser presque complètement ce courant.

D'après Claude Bernard (3), l'électricité se produit chez tous les animaux et dans tous les muscles sans distinguer sous ce rapport entre ceux de la vie animale et ceux de la vie organique : le cœur est électrisé posi-

(i) Biblia naturœ. — Leyde, 1737- 1788, tome II. p. 249.

(2) Traité des phénomènes électro-physiologiques. — Ptrit, 1844, p. 73.

(3) Leçons sur les propriétés des tissus vivants. — Paris, 1860, p. 205.

tivement à sa pointe et négativement à sa base ; par suite il est constamment traversé par un courant.

M. du Bois-Reymond a établi, à Taide d'an appa* reil spécial et d^un galvanomètre extrêmement sensible (i) lés lois suivantes :

Chaque point de la surface longitudinale d'un muscle est positif par rapport aux points de la surface transversale, soit naturelle représentée par le tendon, soit artificielle obtenue par une section.

On obtient encore des courants électriques par le contact avec le galvanomètre de deux points d'une même surfoce, pourvu que ces points ne soient pas à égale distance de la section médiane. Dans ce cas, lé point le plus rapproché de la ligne médiane e^t positif par rapport aux points les plus éloignés.

Quand on opère sur différents muscles, on constate que le courant est d'autant plus intense que le muscle est destiné à agir plus fortement pendant la vie. Ainsi, les muscles du cœur donnent un courant énergique, tandis que ceux des intestins n^en donnent qu^un très faible*

Si Ton fait contracter le muscle d^un animal mort, pendant qu'il est placé entre les deux coussinets àe l'appareil, on trouve que le courant s'affaiblit d'une manière notable et subit par conséquent une variation négative.

On arrive à constater l'existence du courant musculaire chez rhomme vivant de la manière suivante : On plonge les doigts des deux mains dans deux vases

( i) \jt gtlvanomètre de M . du Bois-Reymond a 24.000 tourt ; ion iîl, long de 100 kilomètres^ pourrait relier Paris à Rouen ; on a éubli licemment, pour ces sortes de recherches, des galvanomètres à 40,000 tours.

pleins d^eau salée communiquant avec le galvanomètre par rintermédiaire de deux lames de platine. Quand Taiguille est fixée on contracte aussi fortement que possible les muscles de Tun des bras, en ayant soin de ne pas remuer les doigts. On la voit alors dévier en indiquant constamment un courant dirigé, dans le galvanomètre, du vase qui est au bout du bras non contracté avec le vase opposé (PU m, fig. 2). Celte expérience a été faite pour la première fois par M. du Bois-Rejmond ; on peut la reproduire, plus simplement en tenant dans les mains deux poignées de cuivre xx>mme celles qui servent pour lés secousses physiologiques^ reliées au galvanomètre (i).

Uaiguille ne tourne ainsi que de 2 ou 3 degrés ; mais si Ton emploie, comme M. Buff, une chaîne de iC personnes se tenant par les mains mouillées^ on obtient une déviation de 10 à 12% quand elles con<^ tractent le même bras. M. du Bois-Reymond a même pu produire, à lui seul, une déviation de 60 à . 70^ en enlevant, au moyen de vésicatoires appliqués sur la foce dorsale des bras, Tépiderme mauvais conducteur et mettant les parties ain^i dénudées en contact avec •les deux lames du galvanomètre avant de produire la contraction.

Toutes ces observations montrent qu'un muscle contracté est toujours négatif par rapport à un muscle non contracté.

On trouvera exposées plus loin mes propres recherches relatives. à Faction des courants sur le corps humain.

(i) On arrive à constater le courant en posant simplement les deux mains munies de poignées sur une^ table, et en , faisant appuyer sur l'une ou sur l'autre par un aide et avec' Minterme- (liaire d'une serviette, pour éviter les actions de contact.

M. Hermann a tout récemment réalisé (i) une expérience qui démontré la polarité, au moins chez certains animaux. Il avait placé quelques têtards âgés de 14 jours dans un bocal plat rempli d'eau mis en communication par deux électrodes en zinc avec une pile de 20 éléments zinc-charbon .Dès que le courant passa, les têtards entrèrent dans une agitation très vive qui cessa quand ils eurent tous pris une direction bien déterminée ; leur tête était alors tournée vers le pôle Nord et leur queue vers le pôle Sud. Les mouvements désordonnés recommencèrent avec la même force dès qu^on eut arrêté le passage du courant et la même succession de phénomène se reproduisit à volonté,

Daguin dans son cours de physique (2) avait déjà dit : < Le corps d'un animal même vivant se place dans la direction équatoriale ; c'est du moins ce que Texpériénce a prouvé pour le corps d'une grenouille vivante. » Il serait intéressant de savoir si la grenouille avait le pôle + â sa droite comme cela devrait être d*après la loi de polarité.

On connaît plusieurs espèces de poissons électriques tels que la Torpille, commune sur les côtes de France ; le Gymnote ou anguille de Surinam, très répandue^ dans rOrénoque et ses afiSuents ; le Silure qui se trouve dans le Nil et au Sénégal ; lé Tétrodon et le Trichiure qui habitent la mer des Indes. Le Gymnote est le plus grand ; Humbolt en a vu qui avaient près de 2 m. 5o de long et dont la commotion pouvait renverser un cheval.

Tous ces poissons (3) ont la peau dépourvue d-écail-

(i) Cosmos^ n* du 9 août 1886, p. a8.

(2) Tome m, p. 756.

(3) Matbucci : Traité des phénomènes électro-physiologique

les et couverte d*une mucosité qui^ d'après Volta, conduit Télectricité mieux que Teau* Ils possèdent un organe particulier composé de deux masses en forme de haricot aplati, disposées symétriquement de chaque côté de la tête contre les branchies. Chacune de cçs masses est formée de tubes prismatiques accolés les uns aux autres comme les alvéoles des abeilles et divisés transversalement par des cloisons membraneuses très rapprochées, constituant des cellules remplies d'une substance semi-fluide formée de gélatine et d'albumine. Ces tubes s'étendent, dans la torpille, de la &ce dorsale à la face ventrale de l'animal, occupant ainsi toute son épaisseur ; dans le gymnote et le silure, ils sont au contraire disposés longitudinalement.

De gros troncs nerveux partent d'un organe spécial, situé entre les deux lobes du cerveau, auquel on a donné le nom de lobe électrique ; ils se ramifient dans chacune des masses dont il vient d^étre question, et les dernières ramifications s^étalent en éventail sur les cloisons transversales des prismes.

Galvani et Spallanzani ont reconnu que si 1 on coupe ou si l'on comprime par une ligature Tun des rameaux, on paralyse la puissance électrique de la partie à laquelle ce rameau correspond. D'autre part, un fragment de l'organe détaché du' corps dév;e un réomètre sensible pendant plus de 24 heures» On en a conclu que chaque cellule constituait une source d'électricité indépendamment de l'action du cerveau, dont le rôle serait de mettre en communication les différents éléments pour en multiplier

deM animaux, suivi dMtudes anttomiques sur le système nerveux et sur l'orgtne électrique de la torpille par Paul Savi. — Paris> 1844.

reSèt; Le lobe et le$ nerfs électriques n'ont qu'une seule fonction, celle de donner la décharge ; en cela, ils ressemblent aux nerfs organes des sens.

La décharge des poissons électriques possède à la fois les propriétés des décharges statiques, des courants voltalques et des courants induits. Ainsi leur électri-» cité possède, comme Télectricité statique, la propriété de traverser les liquides et même les corps foiblement conducteurs ; elle donné, par sa décharge à travers une chaîne d*individus se tenant par la main, la secousse caractéristique dé la bouteille de Lejde et on a pu la recueillir dans Télectroscope à feuille 4'or ainsi que dans un condensateur ordinaire. On a pu aussi, comme âve^ le courant d'une pile, obtenir des décompositions chimiques, la déviation de Taiguille aimantée, l'aimantation d'aiguilles d'acier- placées dans une spirale en laiton traversée par la décharge, et enfin la production d*étincelles en rompant, par le frottement d'un fil conducteur sur une lame, le cou-» rant électrique de l'animal. Enfin, en feisant passer la décharge dans les muscles, on a vu qu'elle agissait comme le ferait une série de courants induits successifs, en provoquant le tétanos musculaire; et ceux qui se sont soumis à l'épreuve ont ressenti un fourmillement douloureux identique à ceux que produisent ces mêmes courants.

M. Marey a constaté que le fonctionnement de l'appareil électrique présente avec celui de l'appareil musculaire la plus grande analogie. Comme lui, il dépend de la volonté de l'animal qui peut donner une décharge forte ou faible, courte ou prolongée, absolument comme on peut exécuter un mouvement énergique ou modéré, bref ou de longue durée. Cette dé-

gbarge se. produit âi Taide d*yn organe spécial exacte-r ment de la même manière que leiQOUveqient se pro«duit par l'action d'un autre organe spécial, le muscle : de part et d'autre de^ nerfs éinani^nt dçs ççp.tres nerveux apportent à Torgane d'exécution l'excitation |)ui prpy^çnt de ce^ centres et cela avec un retard qui est çeasiblçment le même (0»

On peut toucher impunément une torpille, même eiçit^i avec des corps mflUYWs coadttÇteurs ; il suffit, pour qu'on soit è^ l'abri de tout effet, de la plus légère solution de continuité dans un bon conducteur comme 4*uu simple trait fait à la pointe d*UP. C^Qif dans une lame d'étaln collée su^ un bâton de verre.

Humboldt a constaté que les poissons électriques produiseut un effet quatre fois plus fort d^na l'Air que dans l'eau.

Il ^ recQunu également <. qu'il y 9, des persanes qtii $putt daqs tous les. Instants ou d^ns des; çircon* stanc^ particulières,^ insensibles à Tlnduence des poissons électriques, qu'il en est aussi d^isolç^utes pour le fluide galvanique f 2). »

L'état électrique de leur corps correspond â la direction des prismes de leur organe : dans la torpille le dos est positif par rapport au yentre ; dana le gyminote c'est la tête qui est positive par rapport à la queue.

On peut aimanter une aiguille de fer doux en la plaçant près d'un nerf et perpendiculairement J^sa direction, puis en déterminant des contçs^ctipu.s musculaires par l'irritation de la moelle épinière de l'ani-

(i) Chez tous les animaux, les muscles sont mauvais conducteurs de Téléctricité et ce sont les nerfs qui servent à tranipiettrè les courants à travers le corps. '

(2) Expériences sur le galvaàUme^ p. i53.

mal» ce qui revient à dire qu'on a déterminé ainsi la

formation d'un courant dans le nerf (i).

Le phénomène de Taimantation d'un objet en acier

par le contact des névrosiaques est assez fréquent.

J'ai vu, dit le docteur Despine (d'Âiz), l'aimantation spontanée de plusieurs petits instruments dont se servait Madame Scbmitz- Baud, cataleptique dont j'ai parlé dans mon ouvrage. Cette dame travaillait à l'horlogerie. Tournevis, pinces-brucelles, etc., étaient aimantés dans les jours qui précédaient ses grandes crises nerveuses. Quatre ou cinq jours, dans ces époques, d'usage habituel les aimantaient assez pour qu'ils pussent soulever de la limaille, de petites vis, des aiguilles d'acier ; ce qui impatientait au dernier degré l'ouvrière, vu que, plaçant une vis dans son trou, elle l'enlevait dès qu'elle éloignait l'instrument. J'ai un tournevis qui, aimanté ainsi, il y a deux ans, a conservé la vertu magnétique; non seulement ce phénomène impatientait la malade mais aussi le maître chez qui elle travaillait, parce qu'il fallait lui fournir tous les huit ou dix jours de nouveaux instruments.

Burdacb^ dans le tome IX de sa Physiologie^ cite le cas d'une personne qui attirait un pôle de Taimant avec le pouce et le repoussait avec un autre doigt de de la même main.

Lafontaine (2) affirme qu'il a obtenu maintes fois les résultats suivants : '

Un barreau de fer doux placé horizontalement et magnétisé par des passes, sans y toucher, peut arriver à repousser uneaiguille aimantée de plus de 20^.

(i) Académie des Sciences ftéanct du 21 janvier i838: Lettre de M. Prévost, de Genève.

MATBuca {Traité des ph. électr. phys., p. 254), nie la réalité de cette expérience.

(2) Vart démagnétiser. — Paris, 1886, p. 37.

Le chimiste Thilorier (de Genève), qui avait été fréquemment témoin de ces expériences, voulut les répéter en juin 1844. devant l'Académie des Sciences; mais il ne put réussir, comme cela arrive presque toujours quand on se trouve en présence de conditions nouvelles.

Un barreau d'acier aimanté peut être rendu neutre par des passes.

Un verre d*eau peut être magnétisé de manière à donner une déviation de plus de 2o<^ à i^aigiiille d^un réomètre dont les réophores sont terminées par des pointes en platine qui plongent dans l'eau du verre.

On sait que si l'on fixe une pointe sur diverses parties du corps d'une machine électrique^ tout le monde peut voir^ dans Tobscurité, la pointe se prolonger par une aigrette brillante d'un bleu violacé si l'électricité qui s'échappe est positive^ et qu'on n'observe qu'un point brillant, une sorte d'étoile blanche, si cette électricité est négative. De plus, en plaçant la main devant la pointe on éprouve la sensation d'un courant d^air et Ton perçoit une odeur d'ail ou de phosphore ; le vent ainsi produit peut être assez fort pour éteindre une bougie.

Un très grand nombre de personnes éprouvent égaletnent la sensation d'un courant d'air quand on promène Fun ou l'autre des pôles d'un aimant à quelque distance de la paume ou du dos de leur main, surtout si cette main est mouillée.

On trouve dans les Expériences sur le Gahanisme de Humboldt (i) le nom de plusieurs individus dont le corps dégageait du feu en marchant.

Mussey (2) rapporte le fait d'une femme de 3o ans, d'un tempérament nerveux, qui, pendant une aurore boréale, fut chargée subitement d'électricité, dont la présence se manifesta par des étincelles lorsque cette

(i) Paris, 1799, p. 428.

(2) Extraordinarycase o/animal electricety [Amcricûn journ. ofàied.Sc., 1837 .T. XXI, p. 377.

femine passa, par hasard, le doigt sur la figure de son frère. Ce phénomène persista pendant environ deux mois et demi avec une intensité variable. Dans les conditions les plus fitvorables, elle envoyait du bout de son doigt à une boule de cuivre, par minute, quatre étincelles longues de 3 centimètres.

Un fait divers qui a été reproduit par un grand nombre de journaux^ mais qui avait paru dans \t Libéral du Nord à la date du 4 avril 1837, est ainsi conçu :

Une jeune femme vient d'accoucher hier d'un en£int qui, semblable à la torpille, a donné une commotion au médecin qui l'a mis au monde. Cet enfant électrique appartient au sexe masculin et est d'une constitution robuste. Û a été placé aussitôt après sa naissance dans un berceau d'osier^ supporté par un isoloir à pied de verre et a donné des signes non équivoques d'électricité. Il a conservé, l'espace de 24 heures, cette propriété remarquable, à tel point que le médecin put charger une bouteille de Leyde, tirer des étincelles et fiiire une foule d'expériences diverses.

Le Petit Moniteur universel du soir^ du 8 mars 1869, i^t^ un £sit analogue d'après le Mémorial de la Loire :

D s'agit d'un enfant né dans le village de Saint-Urbain, siir les limites de la Loire et de l'Ardèche, qui paraissait environné d'une lueur blanchâtre; des objets de mince volume, tels qu'une cuiller, un couteau, se mettaient à vibrer quand ils éuient près des pieds ou des mains de l'enfant, qui mourut à 9 mois, en dégageant des effluves lumineuses.

En 1839, deux jeunes filles figées de 18 à 20 ans, jouissant d'ailleurs d'une bonne santé, produisaient à Sm^rne des phénomènes extraordinaires dont VEcho de VOrient du 9 mars rend compte en termes qui dénotent un écrivain peu familier avec le langage scientifique :

Placées en même temps autour d'une table recouverte d'une

toile drée, on entend imonédUtement oeUe-d éprouver det craquements tucoetsifs qu'on pourrait comparer k un mouvement de dislocation ; bientôt aprèa, de vives commotions, accompagnées de détonations assez sensibles, se font entendre dans l'appartement quand les portes sont fermées. On a vu la uble en question, dégagée du point d'appui contre le mur, se mouvoir seule et comme poussée par une force répulsive, reculer et parcourir progressivement par petites secousses, l'espace d'environ un pas. L'une des jeunes personnes changeant de place, le mouvement de la table prend une direction analogue. La toile cirée qui recouvre la table étant enlevée, le mouvement se ralentit sensiblement.

Tout cela s'est passé sous les yeux de plusieurs médecins respectables et de personnes recommandables par leur instruction et par leurs connaissances. Cherchant à l'expliquer, elles ont cru reconnaître, jusqu'à un degré voisin de la certitude, que les deux jeunes personnes dont il s'agit sont douées de la propriété d'un fluide électrique spontané à un degré inconnu jusqu'à nos jours et qui ne pourrait se comparer qu'à la dose de la bouteille de Leyde. Chez l'une, le fluide électrique serait positif, et chez rautre n^atif au même degré, ce qui constituerait un véritable phénomène.

Le 1 5 janvier 1846, dans le village de Bouvigny, près de La Perrière (Orne), une jeune fille de i3 ans, nommée Angélique Cottin, petite, robuste, mais extrêmement apathique au physique et au moral, présenta tout à coup des phénomènes étranges : les objets touchés par elle ou ses vêtements étaient violemment repoussés; parfois même, à sa seule approche^ des commotions étaient ressenties par les personnes et on voyait s'agiter les meubles et ustensiles. Cette propriété subsista, avec des variations dans son intensité et des intermittences parfois de 2 ou 3 jours, pendant un mois à peu près, puis elle s'en alla inopinément comme elle était venue. Elle fut constatée par un très grand nombre de personnes dont quelques-unes soumirent la jeune fille à de véritables expériences et consignèrent leurs observations dans des procès-ver-

baux qui ont été recueillis et publiés par le D' Tanchou (i).

Le Df Tanchou vit Angélique G)Uin pour la première fois le 12 février à Paris, où on l'avait amenée pour Texhiber ; les manifestations dont l'énergie avait décru du jour où Ton avait dérangé le sujet de ses habitudes, étaient sur le point de disparaître; tputefois elles étaient encore assez nettes pour permettre à Texpérîmentateur de rédiger la note suivante. Cette note fut lue le 17 février, à l'Académie des sciences, par Arago qui avait été lui-même témoin oculaire des faits.

J'ai, vu deux fois, dit le docteur Tanchou, la jeune fille électrique.

Une chaise, que je tenais le plus fortement possible avec le pied et les deux mains, a été chassée au moment où elle s'y est assise.

Une petite bande de papier, que î*avais placée en ^uilibre sur mon doigt, a été emportée plusieurs fois comme par un coup de vent.

Une table à manger, d'une moyenne grandeur et assez lourde, a été plusieurs fois poussée et déplacée par le seul fait du conuct de ses vêtements.

Une petite roue en papier, placée verticalement ou horizontalement sur son axe, reçoit un mouvement rapide par les émanations qui sortent du poignet et du pli du bras de cette enfant (2).

Un canapé fort grand et fort lourd, sur lequel j'étais assis, a été poussé violemment jusqu'au mur, au moment où cette jeune fille est venue se mettre à oSté de moi.

Une chaise ûxée sur le sol par des personnes fortes, sur laquelle j'étais assis de manière à n'en occuper que la moitié, a été violemment arrachée de dessous moi, aussitôt que la jeune personne s'est assise sur l'autre moitié.

(i) Enquête sur Pauthencité des phénomènes électriques d'An-

félique Cùttin, — Paris, Germer Baillière, 1845. — Brochure de 4 page»-

(2) Lafontaine, qui fut aussi l'un des observateurs, dit que • lorsqu'on approchait son poignet gauche d'une bougie allumée, la lumière, de verticale devenait norizontale, comme si elle eût été soufflée continuellement. » {Vart de magnétiser, p. 273.)

Chose tingulière, chaque fois que la chaiae est enlevée, elle semble tenir aux vêtements de la jeune personne; elle la suit un instant et ne s'en détache qu'après.

Deux petites boules de sureau ou de plume suspendues par un fil de soie, sont agitées, attirées, et parfois s'éloignent l'une de l'autre.

Les émanations de cette jeune fille ne sont pas permanentes dans la journée; elles se montrent surtout le soir de sept à neuf heures: ce qui me fiiit penser que son dernier repas, qu'elle fait à six heures, n'y est pas étranger.

Elles ont lieu par la face antérieure du corps seulement, particulièrement au poignet et au pli dé la saignée.

Elle n'ont lieu que du côté gauche; le bras dé ce côté est plus chaud que l'autre : il s'en d^age une chaleur douce, halitueuse, comme d'une partie où il se fait une vive réaction • Ce membre est tremblant et continuellement ag\té de contractions insolites et de firémissements qui semblent se communiquer à la main qui le touche.

Pendant le temps que j'ai observé cette jeune personne, son pouls a varié de io5 à lao pulsations jpar minute ; il m'a paru souvent irrégulier.

Quand on âoigne cette jeune personne du réservoir commun, soit en l'asseyant sur une chaise sans que ses pieds touchent • par terre, soit qu'elle ait ses pieds sur ceux d'une personne placée devant elle, le phénomène n'a pas lieu ; il cesse, également quand on la fait asseoir sur ses deux mains. Un parquet dré, un morceau de taffistas gommé, une lame de verre placée sous ses pieds ou sur sa chaise annihilent également sa propriété électrique.

Pendant le paroxysme, la jeune personne ne peut presque rien toucher avec la main gauche, sans qu'elle le jette au loin, comme si elle était brûlée ; quand ses vêtements touchent les meubles, elle les attire, elle les déplace, elle les bouleverse. On le concevra d'autant plus facilement, quand on saura qu'à chaque décharge électrique, elle fuit pour éviter la douleur ; elle dit qu'alors ça la pique au poignet et au pli du coude; en cherchant le pouls à l'artère temporale, ne pouvant l'apprécier au bras gauche, mes doigts touchèrent par hasard la nuque; à l'instant la jeune personne jeta un cri, et s'éloigna vivement de moi. 11 y a dans la région du cervelet (je m'en suis assuré plusieurs fois), à l'endroit où les muscles de la partie supérieure du cou s'insèrent au crâne, un point tellement sensible, que la jeune personne ne permet pas qu'on y touche, et auquel vont retentir toutes les sensations qu'elle ressent du bras gauche.

Les émanations électriques de cet enfant semblent avoir lieu par ondées, d'une manière intermittente, et successiTement par différents points de la partie antérieure de son corps, et je ferai remarquer à cette occasion que le déplacement de la table, qui est Veâtt de sa plus grande puissance, est à la hauteur de son bassin.

Quoiqu'il en soit, elles ont lieu par un courant gazeux qui produit la sensation du fh>id ; j'ai senti manifestement sur la main un souffle instantané semblable à celui qu'on produirait avec les lèvres.

Cette irr^ularité dans l'émission du fluide paraît résulter de plusieurs causes : d'abord des préoccupations continuelles de cette jeune fille, qui regarde toujours derrière die si quelqu'un ou quelque chose la touche ; ensuite de l'appréhension qu'elle a elle-même du phénomène, car dès qu'il se produit, elle fuit rapidement, comme si elle était repoussée par une force contraire ; enfin, ds la £itigue et de l'attention. Cest quand die ne pense à rien ou quand on la distrait, que le phénomène est le plus subit et le plus intense.

- • Chaque phénomène chez cette jeune fille est marqué par la frayeur, la fuite et un air d'épouvante. Quand elle approche le bout du doigt du pôle nord d'un fer aimanté, die reçoit une forte secousse : le pôle sud ne produit aucun effist. On a beau changer le fier de manière à ne pas reconnaître soi-même le pôle, la jeune 'fille sait fort bien l'indiquer.

Cette enfant a treize ans ; elle n'est pas encore nubile et j'ai appris de sa mère que rien d'analogue à la menstruation n'a encore paru.

Elle est très forte et bien portante.

Son intdligence est peu dévdoppée, c^est une villageoise dans toute l'acception du mot; elle sait pourtant lire et écrire, die éuit occupée à faire des gants en filets pour les dames. Les premiers phénomènes datent d'un mois.

Je me bornerai à ajouter à cette note quelques extraits des autres rapports.

Le 17 janvier* c^est-à-dire le deuxième jour de l'apparition des phénomènes, des ciseaux suspendus à sa ceinture, au moyen d'un ruban de fil, ont été lancés sans que le cordon fut brisé ni qu'on pût savoir comment il avait été dénoué. Ce fiiit, le plus incroyable, par son analogie avec les effets de la foudre, a fait penser tout de suite que l'électricité devait jouer un grand rôle dans la production de ces étonnants effsts. Mais cette voie d'ob-

servation fiit de courte durée: ce fiiit ne te produisit que deux foîi, dont l'une en présence de M. le curé qui, sur son honneur, m*en a garanti la réalité. Les effets presque nuls dans le milieu du jour redoublèrent le soir à Theure ordinaire. Il y eut alors action sans contact, et sur les corps organisés vivants, actions débutant par de violentes secousses ressenties dans les jarrets par Tune des ouvrières placées en face d'Angélique (la pointe de leurs sabots était distante d'un décimètre environ) ; les mêmes objets, repoussés le matin par le contact, le sont alors par la seule approche des vêtements.

(Rapport de M. Hébert).

Voici ce que j^ai vu, dit le docteur Beaumont-Cbardon^ médecin à Mortagne :

I* Répulsion et aussi attraction, sautillement, déplacement d'une table assez massive, — d'une autre table de trois mètres sur deux, montée sur roulettes, — d'une autre table carrée de un mètre et demi, en chêne, — d'un fauteuil en acajou très massif. — Tous ces déplacements ont eu lieu par le contact volontaire ou involontaire des vêlements de la fille Cottin.

2* En la faisant asseoir: bouleversement, répulsion de la chaise et de la jeune fille fortement maintenue ainsi que la personne qui était assise sur le même siège ; une sorte d'adhérence momentanée de la chaise aux jupes a été vue plusieurs fois: cessation de ces effets en mettant la chaise et la jeune fille sur du verre ou de la toile cirée, ou bien en posant la jeune fille sur la chaise sans que ses pieds fussent en contact avec le sol : *— effets généralement moindres sur les planches cirées ou des tapis.

3« Commotion vive de la jeune fille, rappelant exactement celle qu'on éprouve par une décharge électrique, lorsqu'on approchait de la colonne vertébrale à son insu ou non, soit un fragment de bois, soit un bâton, une pelle, une pincette à feu ; — le doigt porté vers le front, le sommet et surtout le derrière de la tête, ainsi qu'au pli du bras gauche produisait le même effet, soit par contact, soit à la distance d'un ou de deux centimètres; cessation de cet tStt lorsqu'on interposait une toile cirée entre le bras et l'objet.

4* Sensations de violentes piqûres lorsqu'on mettait en contact avec le pli du bras gauche ou de la tête, ou simplement qu'on approchait à petite distance, un béton de cire à cacheter ou un tube de verre fh>ttés convenablement ; lorsqu'on ne les avait pas fh>ttés, ou lorsqu'on les essuyait ou lès mouillait^ ces-

satioa d'effist. Les poils du bras, couchés avec un peu de salive, se redressaient par l'approche du bras gauche de la jeune fille.

5* Sensation pénible et insupportable de picotement lorsqu*on approchait^ à plusieurs centimètres des doigts étendus de la main gauche, ainsi que de sa tête, l'un ou l'autre des pôles d'un fer fortement aimanté; le fer non aimanté ne produisait pas ces effists. Une aiguille aimantée, suspendue au plafond horizontalement par un long fil, a été déviée de la direction de Taxe magnétique t err e s tr e et osdllée par l'approche du bras gauche de la jeune fille.

La jeune fille donnait généralement beaucoup, quand j'étais près d'elle, parce que je n'excitais pas sa défiance et que je lui épargnais les soufirances : f ai cru voir que pour bien donner, quoique sa volonté m'ait paru sans influence, il £iut qu'elle ait l'esprit libre et qu'elle soit gaie.

M. de Farémont^ homme intelligent et respecté, dont le château était voisin de la chaumière d'Angélique et qui^ dès le début, prit la malheureuse enfiint sous sa protection, constata au moment où ses acuités avaient leur maximum, des faits encore plus extraordinaires. '

En renouvelant mes expériences, écrit-il à un ami, les pelles et les chenets furent à leur tour projetés, et, chose plus étonnante, qui ne peut laisser aucun soupçon de supercherie si jamais pareil bouchon en. eût été capable, l'on fit travailler l'enfant è une huche ou met pesant au moins cent cinquante livres. On avait enfoncée l'extrémité une petite pointe à laquelle elle fixait sa soie, sitôt qu'elle travaillait et que sa jupe touchait la huche, celle-ci était instantanément enlevée à 3 ou 4 pouces de terre, et cela se renouvelait de quatre à dnq fois par minute. Elle se reposait ensuite.

Je me plaçai sur la huche et je fus enlevé avec la même violence et la même r^ularité : trois personnes se placèrent de même et furent enlevées, mais moins élevées de terre. Moi, monsieur, et un fort de la halle n'aurions pu enlever cette huche avec les trois personnes.

Va-t-on dire que les genoux de l'enfant pouvaient la soulever^ à peine si elle pouvait glisser son pied entre la huche et la terre, et en outre je voyais ses pieds écartés de la huche et je tenais moi-même sa jupe sur les parois de ce meuble. Chose plus étonnante et que j'ai vue encore, les liu de campagne pèsent

bien trois cents livres au moyen de couchette grossière, paillasse, etc. Là, Ten fiant ne pouvant rester assise, puisque la chaise fujait sous elle et qu'elle perdait à chaque instant son centre de gravité, s'approcha par hasard du lit pour se reposer debout. Elle était fortement chargée dans ce moment. Le lit s'ébranle et vacille d'une manière incroyable : aucune autre force n'était capable de produire ce mouvement.

Elle s'approche d'un autre, monté sur des rouleaux en bois de six pouces pour l'élever de terre ; ce lit est renversé de dessus des rouleaux.

En palpant cette enfant dans tous les sens, on sentait une pulsation interne dans toutes les parties de son corps, depuis les pieds jusqu'à la t£te, le pouls n'éuit pas réglé: il'suivait les pulsations nerveuses.

M OUivier, ingénieur des ponts et chaussées, résidant à Mortagne, a été témoin de la plupart des phénomènes relatés plus haut; il a expérimenté plus spécialement ceux qui avaient des rapports avec l'électricité . et le magnétisme.

En approchant notre main du bras de la jeune fille, il y avait horripilation des poils qui s'y trouvaient... Les quatre pieds d'une chaise ont été placés dans des verres bien séchés, et la jeune fille Cottin a pu s'y asseoir sans éprouver la plus légère secousse et y rester très tranquille en posant »es pieds sur une bouteille couchée; après l'avoir laissée dans cette position quelque temps, nous avons approché la main de son coude et déterminé une secousse.

La fille Cottin, étant toujours sur la chaise isolée, on a mis devant elle un guéridon et tout ce qu'il fallait pour faire des gants de filet : on avait isolé le guéridon sur des verres : la malade a pu travailler, seulement le moule lui faisait éprouver une sensation pénible... M.Beaum'ont avait apporté une petite boussole de poche sur laquelle nous avons voulu faire agir le bras d'Angélique, mais nous n'avons rien remarqué: au contraire, lorsqu'elle présentait son coude contre une grande aiguille suspendueà ui^ fil, celle-ci était déviée par répulsion de 90' environ.

Arago avait constaté lui même, à Tobservatoire^ en présence de MM. Mathieu, Laugier et Guyon, les phénomènes suivants : la jeune fille ayant présenté sa main à une feuille de papier placée sur le bord d'une

table, cette feuille avait été vivement attirée par sa main. — S^tant approchée du guéridon et Payant effleuré de son tablier^ ce guéridon avait été repobssé. — S'étant assise sur une chaise et ayant posé ses pieds par terre, la chaise fut projetée avec violence contre le mur, tandis que la jeune fille était jetée d*un autre côté. Cette dernière expérience, recommencée plusieurs fois, réussit toujours : Ni Arago, ni MM. Guyon et Laugier ne purent maintenir la chaise immobile. M. Guyon s*étant assis d'avance sur la moitié de la chaise qui allait être occupée par Angélique, fut renversé au moment où celle-ci vint partager la chaise avec lui •

Sur un rapport favorable de son illustre secrétaire, l'Académie des Sciences nomma une commission pour examiner Angélique. Cette commission s'occupa presque exclusivement de. chercher à constater chez le sujet une électricité analogue à celles des machines ou de la torpille. Elle ne put arriver à aucun résultat, probablement par suite de l'émotion causée par la vue des appareils de physique à la jeune fille dont les facultés étaient déjà à leur déclin ; aussi s'empressat-elle de faire déclarer comme nulles et non avenues toutes lès communications foites précédemment à la Compagnie sur ce sujet.

De là, naturellement, grande émotion et vive polémique entre les gens qui disaient avoir vu et ceux qui les traitaient de naïfs. L'article suivant, paru dans le Siècléy le 4 mars de cette même année, nous fournit quelques nouveaux détails sur ce sujet.

Devons-nous citer un fait récent encore inédit, qui a une notable analogie ayec l'histoire de la jeune Angélique et dont les particularités réelles se résolvent très probablement dans une

afiection nerveuse, telle que la dtnse de Saint-Guy ? Ce fait est attesté comme parfaitement sincère et exact par un témoin oculaire, éclairé, professeur de classe supérieure dans un des collèges royaux de Paris. En voici un extrait que nous sommes autorisés à reproduire: i Le 2 décembre dernier, une jeune fille d'un peu moins de 14 ans, apprentie coloriste, rue Descartes« étant à travailler à son ouvrage, la table fit entendre, au grand étonnement de tout le monde, des bruits insolites et variables. Bientôt le pinceau de la jeune fille s'échappa de èes doigts : quand elle voulait le saisir, il fiijait ; le pupitre sur lequel elle travaillait reculait ou se dressait devant elle. La table même violemment repoussée, allait se heurter contre la table voisine. La chaise sur laquelle la jeune fille était assise reculait tout-àcoup et se dérobait sous elle. Le seul frottement de sa robe repoussait, attirait, soulevait une table. Le témoin signataire de cette rdation dit que, placé près de la jeune fille, il a été soulevé avec la chaise sur laquelle il était assis. Plusieurs fois, la jeune fille s'est écriée qu'on lui tirait ses bas. En effet, les jarretières s^étant spontanément dénouées, les baa étaient presque sortis des pieds, puis, par une réaction soudaine, se remettaient d'euxmêmes... Ces phénomènes se sont reproduits constamment pendant une douzaine de jours. Maintenant, la jeune fille éprouve de violentes secousses intérieures qui ne lui permettent pas de rester assise. Elle est enlevée à tous moments de son siège et y retombe par un mouvement semblable à celui d'un cavalier qui trotterait à l'anglaise. »

Le célèbre magnétiseur Ch. Lafontaine raconte (i) qu'en 1 83 3 ou 1834 un de ses amis se rendit dans un village situé à deux lieues de Carcassonne, avec M . Berthe, professeur de physique au petit séminaire de cette ville, pour voir une jeune fille de huit ou neuf ans, qui, à certains moments, par sa seule présence dans une cuisine, faisait danser toutes les casseroles, les pelles et les pincettes. Il y avait déjà six ou huit heures qu'ils étaient là, sans qu'il se passât rien . Ils partirent croyant à une mystification, mais ils n'avaient pas fait cent pas qu^on les rappela. Ils revinrent en

(1) VArt de magnétiser. — Paris, 1886, p. 270.

toute bâte et virent la jeune fille au milieu de la cuisiile et toutes les casseroles sauter, danser ; les chenets les pelles, les pincettes, tout ce qui &ait en métal était en mouvement ; même le feu, les tisons, les bûches furent lancés au milieu de la cuisine.

Depuis cette époque, les ouvrages de physiologie ont publié quelques cas analogues ; le plus remarquable a été observé, en i858, par le D' Pineau, médecin aux Péluies (Cher), sur une jeune fille, Honorine Séguin, âgée également de treize ans et demi, qui demeurait à La Haye (Indre-et-Loire). Comme pour Angélique Cottin, les phénomènes se produisirent inopinément au commencement de décembre 1857, augmentèrent d'intensité pendant quelque temps, puis finirent par disparaître, mais seulement au bout de deux ou trois mois. M. Figuier en a donné dans YHistoire du merveilleux^ (tome IV, p. 2 1 1 » 2 14) une relation où on lit :

Quand le docteur fut arrivé, elle s'assit près de lui, sur une chaise, et plaça près d'elle une autre chaise, en contact avec le bord inférieur de sa robe qui traînait sur le parquet. Après une demi-beure d'attente, on vit tout à coup son jupon se gonfler (i) et s'appliquer sur l'un des barreaux de la chaise vide qui fit aussitôt un léger mouvement de rotation, accompagné d*un craquement caractéristique. A partir de ce moment la chaise parût obéira tous les ordres qu'il plut à Honorine de lui adresser.

Elle tournait en glissant sur le parquet, elle frappait le nombre de coups demandés, elle se soulevait sur deux pieds et 7 restait en équilibre, elle iMttait la mesure pendant qu'Honorine chantait, enfin elle se renversait avec violence

Si Ton approchait alors la main du jupon il perdait aussitôt son état de rigidité; mais un instant après, on le voyait se gonfler de nouveau, s'approcher de la chaise et y adhérer comme s'il avait été attiré par une force analogue à celle de l'électricité. Pendant toute la durée de l'expérience qui dura deux heures, les

(i) On peut comparer cette observation à celle des bas de Symmer (Mascàrt, Traité d*électricité^ U I, p. ai).

pieds et les mains de la jeune fille restèrent immobiles et en évidence, ce qui éloigne tout soupçon de supercherie de sa part. Au reste, cette supposition paraît entièrement inadmissible à Pobeervateur, qui mit, ainsi que les personnes présentes, la plus minutieuse attention à surveiller les mouvements du sujet.

Quand le D' Pineau se décida à étudier les propriétés d'Honorine Séguin, le lo février i858, elles se trouvaient déjà dans leur période de décroissance ; depuis i3 jours déjà elles ne s'étaient point manifestées et il fallut un effort prolongé de la part du sujet pour les fiiire reparaître. Un appareil composé de deux boules de sureau suspendues à un fil de soie ne fut nullement influencé au moment où le jupon renversait une chaise fort pesante*

Tout récemment, M. le D' Féré (delaSalpétrière} a eu l'occasion de soigner une jeune dame de 29 ans, présentant des accidents analogues mais à un bien moindre degré.

Les doigts de M"* N., dit-il (i), attirent les corps I^ers tels que fragments de papiers, rubans, etc. Ses cheveux, non seulement donnent des étincelles au contact du peigne, mais sont des plus rebelles à cause de la tendance qu'ils ont à se redresser et à s*écarter les uns des autres ; quand son linge est approché de sa peau, sur quelque partie du corps que ce soit, il se produit une crépitation lumineuse et les vêtements adhèrent fortement au corps; quelquefois cette adhérence est si intense qu'elle entrave les mouvements. Lorsqu'on prie M"* N. de fî*otter une douzaine de fois avec ses deux mains une étofie de laine ou simplement une serviette étendue sur un meuble de bois (corps isolant très imparfait), l'étoffe chargée d'électricité adhère fortement au meuble, et on peut en tirer des étincelles d'un centimètre de longueur.

Cette apparente production anormale d'électricité varie : M"*N. produit des décharges plus intenses à la suite d'émotions morales vives : elle a remarqué que la crépitation s'exagérait par exemple lorsqu'elle venait d'entendre un morceau de musique qui l'avait vivement émue : le crépitement se manifestait alors

(1) Le Progrès médical^ 1884.

sur tout le corpt« mais' pardculièrement aux jambes et provoquait une sensation de picotement des plus- désagréables. Les temps secs favorisent ces phénomènes âectriques qui sont surtout intenses au moment des gelées; les temps humides ou brumeux produisent un effet contraire. M** N. est prévenue, quelquefois plusieurs jours d'avance, d'un changement de temps par les modifications de sa tension électrique qui est nulle par les temps de pluie et de vent du Sud.

La tension extrême coindde avec un état d'excitabilité très nettement appréciée par la malade qui est fort intelligente et se rend compte de tous les détails de sa situation. Lorsqu'au contraire, sous l'influence de l'humidité de Patmosphère, la tension diminue, il y a sensation de lassitude générale: d'ailleurs» lorsque M"* N. s'est déchargé par le frottement une partie du corps, die éprouve comme un épuisement de cette partie, une fatigue pénible. 11 convient ée remarquer que M** N. a la peau extrêmement sèche, tellement que ses jambes gercent au moindre froid.

Nous avons pu à diverses reprises nous assurer à l'aide de l'électromètre à boule de sureau que M** N. est chargée d'électricité positive (i).

On voit, dans le cas d'Honorine Séguin, comment sur les phénomènes purement physiques se greffent des manifestations mystérieuses.

(i) M. Amat qui habite le sud de l'Algérie a souvent observé que, pendant les chaudes et sèches journées d'été, les crins de la queue des chevaux se repoussent mutuellement et divergent'; ils produisent des étincelles quand on les caresse avec la main ; il a constaté que l'électricité contenue dans ces crins était positive.

Ce même phénomène se reproduit assez souvent dans les pajrs du Nord, quand on étrille des chevaux par un temps sec et frt>id ; c'est ce qui a donné lieu à la vieille cro3rance des espriu follets, se prenant d'affection pour certains de ces animaux.

C'est encore à un dégagement d'électricité qu'il faut attribuer la phosphorescence de l%nfant de Saint-Urbain^ les auréoles dont on a vu quelquefois entourer la tête de certains mystiques, et celle que nous décrit ainsi Virgile dans le- VI* livre de l'Enéide:

Ecce leyis summo de vetiiee visus Mi Fundere lumen apex tactûque innoxia molli Lambere flamma comas et circum tempora pasci.

L'abbé Nollet {Traité de physique, U VI, p. 484) dit que l'on peut arriver avec certains chats et un temp« très fiivorable» en se

N^Ugeant voloatairement Tétude de ce côté de la question, je me bornerai à donner ici quelques indi < cations propres à faciliter les recherches du lecteur disposé à pénétrer plus avant dans le domaine du merveilleux.

En 1801 naquit à Prévorst, village des montagnes du Wurtemberg, dont la plupart des habitants présentent des accidents nerveux tels que la danse de St-Guy, une fille qui devint célèbre dans les annales du magnétisme. Elle fut soignée pendant plusieurs années par le célèbre Kerner qui a écrit sa vie sous le titre de : La Voyante de Prévqfst. Ce livre a été analysé par la Revue des deux mondes (juillet 1 843), ainsi que par la Revue britannique (iéyrier 1848), et dans l'ouvrage de Goupy sur les Tables parlantes (i855).

La voyante était sensible à l'action des différents rayons du spectre^ du cristal de roche, du laurier, de l'aimant et de la plupart des métaux ; mais les observations sont incohérentes et ne permettent pas de reconnaître la loi de polarité. On tirait de son corps des étincelles pendant les orages. Elle s'enfonçait très difficilement dans l'eau et < ses membres semblaient acquérir dans un bain comme les propriétés insub-

tenant sur une substance isolante, à éprouver la commotion caractéristique de la bouteille de Lqrde, en frottant d'une main le dos du chat et en portant quelque temps après un doigt de l'autre main devant le nez de l'animal.

M. Beckensteiner affirme que des expériences nombreuses lui ont donné les nteultats suivants:

• Dans la saison des amours, une boule de sureau électrisée positivement a été attirée à la distance de 5 ou 6 centimètres par les parties génitales d'une chatte, en donnant une étincelle; tandis qu'une boule saturée de la même électricité était re*

t qu ée p i paj attirée par la

poussée par le chat et qnu'une boule électrisée négativement était attirée par lui. comme la boule élecnisée positivement avait été ' Kmelle. » (Etudes sur réltctricUé. — Paris.)

mersibles du liège > (i). Nous dirons dans le chap.III à quel point elle était attirée par l'action de la main.

En 1 85 2 y on vit se manifester chez un même sujet, à Bergzaberh près de Wissembourg, dans le Palatinat, tous les phénomènes que nous avons signalés : tapage à ébranler la maison, bouleversement des meubles, objets lancés au loin par une main invisible, visions et apparitions, somnambulisme et extase, catalepsie, attraction électrique^ cris et sons aériens, instruments jouant sans contact, communications intelligentes, etc. Les foits se produisirent pendant près de deux ans et furent observénpar un très grand nombre de témoins. La Revue spirite a publié, en i858, une traduction française de la relation qui avait paru dans les journaux allemands.

On peut encore consulter 1 histoire du Presbytère de Cideville (Seine-Inférieure), par M. de Mirville, i85i, (2); celle de la petite espagnole de 12 ans, à Baysv^ater {Douglas lerroldj 26 mars 1847) ; celle de la servante de St-Quentin {Galette des Tribunaux ^ 20 décembre 1849); celle d'Adolphine Benoit (de GuiU Ion ville), âgée aussi de 14 ans et observée par M. Larcher, médecin à Sancheville, {V Abeille de Chartres, II mai 1849); celle de la servante (3) du fermier

(i) On tait que les sorcières passaient autrefois pour insubmersibles et l*épreu?e par l'eau est rapportée ainsi par i'évêque Binsfeld qui, du reste, la condamne comme superstitieuse : Mal^ca ligatur maniSus, pedibusque, projicitur in aquamj si enatat habetwr vehementius suspecta malefieio (De cof\fess. maleftc, p. 355).

(2) La plupart des cas suivants sont également rapportés par le marquis de Mirville {Des Esprits^ etc. — Ed. de i858, pp. 339 et suiv.)

(3) On remarquera que les phénomènes électriques se produisent presque toujours chez des jeunes filles dont l'organiSMtion subit une crise.

de Clairefontaine, près Rambouillet, {%tvuefranqcAs€^ décembre 1886).

Les ouvrages spirites sont pleins de cas analogues ob les meubles se sont mus sans aucun contact apparent et par la seule action de présence des sujets ; nous aurons l'occasion d^y revenir dans les chapitres suivants.

§ 4. — ICagnètiame de la terre.

On peut comparer la terre à un aimant gigantesque dont la ligne neutre est l'équateur magnétique et dont les pôles sont situés dans les zones glaciales (i).

Une aiguille aimantée ou un corps polarisé quelconque, suspendu librement par son centre de gravité, se dirigerait donc parallèlement à la ligne des pôles magnétiques terrestres.

On est convenu aujourd'hui de donner le nom de pôle nord ou positif au pôle de Taiguille qui se dirige vers le nord magnétique, et de pôle sud ou négatif à celui qui se dirige vers le sud magnétique (2).

Les variations de la déclinaison et de Yinclinaîson de Taiguille aimantée montrent que la ligne des pôles magnétiques terrestres se déplace périodiquement au-

(1) U y a des collines, de petites montagnes qui ont des pôles et une ligne neutre. Humboldt en cite une« le neidelberg près de Zell, dont le versant S.-E. possède les propriétés du ]>ôle nord d'un aimant, et le versant N.-O. celle du pôle sud. L'action sur l'aiguille aimantée se fait sentir à 8 ou 10 mètres. (Daguix. Court de Physique^ t. III, p. 91.)

(2) La convention contraire était admise autrefois; de là de fréquentes confusions.

tour de la ligne des pôles géographiques, c'est-à-dire de l'axe de rotation de la terre (i). En ce moment elle s*en rapproche ; la déclinaison est actuellement en France d'environ i5« et Tindinaison de 65«.

La terre^ agissant comme un aimant, doit communiquer les propriétés magnétiques à tous les corps susceptibles de les recevoir. Cest en effet ce qui a lieu. Si Ton dresse verticalement une barre de fer, elle devient elle-même un aimant dont le pôle nord ou positif se trouve en bas; la partie supérieure agira donc comme pôle négatif (2].

Le phénomène inverse doit se produire dans l'autre hémisphère et il serait intéressant de vérifier si les aimants naturels ont, avant qu'ik ne soient détachés de la roche, leur pôle négatif en haut dans Phémisphère boréal et en bas dans Phémisphère austral.

Ampère a expliqué l'action magnétique de la terre en admettant qu^l existe dans notre globe un système de courants électriques parallèles à Péquateur magnétique^ marchant de Vouest à Test y et dont la résultante passe très près du centre de la terre.

On sait, en effet, que :

fo Deux courants marchant dans le même sens se repoussent et que deux courants marchant en sens contraire s'attirent;

%^ Un aimant peut être comparé à un solénolde où le courant circule de telle manière que le pôle positif soit à la gauche de Pobservateur supposé couché sur

(1) Ces variations proviennent probablement en partie de l'innuence jdet aatret voitins.

(a) Daquih. Cùwrs de physique^ u IVL, p. 20.

le courant qui le parcourt des pieds à la: tête et regar^ dant à rintérieur de Théllce.

Parmi les nombreuses expériences qui ont été faites pour confirmer cette théorie^ je me bornerai à citer les suivantes.

Un circuit plan de forme quelconque, mobile autour d'un axe qui passe par son centre de gravité et que Ton dirige perpendiculairement au méridien magaétique, se dirige parallèlement à Téquateur magnétique, quand on 7 feit passer un courant entrant par une des extrémités de Taxe pour sortir par l'autre (i).

Un circuit fermé mobile autour d'un axe vertical se tourne spontanément dans une direction perpendiculaire au méridien magnétique, de telle manière que le courant marche de l'est à Pouest dans sa partie infé* rieure.

Un courant vertical mobile autour d'un axe vertical se porte à Test s'il est ascendant et à Touest s'il est descendant.

Un courant horizontal mobile autour d'une de ses extrémités prend dans l'hémisphère nord un mouvement uniforme de l'est à Touest en passant par le sud si le courant va de la circonférence au centre et de Pouest à l'est quand il va du centre à la circonférence. La vitesse de rotation doit être maximum près des pôles magnétiques de la terre et il doit y avoir équilibre dans toutes les positions sur l'équateur.

Un courant parallèle à l'équateur et pouvant se déplacer parallèlement à lui-même est attiré vers le sud

(i) Pour que le courant traverse bien le circuit, il faut avoir aom d'interposer des substances isolantes partout où se croisent les difiEérentes parties du circuit conducteur.

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quand il marche de Test à Touest, et repoussé vers le nord quand il marche en sens opposé. D^une &{on générale, il se transporte parallàlement à lui-même et du côté de sa gauche, quelle que soit la direction dans un plan horizontal.

§ 5. — ICagnètiame de Patmosphère.

Dès le milieu du XVIII* siècle, on avait constaté, soit au moyen de barres isolées, soit au moyen, de cerfsvolants, que Pair est habituellement électrisé m6me quand le ciel est très pur.

Des expériences plus récentes obtenues avec des tiges reliées à des électromètres et à des carillons ont permis de reconnaître que Télectricité de Pair, quand le ciel est pur ^ est toujours positive^ du moins i partir d'environ un mètre au dessus du sol, car dans cette couche inférieure elle est neutralisée par Télectricité négative du sol (i); sa quantité varie avec la hauteur, l'heure et la saison, mais rien encere de bien précis n'a été établi.

Généralement on ne trouve pas d'électricité au fiDnd des vallées étroites, sous les arbres, dans les rues ; sur les ponts la quantité est souvent plus forte qu^en rase campagne.

(i) On admet que le sol est rendu négatif par la rotation, ainsi qu'on l*a vu dans le { 2. Il serait possible cependant que cet eut fiit dû à la polarisation de la terre elle-même: dans ce cas, les phénomènes inverses se produiraient sur l'autre hémisphère.

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Il y a dans nos contrées deux maximum par jour, Pun vers dix heures du matin, Tautre vers dix heures du soir; les deux minimum tombent vers deux heures du matin et quatre heures du soir.

Par les temps d'orage, les électromètres indiquent des quantités énormes dMlectricité changeant de nature à chaque instant.

Les pluies sont chargées tantôt d*électricité positive, tantôt d'électricité négative.

Le professeur Loomis décrit ainsi les effets qu'occasionne à New- York la présence d'une excessive quantité d'électricité dans l'atmosphère (i) :

En hiver, les cheveux sont fréquemment électrisés, et spécialement lorsqu'ils ont été peignés avec un peigne fin. Souvent ils se dressent et plus on travaille pour rendre la chevelure unie, plus ils refusent de se tenir en place. Ils se dirigent alors vers les doigts qu'on place devant eux, et pour remédier à cet inconvénient il suffit de les mouiller. Dans cette même saison, toutes les parties des vêtements de laine, les pantalons surtout, attirent les duvets, les poussières qui flottent dans l'air ; ces particules se fixent principalement vers les pieds, et la brosse ne fait que les rendre plus adhérentes. Une éponge humide est tou* l'ours le i«mède à appliquer en pareil cas*

Pendant la nuit, les tapis épais des salons chauffés font entendre de petits craquements; ils brillent lorsqu'on s'y promène, et si l'on passe deux ou trois fois avec rapidité, le jet peut atteindre quelques centimètres de longueur, de façon à faire sentir une piqûre cuisante. Un objet de métal, comme le bouton d'une porte, envoie une étincelle à la main qui s'en approche, et parfois ces étincelles effrayent les enfants. On peut même quelquefois allumer un bec de gaz avec son doigt après s'être promené sur le tapis isolant.

Selon Livingstonei la tension électrique est telle dans les déserts de l'Afrique australe, lorsque souffle le vent chaud du nord, que les plumes d'Autruche se

(i) GuiLLimM. Lt magnétisme et Pilectriciti, p. 555.

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chargent d'elles-mémet et déterminent de vives commotions. La seule friction du vêtement &it jaillir des gerbes lumineuses.

Il est avéré que la foudre peut produire un certain nombre d'effets que nous expliquons impar^iitement au moyen des théories classiques.

On rapporte un assez grand nombre de personnes qui ont recouvré Pusage de 'leurs membres paralysés, après avoir été frappées par la foudre ; d'autres, au contraire, ont contracté des paralysies persistantes. Il en est qui restent pour ainsi dire figés dans l'attitude où ils ont été foudroyés et tués (i).

On a observé fréquemment le déshabillement complet des gens frappés et le transport à d^assez grandes distances de leurs vêtements, la production sur leur corps des images des objets environnants, Tépilation de leur corps entier, l'arrachement de la langue ou des membres (2).

Dans une foule, il arrive que la foudre va chercher certains individus en ne produisant rien sur ceux qui sont auprès. — De même on a tu des pièces de monnaie, des lames d*épées présenter des traces de fusion, tandis que la bourse où le fourreau qui les entouraient n'avaient point été brûlés par leur contact (3).

Le 6 août 1809, à deux heures après-midi, une explosion épouvantable se fit entendre dans, la maison de M. Chadv^ick, propriétaire des environs de Manchester. Le mur extérieur d'un petit bâtiment en

fi) D' BoTTST. Le tnagnétisme animal, p. 3o.

(2) Annales d'hygiène, i885. — Mémoire de M. Boudin.

(3) Daquiit. Traité de physique^ III, p. a 18.

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briques, qui avait o» 90 d'épaisseur, 3» 3o de hauteur et o* 3o de fondation, fut déraciné çt transporté sur le sol sans cesser cependant de rester vertical. Lorsqu^on examina ce qui s'était passé, on trouva qu'une extrémité du bâtiment avait marché de 2» 70 et l'autre, autour de laquelle la masse avait tourné pendant le glissement, ne sMtait déplacée que de i« 20. Le mur ainsi élevé pouvait peser 26,000 kilogrammes (i).

Voici maintenant la relation officielle d'un phénomène assez fréquent, que l'on a considéré pendant bien longtemps comme une pure hallucination : .

Uq tailleur, logé près du Val-de-GrAce, à Paris, était assis devant sa tabie, quand il vit le châssis garni de papier qui formait la cheminée, s'abattre doucement, et un globe de feu, gros comme la tête d*un enfant, en sortir lentement et se promener dans la chambre à quelque distance des briques du pavé. Ce globe s'approcha des pieds de l'ouvrier qui, pour éviter le contact, dérangea ses pieds, mais sans précipitation. Après quelques évolutions vers le milieu de la chambre, le globe s'éleva verticalement à la hauteur de la tête de l'homme qui dût se redresser et se pencher sur sa chaise, pour éviter d'être touché au visage. Il n'éprouva du reste aucune impression de chaleur. Puis le globe s'allongea un peu et se dirigea obliquement vers un trou fermé par une feuille de papier et pratiqué à un mètre au-dessus de la ublette de la cheminée; le globe déucha le papier sans l'endommager, entra dans le canal de la cheminée, et, arrivé en haut, éclata avec fracas en projetant à une grande distance les débris de la partie supérieure (a).

M. Monteil, secrétaire de la Commission archéologique du Morbihan, cite (3) parmi les efifets d'un coup de foudre qui s'est produit à Vannes, le 5 décembre 1876, à 10 h. 1/2 du soir, la dislocation d'une mu-

(i) W. DB FoNvnLLK. Eclûirt et tonnerres, p. i35.

(2) Comptes-rendus des séances de l'Académie des Sciences de Paris, t. XXXV, p. 5.

(3) Fiotnift, Annie scient.^ 1877.

raille, la projection au loin de pièces de bois et enfin le transport d*une malade infirme ^ de son lit sur le parquet de sa chambre à une distance de quatre mètres^ bien que cette chambre se trouvât à près de 3oo mètres du lieu où la foudre avait directement exercé son influence.

Daguin (i) parle même de personnes transportées à 20 ou 3o mètres.

Le bit suivant, riécemment exposé à l'Académie des sciences par M. André, est peut-être encore plus extraordinaire et se rapproche des phénomènes dont nous aborderons Tétude dans les chapitres suivants :

Le samedi i3 juin t885, vers huit heures du soir, il était à table, dans une chambre attenante à la tour du phare, dans la partie nord-ouest de cette tour; tout à coup, il rit une bande brumeuse d'environ deux mètres de large, se détacher de l'arête supérieure de la muraille à laquelle il faisait face, et obscurcir soudainement cette dernière, en même temps que sous la table, à ses pieds, se produisait un bruit sec, sans écho ni durée, et d*une yiofence extrême. La sonorité a été celle qu'aurait produite le choc formidable, de bas en haut, d*un corps dur contre la paroi inférieure tout entière de la table, laquelle, à sa grande surprise, n'a pas bougé, non plus que les divers objets qui la garnissaient.

Après cette détonation, son assiette pivotait et exécutait sur la table plusieurs mouvements de rotation, sans aucun bruit de frottement, ce qui prouve qu'à ce moment -l'assiette avait quitté la table, sans toutefois s'en éloigner sensiblement.

L'assiette et la table restèrent intactes (2).

(1) Physique, t, lU, p. 220.

(2) Comptes rendus de la séance du 2 noy. i885.

- io5 — § 6. — Hagnètisme de la lumière.

M. Crookes» dans les belles expériences sur la matière à l'état radiant qu'il a faites à Paris et au Congrès de Scheffield en 1879, a montré les rapports intimes qui existent entre la lumière et le magnétisme en Élisant dévier, par Taction d*un aimant, le faisceau lumineux qui part du pôle négatif dans un tube oti le vide a été poussé à un millionième d'atmosphère et qui est traversé par un courant électrique continu. L'aimant attire d'autant plus le faisceau que le vide est moins parfait.

L'illustre physicien a déterminé la rotation des taches sombres et brillantes qui, dans certains cas, se développent à 1 intérieur de ces tubes, en les actionnant par Fun des pôles d'un électro aimant ; la rotation se faisait en sens inverse du courant électrique qui circulait dans la bobine.

Dans ces atmosphères extrêmement raréfiées, les rayons du faisceau lumineux dont nous avons parlé agissent comme un souffle; ils peuvent foire tourner une légère roue à palette, contournent un obstacle fixe, et rendent vivement phosphorescentes, par leur choc, un grand nombre de substances.

Déjà Davy avait constaté que Parc voltalque était attiré ou repoussé par le pôle d'un fort aimant présenté transversalement, selon la nature du pôle et le sens du courant. Plus tard M. Despretz montra que le magnétisme terrestre agissait également sur ce même axe dont la longueur variait suivant la direction des électrodes.

D'après des expériences toutes récentes, sur lesquelles

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je n'ai que des renseignements incomplets, on pourrait, moyennant certaines précautions, accumuler Télectricité aux deux extrémités d'un tube de Geissler à Taide d'une forte pile sans produire de courant apparent ; il suffirait ensuite d^approcher la main à une certaine distance et de la faire aller doucement dans un sens ou dans l'autre pour voir le courant s'établir dans le même sens.

Cest Faraday qui a montré, le premier, la déviation d'un rayon de lumière solaire sous Taction d'un aimant (i) et ces actions ont été étudiées depuis par Verdet et d'autres physiciens.

Wollaston a reconnu que les rayons rouges et les rayons violets du spectre solaire exerçaient des effets chimiques diamétralement opposés sur certaines substances telles que la solution alcoolique de la racine de gaiac(2).

La lumière naturelle ou artificielle produit sur les végétaux des actions mécaniques que tout le monde connaît. Les feuilles des accacias, des baguenaudîers, des mélilots et surtout de la sensitive se ferment quand le soleil s'abaisse sur l'horizon, tandis qu'elles s'ouvrent quand il reparaît.

Les fleurs présentent un phénomène analogue, mais avec une grande diversité, et Linné avait formé Vhor' loge de Flore en disposant en ordre un certain nombre de plantes dont les fleurs s'épanouissent aux différentes heures de la journée et de la nuit.

(i) GviLhWMni.X^magnit. et Vélectr. p. 383.

Le n* do septembre 1886 des o^nnales de chimie et de physique expose les recherches de M. Righi sur la lumière polarisée réfléchie par le pôle d'un aimant.

(a) MomssiBu La lumière^ p. i88.

On sait que les larges têtes fleuries du grand soleil {Helianthus annuus) s^inclinent vers TOrient le matin, dès le lever de Pastre, et le regardent toujours en face jusqu'à ce qu'il disparaisse à Thorizon.

Les expériences suivantes pourront être rapprocha des phénomènes lumineux qui accompagnent souvent ceux dont je me suis occupé spécialement dans cette étude (i).

Hauksbée (2) faisant tourner rapidement avec une machine un globe de verre creux dans lequel il avait fait le vide, remarqua qu'en appliquant la main sur le globe il se produisait dans Fintérieur du globe une quantité de lumière considérable d'une belle couleur pourpre. La lumière augmentait chaque fois qu'on changeait la main de place et elle pouvait être assez éclatante pour permettre de lire de gros caractères. Le phénomène s^affaiblissait peu à peu, à mesure qu'on laissait rentrer l'air dans ce globe. Le frottement des globes n'est même pas nécessaire ; il suffit de déplacer un vase* de verre renfermant un gaz raréfié dans le voisinage d'un corps électrisé pour obtenir ces lueurs électriques (3).

Voici une autre expérience rappelée par le D' Pétetin (4).

Elle consiste à enduire de cire d'Espagne l'intérieur d'un globe de verre, à ménager à l'un de ses pôles un espace libre afin de découvrir ce qui s'y passe

(i) Crookm. Recherches sur les phénomènes du spiritualisme. Trad. franc., p. iSg.

(a) Physicty-mechanical experiment., 1709. Trad. franc, en 17D4, par de Brémond.

(3) Mascart. Electricité statique^ 1. 1, p. 5.

(4) Electricité animale, p. 47.

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dans la plus grande obscurité. < A mesure qu^on rélectrise, ses parois déviennent transparents; si Ton approche de sa surface une main ouverte, on laperait au centre du globe parfaitement dessinée et toute lumineuse. >

MM. Demondésir et Schlœsing ont fait traverser un grand ballon, au centre duquel brûlait d'une manière continue un tout petit bec de gaz, par un courant rapide d^un mélange d'air et d*hydrogène. «Bientôt des espèces d'éclairs ou des langues de feu se disséminent dans toute retendue du ballon d'une manière irrégulière qui ntppelle le vol d*un papillon ou les mouvements d'un essaim de mouches, et le même phénomène persiste tant qu'on maintient le courant gazeux. » (i)

Je rappellerai enfin que des rayons invisibles pour un œil ordinaire, tels que les rayons ultra-violets du spectre solaire, peuvent être rendus visibles quand ils tombent sur des substances douées de la propriété de modifier la longueur des ondulations lumineuses: solution de sulfate de quinine ou de chlorophylle, verre d'urane, cristal de fluorine, sulfure de baryum ou de calcium, etc.

(i) Mascakt. Elect. stat,, c H, p. 204.

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