PREMIÈRE DISPOSITION
L'appareil destiné à expérimenter l'altération de poids d^un corps consistait (PI. iv, fig. i)en une planche d'acajou de o"> 90 de long sur o"^ 24 de large et deux centimètres et demi d'épaisseur. A chaque bout, une bande d'acajou large de 4 centimètres était vissée et
£3nnajt pied. L'un des bouts de la planche reposait sur une table solide, undis que Tautre était supporté par une balance à ressort ou peson suspendu, à un fort trépied ; le peson était muni d'un index enregistreur automoteur de manière à indiquer le maximum de poids marqué par l'aiguille (PL iv, fig. z). Uappa-» reil était ajusté de telle sorte que, la planche d'acajou étant horizontale et son pied reposant à plat sur le supporti l'index de la balance indiquait trois livres anglaises comme fraction du poids supporté.
En présence de M. Crookes, de son frère, de son aide de chimie, du D^ William Huggins, membre de la Société Royale de Londres, et de M. Sergeant Cox, docteur en droit, le sujet assis sur une chaise posa légèrement la pointe de ses doigt en A sur Textréme bout de ia planche d'acajou dans une position qui fut constatée par des traits au crayon ; presqu'aussitôt les observateurs virent descendre l'aiguille de la balance qui remonta au bout de quelques secondes. Ce mouvement se répéta plusieurs fois, comme sous des émissions successives de la force psychique et Ton percevait distinctement le mouvement d'oscillation de l'extrémité B de la planche. Le sujet prit alors deux objets qui se trouvaient à sa portée, une petite son* nette et une boite d'allumettes ordinaire en carton qu^il plaça en A sous ses doigts pour montrer qu'il n'exerçait aucune pression : on ne tarda pas à voir le mouvement se reproduire avec plus d'intensité encore et l'enregistreur automatique montra que Tindex était descendu jusqu'à neuf livres ; c'est-à-dire qu'il avait indiqué une augmentation de six livres dans U fraction du poids supporté par le peson*
Afin de voir s'il était possible de produire un effet
notable sur cet instrument en exerçant une pression à Tendroit où le sujet avait mis ses doigts, M . Crookes monta sur la table et se tint sur un pied à rextrémité de la planche ; le D^ Huggins qui observait Tindex de la balance constata que le poids entier du corps (140 livres) ne faisait fléchir Tindex que d'une livre et demie ou de. deux livres quand M. Crookes donnait une secousse. Cette flexion tenait évidemment à ce que, le pied ayant plus de quatre centimètres de largeur, une partie du poids du corps agissait en avant de Taréte antérieure de la bande d^acajou autour de laquelle il faisait tourner la planche ; tandis que. le sujet plaçant ses doigts en arrière de cette même arête, une pression quelconque de sa part ne pouvait produire aucun effet et même eût eu pour résultat d'entraver l'abaissement de Textrémité B. En admettant même que, trompant la surveillance des yeux qui l'observaient, le sujet eût pu porter un instant ses doigts en avant de Tarête de la bande, il est facile de se convaincre, par un simple calcul de proportion (Pi. iv, fig. 3), que, pour faire descendre l'index jusqu'à neuf livres, il aurait dû produire du côté de A un effort supérieur à son poids tout entier, ce qui est inadmissible pour un homme assis.
DEUXIÈME DisposrriON
M. Crookes voulut toutefois écarter jusqu'à l'idée de cette objection par le dispositif suivant.
Il prit une planche d'acajou A B semblable à celle de l'appareil précédent mais sans les deux bandes formant pieds ; près de l'extrémité A il en fixa une autre F taillée de manière à fiEiire l'office du couteau d'une
balance reposant sur un solide bâti H G. (PI. v,
fig. Il-
L'extrëmité B fut encore suspendue à un peson, mais rindex mobile de cet instrument se terminait par une fine pointe faisant saillie et pouvant tparquer sa trace sur une plaque de verre enfumée disposée de manière à se déplacer horizontalement devant lui sous l'action d'un mouvement d'horlogerie.
Si le peson est au repos et que le mouvement d horlogerie vienne à marcher, il en résultera sur la plaque une trace blanche horizontale parfaitement droite. Si le mouvement est arrêté et qu'on place des poids sur l'extrémité de la planche il en résultera une ligne verticale dont la longueur dépendra du poids appliqué. Si, pendant que le mouvement d'horlogerie entraine la plaque, le poids dé la planche et par suite la tension de la balance vient à varier, il en résultera une ligne courbe d'après laquelle on pourra calculer la tension en grammes à n'importe quel moment de la durée des expériences.
A l'extrémité A on plaça (PL v, fig. 2) un large vase de verre plein d'eau E de telle manière que son centre de gravité fut précisément dans le plan vertical passant par l'arête du couteau F. Dans ce vase on introduisit un vase de cuivre N hémisphérique percé de plusieurs trous à sa partie inférieure et relié par un bras rigide M à un support immobile L de telle manière qu'il y avait un intervalle d'au moins cinq centimètres entre lui et le vase de verre.
Ces dispositions avaient pour but d'empêcher que l'immersion de la main du sujet dans Teau du vase de cuivre pût produire un effet sensible sur le peson, soit par suite de la force de réaction développée par
r^ffort tnéfne de l'immersion, soit par un choc quelconque imprimé aux parois du vase de verre. En effet la main entière de Tun des témoins, plongée dans le vase de cuivre^ ne provoqua aucun mouvement de Taiguille du peson . •
L'appareil étant ainsi disposé, M. Home fut introduit dans la chambre et prié de mettre ses doigts dans l'eau du vase N, ce qu'il fit pendant qu'on lui tenait son autre main et les pieds. LorsquHl dit qu'il sentait une influence s'échapper de sa main, M. Crookes fit marcher le mouvement d'horlogerie et presqu^aussitôt on vit osciller l'extrémité de la planche et l'index du peson tracer sur la plaque de verre la courbe que nous reproduisons dans la figure 3 de la planche v.
TROISIÈME DISPOSmON
Le contact par l'eau ayant été démontré aussi efficace que le contact direct, M. Crookes voulut éprouver si la force en question pourrait impressionner le poids soit en touchant simplement un objet fixe en contact avec l'appareil, soit encore en se tenant simplement à côté.
On conserva donc l'appareil précédent en supprimant les vases comme inutiles ; M. Home plaça ses mains sur le support fixe à une dizaine de centimètres de l'appareil, un témoin mit ses mains sur les mains de M. Home et son pied sur ses pieds ; puis on opéra comme précédemment et on obtint sur la plaque la courbe de la figure 4 (pi. v).
Un jour M. Home, se déclarant mieux disposé que d^habitude, se plaça à un mètre de l'appareil ; on lui tint solidement les pieds et les mains et on obtint la ççi\irbie ^f \à figure 5.
Ijss courbes des figures 3, 4 et 5 sont en vraie ^n* deur ; l'échelle verticale q|ui les accompagne représente la tension en grains (i) et l'échelle horizontale le temps en secondes.
On voit que les tensions maxima ont été respopti* vement dans chaque expérience de 5,5oo grains (33 grammes) 9,000 grains (58 grammes) et 10,000 grains (64 çrâmmes).