LE CHENAL DE L'ÎLE SULLIVAN
Fîle Sullivan^ grâce à son faible tirant d'eau^ donnait à pleine vapeur dans Fétroite passe. Là^ il se trouvait en sûreté, car aucun croiseur fédéral n^eût osé le suivre dans ce chenal qui ne donne pas en moyenne onze pieds d'eau en basse mer. 6
"Comment, s'écria Grockston, ce n'est pas plus difficile que cela?
— Oh! oh! maître Crockston, répondit James Playfair, le difficile n'est pas d'entrer, mais de sortir.
— Bah! répondit l'Américain, voilà qui ne m'in- lo quiète guère. Avec un bâtiment comme le Dolphin et un capitaine comme monsieur James Flayfair, on entre quand on veut et on sort de même."
Cependant, James Flayfair, sa lunette à la main, examinait avec attention la route à suivre. H avait 15 sous les yeux d'excellentes cartes côtières qui lui permirent de marcher en avant sans un embarras, sans une hésitation.
Son navire une fois engagé dans le chenal étroit qui court le long de l'île Sullivan, James gouverna 20 à l'ouest-demi-nord, jusqu'à ce que le fort Pinckney, reconnaissable ^ sa couleur sombre, se montrât au nord-nord-est. ,
En ce moment, il fut salué de quelques boulets partis des batteries de l'île Morris, qui ne l'atteigni- 25 rent pas. H continua donc sa route, sans dévier d'un point, et débouqua dans la baie.
Bientôt, il laissa le fort Sumter sur sa gauche.
Ce fort, célèbre dans la guerre des États-Unis, est situé à trois milles et un tiers de Charleston, et à 30 un mille environ de chaque côté de la baie. C'est un
pentagone tronqué^ construit sur une île artificielle en granit du Massachusetts^ et dont la construction a duré dix ans et a coûté plus de neuf &ent mille dollars.
5 C'est de ce fort que, le 13 avril 1861, les troupes fédérales furent chassées, et c'est contre lui que se tira le premier coup de feu des séparatistes. On ne saurait évaluer les masses de fer et de plomb que les canons des fédéraux vomirent sur lui. Cependant, il
10 résista pendant près de trois années. Quelques mois plus tard, après le passage du Dolphin^ il tomba sous les boulets de trois cents livres des canons rayés, que le général Gillmore fit établir sur Tîle Morris.
15 Mais alors, il était dans toute sa force, et le drapeau des Confédérés flottait au-dessus de cet énorme pentagone de pierre.
Une fois le fort dépassé, la ville de Charleston apparut couchée entre les deux rivières d'Ashley et
ao de Cooper; elle formait une pointe avancée sur la rade.
James Playfair fila au milieu des bouées qui marquent le chenal, en laissant au sud-sud-ouest le phare de Charleston, visible au-dessus des terrassements de
25 l'île Morris. Il avait alors hissé à sa corne le pavillon d'Angleterre, et il évoluait avec une merveilleuse rapidité dans les passes.
Lorsqu'il eut laissé sur tribord la bouée* de la Quarantaine, il s'avança librement au milieu des
80 eaux de la baie. Miss Halliburtt était debout sur la dunette, considérant cette ville où son père était