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DISTRIBUTION DES FORÊTS EN FRANCE ET NATURE DES PEUPLEMENTS

Classement des forêts diaprés Taltitude. — Avantages des fordts de plaine. — Les forêts de rÉtat et rintôrêt général. — Abaissement de la limite supérieure atteinte par la végétation forestière. — Relation entre la nature géologique du terrain et la richesse du boisement. — Abondance des forêts du terrain jurassique ou du terrain crétacé. — Les sables de Compiègne et de Fontainebleau. — Boisement des terrains modernes. — Partage du sol entre les cultures agricoles et la forêt. — Influence de la composition minéralogique du sol sur la nature des forêts. — Essences calcicoles ou calcifuges. — Essences indifférentes, préférantes et caractéristiques. — Espèces sociales et envahissantes. — Forêts de plaines, de collines ou de montagnes. — Essences dominantes ou subordonnées. — Flore arbuslive. — Essences exotiques naturalisées. — Aire d'habitation et stations. — — Peuplements purs, mélangés ou mixtes. — Avantages des peuplements mélangés. — ' Essences formant ces divers peuplements. — Forêts de la région tempérée : chêne et charme. — Forêts de la région méditerranéenne : chêne-yeuse, pin d^Alep, olivier. — Forêts du sud-ouest : pin moritime et chêne occidental. — Forêts des Vosges et du Jura : hêtre, sapin, épicéa. — Forêts du plateau central. — Forêts des Alpes : mélèze et pin cembro. — Forêts des Pyrénées : pin de montagne.

Le relief du sol exerce une influence directe sur la distribution et la nature des forêts; d'après Taltitude, celles-ci sont classées en forêts de plaines, de collines ou de montagnes.

On sait que le point le plus élevé du sol français est le sommet du mont Blanc, situé à 4,815 mètres au-dessus de niveau de la mer. Partant du littoral maritime, les forêts s'échelonnent jusque vers 2,400 mètres d'altitude; exceptionnellement, dans la Haute -Savoie, elles atteignent 2,900 mètres lorsque leur exposition est bien abritée. La statistique montre que , d'une manière générale, leur importance superficielle diminue à mesure que l'altitude augmente.

Les forêts de l'État et des communes, soumises au régime forestier, sont situées pour la plupart à une altitude plus grande que celles

des particuliers ; déjà plus nombreuses notablement dans la zone de 1,000 à 4,200 mètres, elles occupent presque seules les régions comprises entre 1,800 et 2,400 mètres.

Il suit de là que les forêts des particuliers sont, en général , les mieux partagées au point de vue des qualités du sol , du climat, des moyens de transport, des besoins de la consommation et de la valeur vénale des produits. Cela tient à ce que , dans les régions de plaines ou de collines, les forêts sont surtout des propriétés de produit; elles fournissent alors un placement solide et assez avantageux pour que les acquéreurs se présentent volontiers et pour que les propriétaires veillent à la conservation du fond.

Dans les régions élevées , à mesure que croît l'altitude , les forêts deviennent moins productives en matières et en argent; mais alors elles protègent les vallées basses et fertiles contre les avalanches et les torrents; elles gagnent ainsi en importance, au point de vue de l'intérêt général, ce qu'elles perdent en revenu pour l'intérêt particulier. Il arrive très souvent que la considération de l'intérêt général laisse le propriétaire particulier plus ou moins indifférent, et, dans ce cas, la forêt qui appartient aux grandes altitudes est très exposée à dépérir par l'abus du pâturage. L'État, au contraire, gardien des intérêts généraux, veille à la conservation de ses forêts sur les montagnes.

Il est impossible de ne pas constater la tendance que montre à s'abaisser la limite supérieure de la végétation forestière, et, chose triste à dire, c'est par la faute de l'homme, comme le prouvent nettement les faits observés dans les Alpes helvétiques ou françaises. Dans les montagnes du Dauphiné, où les glaciers sont rares et sans importance, où le climat n'est pas trop rude, par conséquent, les forêts ne se montrent pas au-dessus de 1,500 mètres; et même sur beaucoup de points l'aridité des rampes se propage beaucoup plus bas encore.

Dans sa belle et savante étude sur le massif du mont Blanc, VioUetle-Duc a décrit cette situation d'une façon saisissante : « Il semblerait, dit-il, que les efforts de l'homme devraient tendre à favoriser la croissance des grands végétaux et non à les détruire à l'altitude extrême où ils peuvent pousser. Mais à cet égard l'incurie des montagnards est complète, et, pour se chauffer pendant quelques heures, on les voit brûler le pied d'arbres centenaires ou bien conduire leurs troupeaux de chèvres à ces altitudes extrêmes de la végétation arborescente, où

ces animaux arrachent les jeunes pieds quand par hasard ils s'élèvent entre les roches dénudées. La nature semble se lasser pendant cette lutte journalière , et elle abandonne à la stérilité des espaces jadis couverts de forêts. Les mélèzes disparaissent, et les mousses même quittent ces déserts de pierres. Que Ton parcoure la Savoie, l'Oberland, le Valais, partout l'on constate avec tristesse que les forêts tendent à descendre en même temps que les glaciers diminuent; que la solitude morne se fait au delà d'une altitude de 4,800 mètres, et que les neiges d'hiver, en fondant aux premières chaleurs du printemps, causent des ravages de plus en plus sérieux sur les pentes, faisant succéder brusquement à des journées torrentielles des mois de sécheresse. »

Cette description n'est que trop vraie malheureusement; mais il faut espérer que, du moins pour ce qui concerne les montagnes françaises, la législation forestière actuelle permettra d'enrayer le mal et même de le réparer dans une certaine mesure.

Quand on cherche comment se fait en France la répartition générale des forêts d'après la nature géologique du sol, on constate tout d'abord que le terrain jurassique, le plus étendu de tous ceux qui composent le territoire, supporte à peu près le quart de toute la propriété boisée. Nul autre terrain géologique ne présente la même importance forestière.

D'une façon générale, au point de vue de la production des bois, les terrains granitiques ne valent pas les terrains primaires, et ceux-ci sont inférieurs aux terrains secondaires, que priment à leur tour les formations tertiaires.

Les « terrains massifs » sont peu boisés ; ils fournissent un sol de médiocre qualité ; ils occupent des contrées assez étendues, mais très peu prospères à tous égards. Leur superficie totale, en France, comprend environ 11 millions d'hectares. Dans cette catégorie, il faut ranger les terrains où abondent le gneiss et le micaschiste.

Les « terrains stratifiés » sont mieux boisés; ils occupent une étendue superficielle de 41 millions d'hectares.

Les torTBins primaires (permien, carbonifère, de transition) avec leurs schistes non délayables, leurs grès compacts et leur calcaire assez rare à l'état de marbre, fournissent un sol peu fertile, plus propre à la sylviculture qu'aux travaux agricoles. Cependant ils sont médiocrement boisés. En mélange avec le terrain granitique, ils forment des régions étendues, telles que la Bretagne, le plateau

central, les Ardennes. Les pâturages ou les landes ont remplacé bon nombre de forêts en Bretagne et sur le plateau central. Dans les mêmes conditions de sol, la région ardennaise est restée forestière, parce qu'étant limitrophe de contrées riches , agricoles et bien peuplées, elle écoule facilement ses produits forestiers. Les îlots permiens sont bien boisés, parce que leur sol sablonneux, formé surtout de grès rouge et de grès vosgien , ne convient guère qu'à la sylviculture. Les Vosges, où ces grès abondent, sont une des régions les mieux boisées de France. Les produits des forêts vosgiennes trouvent un emploi certain dans les riches vallées voisines de ces montagnes.

Les terrains massifs et primaires constituent, pris ensemble, moins du tiers de l'étendue totale du territoire français. Les deux groupes géologiques formés par les terrains secondaires d'une part , les terrains tertiaires, quaternaires et modernes d'autre part, se partagent à peu' près par moitié le reste du territoire.

Les terrains secondaires (crétacé, jurassique, trias) forment un peu plus du tiers de la France; leur taux de boisement est supérieur à la moyenne. Les bancs épais de grès et de calcaires qui s'y rencontrent déterminent des zones forestières bien caractérisées. Comme il a été dit déjà, la formation jurassique est richement forestière; elle nourrit plus de 2,074,000 hectares de bois. Constituée par des assises épaisses d'argile et de calcaire , elle est très favorable à la végétation arborescente. Toutes les collines qui forment autour de Paris , surtout vers l'est, une vaste ceinture jurassique, sont couvertes de belles forêts.

Les sols secs et pierreux provenant de l'oolithe et du calcaire portlandien ne sont guère propres qu'au boisement , et ils sont restés garnis d'arbres partout où ils avoisinent des régions où les produits ligneux trouvent un placement facile et rémunérateur.

La formation crétacée , avec ses grès verts et ses calcaires néocomiens, fournit aussi de belles zones forestières; on estime que le terrain crétacé porte 1,367,200 hectares de forêts. Seul le « crétacé supérieur », avec sa craie blanche, se montre réfractaire à toute végétation ligneuse.

Les terrains tertiaires (pliocène, miocène, éocène), quoique fournissant un sol généralement fertile et propre à l'agriculture, renferment aussi des assises gréseuses ou calcaires, qui conviennent spécialement aux forêts. Ainsi les sables inférieurs du Soissonnais portent la forêt de Compiègne; les calcaires grossiers, les sables et

les grès moyens de Beauchamp gont garnis par la forêt de Villers- Cotterets ; la forêt de Fontainebleau prospère sur un terrain éminemment sablonneux et gréseux; les argiles de la Sologne et les sables pliocènes des Landes portent maintenant de magnifiques forêts.

Le taux de boisement des terrains tertiaires est presque égal à celui du jurassique. Les formations tertiaires comprennent 2,982,286 hectares de bois.

Les terrains quaternaires (diluvium), formés de dépôts meubles, dans les vallées ou sur les versants , sont surtout consacrés à l'agriculture. L'étendue des forêts n'y prend que 161,900 hectares environ.

Les terrains modernes (alluvions, tourbes), dans le fond des vallées ou le long des cours d'eau, sont presque entièrement agricoles. Ils ont le taux de boisement le plus faible, ce qui s'explique très bien par leur constitution géologique.

Dans les régions riches , les bois et les champs se partagent rationnellement le sol; dans les contrées j)auvre8 et peu agricoles, la forêt n'occupe pas ordinairement toute la place qui devrait lui être consacrée d'après la théorie. C'est que dans ces pays pauvres et mal peuplés la viabilité laisse ordinairement à désirer; par suite, le transport des produits ligneux serait impossible ou très difficile et très dispendieux. La forêt parait alors aux habitants plus gênante qu'utile, et on la détruit pour créer des pâturages. En Bretagne, dans les Alpes et les Pyrénées, sur le plateau central, c'est l'abus du régime pastoral qui a détruit la plupart des forêts disparues.

Dans les pays riches, bien ordonnés, les forêts cèdent généralement à Tagriculture les meilleures terres et occupent les sols médiocres. Toutefois cette règle n'est pas sans comporter des exceptions, dont la raison est facile à comprendre : la matière ligneuse est un produit encombrant , d'un transport pénible et coûteux ; mais au voisinage immédiat d'une contrée riche, bien peuplée, agricole ou industrielle, la vente des produits forestiers est largement rémunératrice ; aussi se garde-t-on alors de détruire la forêt, même lorsqu'elle occupe un sol qui serait bon pour là culture agricole.

Ainsi s'explique la distribution inégale des forêts, qui sont plus ou moins exclues des sols pauvres de grande étendue , et qui dans les régions riches sont reléguées ordinairement sur les parties médiocres du territoire.

La composition minéralogique du sol exerce sur la végétation forestière une influence qu'il est important de connaître*

La silice, l'argile et le carbonate de chaux, combinés en diverses proportions, forment la masse essentielle de la terre minérale. La présence de l'élément calcaire joue un grand rôle au point de vue des propriétés du sol, à ce point qu'on en a fait la base d'un classement en sols calcaires ou non calcaires; ces derniers sont argileux ou siliceux. La chaux carbonatée n'est pas toujours l'élément prédominant sous le rapport quantitatif; mais elle exerce une telle influence sur la végétation, qu'il suffit de la présence de quelques centièmes de cet élément pour que le sol soit classé parmi les calcaires.

Les sols calcaires contiennent habituellement de 4 à 5 pour 100 de chaux carbonatée; dans les autres, la proportion de cet élément est bien moindre; il y en a cependant une minime quantité, car les végétaux forestiers ne peuvent pas s'en passer tout à fait , même quand ils redoutent les sols franchement calcaires. Cela se vérifie pour la végétation ligneuse des landes ou des dunes.

La nature minéralogique du sol exerce une action très compréhensible sur la distribution spontanée des plantes ; elle détermine aussi l'emplacement d'une station dans l'aire d'habitation. Certaines plantes sont a indifférentes » à l'abondance ou à la rareté du calcaire; d'autres sont « préférantes » pour tel ou tel terrain ; quelques - unes sont « caractéristiques », parce qu'elles exigent un terrain de composition déterminée.

Les espèces préférantes ou caractéristiques sont les unes calcicoUs, si elles aiment le calcaire ; les autres calcifuges, si elles redoutent ce même principe minéral. Les espèces calcifuges sont dites souvent silicicoles; ce n'est pas que la silice leur soit nécessaire, mais elles préfèrent les terrains sablonneux, parce qu'elles y rencontrent moins qu'ailleurs le calcaire qu'elles redoutent.

Beaucoup d'essences forestières sont « indifférentes » ; ainsi le chêne rouvre et le chêne pédoncule, le sapin, le charme, le hêtre, l'épicéa végètent également en tous terrains. Certaines essences sont « préférantes » et veulent un sol calcaire : ainsi les pomacées parmi les arbres fruitiers, le chêne vert, le pin d'Alep , le pin laricio d'Autriche sont franchement calcicoles. Enfin d'autres essences sont « calcifuges » ou « silicicoles » : par exemple, le pin maritime, le chêne tauzin, le pin sylvestre, le bouleau, etc.

Les arbustes, les arbrisseaux et les sous-arbrisseaux appartenant à un nombre considérable d'espèces variées abondent sur les sols cal-

caires; cette sorte de végétation est beaucoup plus rare sur les terrains argileux ou siliceux.

Parmi les essences « caractéristiques », les unes sont calcicoles, comme le sorbier domestique; les autres calcifuges, comme le châtaignier, le chêne-liège et le pin maritime.

Parmi les végétaux de moindre taille, le buis, le thym, le romarin, la lavande sont essentiellement calcicoles et garnissent entièrement certains versants des Alpes ou du Jura méridional. Au contraire, le genêt, Tairelle myrtille et la bruyère sont absolument calcifuges.

Le peuplement d'une forôt peut donc le plus souvent indiquer la nature minéralogique du sol. En terrain calcaire , on trouve une flore riche et variée où la végétation arbustive est bien représentée, et de laquelle sont bannies les espèces envahissantes, comme la bruyère. Le repeuplement des sols calcaires est relativement facile, et avec le temps les vides forestiers y sont reconquis naturellement par la végétation.

En terrain siliceux, la flore est pauvre et uniforme; elle ne comprend qu'un petit nombre d'arbustes. En revanche, quelques-unes de ses espèces sont « sociales » et « envahissantes », notamment la bruyère, qui finit par tapisser le sol d'un véritable feutrage de racines où toute autre plante est étouffée. Ces espèces envahissantes sont très rustiques, et elles réussissent ordinairement à expulser du terrain qu'elles occupent les essences principales, môme les plus robustes. Il se forme ainsi dans les forêts de grands vides, de véritables landes, dont le repeuplement spontané ne peut pas se faire. Pour reboiser ces vides en terrain siliceux, il faut beaucoup de temps, d'argent et de travail.

Comme répartition générale, on évalue à 4,100,600 hectares, en chiffres ronds, la surface des forêts implantées sur le sol calcaire, et à 5,106,700 hectares l'étendue des forêts plantées en sol siliceux. On s'explique la supériorité de ce dernier chiffre en se rappelant que d'immenses forêts proviennent du reboisement des dunes fet des landes, dont le sol est presque entièrement composé de sable.

Si on considère plus particulièrement les bois soumis au régime forestier, on constate qu'ils sont partagés à peu près par moitié entre les terrains calcaires et les terrains siliceux.

Les deux tiers des forêts communales sont plantés sur le sol calcaire; cela tient à ce que cette catégorie de forêts se rencontre surtout dans l'est de la France (Alpes, Jura, Côte-d'Or, plateau de

Langres, collines de Lorraine et de Champagne). Or la région de l'est, entre la Méditerranée et les Ardennes, est formée en majeure partie de terrains calcaires. Un tiers seulement des forêts domaniales se trouve sur les terrains de cette nature.

La situation des forets en plaine, sur les collines ou sur les montagnes, influe naturellement sur leur valeur et leur production. Sont considérés comme plaines les pays compris dans une zone dont l'altitude ne dépasse pas 200 mètres ; comme collines, les régions situées entre 200 et 500 mètres d'altitude ; comme montagnes, toutes les régions dépassant 500 mètres.

Cette classification est tout à fait conventionnelle. Les Ardennes françaises, dont l'altitude maxima est de 504 mètres, sont rangées parmi les collines, malgré leur aspect montagneux. De même, jusqu'à 200 mètres, les versants montagneux des Maures, de l'Esterel, des Alpes maritimes, etc., sont classés comme plaines.

La propriété boisée se répartit à peu près également par tiers dans les trois régions de plaines, de collines et de montagnes. Au sujet des forêts communales, il est à remarquer qu'elles sont très rares en plaine ; en effet , les grandes régions de plaines se rencontrent principalement dans l'ouest et le nord -ouest de la France, où la propriété forestière de caractère communal est à peine connue.

Les essences assez peu nombreuses, qui peuplent les forêts de la France sont les unes dominantes, les autres subordonnées; celles-ci sont disséminées par pieds isolés ou par bouquets, mais ne constituent jamais le peuplement essentiel. Cette circonstance assure d'avance la nature et la qualité des produits; elle permet d'approprier le régime et le mode de traitement du massif aux exigences de quelques essences seulement, et cela simplifie beaucoup l'application du traitement.

On compte dix-huit essences « dominantes » ou « principales », qui peuvent être classées en trois catégories d'après leur grandeur habituelle :

La catégorie des essences dominantes de première grandeur comprend le chêne rouvre et le chêne pédoncule, le hêtre, le châtaignier, le sapin, l'épic^éa, le mélèze, le pin sylvestre, le pin laricio, le pin maritime et le pin cembro.

A la catégorie des essences dominantes de deuxième grandeur appartiennent le chêne tauzin, le chêne-liège et le chêne occidental, le charme, le pin de montagne et le pin d'Alep.

La troisième catégorie ne renferme qu'une seule essence dominante, le chêne -yeuse.

Les essences « subordonnées », plus nombreuses, sont souvent importantes par leurs dimensions et par la qualité du bois qu'elles produisent. On en compte quarante -huit, dont quarante- six sont de nature feuillue et deux résineuses. Elles peuvent être classées également, d'après leur taille habituelle, en trois catégories, dont la première comprend les arbres de première grandeur, la seconde ceux de deuxième grandeur, etc.

La première catégorie renferme quatorze essences subordonnées : tilleul à petites feuilles et tilleul à grandes feuilles , érable - sycomore et érable -plane, frêne commun, orme champêtre, orme de montagne et orme diffus, chêne chevelu, saule blanc, peuplier blanc, peuplier grisaille et peuplier noir, pin pinier.

Dans la deuxième catégorie se rangent douze essences : érable champêtre, merisier, alisier terminal, sorbier domestique, frêne oxyphyle, micocoulier de Provence, chêne de Fontanes, bouleau verruqueux et bouleau pubescent, aune glutineux et aune cordiforme, tremble.

A la troisième catégorie appartiennent vingt-deux essences : érable à feuille d'obier et érable de Montpellier, melia azedarach , pistachierlentisque, gaînier (arbre de Judée), caroubier, poirier commun, pommier acerbe, alisier blanc et alisier à larges feuilles, sorbier hybride et sorbier des oiseleurs, frêne à fleurs, olivier, ostrya-houblon, aune blanc et aune pubescent, saule fragile, saule à cinq étamines, sauledaphné et saule -marceau, if commun.

La flore arbustive , beaucoup plus variée, comprend quatre-vingttrois espèces d'arbustes ou d'arbrisseaux, cent soixante -cinq espèces de sous -arbrisseaux, quatorze espèces sarmenteuses et trois espèces parasites: en tout deux cent soixante -cinq espèces graduées, sous le rapport de la grandeur, depuis la taille du noisetier et du houx jusqu'à celle de l'airelle myrtille et de la pervenche. On fait figurer ces dernières plantes parmi les végétaux ligneux, à cause de la persistance de leur tige et de leur feuillage. Cette flore arbustive comprend quatorze espèces sociales, telles que le genêt, le buis, le thym, le romarin, l'airelle, la bruyère, la lavande, etc. Parmi les espèces sarmenteuses (clématites, chèvrefeuille, lierre, etc.), plusieurs sont nuisibles à la végétation forestière.

Les trois parasites sont fe gui^ l'arceutobie de l'oxycèdre et l'osiris*

2i2 LES FORÊTS DE LA FRANCE

Par la diversité d'aptitudes et de qualités de ses essences , la flore forestière indigène répond bien à toutes les variétés de sols, de climats et d'altitudes qu'on peut observer en France ; elle répond également bien aux exigences diverses de la consommation.

Tous les sols, quelle que soit leur nature, depuis le niveau de la mer jusqu'à la limite extrême de la végétation forestière dans les montagnes, sont pourvues d'essences appropriées aux exigences du terrain et du climat. Prenons un exemple dans la masse : pour le climat du nord et les parties hautes du plateau central , on a le pin sylvestre ; pour le climat humide et chaud du sud-ouest, le pin maritime; pour le climat sec et brûlant du sud -est, le pin d'Alep; pour l'âpre climat des sommets alpins, le pin cembro.

On a tenté de naturaliser en France, pour la production ligneuse, un certain nombre d'essences exotiques. Les essais n'ont réussi que pour des arbres d'agrément ou des arbres fruitiers. Très peu d'essences exotiques ont pu prendre rang jusqu'ici parmi nos essences forestières. Il n'en est pas peut-être qui soient encore assez naturalisées pour se maintenir d'elles-mêmes dans les peuplements. Il suffît de citer pour mémoire, comme arbres de première grandeur, le marronnier d'Inde, le platane, le cyprès pyramidal, le cèdre du Liban et le pin Weymouth; comme arbres de deuxième grandeur, le robinier faux acacia, le mûrier blanc et le mûrier noir; comme arbres de troisième grandeur, le jujubier, le cognassier, le pistachier, le plaquèminier, le saule pleureur, etc.

Au point de vue de la production et de la qualité du bois, le robinier est le seul de tous ces arbres qui mérite de fixer l'attention.

Les essences forestières ne sont pas uniformément distribuées paj> tout; dans leur « aire d'habitation », elles occupent ordinairement certaines stations déterminées par la nature minéralogique et les propriétés physiques du sol. Si « l'aire » embrasse tout le pays, l'essence forestière en jeu se rencontre partout; si « l'aire » n'embrasse qu'une partie du pays, ladite essence ne dépasse pas une certaine limite, soit au nord comme le chêne-yeuse, soit au sud comme le hêtre, soit à l'ouest commele charme, soit à l'est comme le pin maritime.

Pour étudier la distribution des essences forestières, on peut supposer que la France est partagée en trois grandes régions, dont les limites respectives empiètent toujours quelque peu sur le voisinage. Ce sont la région chaude ou méditerranéenne et océanique du sud et du sud-ouest, — la région moyenne ou tempérée, — la région froide

Une forêt du Nord.

OU montagneuse. Il est fréquent de voir certaines essences d'une région pénétrer plus ou moins dans la région voisine.

Les peuplements de forêts sont purs ou mélangés, et, dans ce dernier cas, le mélange peut être fait entre essences feuillues, ou bien entre feuillus et résineux, ou bien encore entre résineux. Pour savoir au juste quelle est l'importance des divers peuplements, il faudrait défalquer du chiifre de la contenance forestière le chiffre des « vides » ; or cet élément d'appréciation manque pour les forêts des particuliers. Dans les forêts soumises au régime forestier, la surface des vides, en 1880, était de 233,450 hectares, soit 8 pour 100 de la contenance totale du domaine boisé.

Réserve faite de ces vides, on constate que les peuplements « purs » sont beaucoup plus rares que les peuplements ce mélangés » ; ces derniers sont une fois et demie plus nombreux que les premiers. Il parait certain que la nature préfère les peuplements « mixtes », réduits à deux ou trois essences principales. Ces peuplements mixtes peuvent rendre à la consommation des services plus utiles et plus variés que les peuplements « purs ».

La majeure partie des peuplements mixtes est fournie par des essences feuillues ; les peuplements purs sont aussi souvent formés d'essences résineuses que de feuillues. Ce n'est pas que les bois feuillus ou résineux aient une tendance innée à s'isoler ou à se mélanger ; ces dispositions tiennent plutôt à l'inégal développement des zones forestières; par exemple, certaines essences propres à la zone tempérée pénètrent volontiers dans la partie inférieure de la zone froide. Si la configuration orographique venait, à changer notablement, il est vraisemblable qu'avec les mêmes essences la proportion des peuplements de diverses sortes serait très modifiée.

En France, la prédominance des bois feuillus sur les résineux a fortement influé sur le régime des forêts ; c'est à elle qu'il faut attribuer le grand développement du taillis sous futaie, dont l'importance est prouvée par tous les règlements forestiers, anciens ou modernes.

D'après les relevés officiels de 1877, la répartition superficielle des peuplements purs ou mélangés se faisait alors de la manière suivante :

, , feuillus : 1,366,441 hectares.

Peuplements pui^ { ^^^^^^^ . ^^^24,183 -

feuillus entre aux : 4,610,434 hectares.

Peuplements mélangés \ résineux entre eux : 239,724 —

résineux et feuillus : 1,611,078 —

Les essences feuillues qui concourent surtout à former les peuplements purs sont : le chêne, le hêtre, le charme, le bouleau, le tremble et le châtaignier. Les peuplements de bouleau se rencontrent surtout dans les départements de TÂisne, de l'Aube, des Ardennes, du Loiret, de l'Yonne et de la Corrèze; ceux de tremble, dans le département de l'Aisne; ceux de châtaignier, dans les départements du Cantal, de la Corrèze, des Côtes -du -Nord, du FiDistère, d'IUe-et-Vilaine, de la Loire -Inférieure, de la Nièvre, de la Haute- Vienne, de la Lozère, etc.

Les essences résineuses aptes à donner des peuplements purs sont : le sapin, le pin sylvestre, le mélèze, l'épicéa, le pin maritime , le pin laricio d'Autriche (dans les Ardennes et le département de la Haute-Marne), le pin cembro (dans les Basses- Alpes), le pin d'Alep, le pin laricio de Corse (en Corse).

Les essences feuillues ou résineuses qu'on trouve le plus fréquemment dans la composition des peuplements mélangés sont : le chêne rouvre et le chône pédoncule, le hêtre, le charme, le châtaignier, le pin sylvestre et le pin maritime, quand il s'agit d'un mélange de feuillus et de résineux.

Les peuplements mélangés entre feuillus seulement sont formés surtout par les chênes rouvre et pédoncule, le hêtre, le charme, le châtaignier, le bouleau, le chêne-yeuse et le chêne tauzin.

Enfin les peuplements mélangés entre résineux seulement sont constitués par le sapin, l'épicéa, le mélèze, le pin sylvestre, le pin maritime, le pin cembro. Les combinaisons de ces essences entre elles pour former des peuplements mélangés sont très variées; elles dépendent naturellement du climat, de l'altitude, des qualités du sol et des exigences des essences en combinaison. Cette remarque s'applique, bien. entendu, à tous les peuplements mélangés, quel qu'en soit le caractère.

Forêts de plaines et de collines de la région tempérée. — Cette région comprend plus de la moitié de la France , au nord d'une ligne orientée de l'est à l'ouest, allant de Lyon à l'embouchure de la Gironde; il faut toutefois excepter de cette région le Morvan, le Jura

LES FORÊTS DE LA FRANCE Si7

et les Vosges. L'altitude des points les plus élevés de la région tempérée ne dépasse pas 500 mètres.

Les forêts de cette région sont toutes peuplées d'essences feuillues, et le charme en est, pour ainsi dire, l'arbre caractéristique. Le chêne rouvre et le chêne pédoncule s'y trouvent à profusion; le hêtre y abonde également. Quantaux résineux, tels que le pin sylvestre, le pin maritime et le pin laricio, ils n'y ont été introduits que par la culture.

Pin pignon ou pin d'Italie.

Les essences subordonnées sont : le tilleul, l'érable-sycomore, le merisier, le pommier acerbe et le poirier commun, l'alisier, le sorbier, le frêne, diverses espèces d'ormes, le bouleau, le peuplier, l'aune et diverses espèces de saule.

Dans la région tempérée, la végétation arbustive est représentée surtout par l'épine -vinette, le nerprun, la bourdaine, le fusain, le houx commun, le prunier épineux, l'aubépine, le sureau noir, la viorne obier et la viorne flexible, le cornouiller, le troène, le saule cendré, le coudrier et le genévrier.

Dans cette région la qualité du bois de cbéne varie selon le régime des forêts. Les taillis sous futaie du bassin de la Sa6ne et des plaines fertiles du Nord fournissent un bois lourd, nerveux, de croissance relativement rapide et très recherché pour les constructions. Le bois de chêne fourni par les taillis des collines jurassiques est moins

lourd et peu résistant. Dans les belles futaies de POrne, de la Sarthe, du Blésois et de l'Allier, le chêne croît lentement et longtemps, d'une façon très égale. C'est le meilleur et le plus beau bois de travail et de merrain.

Le charme et le hêtre de cette région sont de qualité soutenue et fournissent un bon bois. Le charme est la seule essence feuillue à peu près spéciale à la région tempérée , car il ne descend pas dans la zone chaude du pin maritime ou de l'yeuse, et il ne monte pas dans la zone froide du sapin.

Les bois résineux , représentés surtout par le pin sylvestre et le pin maritime, ne croissent pas spontanément dans la région tempérée; ils y viennent par semis ou plantation; leur accroissement est inégal, trop rapide au début, puis ralenti prématurément. Leur produit ligneux est d'assez médiocre qualité. A tous les points de vue ces pins cultivés sont toujours inférieurs à ceux de provenance spontanée.

Au total, la région tempérée possède sept essences forestières dominantes de première ou de deuxième grandeur, trente -six essences subordonnées, trente espèces d'arbrisseaux, cinquante -cinq espèces de sous -arbrisseaux, cinq espèces sarmenteuses et une espèce parasite (le gui): soit cent trente -quatre espèces de végétaux ligneux.

En dehors de la région tempérée, on considère comme pays de montagne toutes les parties du sol dont l'altitude varie entre 500 et 2,500 mètres. Cette région de montagnes comprend les Vosges, le Jura, une partie du Morvan et du plateau central, les Alpes, les Pyrénées et une partie de la Corse.

Forêts de la région méditerranéenne. — Cette région s'étend le long de la mer, de Port-Vendres jusqu'à Nice, remonte dans la vallée du Rhône jusque vers Valence, pénètre dans le massif alpestre par quelques grandes vallées, longe les contreforts des Cévennes et s'arrête d'une part aux Pyrénées, d'autre part aux Alpes -Maritimes.

Le climat de cette région est sec et chaud, le sol en grande partie calcaire. Les forêts sont vastes et nombreuses; mais il ne faut pas chercher ici les massifs épais, vigoureux et frais de la région tempérée. La végétation prend un autre caractère.

La région chaude admet quelques espèces de la région tempérée ; mais elle est surtout peuplée d'espèces qui lui sont propres.

Les essences dominantes et caractéristiques de la région méditerranéenne sont le chêne-yeuse, le pin d'Alep et l'olivier. Le chêne-liège y fournit une écorce de bonne qualité ; mais cet arbre ne se plaît pas sur le terrain calcaire; aussi n'est- il pas très abondant, et ses peuplements sont assez rares. De môme le pin maritime, dans cette région, ne se développe que sur les portions siliceuses du sol, principalement dans le massif montagneux des Maures et de l'Esterel ; mais il n'y devient jamais aussi vigoureux que dans le sud-ouest, sur le littoral de l'Océan, et son gemmage n'est pas productif.

Les essences subordonnées de toutes grandeurs sont le pin pinier, le frêne oxyphylle, le micocouUer, le chêne de Fontanes, l'érable de Montpellier, le melia azedarach, le pistachier -lentisque, le gaînier (arbre de Judée), le caroubier, le frêne à fleurs et l'ostrya- houblon.

Dans cette région , le hêtre et le charme sont inconnus. Le chêne rouvre y pénètre, mais il s'amoindrit, devient pubescent, et prend le nom de « chêne blanc »; son bois lourd, dur, nerveux, ne fournit pas de pièces de grandes dimensions, mais il est assez estimé pour les constructions maritimes. Le chêne de Fontanes n'existe que par pieds épars; il est reconnaissable à sa forme élancée; son fût est développé et sa cime aiguë.

Le pin pinier ne pousse également que par pieds isolés. Le caroubier ne paraît que dans la partie la plus chaude de la région, sur certains points du département des Alpes-Maritimes.

Les bois de la région méditerranéenne sont généralement serrés, durs, lourds et raides, de petites dimensions, sujets à se gercer et à se tourmenter. Ils fournissent un bon chauffage et d'excellent charbon.

La végétation buissonnante comprend, entre autres espèces principales, le ciste, le paliure épineux, le nerprun alaterne, le pistachier, le térébinthe, le sumac, l'azerolier, le m^Tte, la viorne-tin, le grenadier, l'arbousier, le figuier, le laurier -rose, la bruyère arborescente et le genévrier.

Celte végétation, associée à quelques autres espèces telles que la lavande, le thym, le romarin, le chêne -kermès toujours buissonnant en France, garnit les « garrigues » de la Provence; ailleurs, selon la région, elle constitue le couvert végétal des maquis, des landes ou des bruyères.

Forêts du littoral océanique; région du sud -ouest. — C'est la

région des dunes maritimes; elle s'étend de Bayonne jusqu'à l'embouchure de la Loire; son caractère particulier s'efface à mesure qu'on s'éloigne du rivage maritime pour pénétrer dans l'intérieur des terres.

Les essences caractéristiques sont le pin maritime , le chêne occidental et le chône tauzin. Ces deux dernières essences sont propres à la région.

Le pin maritime croît spontanément entre l'Adour et la Gironde; on le multiplie par culture. C'est là qu'il développe toutes ses qualités et qu'il atteint ses plus fortes dimensions. Il sert à peupler la lande, à fixer la dune , et fournit , par l'opération du gemmage , des produits résineux abondants et de bonne qualité.

Entre la Gironde et la Loire , le pin maritime végète encore bien dans la zone maritime; mais il n'y pousse plus spontanément, et le gemmage ne donne plus assez de bénéfices.

Les autres essences de cette région sont le chêne rouvre, le chêne pédoncule et le chêne -yeuse. Dans les Landes, le chêne rouvre et l'yeuse sont assez rares; ils préfèrent un terrain mieux pourvu de calcaire. Le chône pédoncule prospère dans la vallée de l'Adour, où il devient superbe et très vigoureux ; son bois , d'excellente qualité , est très recherché pour le service de la marine.

La végétation arbustive de cette région est un mélange des végétations analogues de la région méditerranéenne et de la région tempérée.

FoRÉTS DES Vosges. — Celte région de montagnes est richement boisée. Les essences dominantes sont le hêtre, le sapin et l'épicéa; cette dernière essence occupe les sommets élevés. Les contreforts sont garnis de chênes qui disparaissent aux grandes altitudes.

Les travaux de reboisement ont propagé le pin sylvestre en quantité notable dans cette région.

Les essences accessoires sont le tilleul, l'érable, le merisier, le cerisier, l'alisier, le sorbier, le frêne, l'orme de montagne, le bouleau, le tremble, l'aune et le saule-marceau.

La végétation buissonnante est assez insignifiante, comme production de bois ; elle comprend principalement le fusain , la bourdaine , le prunier épineux, le sureau, le houx et le chèvrefeuille.

Le sol de toute cette région est siliceux. Au point de vue forestier, les Vosges appartiennent à la zone des climats froids, à partir de l'altitude de 300 mètres.

Forêt (i*Arcachon.

Le sapin des Vosges est remarquable par sa haute taille, sa croissance rapide et la bonne qualité de son bois.

La qualité de Fépicéa varie selon l'altitude ; dans les sapinières inférieures, cet arbre croît trop vite, donne un bois mou, spongieux et médiocre. Plus haut, il présente les mêmes qualités que le sapin; toutefois il est moins nerveux, plus tendre, plus blanc, plus facile pour le travail et la fente. Enfin, sur les hauts sommets, l'épicéa devient d'une qualité supérieure à celle du sapin; il fournit alors un excellent bois de merrain et de boissellerie. L'épicéa des Vosges n'égale cependant jamais celui des Alpes et du Jura.

Le mélèze a été introduit depuis une centaine d'années dans les Vosges ; il y pousse vite , mais il ne produit qu'un bois médiocre. Son seul avantage est de pouvoir être employé jeune, parce qu'il ne contient qu'une petite quantité d'aubier.

On a aussi essayé d'acclimater le pin Weymouth dans cette région ; mais les résultats de cette tentative ont été plus que médiocres. Le bois fourni par cette essence exotique ne vaut même pas celui du peuplier.

Forêts des montagnes du Jura. — Ici le sol est principalement de nature calcaire, et l'altitude est plus considérable; la région prend un peu le caractère alpestre; ses forêts sont aussi riches, mais moins étendues que celles des Vosges.

Sur les plateaux jurassiens inférieurs, on trouve, comme essences dominantes, le hêtre, le charme, les chênes rouvre et pédoncule. Des peuplements importants de chêne chevelu existent au pied des versants, à la limite du pays de plaine. Le hêtre est moins abondant que dans les Vosges. Le pin sylvestre se rencontre dans les cantons tourbeux.

Le sapin, le hêtre et l'épicéa sont les essences principales qui garnissent les plateaux moyens. C'est l'épicéa qui devient l'essence dominante sur les plateaux les plus élevés.

L'épicéa de ces fortes altitudes acquiert le maximum de ses qualités comme bois de travail et de fente; il pousse lentement, et ses accroissements sont minces et réguliers. Le sapin du Jura atteint de grandes dimensions ; son bois est d'autant meilleur, que l'arbre s'est développé sur un point plus élevé de la montagne.

La végétation buissonnante comprend les mêmes espèces que celle des Vosges; mais on y trouve en outre l'érable de Montpellier, l'aune

blanc, le buis, le cytise des Alpes, le cytise faux-ébénier, le saulemarceau et Talisier de Scandinavie.

Forêts du plateau central. — Dans la région montagneuse qui englobe le Puy de Dôme, le mont Dore, le Forez, le Cantal, la Lozère, la Margeride et les Cévennes, les essences forestières dominantes sont le hêtre, le sapin et le pin sylvestre. L'épicéa ne s'y montre que d'une manière accidentelle. Le mélèze et le pin cembro n'y viennent pas spontanément et n'y prospèrent pas.

Au pied des Cévennes, dans l'Hérault, on trouve quelques forêts de pins laricios mal exposées, et auxquelles la nature du sol ne convient guère; aussi les arbres de ces peuplements sont-ils souvent de forme défectueuse, de petites dimensions, et ne fournissent que du bois de chauffage assez médiocre.

Il n'y rien de bien particulier à noter sur les produits ligneux de cette région. Le pin sylvestre y est souvent médiocre; sa croissance est trop rapide, inégale et peu soutenue; le bois est fréquemment noueux. Dans une bonne exposition, le pin sylvestre fournit un meilleur produit, et son bois est alors assez estimé pour la construction.

Forêts des Alpes. — En considérant ces montagnes depuis la base jusqu'au faîte, on constate qu'elles portent, selon Pétage qu'on étudie, toutes les sortes de végétation forestière, depuis le chêne rouvre jusqu'au pin cembro.

Le chêne rouvre des Alpes devient pubescent, ne grandit guère et ne tarde pas à être tortueux; son bois est dur, dense, nerveux; c'est le chêne truffier de quelques localités.

Le hêtre ne se rencontre que sur les versants exposés au nord; par exception cependant il pénètre dans le Var, et on le trouve dans la forêt de la Sainte-Baume, où il rappelle les belles futaies de la région tempérée.

Comme essences principales, on compte encore le sapin, le sapin sylvestre et l'épicéa ; mais ce dernier n'est abondant que dans les forêts de la Savoie, de la Haute -Savoie et de la Grande - Chartreuse.

Le sapin et l'épicéa des Alpes produisent un excellent bois de travail , à grain fin , dont les accroissements sont minces , égaux, réguliers et soutenus.

Le pio sylvestre est souvent tourmenté, rabougri; dans les vallées abritées, il prend d'assez belles dimensions et fournit alors un bois de

Bi^cherons dam une forêt des A^b.

qualité passable, le meilleur que cette essence ait produit en France jusqu'à présent.

Les autres essences à citer sont le pin de montagne , le mélèze et le pin cembro. Dans les Vosges et le Jura, le pin de montagne ne se rencontre que sur les terrains tourbeux; dans les Alpes, cette essence prend plus d'importance, constitue de grands massifs, produit un beau bois à formation lente et régulière, à grain doux et homogène, qu'on recherche volontiers pour le travail et la sculpture. La forme de ce pin est ordinairement pyramidale, la tige droite et unique, la cime longue et étroite. .

La croissance du mélèze est très lente, et cet arbre vit très longtemps; un mélèze mesurant trois mètres de circonférence est âgé de trois à quatre siècles. On tire de cette essence des charpentes remarquables par leur résistance et leur durée.

Le pin cembro croît encore plus lentement que le mélèze; il produit un bois très doux et très homogène, que les sculpteurs et les fabricants de jouets emploient de préférence.

Le mélèze et le pin cembro sont spéciaux à cette région, qui est la seule de France où ils poussent spontanément.

Les essences secondaires sont principalement l'érable à feuille d'obier, l'aune blanc, le tremble, le peuplier noir et le peuplier blanc, le saule. L'érable à feuille d'obier fournit un bois homogène, à grain très fin, lustré, d'un joli blanc rosé. L'aune blanc descend le long des cours d'eau jusque dans la région chaude.

Les produits ligneux de la région alpestre sont en général de bonne qualité, denses de tissu et fins de grain. Malheureusement la végétation forestière n'est pas assez richement représentée dans les Alpes de la Savoie, du Dauphiné et de la Provence. Il faut espérer que petit à petit l'œuvre de reboisement améliorera cette situation : mais une longue période de temps sera nécessaire pour reconstituer dans toute cette région un bon et beau domaine forestier.

Di^ns les Alpes , la végétation buissonnante comprend de nombreuses espèces; les principales sont : l'épine -vinette, qui pousse à des altitudes assez fortes et qui fournit un bois jaune employé pour la teinture; le prunier de Besançon, le sorbier de Scandinavie, les cytises, les saules, les genévriers, l'aune vert et le rhododendron. Cette dernière espèce est seule à représenter la végétation ligneuse dans les •hautes régions , où ne peuvent vivre ni les autres arbrisseaux ni les apbrfes.

Forêts des Pyrénées. — Dans ces montagnes les forêts contiennent comme espèces dominantes le hêtre, le pin sylvestre el le pin de montagne.

Rien de spécial à noter pour les produits des deux premières essences. Quant au pin de montagne, il prend ici beaucoup d'importance et constitue de vastes peuplements sur les sommets élevés. Cet arbre n'atteint pas une taille très grande, mais il produit de bon bois qu'on estime pour le travail et la construction; ce bois grossît, en

effet 9 par accroissements égaux et minces; en outre, à l'état parfait , il est assez lignifié et assez imprégné de résine pour présenter de réelles qualités de résistance et de durée.

Le pin laricio n'acquiert aucune importance forestière dans les Pyrénées.

Le sapin de l'Aude est le plus beau de toute la région; il forme de magnifiques peuplements. Cet arbre atteint de grandes dimensions, et sa croissance est remarquablement régulière. Les couches annuelles, tendres et poreuses au printemps, fortement lignifiées à l'automne, se succèdent avec une régularité parfaite. Cette disposition rend le bois très résistant à la rupture; mais elle le rend aussi moins homogène, et en même temps la lignification lui donne une couleur rougeâtre. Pour le travail, ce sapin présente une moins belle apparence que celui des Alpes ou du Jura.

On sait que quelques essences de la région du sud-ouest ou de la région méditerranéenne empiètent sur la partie inférieure des versants pyrénéens; elles n'y acquièrent point d'ailleurs un intérêt spécial.

Pour ce qui concerne l'ensemble des pays de montagnes, il y a lieu de rappeler encore qu'un certain nombre d'espèces végétales de la région tempérée pénètrent plus ou moins dans la région froide. Ces empiétements d'une région sur l'autre ne contribuent pas peu à entretenir la variété des peuplements et la richesse de la flore. Parmi les essences dominantes de la région tempérée, ce sont le hêtre et le pin sylvestre qui s'avancent le plus dans la région froide; parmi les essences subordonnées, ce sont surtout l'érable sycomore, le frêne, l'orme de montagne, le bouleau , l'aune commun, le tremble, le saulemarceau et le sorbier des oiseleurs.

Cette absence d'uniformité rigoureuse dans la répartition des essences ligneuses par zones est tout au bénéfice de la production forestière et de l'aspect pittoresque du pays.

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