FORESTIÈRES
Répartition admiDÎBtrative des forôts soumises au régime forestier. — Forêts domaniales, communales et d^étahJissements publics. — Vides utiles ou improductifs. — Herbier forestier de la France. — Importance superficielle des dix principales essences forestières. — Examen sommaire de ces essences : chêne, hêtre, charme, sapin, pin sylvestre, chêne -yeuse, pin maritime, épicéa, mélèze et pin d^Alep. — Chêne tauzin. — Chêneliège et chêne occidental. — Débits et emplois divers des principaux bois indigènes. — Sculpture sur bois.
Le quart environ de la propriété boisée, c'est- à- dire, en chiffres ronds, trois millions d'hectares, est soumis au régime forestier, et placé par conséquent sous l'action et la surveillance directes du service administratif des eaux et forêts. Les forêts soumises au régime forestier, appartenant soit à l'État, soit aux communes, soit aux établissements publics, sont réparties actuellement entre trente-cinq conservations , subdivisées en inspections et celles-ci en cantonnements.
Si toutes ces forêts étaient distribu.ées également sur l'étendue du territoire, chaque conservation en contiendrait 84,000 hectares en moyenne; mais la répartition est loin d'être régulière, et pas une seule conservation ne présente ce chiffre; celles qui s'en approchent le plus sont les conservations de Troyes avec 85,951 hectares, et de Valence avec 82,352 hectares. Mais d'autres s'en écartent notablement en plus ou en moins : ainsi la conservation d'Épinal renferme 174,308 hectares de forêts, et celle de Dijon, 140,227; tandis que la conservation de Privas ne possède que 38,266 hectares; celle de Niort, 35,148, et celle d'Aurillac, 27,082. La contenance de vingt-trois conservations varie entre 35,000 et 100,000 hectares.
On sait que l'administration est investie d'un droit de surveillance sur les bois des particuliers au point de vue du défrichement. De ce chef, il y a en moyenne dans chaque conservation 100,600 hectares de bois sur lesquels doit porter dans une mesure déterminée l'attention du service forestier.
Dans la réalité , les cantonnements sont très inégalement chargés sous le rapport de l'étendue de surface boisée à administrer. Les charges sont encore plus inégales si Ton considère les distances à parcourir, les altitudes où il faut monter, les moyens de transport et les facilités de la vie pour le chef de cantonnement. Les circonscriptions les moins chargées en surface boisée sont ordinairement celles dont le territoire est le plus étendu et où les occupations des agents sont le plus multipliées. En outre , indépendamment des soins réservés spécialement aux forêts, les agents du service forestier doivent exercer leur action sur toutes les campagnes pour la destruction des animaux nuisibles.
On a vu que les communes possèdent un grand nombre de forêts soumises au régime forestier. Les forêts de cette catégorie sont situées surtout dans l'est de la France, et principalement dans les conservations de Besançon , de Vesoul , d'Épinal , de Lons-le-Saulnier, de Bar -le -Duc et de Chaumont. Au contraire, dans l'ouest et le nordouest on connaît à peine cette catégorie de forêts. La conservation d'Alençon ne renferme qu'une seule forêt communale soumise au régime forestier. Les conservations de Rouen et de Tours n'en possèdent que trois chacune; celle de Niort, huit.
Les forêts d'établissements publics soumises au régime sont réparties dans vingt-neuf conservations; les autres conservations n'en renferment pas. Les lacunes de cette répartition s'expliquent sans peine : le nombre des établissements publics , en France , est considérable ; mais un petit nombre d'entre eux seulement recherche la propriété forestière comme placement de capitaux.
Dans l'évaluation de la surface boisée, il faut tenir compte des (( vides » , car ce sont autant d'espaces enlevés d'une façon plus ou moins absolue à la production ligneuse. L'importance réelle de ces vides ne peut guère être appréciée pour les forêts des particuliers ; mais elle est exactement connue pour les bois qui dépendent du service forestier.
Ces vides sont de trois sortes :
1° Routes et chemins d'exploitation, maisons et terrains affectés
aux préposés, emplacements de dépôts pour les bois. Ces vides ne sont pas improductifs, à proprement parler, puisqu'ils sont nécessaires à l'exploitation. Leur présence, dans une proportion plus ou moins forte, atteste un outillage d'administration plus ou moins perfectionné. Les forêts de l'État sont les mieux partagées sous ce rapport.
2° et 3o Lacunes de dimensions variables, qui interrompent les peuplements et qui sont tout à fait improductives ou ne donnent tout au plus qu'un maigre pâturage. Ces vides peuvent être le résultat d'une mauvaise exploitation ou des abus de pâturages; ils sont alors susceptibles d'être reboisés, ou bien ils sont constitués par des eaux (lacs, étangs, etc.), des escarpements ou des surfaces rocheuses, et ne peuvent pas être « mis en nature de forêt ». Dans cette dernière catégorie, on peut ranger les vides dont le boisement exigerait des travaux et des dépenses hors de proportion avec le résultat. Enfin il y a encore les vides qu'on ne peut pas reboiser en raison de certains droits d'usage dont la forêt est grevée.
Dans les forêts domaniales, on compte 40,900 hectares de vides improductifs susceptibles de reboisement, et 53,000 hectares environ de semblables vides dans les forêts communales.
Les vides improductifs non susceptibles de repeuplement comprennent 75,300 hectares dans les forêts domaniales, et 43,400 hectares dans les forêts communales.
Les vides utiles affectés à l'exploitation comptent pour 14,700 hectares dans les forêts de l'État, et pour 5,830 hectares dans les forêts communales.
Les conservations les mieux fournies en « vides d'exploitation » sont, en général, celles qui renferment le moins de vides improductifs. Toutes sont situées dans la moitié septentrionale de la France, et cette règle s'applique aussi bien aux forêts communales qu'à celles de l'État.
Les forêts les moins bien partagées sous le rapport de l'outillage d'exploitation sont ordinairement celles où abondent les vides improductifs. On les trouve presque toutes dans les conservations du midi.
Cet état d'infériorité des forêts du midi tient à différentes conditions, dont les principales sont : 1» la nature du climat, qui dans le sud est moins propice à la végétation forestière ; 2o la configuration orographique : c'est dans le midi que se trouvent les régions montagneuses les plus considérables et d'altitude plus grande; 3o les
mœurs des habitants et l'extension inconsidérée donnée aux exploitations pastorales.
Il est à remarquer que les conservations où les forêts domaniales présentent le moins de vides improductifs sont situées presque entièrement en terrain calcaire. Or le sol calcaire n'admet pas volontiers les plantes sociales, telles que le genêt, l'airelle ou la bruyère, qui deviennent trop souvent une sorte de lèpre pour les forêts plantées dans les terrains siliceux. En outre, le sol calcaire possède une flore ligneuse plus abondante, plus variée et très propre aux reboisements.
Le nombre des forêts domaniales et la contenance de quelquesunes des principales ont été indiqués précédemment; il serait oiseux d'y revenir. Les renseignements les plus complets à cet égard sont faciles à trouver dans les publications spéciales de l'administration. Mais il y a peut-être plus d'intérêt à donner quelques notions sur les principales essences forestières du pays.
L'herbier forestier de la France comprend 350 espèces ligneuses, dont 329 sont absolument indigènes et 21 naturalisées. Ce total se décompose en 328 espèces feuillues et 22 résineuses. Sous le rapport de la taille, on compte 95 arbres, 91 arbrisseaux et 164 sous -arbrisseaux.
Malgré cette multiplicité, les espèces fondamentales pour la constitution des grands peuplements sont, comme on l'a vu, en nombre restreint ; toutes les autres essences sont subordonnées et ne forment pas de massifs importants.
En France, la diversité des latitudes, des climats, des sols et même des longitudes est assez grande pour que l'on ait à constater des modifications notables dans la flore des peuplements, suivant la région que l'on étudie. Des essences rares ou absentes ici sont dominantes ailleurs ; ici l'essence dominante forme des massifs étendus et compacts , là elle est disséminée au milieu d'autres ; ici la distribution est uniforme sur toute l'étendue de la surface boisée , là elle est localisée.
L'importance relative des principales essences forestières peut se mesurer par la surface totale qu'elles occupent dans le pays, si l'on suppose groupés ensemble tous les pieds de la même essence. La surface fictive ainsi considérée représente le coefficient d'importance de l'arbre.
Les recherches faites, à cet égard, par les agents de l'administration pour dix essences principales étudiées dans l'ensemble des forêts soumises au régime forestier, ont donné les résultats suivants : au
point de vue de rimportance superficielle du terrain occupé, les dix essences se classent dans Tordre que voici : 1* le chêne rouvre et le chêne pédoncule; S"* le hêtre; 3* le charme; 4" le sapin; 5"* le pin sylvestre; 6° le chêne-yeuse; T le pin maritime; 8° l'épicéa; 9"* le mélèze ; 10* le pin d'AJep.
On a calculé que le chêne occupe 754,145 hectares superficiels ; le hêtre, 494,360; le charme, 297,116; le sapin, 192,118; le pin sylvestre, 118,977; le chêne-yeuse, 109,354; le pin maritime, 95,345; l'épicéa, 75,346; le mélèze, 48,829; le pin d'Alep, 11,980.
Ces chiffres, qui ont été relevés en 1877, ont pu se modifier un peu depuis lors ; en tout cas , ils présenteraient plus d'importance et d'intérêt s'ils se rapportaient à la totalité des forêts de la France ; mais pour ce qui concerne, à cet égard, les bois des particuliers, la statistique est par trop insuffisante et trop incertaine pour qu'on puisse lui accorder la moindre confiance.
Quelques détails sur chacune des essences ci -dessus ne seront pas sans utilité.
Chêne. — Sous cette dénomination générale on comprend, en langage forestier, le chêne rouvre et le chêne pédoncule. C'est un arbre de première grandeur, qui fournit d'excellent bois de travail et de construction dont les emplois sont très nombreux dans l'industrie. La marine en fait une grande consommation. On le débite beaucoup en merrains pour la tonnellerie. Enfin il produit les meilleures écorces à tan.
C'est la plus importante de toutes les essences forestières , autant par ses qualités que par son abondance. On qualifierait volontiers le chêne d'essence « nationale », car on le trouve à peu près partout en France, et presque toujours à titre d'essence principale. C'est seulement dans le fin fond du midi ou sur le littoral sablonneux du sudouest qu'il devient rare ou subordonné. On ne le trouve point aux grandes altitudes, en région de montagnes.
Le chêne rouvre et le chêne pédoncule sont deux espèces à feuilles caduques ; ce sont assurément nos plus précieuses essences forestières.
Le chêne pédoncule se plaît surtout dans les sols profonds et frais des plaines basses; il ne redoute même pas l'humidité; sur les coteaux, il se mêle avec le chêne rouvre, et il disparaît tout à fait en montagne.
Le chêne rouvre préfère les sols accidentés, et, comme il exige
moins d'humidité que son congénère, il végète bien sur les versants et les plateaux inférieurs des montagnes. C'est une essence précieuse pour le reboisement. A l'état de taillis simple, le chêne rouvre occupe généralement des versants abrupts de montagnes calcaires ou marneuses, à sol médiocre, peu profond et très rocheux; il végète alors vigoureusement en massifs, si l'exposition est fraîche. Dans les Alpes, on le rencontre aux altitudes comprises entre 400 et 1,500 mètres; au-dessus, il fait place au pin sylvestre.
Le chêne rouvre descend vers le sud-est, mais en se faisant de plus en plus rare ; en outre , il se modifie pour devenir pubescent et prend alors le nom de chêne blanc.
Tandis que le chêne rouvre ne fait défaut dans aucun de nos départements, le chêne pédoncule ne pénètre pas dans les départements de la Corse, du Var, des Bouches-du- Rhône, des Pyrénées-Orientales, de l'Aude, de la Lozère, de l'Ardèche, de la Drôme, des Hautes- Alpes et de la Loire -Inférieure.
C'est le chêne rouvre principalement qui forme les belles futaies de l'Allier, du Cher, du Loir-et-Cher, de l'Indre-et-Loire, de la Sarthe, de l'Orne, etc.
En latitude, le chêne pédoncule remonte plus vers le nord que le chêne rouvre; mais celui-ci s'avance notablement davantage en altitude. La limite extrême à laquelle atteigne le chêne pédoncule est 800 mètres dans les Vosges et le Jura, 1,000 à 1,100 mètres dans les Alpes dauphinoises et dans l'Ariège.
En résumé, le chêne, tout en empiétant un peu sur la région froide, est un arbre propre à la région tempérée, où son aire d'habitation se confond en grande partie avec celle de la vigne.
C'est une essence à peu près indifférente à la composition minéralogique du sol. Sous le rapport du régime forestier, le chêne se traite soit en taillis simple exploité pour l'écorce à tan , soit en taillis sous futaie, soit en futaie soumise au mode des éclaircies.
Hêtre. — C'est un arbre de première grandeur, qui produit un bon bois de travail et de chauffage. Après le chêne, c'est l'essence forestière la plus importante. Il se trouve presque partout en France dans les régions tempérées et froides.
Comme essence dominante, il garnit les collines et les montagnes moyennes, telles que les collines jurassiques de la Lorraine et de la Franche-Comté, les versants inférieurs et les plateaux moyens des
Vosges, du Jura, du plateau central, des Alpes, des Pyrénées, etc. Rare ou subordonné dans les plaines de la Flandre, de la Champagne, de la Brie, de la Beauce et dans la vallée du Rhône, dans les Hautes- Alpes , les Alpes -Maritimes, le Var, la Drôme, le Gard, FHérault, la Corse, le Loiret, etc., il manque tout à fait dans les Bouches -du -Rhône, les Landes, le Lot-et-Garonne, la Gironde, la Dordogne et les environs de Paris.
La limite supérieure d'altitude pour le hêtre est 2,000 mètres dans les Pyrénées et les Alpes du sud, 1,800 mètres en Corse, 1,550 mètres dans le Jura, 1,540 sur le plateau central.
Cet arbre est assez indifférent à la nature minéralogique du sol. On le soumet au régime du taillis sous futaie ou de la futaie à mode d'éclaircies.
Charme, — Cet arbre est de deuxième grandeur; il fournit un combustible excellent, et on l'emploie comme bois de travail accessoirement.
Il est caractéristique de la zone tempérée et ne s'avance guère au sud d'une ligne allant de Grenoble à l'embouchure de la Gironde ; on ne le rencontre pas sur les sommets des Vosges ou du Jura, non plus que dans les parties supérieures du plateau central. Vers le sud, on n'en trouve que des bouquets épars et assez rares dans le voisinage de Tulle, Cahors, Toulouse et Montauban. Il domine dans le nordest, où il atteint son maximum d'expansion. Cette essence si précieuse pour le chauffage ne paraît ni dans l'ouest ni dans le midi ; il est présumable qu'elle serait difficilement introduite dans les peuplements de reboisement sur les montagnes. Son jeune plant est à racine très pivotante, et d'une reprise difficile; son semis a besoin, comme ceux du chêne, du hêtre et du sapin, d'un abri préalable et de durée assez longue.
C'est un arbre de plaines et de collines; il ne dépasse point en altitude la limite supérieure de 760 mètres dans les Vosges, de 900 mètres dans le Jura, sur le plateau central et dans les Pyrénées, de 1,400 mètres dans les Alpes du Sud.
Il manque tout à fait en Corse, dans les Alpes -Maritimes, le Var, les Hautes et Basses- Alpes, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, le Gard, l'Ardèqhe, la Lozère, l'Aude, les Pyrénées - Orientales , les Landes et la Gironde.
Le charme se montre indifférent à la nature du sol. C'est une
essence très propre au taillis ; on l'utilise beaucoup comme garniture de futaie.
Sapin. — Le sapin est un arbre de première grandeur qui donne un excellent bois de construction et de travail.
Sa répartition dépend de la configuration orographique du terrain ; il ne croît spontanément que dans les véritables montagnes. Il occupe six stations principales, qui comprennent trente-trois départements, savoir : 1° le groupe vosgien, avec les départements des Vosges, de Meurthe-et-Moselle, de la Haute-Saône et le territoire de Belfort; 2** le groupe jurassien : départements du Doubs, du Jura et de TAin; 3** le groupe alpestre avec la Haute- Savoie, la Savoie et les Hautes- Alpes, une partie de l'Isère, de la Drôme, des Basses-Alpes, des Alpes -Maritimes, du Var et de Vaucluse; 4° le groupe du plateau central, qui comprend la Loire, la Haute-Loire, le Canlal, le Puyde-Dôme, presque tout le Rhône et l'Ardôche, une partie de l'Allier, de l'Aveyron et de la Lozère; 5° le groupe des Pyrénées, avec FAriège et les Pyrénées -Oriental es, une partie de l'Aude, de la Haute- Garonne, des Hautes et Basses -Pyrénées et du Tarn; 6" le groupe de la Corse, formé par cette seule île.
Le sapin ne se rencontre jamais aux expositions chaudes; il réside exclusivement au nord dans une zone comprise entre 250 et 1,200 mètres d'altitude pour les Vosges, entre 400 et 1,500 mètres pour le Jura, entre 260 et 1,700 mètres pour le plateau central, entre 250 et 2,200 mètres pour les Alpes, entre 300 et 2,100 mètres pour les Pyrénées, enfin entre 800 et 2,100 mètres pour la Corse. Ces chiffres indiquent, bien entendu, les limites extrêmes où le sapin peut croître, quand il est dans de bonnes conditions d'exposition.
Cet arbre paraît indifférent à la composition minéralogique du sol. On lui applique le régime de la futaie jardinée.
Pin sylvestre. — Arbre de première grandeur, qui fournit un bon bois de charpente et de sciage ; on en tire souvent du bois de feu. Il n'est pas soumis au gommage; mais on en extrait du goudron en distillant ses souches et ses ramilles dans un four spécial.
Le pin sylvestre croît assez vite à partir de trois à quatre ans; jeune, il procure au sol un abri salutaire et d'abondants détritus. Très rustique, puissamment enraciné, vivant aisément à diverses altitudes et dans des sols médiocres ou môme mauvais, il est très
utile pour les reboisements de montagnes. En raison de la rapidité de sa croissance et de la légèreté du couvert qu'il fournit, on peut l'employer comme espèce transitoire, pour protéger dans leur premier âge les jeunes plants de chône, de hêtre ou de sapin, qui craignent les intempéries et n'y résistent pas sans abri.
Il se propage indifféremment par semis ou par plantation.
Tout en préférant les sols sablonneux et profonds, il végète sur les terrains les plus maigres et les plus ensoleillés; mais il ne vit pas dans les terrains argileux et marécageux. Dans les sols profonds, son pivot fournit peu de racines latérales; dans les sols marneux et peu profonds, ce pivot s'oblitère de bonne heure, et les racines latérales se développent vigoureusement près de la surface du sol.
Cet arbre est très commun dans les plaines du nord et de l'est ainsi que sur les versants montagneux. Ici sa zone de végétation est comprise entre celle du chêne et du sapin, entre 300 et 4,100 mètres d'altitude dans les Vosges, entre 200 et 1,550 mètres sur le plateau central, entre 300 et 1,700 mètres dans les Alpes, entre 300 et 2,000 mètres dans les Pyrénées.
Le pin sylvestre forme à lui seul de vastes massifs, mais il supporte bien le mélange avec d'autres essences.
Il croît spontanément dans les Vosges, les Alpes, le plateau central et une .partie des Pyrénées ; il fait défaut dans la partie calcaire du Jura. Il manque absolument aussi dans dix départements du sud-ouest et de l'ouest : Deux- Sèvres, Charente-Inférieure, Gironde, Dordogne, Lot, Lot-et-Gronne, Landes, Basses-Pyrénées, Gers, Tarn-et-Garonne. Dans cette région, il est remplacé par le pin maritime. Il ne vit pas davantage sur le littoral méditerranéen, où la place est prise par le pin d'Alep.
Le régiu'^e forestier appliqué au pin sylvestre est celui de la futaie par éclaircies.
Chêne -YEUSE. — L'yeuse est un arbre de troisième grandeur, à croissance lente, qui fournit un bois très dur, lourd et compact, sujet à la gerçure, et peu propre au travail industriel. En revanche, il est excellent comme bois de chauffage et fournit une écorce à tan de première qualité. On l'exploite presque toujours en taiUis simple à courtes révolutions, presque jamais en taillis composé. Cependant les pieds isolés atteignent quelquefois de belles dimensions.
Une variété de cette essence, le chêne « ballote » des Algériens, produit des glands doux et comestibles pour l'homme.
Cette essence est calcicole; sur le littoral méditerranéen, elle évite la région granitique et porphyrique des Maures et de l'Esterel; sur le littoral océanique, elle n'occupe que les bandes de sol calcaire; sur le plateau central, elle n'habite que l'îlot calcaire des Causses.
Partant du bord de la mer Méditerranée, l'yeuse atteint, comme limite supérieure d'altitude, 800 mètres dans les Cévennes, vers Alais; 1,100 mètres dans les Alpes, vers Grasse; 800 mètres dans les Pyrénées, vers Prades, et 1,100 mètres, vers Quillan; 1,150 mètres en Corse. Mais ce sont les limites extrêmes, dans les expositions favorables.
Le chêne vert est un arbre essentiellement méridional ; il abonde sur le littoral de la Méditerranée , entre Céret et Menton ; il pénètre dans les vallées alpestres jusqu'à Digne, Sisteron, Nyons et Montélimart ; il remonte la vallée du Rhône jusqu'à Valence , et garnit les contreforts des Cévennes. Il s'élève sur la partie méridionale du plateau central jusqu'à Florac, Rodez, Castres et Saint -Aflfrique. Dans l'ouest, il s'avance jusqu'à Toulouse et Saint-Gaudens.
On le trouve sur le littoral océanique entre la Gironde et les Côtesdu-Nord; mais cette bande, qui a son maximum d'expansion dans la Charente-Inférieure, vers Angoulême, est loin de présenter au point de vue véritablement forestier l'importance des peuplements du littoral méditerranéen. Sur le littoral breton, l'yeuse est rare et disséminé.
Le peu d'exigences du chêne vert en fait une bonne essence de reboisement pour les terrains calcaires. Aux basses altitudes, dans les terrains siliceux ou plutoniques, il fait place au chêne -liège; aux altitudes élevées, il abandonne au chêne rouvre les sols meubles et les expositions fraîches.
L'yeuse végète bien en mélange avec le pin d'Alep ; leur différence d'enracinement et de couvert rend même le mélange avantageux dans beaucoup de cas. Le pivot de l'yeuse est très long dès le jeune âge et presque dénué de racines adventives; c'est donc seulement par semis qu'on peut propager cette essence. En raison de cette longueur du pivot, le chêne vert est avantageux pour la fixation des terrains profonds et en pente.
Pin maritime. — C'est un arbre de première grandeur, qui donne du bois de travail et de construction; mais c'est la résine obtenue par
ropération du gemmage qui représente jusqu'à présent son produit principal. Le gemmage, qui est de règle dans le sud-ouest, est à peu près délaissé en Provence; cette opération passe pour augmenter la durée et la résistance du bois, mais elle altère la croissance régulière et la forme de l'arbre.
Cette essence supporte bien le mélange avec le pin d'Alep et le chône- liège. Dans la région du sud -ouest, au milieu des Landes et sur le littoral océanique, il forme d'immenses futaies où le résinage se pratique en grand. Au nord de la Gironde, le gemmage n'est plus rémunérateur et n'est guère usité. En Provence, les massifs de pin maritime dominent une végétation buissonnante très épaisse qui, grâce à l'intensité de la lumière et à la légèreté du couvert, prospère vigoureusement; mais, dans ce climat sec et brûlant, le sous -bois facilite beaucoup l'éclosion et la propagation des incendies forestiers.
Le couvert du pin maritime est léger; l'arbre a le port droit, l'enracinement profond et la croissance rapide; il fournit au sol d'abondants détritus qui l'améliorent. Enfin il peut être exploité à partir de sa vingtième année.
C'est une essence calcifuge, caractéristique des sols granitiques, porphyriques, schisteux et sablonneux. Les qualités qu'elle exige surtout du sol sont la désagrégation et la légèreté, de sorte que, propagé artificiellement , il peut encore réussir dans certains sols très légers à base calcaire.
Comme le pin maritime est très employé partout pour le reboisement, il est difficile de limiter son aire naturelle d'habitation. A l'état spontané, il habite particulièrement le littoral océanique, entre Bayonne et la Rochelle. Mais on a essayé de le propager partout, à tort et à travers. Il croît spontanément dans treize départements du sud -ouest et du midi; il a été introduit par culture dans quarante six départements, et il manque tout à fait dans vingt -huit autres. C'est principalement par semis qu'on le propage, la nature de son pivot rendant la plantation difficile et beaucoup plus chanceuse.
En altitude, il s'élève spontanément jusqu'à 800 mètres dans les Pyrénées, 900 mètres dans les Alpes -Maritimes, et 1,500 mètres en Corse.
A l'état de futaies pleines, son régime habituel, il occupe de grandes étendues en Provence, en Languedoc, dans les Landes, et sur le littoral océanique jusqu'en Bretagne; il pénètre môme ainsi dans l'intérieur des terres jusqu'aux environs du Mans.
Épicéa. — Cet arbre est de première grandeur; il fournit de bons bois de construction, de travail industriel, de sciage et de merrain. Il ne croît spontanément que sur les sommets montagneux, et sa zone est supérieure à celle du sapin, qui est moins résistant contre les grands froids. L'épicéa s'accroche aux pentes les plus abruptes, dans les intervalles de rochers. Cependant ses exigences au point de vue du sol et de l'exposition, quand il est jeune, le rendent peu utilisable pour le reboisement.
Il se mélange assez bien avec le sapin dans la zone moyenne des montagnes; aux altitudes supérieures, il forme des peuplements purs. Les limites inférieures et supérieures d'altitude entre lesquelles on le rencontre sont de 250 à 1,250 mètres dans les Vosges, de 500 à 1,550 mètres dans le Jura, de 230 à 2,400 mètres dans les Alpes.
Du nord au sud, son aire d'habitation forme une longue bande qui garnit les sommets des Vosges, les hauts plateaux et les crêtes du Jura , la région moyenne des Alpes. On ne le retrouve qu'à l'état disséminé sur le plateau central ; il est rare dans les Pyrénées et ne pénètre pas en Corse. Onze départements seulement sont compris dans son aire naturelle; ce sont les Vosges, le Doubs, le Jura, l'Ain, la Haute -Savoie et la Savoie, l'Isère, la Drôme, les Hautes et Basses -Alpes, les Alpes-Maritimes.
L'épicéa est assez indifférent à la nature minéralogique du sol ; il croît également bien sur les grès vosgiens et les calcaires du Jura ou des Alpes. Dans les limites de son aire d'habitation, il forme de hautes futaies qu'on traite par le jardinage.
Mélèze. — Cette essence est de première grandeur et de première qualité; le bois de mélèze est si remarquable pour la construction et le travail, qu'on l'a surnommé justement le « chêne de la montagne ». Mais ces qualités ne persistent que dans l'aire d'habitation du mélèze, auquel il faut le climat rigoureux des sommets très élevés. Dans les climats tempérés et humides, cette essence dégénère, n'atteint pas un âge très avancé , et son bois perd la plupart de ses qualités. On n'a obtenu que des insuccès plus ou moins marqués dans toutes les stations où on a essayé de le propager.
L'aire d'habitation du mélèze s'étend, sous forme de bande, le long de la frontière franco-italienne, sur les hauts sommets des Alpes, du nord au sud, entre Saint-Gervais dans la Haute-Savoie, et Nice dans les Alpes-Maritimes. Le mélèze ne végète pas spontanément dans les-
autres massifs montagneux. Aussi son aire naturelle renferme seulement six départements : les Alpes- Maritimes, les Hautes et Basses- Alpes, l'Isère, la Savoie et la Haute-Savoie. Elle y est comprise entre 550 et 2,500 mètres d'altitude ; elle s'élève même exceptionnellement jusqu'à 2,900 mètres, limite extrême de la végétation forestière dans les Alpes françaises. C'est entre 1,000 et 2,500 mètres que le mélèze végète dans ses conditions tout à fait normales. Alors il forme de magnifiques futaies à longues révolutions et souvent jardinées.
Cette essence, qui est précieuse pour le reboisement des grandes altitudes, accepte toutes les natures de sol et résiste très bien sans abri, dans son jeune âge, à toutes les influences atmosphériques. Le couvert léger que fournit le mélèze suffit pour abriter la végétation herbacée qui se développe autour de lui , et la chute annuelle de son feuillage fournit au sol des éléments de fertilisation.
Le mélèze possède la faculté précieuse et remarquable de « repiquer sur vieux bois »; c'est-à-dire que sur une écorce déjà vieille il produit facilement des bourgeons adventifs, qui forment de nouvelles branches quand les premières ont été coupées. Cette faculté est très utile pour la conservation et le développement des jeunes brins; elle donne une forme particulière aux arbres qui ont été élagués jusqu'à une certaine hauteur. Les branches nouvelles, se produisant alors au même moment, ont toutes la même longueur, et l'arbre ressemble à une colonne régulière de verdure, couronnée d'un petit panache.
Pin d'Alep. — Ce pin est un arbre de deuxième grandeur, dont le bois à grain fin et serré peut être utilisé pour les menues charpentes; il ne peut pas servir pour les pièces d'une portée un peu grande, parce qu'il est plus cassant que les autres résineux. Il ne convient guère non plus à la menuiserie fine, et on l'emploie surtout pour la confection d'ouvrages grossiers. Mais comme sa croissance est rapide, on peut l'utiliser dès sa vingtième année. Il n'est pas soumis au gemmage. Le pin d'Alep est souvent exploité comme bois de chauffage.
D'un caractère plus méridional que l'yeuse, le pin d'Alep est exclusivement méditerranéen; en remontant vers le nord, il ne dépasse pas la limite inférieure des Hautes - Alpes , de la Drôme et de l'Ardèche. Son aire d'habitation en France est confinée dans les six départements du Var, des Bouches -du -Rhône, de Vaucluse, du Gard, des Alpes -Maritimes et des Basses -Alpes. Il n'a été introduit qu'en faible proportion dans l'Hérault, les Pyrénées-Orientales et l'Ardèche.
Sa zone est limitée entre le bord de la mer et une altitude de 800 mètres aux expositions chaudes; dans l'intérieur des terres, la limite supérieure est moindre. Le pin d'Alep n'atteint pas tout à fait 500 mètres sur le versant sud du mont Ventoux.
C'est une essence exclusivement calcicole, qui se contente des plus mauvais terrains, au milieu des rochers les plus brûlés du soleil; elle est précieuse pour le reboisement des terrains nus de la région chaude. On l'y propage par voie de plantation ou de semis. Il croît bien en mélange avec le chêne vert, mais il tend alors à envahir tout le sol et à réduire le chêne à l'état de sous-bois.
Dans les sols les plus pauvres et les plus secs, à base calcaire, rebelles à toute autre végétation forestière, cette essence peut donner rapidement des massifs qui améliorent assez vite le sol et fournissent des produits d'une certaine valeur. Malheureusement , sous le climat sec et très chaud du littoral méditerranéen, ces massifs sont très exposés aux incendies.
Le pin d'Alep se traite en futaie. 11 ne se propage pas sur les terrains granitiques des montagnes de l'Esterel et des Maures. Sa longévité est relativement faible, car il cesse d'être exploitable vers le terme de quatre-vingts ans, ce qui n'est guère pour un arbre de futaie.
En dehors de ces dix essences, les plus importantes à tous égards, il y a quelques mots à dire du chêne tauzin et du chêne-liège.
Le CHÊNE TAUZIN est un arbre de deuxième grandeur, dont le bois raide, sujet à se tourmenter et à gercer, est utilisé pour la menue charpente; mais il fournit un bon combustible, et ses écorces à tan sont d'excellente qualité.
Cette essence, qui ne forme guère de massifs et qu'on observe surtout à l'état de dissémination, habite spécialement le sud -ouest. Sa zone de végétation s'étend dans la direction sud- nord depuis le versant des Pyrénées jusqu'à la Loire, et dans la direction ouest-est depuis le littoral de l'Océan jusqu'à une ligne passant par Orléans, Tulle et Toulouse. Cette essence prend son maximum d'expansion dans les Landes, la Gironde, le Lot-et-Garonne, la Dordogne et la Charente- Inférieure. Elle devient rare en approchant des limites de son aire d'habitation; on en rencontre quelques sujets au nord de la Loire jusque dans la région du Mans. Elle atteint au maximum l'altitude de 800 mètres dans les Pyrénées.
Le chêne tauzin semble préférer les sols siliceux; il se mélange
plus volontiers avec le chêne pédoncule qu'avec le chêne rouvre. Son régime forestier est celui du taillis simple ou du taillis sous futaie.
Le CHÊNE -LIÈGE appartient, comme l'olivier, à la flore méditerranéenne ; il pénètre peu dans l'intérieur des terres, et il se rencontre principalement sur le littoral à une altitude qui ne dépasse pas 700 mètres aux expositions chaudes, soit en Corse, soit sur les montagnes des Maures. Il ne monte qu'à 500 mètres sur les versants pyrénéens.
C'est une essence calcifuge qui recherche les terrains granitiques et schisteux, où elle forme des massifs importants de futaie claire. Cette exigence de sol est cause qu'on ne peut guère employer de chêne-liège pour les reboisements des terrains nus. Toutefois le produit spécial de cet arbre est si précieux , qu'il est avantageux de créer des peuplements de chêne - liège toutes les fois qu'on le peut. On le propage surtout par semis.
La croissance de cet arbre est lente au début; c'est seulement quand il a de vingt à vingt -cinq ans, avec 30 centimètres de circonférence environ, qu'on peut essayer un premier démasclage.
Le littoral de la Provence est la limite septentrionale de son aire d'habitation. Ses trois stations principales en France sont: !<> la région des Maures et de l'Esterel; 2o le Gard et l'Hérault; 3o les Pyrénées-Orientales. Il est très abondant en Corse et en Algérie.
Le CHÊNE occmENTAL u'est qu'une variété locale de chêne -liège; il habite exclusivement un triangle de territoire déhmité par le littoral du golfe de Gascogne , la Garonne , et une ligne s'étendant d'Agen à Bayonne. *
Comme son congénère, il est exploité seulement pour son écorce, qui fournit en partie le liège du commerce. En dehors de cet usage, il n'est utilisé que comme bois de feu.
C'est un arbre dont le gland ne mûrit que tous les deux ans. Il recherche les sols siliceux et craint le calcaire; aussi se mélange- 1- il aisément avec le pin maritime. En altitude , il ne s'élève pas au delà de 185 mètres.
On le soumet au régime de la futaie très claire; encore vit-il plutôt disséminé qu'en massif.
Les notions qui précèdent seront utilement complétées par un aperçu sommaire des emplois auxquels peut être consacré le produit ligneux
des principales essences. On ne se doute généralement pas combien ces emplois sont multiples et variés. Bernard Palissy disait à ce propos : « J'ay voulu quelquefois mettre par estât les arts qui cesseroient, alors qu'il n'y auroit plus de bois; mais quand j'en eus escript un grand nombre, je n'en sus jamais trouver la fin à mon esprit; et ayant tout considéré, je trouvay qu'il n'y on avoit pas un seul qui se peust exercer sans bois. »
Songez que depuis le temps où vivait Palissy, l'industrie a trouvé moyen d'utiliser le bois de beaucoup de manières inconnues au xvie siècle; on n'avait pas encore imaginé, par exemple, de paver les rues avec du bois, et de fabriquer de la pâte à papier avec des copeaux de tremble, de tilleul, de bouleau, de sapin ou d'épicéa.
De toutes nos essences forestières, le chêne est la plus précieuse et celle qui se prête le mieux aux usages les plus divers , comme les plus nombreux. A-t-on besoin d'une pièce de bois exceptionnellement solide et durable , c'est au chêne qu'on a recours. Lorsqu'il est débité dans le sens des rayons médullaires , ce bois présente des maillures qui le font rechercher pour l'ébénisterie et la menuiserie de luxe. Il se laisse ordinairement travailler sans trop de peine.
On distingue parmi les chênes des bois nerveux, qui sont généralement fournis par le chêne pédoncule, et des bois gras, produits par le chêne rouvre. Ces différences de qualité proviennent vraisemblablement de la nature du terrain que préfèrent ces deux espèces de
chêne. Le chêne rouvre, en effet, croît plus volontiers dans les terrains secs et peu fertiles, tandis que le chêne pédoncule se plaît mieux dans les sols profonds, assez frais et de bonne qualité.
Mais ces deux catégories de bois ne sont pas absolument tranchées; on trouve souvent des sujets intermédiaires réunissant les diverses qualités de l'espèce suffisamment pour être propres à tous les emplois; cela dépend beaucoup du terrain où l'arbre s'est développé. Les bois nerveux sont utilisés spécialement pour la charpente, les constructions navales, les traverses de chemin de fer; ils sont peu propres à la fente, et plus durs à travailler. Les bois gras, dont le tissu est poreux et le grain peu serré, sont bons pour le sciage et la fente; ce sont ceux que choisissent le tourneur et l'ébéniste.
Le chêne est le seul de nos bois indigènes qui convienne absolument pour les constructions navales ; il sert à établir la membrure et à revêtir la coque des navires de guerre ou de commerce. Les bois
de marine sont répartis en deux catégories, dites bois droits et bois courbants. Toutes les pièces composant ces catégories doivent présenter des dimensions et des formes déterminées ; elles sont classées en une série de « signaux », caractérisés par le nom de la pièce que chacun d'eux peut Tournir. Ainsi les bois droits comprennent huit
signaux, savoir : la quille, l'étambot, la mèche de gouvernail, la bitte, le plançon, le demi-bau, le bau et le barrot de gaillard. Les bois courbants se subdivisent en bois à une courbure ou à deux courbures. Les bois à une courbure comprennent onze signaux : le jas d'ancre, la demi -varangue, le bout d'allonge, la varangue plate, la préceinte de tour, l'allonge, l'étrave, la varangue acculée, la pièce de tour, la guirlande et le genou. D'autres signaux correspondent aux bois à deux courbures; mais nous n'avons pas à nous arrêter autre-
ment sur ces détails ; cela suffit pour donner une idée de l'usage que font du chêne les constructeurs de la marine.
Par malheur, nos forêts appauvries ne suffisent plus à la consommation; l'entretien de la marine militaire exige annuellement, en moyenne, 40,000 mètres cubes de chêne équarri, et les forêts domaniales peuvent tout au plus en fournir 10 ou 12,000. La marine marchande, de son côté, emploie par an 60,000 mètres cubes, dont les forêts françaises ne donnent qu'une minime partie. Pour le surplus, il faut s'adresser à l'étranger. C'est une décadence lamentable pour notre pays, qui a possédé jadis les plus riches futaies de chêne qu'on puisse voir.
Le chêne est encore très employé pour la batellerie fluviale ; il sert à constituer la membrure et les bordages des bateaux. On l'utilise moins maintenant pour la charpente des maisons ; l'emploi du fer ou de certains bois résineux est plus économique. Mais c'est le chêne qui sert exclusivement dans les houillères pour faire les revêtements destinés à empêcher la coulée des terres et l'invasion des eaux dans les puits de mine.
La propriété dont jouit le chêne de se conserver dans l'eau fait rechercher ce bois pour fabriquer des pilotis, des poteaux d'amarrage, des portes d'écluses. C'est aussi le bois le plus apprécié pour les traverses de chemins.de fer; mais, à cause de sa cherté croissante, on le remplace en partie maintenant par d'autres essences (hêtre, charme ou pin), dont on augmente la durée par une préparation chimique.
Les jeunes chênes tirés d'un tailUs ou provenant d'une éclaircie de futaie sont utilisés comme étais de mines, perches à houblon, pieux de clôture, etc.
Comme bois d'industrie, le chêne sert aux menuisiers en bâtiments pour confectionner des portes, des fenêtres, des persiennes, des escaliers, des lambris, des parquets. L'ébéniste en tire des meubles et des caisses de pianos. On l'emploie, dans une forte proportion, pour la construction du matériel roulant des chemins de fer. En tonnellerie, on l'utilise pour fabriquer des foudres et, en général, les grands récipients à vin, ainsi que toutes sortes de tonneaux, de brocs, de seaux et d'objets de boissellerie ; on en fait encore des lattes, des échalas et des rayons de roues.
Le chêne sert beaucoup aussi pour le charronnage ; dans les arsenaux militaires on le débite en pièces d'affût, en timons, brancards.
ridelles de chariots, moyeux, etc. On en fait des corps de pompes dans le Nord, des bondes de tonneaux, des manches de pinceaux, des bois de brosses, des coins à fixer les rails sur les coussinets.
On remploie également pour le chauffage en nature et pour la fabrication du charbon ; enfin c'est de son écorce qu'on extrait le tan le meilleur pour la préparation des cuirs.
Quand un bois peut servir utilement à tant d'usages, il n'y a point exagération à le regarder comme une essence précieuse entre toutes, et on doit regretter sincèrement que les forêts qui le produisent en France n'aient pas été mieux ménagées.
Malgré ses mérites incontestables, le hêtre n'a point la même valeur que le chêne. Le bois de hêtre est d'un tissu homogène, à grain assez fin, et par suite facile à travailler. Il est doué d'une grande résistance à la compression, à la traction et à la flexion; mais ces qualités réelles sont atténuées par certains défauts : le hêtre est un bois de médiocre durée; il est sujet à se fendre, à se tourmenter, à se gauchir, et il est facilement attaquable par les vers. C'est pourquoi on ne l'emploie pas pour les pièces importantes des grandes constructions. Toutefois il importe de remarquer que ces inconvénients ne se manifestent que si la pièce de hêtre est soumise à des alternatives de sécheresse et d'humidité ; ils disparaissent si le bois est maintenu constamment dans un milieu humide; dans ce cas, le hêtre est d'un usage très satisfaisant et prolongé.
Il suit de là que le hêtre est très bon pour les pilotis et la construction des digues. Sa résistance à la compression le fait employer pour les traverses de chemins de fer, et on augmente sa durée en l'injectant au sulfate de cuivre.
Le hêtre est surtout un bois de travail et d'industrie, propre à des usages très divers. Ses sciages sont utilisés par les menuisiers, les ébénistes, les tourneurs, les carrossiers, les charrons, les bourreliers, les emballeurs, les tapissiers, les facteurs d'orgues et de pianos, les sabotiers. Avec le hêtre on fabrique du merrain et des cerches (planchettes minces et flexibles) pour la boissellerie, des avirons, des attelles de colliers, des arçons de selle, des jougs à bœufs, des jantes de roues, des moyeux, des brancards, des carcasses de herses et de charrues, des rouleaux, des manches d'instruments et d'outils, des bois de chaises, des ustensiles de ménage, des bobines pour les filatures et la passementerie, des pelles à four et à grains, des boîtes.
des panneaux de soufflets, des semelles de galoches, des formes de chaussures, des boîtes légères, des lattes, des jouets d'enfants, etc. etc. Enfin le hêtre est un bon bois de chauffage.
Le charme produit un bois pesant, dur, tenace et très homogène. Gomme cette essence n'atteint pas de grandes dimensions en hauteur et en diamètre, son bois n'est pas employé pour la construction; d'ailleurs, il résiste mal aux effets de l'humidité et aux variations de température.
C'est comme bois de service et de travail qu'on l'utilise. Dans le Nord, on en lire des étais de mine et quelquefois des traverses de chemins de fer. En raison de sa dureté et de sa ténacité, on le réserve pour la fabrication de pièces exposées à des frottements continus ou à de fortes pressions; on en fait des roues d'engrenage, des leviers, certains outils, tels que rabots et maillets. On l'emploie beaucoup pour les formes de chaussures et les sabots. A Paris, les pla-
teaux de charme sont de nouveau débités et transformés en « bois noir » très employé pour la fabrication des meubles.
Les tourneurs extraient du charme un grand nombre d'objets, comme manches d'outils, manches de parapluies, queues de billard, bobines de filature, boules et quilles, vis de pressoir.
Le charme est le meilleur de nos bois de chauffage. Après lui viennent le chêne, le hêtre et l'orme. Ce dernier, qui ne figure pas parmi les essences principales, donne cependant aussi un bois dur et compact très recherché par les charrons pour faire des moyeux et des jantes de roues. On ne l'emploie guère sous forme de poutres ; mais ces pièces sont excellentes.
L'orme fournit un très bon bois de chauffage, et se place, à cet égard, au second rang avec le chêne, après le charme. C'est le meilleur de nos bois de charronnage, surtout pour les instruments agricoles et les voitures de l'artillerie ou de l'administration militaire. Il est susceptible de prendre un beau poli, qualité qui le fait rechercher pour la fabrication des meubles et des crosses de fusils. Son « liber », très tenace et durable, très fibreux, sert, comme celui du tilleul, à fabriquer des cordes à puits et des nattes. Quant aux feuilles d'orme, elles renferment un principe mucilagineux et constituent un excellent fourrage.
Le sapin est exploité surtout pour la production du bois d'œuvre.
Son bois, qui contient peu de résine, est blanc, élastique, nerveux, doué d'une grande résistance à la flexion et à la traction. Il supporte moins la compression. L'ensemble et le degré de ces qualités dépend d'ailleurs des conditions plus ou moins favorables dans lesquelles l'arbre a végété. Ce bois, à grain fin et à fibre droite, se travaille facilement et prend un bon poli. Aussi le recherche -t- on pour la menuiserie et les ouvrages de fente.
On fait un grand usage du sapin pour les constructions; il est alors
employé comme charpente de bâtiment, échafaudages, passerelles, etc. La marine utilise ce bois pour les planchers de ponts, la mâture et les bordages; l'artillerie s'en sert pour faire des équipages de ponts.
Les jeunes sapins encore impropres à la charpente ou aux sciages peuvent être pris comme étais de mines, poteaux de télégraphe, ou perches à houblon.
Les sciages donnent des planches très employées par la menuiserie du bâtiment. Ces planches servent à faire des cloisons, des portes, des tablettes, etc. Avec le sapin, on confectionne des meubles communs, des bâtis de meubles et de pianos, des planches pour caisses d'emballage, des douelles pour tonneaux destinés â contenir des denrées sèches. Enfin on en tire des lattes de couverture et de plafond et aussi quelques échalas.
Les produits de la fente du sapin sont des bardeaux de toiture, des merrains pour cuves et seaux de vendanges, des cerches (planchettes minces) pour la fabrication des boites de confiseur, etc. Dans les Vosges, on en fait des conduites d'eau, des tuyaux de fontaines,
des bondes de tonneau. Comme ce bois est élastique et vibrant sous une mince épaisseur, les facteurs de pianos l'emploient pour faire des tables d'harmonie.
C'est le sapin des pays Scandinaves qui fournit ces énormes cargaisons de planches sans cesse renouvelées sur les quais de nos ports de la Manche et de l'Océan.
Notons encore que le sapin est employé pour faire de la pâte à papier, et que sa sciure a été utilisée pour remplacer la litière de paille dans les écuries de la compagnie des omnibus et de la compagnie des petites voitures, à Paris.
Le sapin n'est guère employé pour le chauffage, à cause de sa valeur élevée comme bois d'œuvre; on ne débite guère pour le feu que les éboutures, les branchages, impropres à un autre usage. D'ailleurs, la tige de sapin ne donne qu'un chauffage assez médiocre, produisant beaucoup de fumée et relativement peu de calorique.
Les plus beaux sapins du Jura sont expédiés par les voies navigables dans les ports de la Méditerranée et surtout à Marseille, où on les emploie pour la construction des navires de commerce et de cabotage. L'arsenal de Besançon a utilisé aussi ces sapins pour la confection d'équipages de ponts militaires, poutrelles, madriers, chevalets et bateaux. La marine militaire a mis en expérience les produits nerveux de certaines sapinières du plateau central et des Pyrénées pour les planchers de ponts et l'aménagement intérieur des navires.
L'épicéa des Vosges fournit de beaux sciages pour la menuiserie et l'ébénisterie ; c'est un bois tendre, léger, à grain fin, régulier, qui se polit bien et est bon pour la fente. En qualité de bois sonore, il est utilisé pour la fabrication des pianos.
Dans les forêts du Jura, l'épicéa produit un bon bois, à la fois souple et résistant , recherché pour les constructions ; toutefois il ne doit pas être employé comme support, et dans la charpente il ne fournit que des pièces de faibles dimensions et de courte portée.
Au demeurant, on le préfère comme bois d'industrie ; ses planches, d'un grain fin et blanc, sont moins lourdes et plus lustrées que celles du sapin; seulement elles ont peut-être moins de résistance et de durée. Dans l'arrondissement de Saint- Claude, on fabrique beaucoup de caisses d'horloge en épicéa.
Les usages de l'épicéa sont très analogues à ceux du sapin ; mais le premier est supérieur comme bois de fente ; il fournit des bardeaux
de toiture, des merrains de cuvelage vigneron, des cerches pour la fabrication de toutes sortes de boîtes légères.
Certains épicéas des forêts du Massacre ou du Risoux sont susceptibles de fournir de belles tables d'harmonie.
Les épicéas de la Grande Chartreuse, dans les Alpes, sont très recherchés pour la mâture des navires de commerce. L'épicéa des Alpes donne généralement un bois de belle et bonne qualité, très propre à la charpente et fournissant d'excellents sciages. Il est très employé dans l'industrie et sert aussi à faire de la pâte à papier.
Au point de vue du chauffage et de la carbonisation, l'épicéa n'est guère plus apprécié que le sapin. L'épicéa des Vosges est cependant utilisé partiellement comme bois de boulangerie.
Le mélèze , à l'âge où on peut l'exploiter, fournit un bois de couleur brune rougeâtre, à grain fin et serré, dur, lourd, riche en résine, de longue durée, qui résiste à l'action de l'air et aux attaques des insectes. Il ne craint pas davantage l'humidité. C'est un bois de première qualité pour la construction, la charpente, les travaux hydrauliques. A cet égard, il peut être comparé sans désavantage au chêne. La marine peut l'employer pour les membrures et les bordages des navires. Le mélèze peut être débité en traverses de chemins de fer, en merrains de tonnellerie, en planches pour la menuiserie. Son unique défaut est d'être trop rare en France; il ne croît, en effet, normalement et avec toutes ses qualités que dans la région alpine, à une altitude moyenne de 1,800 mètres.
Le chauffage fourni par le mélèze est médiocre ; ce bois s'allume mal, pétille et donne peu de chaleur. Du reste, on n'emploie pour cet usage que les parties non utilisables autrement, en raison même de la haute valeur marchande de ce produit. Le charbon de mélèze, assez rare, est supérieur à celui des autres résineux.
Le pin maritime produit un bois qui flambe vite en jetant du premier coup toute sa chaleur ; aussi les boulangers le recherchent- ils pour le chauffage des fours. Ce bois se conserve bien dans Peau, et fait un bon usage en pieux de pilotis. On le débite aussi en traverses, en étais de mines et en poteaux télégraphiques; pour ces divers usages, on l'injecte au sulfate de cuivre, afin de prolonger sa durée.
On l'utilise souvent pour la menue charpente. Ses sciages sont employés pour faire des meubles à bon marché, des planchers, des
caisses d'emballage, des doubles fûts, des barils à matières sèches. Comme bois de fente, il donne des échalas. Enfin sa production résineuse est d'une grande importance.
Le pin sylvestre fournit, comme Tessence précédente, un bon bois de feu pour la boulangerie ; il peut d'ailleurs servir aux mêmes emplois que le pin maritime. Son bois, qui présente un grain assez fin, égal et serré, est doué de résistance et d'élasticité; ces deux dernières qualités permettent d'employer le pin sylvestre pour la mâture des navires.
Dans la Lozère, on fabrique avec ce bois une certaine quantité de sabots; mais cette chaussure a beaucoup moins de durée que les sabots de hêtre ou de noyer. Dans les Vosges, une usine située à Raon-l'Étape transforme annuellement en pâte à papier dix à douze mille stères de pin sylvestre ; on conçoit que cette consommation et celle d'une usine analogue à Etival (Meurthe-et-Moselle) ait fait renchérir le prix du pin sylvestre sur place.
Le pin d'Alep produit un bois de couleur blanche, qui résiste bien aux alternatives de sécheresse et d'humidité ; on peut donc s'en servir pour les traverses de chemins de fer, les pilotis, les étais de mines. Dans l'industrie, il sert surtout à faire des caisses d'emballage très demandées sur le port de Marseille. A la Ciotat, on s'en sert pour la construction des barques de pêche.
C'est pour le chauflFage que cet arbre se débite le mieux ; les usines, poteries, verreries, tuileries en consomment une grande quantité. Comme bois d'industrie, on l'emploie surtout pour faire des tonneaux destinés aux matières sèches, telles que le plâtre ou le ciment. Il est rare qu'on en tire de la charpente, car cet arbre présente souvent une forme irrégulière.
En Algérie , l'écorce du pin sylvestre sert souvent au tannage des cuirs jaunes. La poudre d'écorce, mélangée à l'eau, donne une teinture qui sert à enduire les filets de pêche pour les rendre plus durables et moins visibles sous l'eau.
On sait que la Provence est la seule région de la France où puisse végéter le pin d'Alep.
Il y aurait beaucoup à dire encore sur le débit et l'emploi d'un certain nombre d'essences secondaires ou moins importantes que les précédentes au point de vue purement forestier. Le châtaignier, le frêne, l'érable, le tilleul, l'aune, le bouleau, le peuplier, sont utilisés de cent manières, surtout comme bois de service et d'industrie. Tous ont
leurs qualités spéciales qui permettent de les employer à des usages déterminés et assez divers; il suffit, pour en tirer un bon parti, de les faire servir dans les conditions qu'exige leur conservation. Le châtaigoier, par exemple, se pourrit promptement s'il est exposé à des alternatives de sécheresse et d'humidité; au contraire, il dure longtemps, sans altération, s'il est employé à couvert et soustrait aux variations atmosphériques. L'aune, au contraire, ne dure longtemps qu'à la condition d'être employé sous l'eau ou dans un milieu constamment humide.
Il y a nécessité absolue de bien choisir le bois selon le travail auquel on le destine. Un exemple pris entre autres, au hasard, suffit pour rendre cette vérité bien évidente : les bobines de diverses tailles employées dans les filatures sont fabriquées au tour avec du bois de bouleau. Quelques autres essences servent aussi à cet usage, mais aucune ne vaut le bouleau , et surtout c'est le seul bois qui se prête aux procédés de la tournerie mécanique ; ainsi le charme et le hêtre sont trop durs et abîment l'outil ; l'aune et le peuplier ne sont pas assez résistants et s'écrasent au lieu de se couper sous le tranchant; les bois résineux ne peuvent pas servir à cet usage, parce que leurs couches annuelles sont sujettes à se détacher les unes des autres dans ce genre de travail.
En résumé, il n'est aucune essence ligneuse, quelle que soit son importance, arbre ou arbuste, qui n'ait son emploi dans l'industrie humaine. Il n'a été question que des arbres dans les indications précédentes ; mais les espèces arbustives sont également utilisées de cent manières: le cornouiller, le coudrier, le houx, l'épine -vinette, le nerprun, la bourdaine, le buis, etc., en fournissent des preuves multipliées. Un gros volume serait à peine suffisant pour examiner en détail l'utilisation des produits ligneux de nos forêts ; ce serait presque entreprendre une curieuse revue de nos industries.
N'oublions pas que le bois n'est pas une matière première exclusivement industrielle; l'art s'en est servi maintes fois pour produire de véritables chefs-d'œuvre. Certaines œuvres de la sculpture sur bois peuvent, dans leur genre, rivaliser avec les plus beaux morceaux de la statuaire. Ce serait une étude pleine d'intérêt et de charme que de suivre le développement et les transformations de la sculpture sur bois, à travers les siècles, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours. La décoration des églises et des habitations particulières , l'ornementation des meubles de toute sorte a exercé à toutes les époques l'habi-
leté , le goût et parfois le génie des sculpteurs sur bois. Il n'est pas exagéré de dire que certaines productions de la sculpture sur bois sont des œuvres de génie: n'est-ce point, par exemple, une merveille d'art que la chaire de Sainte -Gudule, à Bruxelles, qui nous montre sculpté en plein chêne le drame si poignant et si grandiose du Paradis perdu? On ne voit vraiment pas trop pourquoi la sculpture sur bois semble être tenue en moindre estime que la sculpture sur pierre. Parmi nos bois indigènes, le chêne, le noyer, le poirier et le tilleul sont ceux qui se prêtent le mieux à la sculpture. Le merisier est quelquefois employé, mais beaucoup plus rarement que les précédents; il est trop attaquable par les vers. Enfin l'if, qui était utilisé par les artistes du moyen âge, est totalement abandonné par les sculpteurs modernes, qui le trouvent sans doute trop long à fouiller. Il va sans dire que le choix du bois n'est pas indifférent ; c'est à l'artiste d'employer celui dont les qualités se prêtent le mieux au cai^actère, à la délicatesse et au fini de l'œuvre qu'il s'agit de produire.