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FORÊTS DE LA CORSE ET DE L'ALGÉRIE

Caractère des forêts de la Corse : pin laricio. — Pin maritime, sapin, essences feuillues. <— Végétation des maquis. — Un souvenir de Napoléon l^^. — Caractère de la végëtalion forestière en Algérie. — Chênes algériens. — Essences feuillues. — Végétation arbustive.

— Essences résineuses : cèdres de TAtlas; abies pinsapo des Babors. — Palmier-dattier.

— Eucalyptus globulus. — Étendue des forêts de l'Algérie. — Anciens déboisements. —

— Broussailles. — Répartition de la propriété boisée en Algérie. — Soumission au régime forestier. — Forêts de chênes -liège. — Importance superficielle des principales essences dans les trois départements algériens. — Organisation et fonctionnement du service forestier. — Gardes indigènes. — Service extraordinaire. — Trois zones de surveillance. — Répression des principaux délits : pâturage, écorçage, incendies. — Produits principaux des forêts algériennes : bois, liège, écorce à tan, alfa. — Causes qui retardent le développement de la production forestière en Algérie.

Comme région forestière, la Corse présente un caractère assez spécial; le pin laricio lui appartient à titre d'essence propre, et forme dans les parties élevées de Tile de magnifiques massifs. Par malheur, ces forêts sont restées jusqu'ici à peu près improductives, à cause dti défaut presque absolu de chemins et de débouchés.

Les diverses zones de végétation arborescente se superposent, en Corse, depuis le littoral où se trouve le pin maritime jusqu^aux altitudes les plus fortes où vit le pin laricio. Le pin d'Alep n'existe pas dans cette île.

Les essences résineuses dominantes sont le pin maritime et le pin laricio. Le sapin y pousse aisément et devient très beau; mais les gens du pays l'estiment peu et le négligent; aussi cette essence tend-elle à disparaître de la région.

Le pin maritime croit avec vigueur et régularité; on voit des sujets atteindre jusqu'à trois mètres de circonférence dans l'espace de cent

ans. Comme le gemmage n'est guère pratiqué en Corse, le pin maritime n'y est pas souvent déformé. Son bois est de bonne qualité, mais à grain grossier, ce qui est le défaut ordinaire de l'espèce. Du reste, rien de particulier pour cette essence dans cette station.

Le pin laricio, qui croît lentement, d'une façon égale et longtemps soutenue, devient un arbre superbs et de proportions souvent gigantesques. Les sujets âgés de qualre cents et de cinq cents ans ne sont pas rares. Le bois de cette essence pèche plutôt par excès de qualité; il est trop dense, trop lignifié, trop chargé de résine pour être toujours d'un emploi facile; mais dans des conditions moyennes ce bois peut rivaliser avec le plus beau mélèze des Alpes. Un défaut qu'on lui reconnaît, c'est de présenter toujours une trop forte proportion de couches d'aubier.

Par le gemmage, le pin laricio peut fournir des produits résineux abondants et de bonne qualité; cependant, après quelques essais, on a renoncé à cette pratique, parce qu'elle était préjudiciable à l'arbre. Pour cicatriser les plaies du gemmage, il faut la croissance vigoureuse et rapide du pin maritime, et non pas la végétation lente du laricio.

En résumé, jusqu'ici le pin laricio de Corse n'a pas été utilisé bien sérieusement.

Les principales essences feuillues sont :

Le chêne -liège, qui est exploité pour son écorce, mais dont le bois n'est employé que pour le chauffage.

Le chêne -yeuse, qui fournit un très bon bois de chauffage, et surtout des écorces à tan d'excellente qualité.

Le chêne rouvre, qui produit ici un bois poreux et léger.

Le hêtre , dont le bois à grain très fin présente une coloration rougeâtre. Cette essence est- peu abondante; elle vit en mélange avec le sapin et le pin laricio.

L'aune cordiforme, qui est spécial à la Corse et dont le bois est de bonne qualité.

Les autres essences feuillues les plus répandues en Corse sont : l'érable, le frêne, le peuplier blanc. Faune commun, l'orme champêtre, l'olivier et le micocoulier.

Tout le monde connaît au moins de nom les « maquis » de la Corse, le refuge habituel des bandits classiques et des héros de vendetta. Le maquis est une sorte de lande broussailleuse, d'étendue plus ou moins considérable, mais dont le fourré buissonneux est d'une vigueur et d'une épaisseur peu communes.

La végétation du maquis est constituée principalement par les espèces suivantes : houx, térébinthes et lentisques, cistes, nerprun alaterne, paliure épineux, aubépine, azérolier, myrte, grenadier, viorne -tin, arbousier, bruyère arborescente, filarias, laurier -rose et laurier commun, figuier, buis, chêne kermès, aune vert, saule pédicellé et genévrier oxycèdre.

Cette végétation buissonnante fournit un volume de bois assez faible; mais ce produit ligneux est dense et donne un bon chaufifage. On peut aussi le transformer en un charbon de bonne qualité.

On trouve encore quelques moyens secondaires d'utilisation ; ainsi l'écorce du chêne kermès est de bonne qualité pour le tannage des peaux. Le buis est employé pour l'industrie du tourneur et pour la gravure sur bois. Les souches de bruyère arborescente sont prises en grande quantité pour la fabrication des pipes.

La Corse forestière a été, comme tant d'autres régions, ravagée par une population ignorante et même par des spéculateurs avides; néan- ^ moins il lui reste encore un nombre respectable de magnifiques forêts, contenant cent soixante-six espèces indigènes d'arbres, d'arbustes et d'arbrisseaux. Dans son exil de Sainte -Hélène, Napoléon disait en songeant aux jours de sa jeunesse : « La Corse a des parfums que je n'ai retrouvés nulle part; à l'odeur seule je la reconnaîtrais les yeux fermés. »

Il est si bien entendu maintenant que l'Algérie est un prolongement de la France continentale , qu'il est impossible de ne pas dire aussi quelque chose de ses forets. Au point de vue forestier, l'importance de l'Algérie est grande, et elle. ne peut qu'augmenter; mais cette question ne saurait être traitée à fond ici môme. Il faut donc s'en tenir à des indications générales.

La végétation forestière de l'Algérie ressemble beaucoup à celle de la Provence et de la Corse; mais elle a aussi des espèces qui lui sont propres, et elle ne possède pas toutes celles de ces deux régions.

En général, les bois algériens sont remarquables par leur dureté et leur densité; parfois même ils sont trop denses pour être utilisés facilement pour le travail industriel ou la construction. Quelques-uns d'entre eux présentent des couleurs vives, sont susceptibles de rece voir un beau poli et sont employés pour les ouvrages d'ébénisterie.

On ne trouve pas en Algérie les essences dominantes des forêts françaises de la région tempérée; elles sont remplacées par des

arbres à feuilles épaissies , coriaces et souvent persistantes , tels que le chêne-liège, l'yeuse et le chêne-zéen.

Le chêne -liège, qui constitue de vastes forêts sur le littoral algérien , dans la région du Tell , n'y est exploité que pour son écorce. Il ne présente là rien de particulier.

Le chêne -yeuse est très abondant; sa variété, connue sous le nom de chêne m ballotte y>, produit des sujets de grandes dimensions, soit à l'état isolé , soit en massifs complets , susceptibles d'être exploités en taillis composés ou môme en futaie. C'est cette variété qui produit un gland comestible pour l'homme. Le bois de l'yeuse est serré, très dense et offre de belles maillures.

Le chêne-zéen représente le chêne rouvre en Algérie. Il produit des pièces de bois de grandes dimensions, qui sont utilisables pour les constructions maritimes ; mais ce bois est souvent raide et trop dense; il a le défaut de se crevasser profondément.

Pour compléter cette nomenclature des chênes algériens, il faut citer, comme espèces propres à la montagne, le chêne faux -liège, le chêne à feuilles de châtaignier et le chêne-kermès. Ce dernier a pris seul une certaine importance. Ce n'est plus l'espèce buissonnante de la Provence ou de la Corse ; ici le chêne - kermès devient un petit arbre, qui donne de bons produits pour le chauffage. Son bois, presque blanc, présente de belles maillures et peut prendre un très beau poli; mais il est sujet à la vermoulure.

Les autres essences feuillues sont :

Le peuplier blanc, dont le bois acquiert une grande densité;

Le peuplier noir, l'aune commun, le saule blanc et le saule pédicellé, le micocoulier, l'orme champêtre, et différentes espèces de frênes;

Le figuier et l'olivier, qui croissent spontanément sur le sol algérien;

Le térébinthe et le lentisque, qui deviennent sous ce climat de véritables arbres;

Le pistachier de l'Atlas;

Le caroubier, dont le bois rouge, très compact, est précieux pour l'ébénisterie ; en outre, ses fruits servent à nourrir le bétail et les chevaux;

Le jujubier, qui fournit un bois susceptible d'un beau poli et dont la couleur devient foncée, ce qui l'a fait appeler « l'acajou d'Afrique »;

Le tamarin, qui est très abondamment répandu dans toute l'Algérie;

son bois, d'un rouge vif, de médiocre qualité , se gerce vite et n'a pas de durée.

La végétation arbustive est à peu près la même qu'en Corse et en Provence; mais les espèces atteignent ici de plus grandes dimensions. Cette végétation comprend principalement le houx , le nerprun alaterne, le sumac des corroyeurs et le sumac thézéra, plusieurs variétés d'aubépines, Tamélanchier, le poirier commun, le myrte, l'arbousier, la viorne -tin, la bfuyère arborescente, le filaria, le gattilier, le laurier-rose et le laurier commun.

L'oranger, le citronnier, le mûrier, n'appartiennent pas à la flore forestière.

Les essences résineuses principales sont le pin maritime, le pin d'Alepet le pin pinier, sur le littoral et dans le Tell; le cèdre de l'Atlas, dans la montagne; le sapin pinsapo, dans le massif des Babors.

Les trois premières essences ne présentent aucun caractère spécial en Algérie. Le sapin pinsapo, qui est originaire d'Andalousie, atteint de grandes dimensions; mais son bois est d'un emploi difficile, parce qu'il est trop dense , trop lignifié , et que la croissance de l'arbre est trop inégale.

Le cèdre, qui forme de magnifiques massifs, atteint des dimensions remarquables, et fournit un produit ligneux d'excellente qualité pour la construction et l'industrie. Ce bois, très odorant, de couleur presque brune à l'état parfait, très imprégné de résine, est doué d'une très longue durée quand il est mis en œuvre.

En Algérie , le genévrier oxycèdre atteint presque les dimensions d'un arbre; son bois, doué d'une odeur agréable, est susceptible d'un beau poli.

Sont encore à citer, parmi les principales essences résineuses , l'if commun et le thuya articulé.

En raison de la fréquence des incendies allumés par les Arabes dans les forêts, les souches de thuya forment des « broussins » volumineux. Le bois de cette sorte particulière de loupe est très apprécié pour ses beaux dessins, et il est très employé pour rébénisterie de luxe.

A la limite du désert, la végétation forestière n'est plus représentée que par le palmier- dattier, l'arbre des oasis, la richesse spéciale des Sahariens. Son bois est médiocre, impropre au travail industriel; on n'en tire que des poteaux et des poutres pour la construction des habitations arabes dans les ksours ou villages des oasis. Il est vrai que le

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palmier rend par ailleurs des services assez importants et assez nombreux pour se faire pardonner aisément la médiocrité de son bois.

A propos des productions forestières de l'Algérie, il y a quelques mots à ajouter au sujet d'un arbre naturalisé dans la colonie et sur

lequel on avait fondé de grandes espérances, qui ne se sont pas absolument réalisées. Cet arbre est l'eucalyptus globulus.

Veutalyptiis est une myrtacée gigantesque d'Australie, qui forme, dans son pays d'origine, non pas des massifs compacts, mais des « forêts ouvertes », où les pieds d'arbres sont assez largement espacés. Beaucoup d'espèces ont été naturalisées en Corse et en Algérie; VE. globulus est la plus ancienne et la mieux connue.

On s'était promis merveille de cette culture; les enthousiastes du

début prétendaient qu'une plantation de 25,000 pieds aurait acquis au bout de quinze ans une valeur de 340 à 350,000 francs, nette de tous frais; que l'exploitation de Veucalyptus donnerait, à l'hectare, et rien qu'en bois, un revenu annuel de 2,000 francs, etc. etc. On avait tablé sur la rapidité de croissance vraiment extraordinaire de celte essence et sur les qualités que présente son bois en Australie. Mais il a fallu beaucoup rabattre de cet engouement.

L'eucalyptus acclimaté en Algérie ne répond pas à ce beau programme. Son bois, clair de couleur et de densité moyenne, est d'une structure irrégulière; la fibre en est ondulée, ce qui rend le bois « rebours » et difficile à travailler. En outre, il est sujet à se gercer et à se tourmenter. Au total, c'est un bois médiocre et qui n'est pas susceptible de s'améliorer par l'âge, au moins sous le rapport de la structure et de la nature du tissu.

Cette médiocrité est quelque peu rachetée par la rapidité de la croissance. A supposer que cette rapidité se soutienne et que le sol ne soit pas bientôt épuisé par cette végétation exubérante, YE. globultts ne laissera pas que d'être une acquisition d'une certaine valeur, car il fournira tout au moins en abondance du bois de chauffage et des traverses de chemins de fer.

Mais comme cet arbre ne souffre pas de voisins immédiats, il est

douteux qu'il passe jamais au rang d'essence forestière. On en a planté beaucoup déjà depuis une trentaine d'années, mais surtout pour assainir les cantons marécageux, former quelques pépinières, limiter des propriétés ou border des chemins, et nullement à titre de peuplement forestier.

Lorsque les Français s'emparèrent d'Alger, et avant qu'on eût pénétré dans l'intérieur du territoire, il était admis assez couramment que l'Algérie ne possédait « ni pierre, ni eau, ni bois ».

On sait mieux à quoi s'en tenir sur ce sujet actuellement. D'après les relevés de l'administration forestière, la propriété boisée de l'Algérie comprend 2,360,747 hectares, sans compter les peuplements des « dayas » situées au sud de Laghouat, dont la contenance totale n'est pas bien exactement connue. On trouve surtout dans ces dayas des pistachiers, des jujubiers et des tamaris. Ces boisements ont une importance réelle sous le rapport de l'étendue et de la consistance du peuplement, ainsi qu'au point de vue climatérique.

Les forêts sont réparties inégalement dans le Tell et sur les hauts plateaux, mais groupées en deux bandes à peu près parallèles au rivage de la mer et réunies par des massifs qui s'étendent le long de la frontière tunisienne. Cette disposition répond à celle des deux chaînes de montagnes qui n'ont pas été défrichées. En Algérie, il n'existe aujourd'hui de forêts que sur les points où le défrichement n'eût pas donné de terres arables.

Il est certain que le Tell a été anciennement très boisé. Mais quand le sol, épuisé par la culture, ne donnait plus de récoltes suffisantes, l'indigène brûlait une partie de forêts pour avoir un terrain neuf. De temps immémorial, les Arabes ne connaissent pas d'autre mode de défrichement. Aussi, comme on ne règle pas facilement l'action du feu, le nombre des habitants n'a jamais été en rapport avec la superficie défrichée.

La forêt une fois détruite, le terrain non cultivé servait pour le pâturage; par suite, le repeuplement forestier ne s'opérait pas, sauf en quelques places où se formaient des broussailles, qu'on a laissées aux indigènes lors des revendications domaniales.

Ces broussailles occupent généralement les sommets et les pentes abruptes des montagnes. Malgré les dévastations auxquelles elles sont soumises périodiquement, il suffirait de les traiter forestièrement et d'en interdire le pâturage pour que la végétation arborescente reprît

de la vigueur, empêchât la dénudation de la montagne et la disparition des sources. Il y a donc un grand intérêt à protéger ces broussailles.

Les forêts de plaines ou de contreforts montagneux, facilement abordables, ont été converties en broussailles par les mêmes causes dans certains cantons. Au contraire, les forêts presque inaccessibles des montagnes, peu fréquentées, à peine connues de la population européenne ou indigène, sont restées vastes et puissantes, peuplées de grands cèdres et de beaux chênes-zéens. Les pins de l'Aurès sont magnifiques , et les forêts de chênes-liège sont très belles dans la zone littorale.

Sous la domination musulmane, les forêts appartenaient au beylick. Après la conquête, l'État français s'est substitué au beylick; les indigènes qui présentaient des revendications ont dû faire la preuve de leur droit de propriété. La loi du 16 juin 1851 et le sénatus-consulte du 22 avril 1863 ont consacré ce droit de propriété de l'État sur les bois.

Actuellement la propriété boisée en Algérie est ainsi répartie : 1,969,247 hectares à l'État; 77,749 hectares aux communes; 313,751 hectares aux particuliers. En 1884 et 1885, les particuliers propriétaires de forets en Algérie ont obtenu l'autorisation de défricher une étendue totale de 7,695 hectares. Mais, comme il a été dit ailleurs, tous les bois pour lesquels cette permission est donnée ne sont pas nécessairement défrichés.

Le domaine forestier communal date, en Algérie, de l'application du sénatus-consulte de 1863. Les commissions nommées alors reconnurent aux indigènes des droits sur quelques forêts, soit à titre de propriété privée, soit à titre de propriété collective. En outre, pour dégrever la propriété forestière de l'État de toute servitude , on attribua à des communes indigènes, comme cantonnement, des portions de forêts représentant la valeur des droits d'usage qui étaient exercés sur la forêt entière.

Depuis 1870, on a donné comme dotation forestière aux communes européennes des parties de forêts pour subvenir à leurs besoins en bois.

Tous ces bois communaux, quel que soit le propriétaire, indigène ou européen, sont soumis indistinctivement au régime forestier.

Les forêts des particuliers proviennent à peu près par moitié de l'application du sénatus-consulte. Pour l'autre moilié, l'origine est la

suivante : afin de mettre en valeur les forêts de chênes -liège, TÉtat les avait concédées pour quatre-vingt-dix ans à des sociétés industrielles. Apres les grands incendies qui ravagèrent ces forêts, l'État, ne voulant plus être solidaire de ses fermiers, abandonna à ceux-ci, mais à des conditions déterminées, la pleine propriété. Les conditions ont été précisées dans le décret du 2 février 1870.

Le département de Constantine est à lui seul aussi boisé que ceux d'Alger et d'Oran réunis, quand on considère l'ensemble des forêts de toute catégorie. Si on ne tient compte que des forêts domaniales et conimunales dans les trois départements, on trouve que 287,446 hectares sont situés, dans les limites du territoire civil, et 1,759,549 hectares en territoire mihtaire.

D'après les relevés administratifs, les contenances des peuplements d'essences diverses dans les forêts domaniales et communales des trois départements ensemble sont les suivantes :

Chêne-liège, 278,325 hectares;

Chéne-vert ou yeuse, 605,623 hectares;

Chêne-zéen, 62,586 hectares. Cette essence ne se trouve que dans le département de Constantine et dans les forêts domaniales du département d'Alger.

Pin d'Alep, 812,660 hectares;

Pin maritime, 536 hectares. Cette essence n'existe que dans les forêts domaniales des départements de Constantine et d'Alger; encore ce dernier n'en contient- il que 20 hectares.

Cèdre, 42,743 hectares ; ne se trouve que dans les forêts du département d'Alger et de Constantine. Le département de Constantine à lui seul contient plus de 39,000 hectares de cette essence remarquable.

Thuya, 24,045 hectares ; n'existe pas dans le département de Constantine. Le département d'Alger seul en renferme plus de 19,000 hectares.

Essences diverses, 220,478 hectares. Le département de Constantine figure dans ce total pour 123,000 hectares d'essences diverses, tant dans les forêts domaniales que dans les communales.

L'action du service forestier devrait s'étendre sur l'ensemble des forêts domaniales et communales ; mais une partie des massifs est située très excentriquement, et le service ne s'y exerce que d'une façon un peu fictive ; une autre partie avoisine des frontières peu sûres.

Pour dégager la responsabilité du service forestier, un arrêté du

22 décembre 1875 a placé provisoirement ces massifs sous la surveillance de l'autorité militaire, qui se charge de réprimer les délits. Quand il s'agit de délivrer les bois d'usage, l'autorité militaire réclame l'assistance du service forestier, qui détermine les bois à abattre et les conditions d'exploitation.

Les forets ainsi soumises à la surveillance militaire présentent une étendue de 785,489 hectares.

Pendant les premières années de la conquête, on se contenta à plusieurs reprises d'interdire la destruction des bois; mais l'exécution des arrêtés du gouverneur n'était guère assurée. En 1838, on se décida à instituer un service forestier d'Algérie, qui commença à fonctionner l'année suivante. A cette époque, les agents suivaient les colonnes expéditionnaires, afin de constater à l'occasion la richesse et l'importance des forêts algériennes. En 1839, le service ne releva que 12,080 hectares; en 1842, il constata 78,400 hectares; en 1860, le chiffre monta à 1,801,805; enfin, en 1877, on trouva 2,052,276 hectares de forêts. Bien entendu, ces chiflFres ne sont pas absolument rigoureux, mais ils donnent une idée très approchée de la réalité.

Jusqu'en 1873, le service forestier était placé dans chaque département algérien sous les ordres du préfet. Cette organisation empêchait toute unité de direction et tout contrôle technique.

Une réorganisation complète eut lieu en 1873. Tout le service forestier d'Algérie fut rattaché à une direction générale, organe du gouvernement général ; l'autorité administrative au point de vue forestier fut centralisée à Alger, entre les mains d'un conservateur de qui dépendait tout le personnel et la direction du service.

En 1878, celte administration comprenait un ce service central » à la conservation d'Alger, un « service ordinaire » composé* de sept inspecteurs, quatorze sous-inspecteurs, sept gardes généraux, quinze gardes généraux- adjoints et deux cent quatre-vingt-cinq préposés. Les fonctions de ces divers agents sont les mômes que dans la métropole ; elles se rapportent à la surveillance et à l'exploitation du domaine boisé.

Les opérations d'exploitation proprement dite prennent peu de temps ; mais comme les circonscriptions sont environ six fois plus étendues qu'en France, les agents du service ordinaire ne peuvent guère s'occuper que de la surveillance et de l'expédition des affaires courantes.

Les préposés français ont pour auxiliaires des gardes indigènes, qui servent surtout d'agents d'investigation , de guides et d'interprètes pour le personnel français ; toutefois ces indigènes sont assermentés et peuvent dresser un procès -verbal.

Le personnel administratif a été complété par un « service extraordinaire », composé de plusieurs inspecteurs, inspecteurs-adjoints et gardes généraux. Ce service est chargé de reconnaître et de délimiter le domaine forestier, de préparer la réforme et le cantonnement des droits d'usage, de chercher quelles parties des massifs pourraient être attribuées aux besoins de la colonisation, de constater les ressources du domaine et les moyens de les utiliser, etc. etc. ; il fonctionne depuis 1876.

Les agents forestiers français de l'Algérie appartiennent au cadre de la métropole, dont ils ne cessent pas de dépendre pour les questions de contrôle et d'avancement. Leur traitement est payé sur le budget spécial de l'Algérie, et ils reçoivent diverses allocations supplémentaires.

Actuellement (1886) le service forestier d'Algérie comprend soixantecinq agents de tout grade, sans compter les préposés français et indigènes, au nombre de cinq cents environ. Il y a trois conservations, une pour chaque département. Il faut noter ici que, depuis 1885. plusieurs agents forestiers, inspecteurs adjoints et gardes généraux, ont été mis à la disposition du gouvernement tunisien; ces agents, au nombre de cinq à la fin de 1886, sont en service détaché. Cette mesure est assurément bonne ; maintenant la France est directement intéressée à la mise en valeur et à l'administration intelligente de la richesse forestière sur le territoire tunisien.

L'administration comprend en Algérie la surveillance des forêts, l'exploitation des produits, les travaux d'amélioration.

Pour la surveillance, les forêts algériennes sont partagées en trois zones.

La première zone comprend les massifs boisés dont la surveillance a été donnée à l'autorité militaire en 1875, et où le service forestier n'a pas à intervenir.

La deuxième zone renferme les autres forêts du territoire militaire; elles sont surveillées par le personnel forestier, mais les procès -verbaux des gardes sont transmis par l'inspecteur, avec des propositions de transactions, au général de division, qui statue sur la transaction ou ordonne les poursuites devant un conseil de guerre; en territoire

militaire, c'est la justice militaire qui connaît des délits commis par les indigènes non naturalisés Français.

La troisième zone s'applique aux forêts du territoire civil ; la surveillance s'y exerce de la même façon que dans la métropole par les agents forestiers.

Les délits les plus dommageables commis par les indigènes sont l'écorçage, les abus de pâturage et les incendies; il a fallu pour chacun de ces délits recourir à une réglementation spéciale.

Les écorces à tan ont beaucoup de valeur sous peu de volume; aussi les Arabes saccageaient- ils les forêts pour s'en procurer et les vendre. Il a fallu des mesures sévères pour couper court aux pratiques désastreuses des « écorceurs ».

Comme la sécurité est garantie plus sérieusement en Algérie depuis l'occupation française, les Arabes pasteurs ont augmenté beaucoup le nombre de leurs troupeaux; mais, tout en tenant compte des mœurs algériennes, il a bien fallu protéger contre la dent du bétail les repeuplements forestiers ; l'entrée des jeunes coupes a été interdite aux troupeaux, et on a mis « en défens » des forêts entières que le pâturage eût détruites.

Les incendies allumés par l'imprudence ou la malveillance des indigènes sont une des causes principales de destruction des forêts en Algérie. Une loi du 17 juillet 1874 a prescrit toutes les précautions à prendre pour éviter, autant que possible, l'éclosion des incendies; elle a édicté en outre une série de mesures pénales contre les auteurs de ces sinistres. La responsabilité collective des tribus est mise en jeu, si l'incendiaire reste inconnu.

Au point de vue de l'exploitation, les produits les plus importants sont : le bois, le liège, l'écorce à tan et l'alfa.

La quantité de produits ligneux n'est pas en rapport avec l'étendue des forêts algériennes, bien que ces forêts soient très riches en matériel exploitable. Cela tient : 1» à ce que les conditions économiques de l'Algérie ne sont pas encore assez bonnes pour qu'une exploitation forestière avantageuse soit faite par l'État ou par l'industrie privée; 2o à ce que les indigènes exploitent leurs bois particuliers sans règle aucune, vendant à vil prix ce qui leur appartient.

Quand les conditions économiques seront modifiées, quand la viabilité se sera développée , quand des centres européens et des usines s^nstalleront à proximité des forêts, la situation s'améliorera vite* Les

forêts d'Algérie sortiront alors de leur période d'attente et donneront des revenus appréciables.

L'État possède en Algérie de magnifiques forêts de chênes-liège, qui sont restées improductives jusqu'en 1872, parce qu'on en croyait l'exploitation trop onéreuse. Depuis 1872, pour sortir de cette situation, l'État a affermé ces forêts dans des conditions telles, que le fermier, tout en retirant un bénéfice raisonnable de son travail, devra restituer au bailleur, à un moment donné, des forêts parfaitement mises en valeur.

En pleine exploitation, ces forêts de chênes-liège devront rapporter de cinq à six millions par an. Mais on en est encore à la période d'attente ; les meilleurs résultats ne peuvent guère être obtenus avant dix à quinze ans. Quoi qu'il en soit, la production augmente régulièrement chaque année.

La récolte dès écorces à tan se fait dififéremment dans les trois provinces.

lo Département d'Alger : on écorce les taillis de chêne-vert, dont on utilise le bois pour le chauffage et la fabrication du charbon.

2° Département d'Oran : on enlève l'écorce des racines de chênekermès ; ce qui équivaut à un défrichement. Ce sont les forêts particulières qui sont exploitées de cette absurde façon.

3o Département de Constantine : l'écorce est fournie par le pin d'Alep ou par le chêne- liège. Mais le service forestier ne permet l'écorçage que sur des arbres jugés dépérissants ou surabondants.

De 1875 à 1878 la moyenne de la récolte annuelle de ces écorces a été de 28,430 quintaux.

L'alfa est une graminée textile, très abondante sur les hauts plateaux algériens; elle sert à fabriquer des ouvrages de sparterie, des étoffes, de la pâle à papier. Cette plante se propage dans les forêts domaniales du Tell, où l'administration met son arrachage en adjudication. En 1878, dans les provinces d'Oran et de Constantine, il a été donné à bail 232,000 hectares de terrain forestier couvert d'alfa, au prix de 28 centimes par hectare. Il faut un hectare environ pour produire en moyenne une tonne de marchandise utilisable.

L'exploitation de la résine n'a été entreprise en Algérie que pen-

dant la guerre civile des États-Unis. Celle-ci terminée, le résinage algérien n'a plus donné de prix rémunérateurs, et l'opération a été abandonnée.

La fabrication du goudron a une certaine importance en Algérie ; les indigènes emploient beaucoup cette substance pour eux-mêmes et pour leur bétail. Ce goudron est fabriqué surtout, dans les forêts de la province de Constantine, par des Arabes perinissionnés qui opèrent dans des fours très simples la distillation des bois secs et gisants.

Les indigènes ont été de tout temps « usagers » des forets du pays. L'administration française s'est occupée de réglementer et de cantonner ces droits d'usage, qui concernent surtout la provision de bois pour usages individuels et le pâturage. Pour le bois, chaque douar fait parvenir à l'autorité compétente une demande explicative; ces demandes sont vérifiées , contrôlées par qui de droit , et la délivrance est faite par le^ agents forestiers. De 4874 à 1878, l'administration a ainsi délivré aux indigènes, à titre de droits d'usage, une moyenne annuelle de 22,000 mètres cubes et de 3,000 stères de bois.

Pour ce qui concerne les droits d'usage au pâturage , l'adminslration fait connaître chaque année aux indigènes les cantons forestiers qui, pour une raison quelconque, sont interdits au parcours du bétail. Le pâturage en forêt est regardé comme permis sur tous les points qui ne sont pas frappés d'une défense spéciale.

L'examen des tableaux de douane montre que l'importance forestière de l'Algérie va croissant régulièrement. L'exportation des produits ligneux est encore minime; mais celle du liège augmente tous les ans. Le commerce des écorces à tan et des bois pour la fabrication des cannes donne lieu aussi à un mouvement très actif. Malheureusement ce commerce d'écorces et de bois de cannes est une double cause de dévastation pour les forêts algériennes, que les indigènes mettent au pillage, en dépit des défenses et de la surveillance, afin de se procurer la marchandise en question.

Les travaux d'amélioration entrepris par l'administration consistent surtout dans l'exécution de repeuplements artificiels, dans la mise en valeur des forêts de chêne-liège, dans la délimitation exacte des forêts soumises au régime forestier, et enfin dans la constructiop de maisons pour les préposés au voisinage des cantons qu'ils sont chargés de surveiller.

En résumé, l'œuvre du service forestier en Algérie n'est ni moins

importante, ni moins intéressante qu'en France; mais elle est en même temps plus pénible, à cause des conditions matérielles et des mœurs du pays.

L'étude des questions forestières de l'Algérie mérite, à tous égards, de fixer l'attention des gens qui prennent souci de la prospérité nationale.

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