PRODUITS DES FORÊTS
Conditions de la production forestière. — « Possibilité » d'une forêt. — Répartition inégale de la production. — Produits accessoires. — Produits ligneux : bois de chauffage et bois d'œuvre. — Le chêne. — Consommation moyenne annuelle de la France en bois de chauffage et en bois d'œuvre. — Variations de la production ligneuse selon le régime et le mode de traitement de la forêt. — Supériorité de la futoie. — Infériorité apparente des forêts communales. — Supériorité des bois soumis au régime forestier. — Produit- argent. — Rendement pécuniaire d'une forêt. — Produits principaux et secondaires. — Moyenne du produit- argent par hectare en 1876. — Revenu fourni par la location de la chasse. — Principaux centres de production ligneuse. — Déficit de la production annuelle. — Valeur des importations de bois. — Débits divers du bois. — Industries dérivées de Texploitation des forêts : liège, charbon de bois, écorce à tan. — Résine et opération du gemmage. — Vannerie.
La sylviculture est avant tout une science d'observation , dont les progrès ne peuvent se réaliser que très lentement. Elle ne s'enrichit pas, comme d'autres, d'un grand nombre de découvertes plus ou moins importantes, et il ne faut pas s'en étonner; cela tient à la nature même des sujets qu'elle étudie.
Cependant, depuis une vingtaine d'années, les méthodes d'exploitation forestière ont reçu des perfectionnements assez notables; il faut signaler, par exemple, les améliorations dans l'outillage de l'élagueur et dans le pansement des arbres élagués , l'utilisation de tous les menus produits qu'on transforme en charbon, la simplification des méthodes de transport des bois à travers les coupes en exploitation par l'emploi des chemins de fer portatifs, la multiplication des scieries dans les centres montagneux pour utiliser les cours d'eau qui sillonnent les forêts, les procédés nouveaux du gemmage, qui permettent de recueillir dans toute leur pureté et leur intégrité tous
les produits résineux du pin maritime, un procédé nouveau d'écorçage à la vapeur, qui rend cette opération possible en toute saison et la soustrait aux influences diverses de la température, du vent, etc. etc. On ne peut donc pas dire que la sylviculture reste stationnaire; mais ses progrès sont partiels, peu bruyants, et ne frappent pas vivement les yeux du public.
La propriété forestière diffère essentiellement de la propriété agricole; cette dernière donne une récolte tous les ans; la forêt, au contraire , accumule chaque année sur le sol la production due à la végétation , et ne permet d'en réaliser les produits qu'à l'époque pu le matériel constitué par ces accroissements successifs a acquis une valeur marchande. Pour qu'une forêt produise un revenu annuel , il faut que, par suite de son aménagement, elle renferme des peuplements gradués depuis le premier âge jusqu'à celui de l'exploitation. Pour que le revenu soit uniforme, il faut que les peuplements de tous âges soient complets, homogènes et convenablement répartis.
Dans ces conditions seulement, l'exploitation peut permettre de retirer annuellement du matériel de la forêt, en une coupe ou en plusieurs, l'équivalent de la production moyenne annuelle. Cette quotité, toujours la même, en assurant un revenu constant et uniforme, représente la possibilité de la forêt.
Mais aucune forêt n'est assez régulièrement constituée pour fonctionner ainsi. Beaucoup de causes rompent sans cesse l'équilibre entre la possibilité normale et le rendement annuel. Selon ses besoins et son but, le propriétaire augmente ou diminue, par son plan d'exploitation, le matériel de ses bois. Les accidents, tels que les ravages d'insectes , les chablis ou ruptures d'arbres causées par les ouragans, etc., sont aussi des causes de perturbations, en imposant des réalisations prématurées et imprévues. On ne sait donc pas, sous forme de statistique, exprimer exactement la quantité de matière ligneuse que peut produire annuellement un grand pays comme la France. Les chiffres n'expriment à ce sujet qu'une approximation, à moins qu'on ne s'en tienne aux produits réalisés dans le cours d'une seule année.
La production annuelle des forêts est très inégalement répartie par départements. Les raisons de cette inégalité sont : la fertilité différente du lieu d'habitation, la dégradation variable des massifs par le pâturage ou par des exploitations exagérées, les facilités ou les difficultés
du transport, la rareté du combustible, les besoins variables de la consommation; toutes causes qui peuvent amener des différences dans la quantité de produits forestiers réalisés.
D'une manière générale, ce sont les forêts du Nord et de l'Est qui fournissent le plus, celles du Midi le moins. Les forêts du centre donnent la moyenne.
Indépendamment des produits ligneux, les forêts procurent à l'homme d'autres ressources de nature diverse, dont les plus importantes sont les écorces à tan, les écorces à liège, les résines et leurs dérivés ; enfin il faut tenir compte aussi de quelques produits accessoires, tels que les herbes, les mousses, les litières, etc., que la consommation enlève et que l'agriculture surtout sait utiliser.
Les produits ligneux sont de deux catégories, distinctes par la nature des services qu'ils rendent et par le temps nécessaire à leur formation. Ce sont : l» le bois de chauffage; 2o le bois d'œuvre.
La production ligneuse proprement dite est assez inégalement répartie; les écarts de la production moyenne s'expliquent d'ailleurs aisément par la constitution des divers peuplements, par la distribution de la propriété boisée entre les catégories de propriétaires, parle développement variable des industries du bois selon les régions, etc. La nature des propriétaires influe beaucoup sur la classification des produits de la propriété forestière : l'État , par exemple , cultive de préférence la futaie en vue de la production du bois d'œuvre; les particuliers, au contraire, préfèrent l'aménagement en taillis, parce que c'est celui qui rapporte le plus souvent et le mieux au point de vue pécuniaire. Mais les produits du taillis en matière sont d'autre nature et ne remplissent pas le même but que les produits de futaie. On comprend , d'après cela , les services que rendent à l'intérêt général les forêts soumises au régime forestier.
Dans les bois de feu, les fagots et les bourrées constituent un chauffage de qualité secondaire, consommé sur place ou près des lieux de production, surtout par la population campagnarde. On s'en sert aussi pour les fours à chaux ou à plâtre. C'est une marchandise inférieure, comme prix et comme qualité.
Les bois feuillus fournissent un tiers de leur volume en fagots et en bourrées, deux tiers en bois de corde. Les bois résineux ne donnent qu'un cinquième de leur volume en bourrées. Les essences résineuses sont favorisées à la fois sous le rapport de la proportion de bois d'œuvre qu'elles donnent et des catégoiies de leur bois de chauffage,
car le bois de corde est nécessairement plus cher et plus estimé que les fagots.
Le bois de chauffage se divise en bois de corde dur ou tendre , selon l'essencç feuillue qui le fournit, et en fagots ou bourrées. Quand il s'agit de résineux, la distinction en « dur ou tendre » pour le bois de corde n'existe pas.
La consommation moyenne annuelle de la France en bois de chauffage s'élève à seize millions de stères, et à six millions de stères en bois carbonise. Dans les dix dernières années, Paris seul a consommé annuellement , en moyenne , 754,000 stères de bois à brûler et 5,082,000 hectolitres de charbon de bois.
Sous la qualification générale de bois d^ceuvre, on comprend les bois de service employés pour la charpente et le gros œuvre , et les bois d^indvistrie utilisés par la menuiserie, le tour, le charronnage, etc.
Les forêts résineuses fournissent un peu plus de bois d'œuvre que les forêts feuillues ; cependant celles-ci sont bien plus importantes et bien plus étendues. La différence tient à un fait tout naturel : les peuplements résineux ne comportent que le régime de la futaie , tandis que les peuplements feuillus sont le plus souvent soumis au régime du taillis simple ou composé. Les particuliers, qui possèdent la majeure partie des forêts feuillues , sont ordinairement peu disposés à sacrifier leur intérêt personnel à l'intérêt général , et, en conséquence, ils n'adoptent guère pour leurs forêts les révolutions longues, qui seules peuvent produire des bois d'œuvre pour les besoins du travail national.
Parmi les bois feuillus, le chêne fournit le bois d'œuvre le plus estimé et le plus nécessaire; aussi est -il souvent exploité avant d'avoir atteint ses dimensions les plus avantageuses. Gomme ce bois est toujours très recherché, le propriétaire est assez encUn à réaliser cette ressource avant que le temps en ait augmenté la valeur et la qualité.
Les bois d'œuvre résineux proviennent surtout du sapin, de l'épicéa et des diverses espèces de pins. Le mélèze n'en fournit qu'une minime quantité; d'où il faut conclure que cette précieuse essence des hautes montagnes devient de plus en plus rare.
Dans les régions tempérées, le pin fournit un contingent important à la production des bois d'œuvre.
En bois de construction et d'industrie, la consommation moyenne annuelle de la France s'élève à 9,410,000 mètres cubes, qui se répar-
tissent, en chiffres ronds et en moyenne, de la manière suivante : marine militaire et marchande, 70,000 mètres cubes; artillerie et génie, 40,000 mètres cubes; chemins de fer, 200,000 mètres cubes; bâtiment, 1,200,000 mètres cubes; merrains, échalas, 3,900,000 mètres cubes; charronnage, meubles, ustensiles divers, 4,000,000 de mètres cubes.
La production ligneuse varie naturellement selon les régimes et les modes de traitement appliqués auxjorôts. On observe d'une façon générale que les divers régimes rapportent plus entre les mains de l'État qu'entre les mains des communes ou des particuliers; mais ceci n'est qu'un détail tenant à des causes particulières sur lesquelles il serait oiseux de s'arrêter.
Les chiffres font constater que :
lo Les taillis simples rapportent moins en volume, par hectare et par an , que tous les autres modes de traitement. En effet, les taillis simples sont généralement exploités à courtes révolutions, alors qu'ils ne sont pas encore constitués en massifs; ils emploient une partie de la révolution précisément k se constituer en massifs ; mais , en attendant, le développement foliacé reste forcément incomplet, et la production ligneuse est moindre.
2o La futaie occupe un rang moyen au point de vue de la production annuelle en volume de ligneux.
3o Le taillis sous futaie peut fournir quelquefois , par hectare et par an, un rendement exceptionnel, mais sur la constance duquel il est prudent de ne pas compter d'une façon absolue.
4o Les conversions produisent plus que la futaie et moins que le taillis composé. La différence exprime l'économie faite pour passer du matériel restreint du taillis au matériel beaucoup plus considérable de la futaie.
Ces diverses conclusions, qui n'ont rien d'absolu, résultent des calculs établis et des observations faites en 1876 par l'administration forestière, en ne considérant, bien entendu, que le domaine boisé soumis au régime forestier.
On arrive ainsi à constater que les longues révolutions influent moins sur la production en poids ou en volume de la matière ligneuse, que sur la qualité , et par suite sur la valeur vénale des produits.
La futaie l'emporte sur tous les autres régimes sans exception sous le rapport de la qualité des produits, et conséquemment sous le rapport de la quantité d'argent produite à un moment donné. Cette
supériorité n'est pas moindre au point de vue de certains services rendus à la consommation. Le régime de la futaie est, pour ainsi dire, d'utilité générale et convient particulièrement aux forêts de l'État.
La nature des essences qui constituent les peuplements de futaie exerce une influence marquée sur la quantité de bois d'œuvre produite par une foret. Les futaies résineuses fournissent plus de bois de service que les futaies feuillues ; au point de vue de cette production , les peuplements mélangés de résineux et de feuillus occupent un rang intermédiaire.
D'après certains chiffres on pourrait croire que les forêts communales sont notablement moins productives que les forêts domaniales, bien qu'elles soient soumises au môme régime forestier. Mais cette infériorité est plus apparente que réelle et tient surtout aux procédés d'estimation, qui sont moins rigoureux. En effet, tous les produits des forêts domaniales étant vendus peuvent être estimés et dénombrés rigoureusement. Au contraire, dans les forêts communales, les produits sont souvent délivrés en nature aux ayants droit; sans doute, au point de vue rigoureux de la bonne gestion, la quotité de ces produits devrait être établie exactement; mais, en réalité, l'estimation n'en est faite le plus souvent par les agents qu'en vue de la taxe destinée à indemniser l'État de ses frais d'administration. En outre , cette estimation a perdu de son intérêt , depuis que la loi du 15 juillet 1850 a fixé le maximum des frais de gestion à un franc par hectare, quel que soit le rendement des bois communaux. Il est donc certain que l'estimation des produits de coupes communales délivrés en nature , — ce sont les plus nombreux , — est presque toujours au-dessous de la réalité.
La constitution des forêts sous le rapport des essences est à peu près la même dans les propriétés de l'État, des communes et des particuliers ; la comparaison des services rendus par ces catégories diverses de forêts n'en est que plus frappante et plus concluante. La mesure des services repose sur ce principe que les bois d'œuvre sont incontestablement plus utiles que les bois de chauffage , et qu'ils ne peuvent être obtenus qu'à des âges assez avancés.
Dans les forêts communales la gestion a plus en vue les besoins du propriétaire que les intérêts généraux du pays; de même, et encore bien plus, dans les forêts des particuliers. Dans les forêts de l'État, où la durée plus longue des révolutions et le régime plus répandu de
la futaie doublent presque la production en bois de service, Tintérôt général trouve une bien plus ample satisfaction.
Cent mètres cubes de bois provenant des forêts de l'État, ou des forêts communales, ou des forêts particulières, ne donnent pas la môme quantité de la marchandise la plus utile , bien que la constitution des peuplements soit à peu près la même, sous le rapport des essences.
Cent mètres cubes d'essences feuillues et autant d'essences résineuses ne fournissent pas la même quantité de bois d'œuvre et de bois de feu dans toutes les forêts; cela dépend des révolutions adoptées et du mode de traitement.
Cent mètres cubes de bois de chauffage sont composés d'une manière plus utile dans certaines forêts que dans d'autres, en ce sens que la quantité de menu bois, fagots et bourrées, peut être augmentée par des révolutions de courte durée au détriment des bois de corde , dont la valeur commerciale est cependant bien plus considérable.
Cent mètres cubes de bois d'œuvre varient dans leur constitution, suivant les essences des forêts dont ils proviennent. A ce point de vue la composition du peuplement dépend moins souvent du propriétaire que de la nature elle-même. Cependant, par la durée des révolutions et le choix du régime , on peut favoriser plus ou moins les essences dont la production semble le plus avantageuse.
Ces diverses propositions , qui s'appuient au besoin sur des chiffres, établissent nettement, sous le rapport de la production et des services rendus, la supériorité des bois soumis au régime forestier. Cette supériorité est tout à fait évidente , quand on compare directement leur production avec celle des forêts particulières seulement, au lieu d'établir la comparaison avec l'ensemble des forêts de toute nature.
Le « produit - argent », c'est-à-dire le revenu pécuniaire d'une forêt , dépend de causes diverses parmi lesquelles il faut noter : la composition des peuplements, la fertilité du sol et du climat, la durée des révolutions, le régime et le mode de traitement, le voisinage des centres de population, la facilité des transports. Quelques-unes de ces causes échappent à l'action de l'homme , d'autres sont sous sa dépendance.
L'amélioration des voies de transport fait immédiatement hausser le prix du hois, et par conséquent augmenter le produit - argent des forêts. Ce moyen est d'autant plus efficace, que les produits
forestiers sont des marchandises encombrantes et que les forêts sont souvent d'un accès difficile.
Il a été calculé que sur la contenance totale des forêts un dixième seulement rapporte plus de cinquante francs par hectare, et que pour trois dixièmes environ le revenu est moindre de dix francs. Les départements où la forêt rapporte le moins sont ceux où les montagnes sont le plus dégradées, et où il faut, par conséquent, procéder à des travaux de restauration du sol et de protection contre les torrents. Pour cela, le seul moyen efficace est le reboisement; mais le revenu de ces forêts nouvelles est des plus modiques , et cette circonstance n'est pas un des moindres obstacles aux travaux de reboisement.
La valeur de la propriété forestière est exactement caractérisée par le revenu en argent de l'hectare boisé et par le prix moyen du mètre cube de bois. Le prix du mètre cube varie beaucoup selon les régions.
Pour l'estimation du revenu, il faut tenir compte dans toutes les forets de la composition des peuplements; telle futaie de hêtre peut rapporter bien moins en argent qu'un taillis sous futaie, dont la réserve est en chêne ; telle futaie de pins peut n'offrir qu'un produit médiocre en argent à cause de l'abaissement des prix de cette essence dans la région. Il faut donc ne pas trop généraliser les faits et rechercher toutes les causes de variations locales en pareille matière.
Le rendement pécuniaire des forêts est fourni par des produits principaux tels que le bois , les écorces à tan et à liège et les résines, et par des produits secondaires comme la chasse , les menues productions du sol et la gestion du domaine. De 1873 à 1882, les forêts de l'État ont donné un revenu moyen de 33,600,000 francs , fourni par les coupes et les produits divers. En 1886 , les évaluations budgétaires ont attribué au produit pécuniaire des forêts domaniales de France et d'Algérie une valeur de 35,605,945 francs.
Les menus produits du sol, concédés à charge de prestations en nature, fournissent aux populations riveraines des ressources précieuses à divers titres.
Pour les forêts communales, l'infériorité relative de leur revenu en argent tient surtout à la brièveté des révolutions adoptées souvent, et à la prédominance du taillis sur la futaie , d'où résulte la production d'une marchandise de moindre valeur.
Dans les forêts domaniales , le prix de l'unité de marchandise est supérieur de 30 pour 100 à ce qu'il est dans les autres forêts, parce
que les produits sont plus utiles et plus précieux. Le revenu moyen par hectare, dans ces forêts, dépasse de 40 pour 100 celui de l'ensemble du domaine forestier, à raison de la longueur des révolutions adoptées, qui assurent la production d'une plus grande quantité de bois d'œuvre.
En 1876, pour la masse entière des forêts de la France, la moyenne générale du produit pécuniaire a été de 25 francs 75 par hectare, et le prix moyen du mètre cube en forêt était de 9 francs 23. Mais ce ne sont que des moyennes, atteintes ou dépassées dans une région, non atteintes dans une autre.
Une grande partie du produit - argent des forêts communales est fournie par les écorces à tan et les résines.
Gomme produit secondaire, source de revenu pécuniaire, la chasse tient un rang honorable. En 1876, elle produisait 4 francs 36 par hectare dans la conservation de Paris et 3 francs 49 dans la conservation d'Amiens. Ce n'est donc pas un produit négligeable dans les forêts domaniales. Les autres produits secondaires sont de trop peu d'importance pour qu'il faille s'y arrêter.
Dans les forêts communales, ces produits secondaires fournissent des ressources plus sérieuses, à cause de l'étendue plus grande du domaine. Ces produits payent même largement les frais d'administration, évalués, en 1876, à la somme de 1,140,000 francs. La fixation du prix de ces menus produits du sol communal est faite par le préfet, sur la proposition du maire de la commune propriétaire. En ce qui concerne la chasse dans leurs forêts , les communes sont libres d'adopter le mode d'adjudication qui leur convient, sans la participation des agents forestiers.
Toutes choses bien considérées , il est certain que le régime forestier fait produire une mieux - value sérieuse aux forêts qui lui sont soumises. Sous ce régime la forêt devient un placement immobilier convenable, que les capitalistes amateurs de placements fonciers recherchent volontiers, parce qu'il n'offre pas de chances de pertes par la faute d'un fermier malhabile ou par suite de mauvaise récolte. C'est le taillis qui donne le revenu pécuniaire le plus faible et la futaie le revenu le plus fort. Le revenu du taillis composé est intermédiaire; mais il faut tenir compte de la nature du peuplement.
En dehors du produit-argent que les bois soumis au régime forestier procurent soit à l'État, soit aux communes, il faut considérer aussi les avantages généraux qui résultent pour le pays de la bonne
exploitation des forêts, et ces avantages sont bien supérieurs au taux de placement. C'est en cela qu'il faut voir la vraie mesure de l'importance économique du régime.
Les principaux centres de production ligneuse en France sont actuellement : dans le nord, les forêts de Fontainebleau, de Gompiègne, de Rambouillet, de Villers-Cotterets et de Mormal; dans Vest, les forêts de Haye, les montagnes des Vosges, du Jura, de Chaux et de la Grande-Chartreuse; dans Vouest, les forêts de Lyons, de Bercé, de Perseigne et d'Écouves; dans le centre, les forêts d'Orléans, de Tronçais, de Vierzon, de Châteauroux et des Bertranges-Guérigny; dans le midi, les forêts de Quillau, de Soûle et de Lannes.
La production annuelle des forêts, prises dans leur ensemble, s'élève à 20 millions de mètres cubes environ , dont 2,500,000 mètres cubes de bois de construction ou de travail et 17,500,000 mètres cubes de bois de feu.
A mesure que les prix de transport s'abaissent, que les facilités d'approvisionnement se développent, la consommation du bois en France augmente progressivement, malgré l'usage de plus en plus répandu de la houille pour l'alimentation des foyers , et malgré la tendance à substituer le fer au bois dans les constructions civiles et navales,
La production indigène est loin de répondre aux exigences de la consommation. Le déficit annuel est d'environ 11,410,000 mètres cubes; il est comblé par les importations. En 1877, la valeur des importations de bois en France a été de 203,919,000 francs, et en 1882 elle montait à 228,400,000 francs. Quant à nos exportations de bois, elles étaient évaluées à 38,700,000 francs en 1877; en 1882, elles sont tombées à 27,000,000 de francs.
Sans entrer dans tous les détails , il faut constater que la France est réduite à importer pour 125 millions de bois d'œuvre, pour 62 millions de bois de merrain et d'échalas, pour 3 millions de liège, pour 2 millions et demi de bois de fente, pour 2 millions de traverses de chemins de fer, etc. etc. Ah! si Charlemagne ressuscitait, quel compte ne demanderait-il pas de la richesse forestière du pays?
C'est principalement à la Suède , à la Norwège , à l'Allemagne et à l'Italie que nous payons ce tribut toujours croissant. Et, en même temps, nos exportations diminuent progressivement.
Le bois se débite ou se façonne pour une très grande quantité d'usages divers; pour qu'on se rende compte de cette multiplicité
Une scierie mécanique.
d'emplois , il suffit d'énumérer les sortes de débit. On distingue : les bois de charpente pour les constructions civiles et navales ; les bois de sciage pour la menuiserie et l'ébénisterie ; les sciages spéciaux pour les traverses de chemins de fer, les étais de mines, les placages, les meubles, les sièges, la sculpture, la gravure; les bois de charronnage ; les bois de fente , échalas , merrains , bardeaux ; les bois de boissellerie , de saboterie, de tour, fournissant les manches d'outils, les bobines, les navettes, les robinets et les formes de chaussures; les bois de tabletterie, de bimbeloterie, etc.
Les principales industries qui dérivent de l'exploitation des forets sont celles du liège, du charbon de bois, des écorces à tan, des résines et de la vannerie.
Liège. — Le liège est le produit de la couche subéreuse qui garnit l'écorce du chêne -liège, dont les principaux peuplements se trouvent en Algérie, en Corse, en Provence et en Béarn, pour la France.
Vers sa douzième ou sa quinzième année, l'arbre produit un liège grossier dont on se sert pour façonner des bouées ou qu'on brûle en vase clos pour fabriquer du noir d'Espagne, employé en peinture. Le liège qu'on récolte ensuite, tous les neuf ou dix ans, est plus fin, plus homogène; c'est celui qu'on emploie pour la fabrication des bouchons, des planchettes et des autres objets dont ce produit est la matière première. L'opération par laquelle on dépouille l'arbre de son écorce s'appelle le démasclage.
La fabrication des bouchons est une industrie assez importante qui occupe, en France, la population d'une quarantaine de communes dans les déparlements du Var et de Lot-et-Garonne. Autrefois les bouchons se faisaient à la main, et un ouvrier en confectionnait douze à quinze cents dans sa journée. Aujourd'hui on se sert de machinesoutils , et le même ouvrier peut fabriquer chaque jour de quatre à six mille bouchons, selon la grosseur. Du reste, la consommation de cette marchandise augmente aussi. Paris seul reçoit dans les plus mauvaises années 800,000 kilogrammes de bouchons , ce qui représente 300 millions de pièces , pour une valeur de plus de trois millions de francs.
Charbons de bois. — Le charbon végétal est le produit de la combustion incomplète et lente du bois. Il se fabrique de deux manières, en meules de quarante à cinquante stères établies sur le parterre des coupes, ou à l'aide d'appareils de distillation en vase clos. Le
rendement de ces deux procédés est sensiblement le même et représente environ 20 pour 100 du bois carbonisé.
La fabrication du charbon occupe un grand nombre d'ouvriers, qui séjournent en forêt d'une façon presque permanente.
La distillation des bois en vase clos permet de recueillir un grand nombre de produits accessoires qui, par le procédé des meules, se perdent dans l'atmosphère; ce sont le goudron, l'huile de goudron, les acides pyroligneux et acétique, i'alcool méthylique, les pyrolignilei!, les acétates de chaux, de soude, d'alumine, etc.
Les importations de charbons de bois on France ont diminué
Meule de charboo
sensiblement, grâce à la concurrence que la houille fait au charbon végétal. De 1856 à 1876, l'exportation de ce produit a monté, au contraire, de 109,000 à 800,000 francs.
Écorces à tan. — Les écorces employées pour le tannage des peaux proviennent du hêtre, du châtaignier, du saule, du bouleau blanc, du sapin et surtout du chêne. Les départements des Ardennes, de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse, de la Nièvre, de l'Yonne, de Saône- et- Loire, de la Côte-d'Or, d'IUe- et- Vilaine, des Deux- Sèvres, du Var et de la Corse fournissent en grande quantité des écorces de chêne qui sont consommées sur place.
Jusqu'ici ces écorces étaient détachées des arbres , tantôt abattus , tantôt sur pied, mais lubrifiés par la sève, dont on attendait la montée pour commencer l'opération de l'écorçage. Maintenant on tend beaucoup à remplacer ce procédé par celui de l'écorçage à la vapeur. Pratiqué hors du temps de sève, ce nouveau procédé est avantageux pour les propriétaires et les exploitants forestiers. Il reste à savoir si les tanneurs ne s'aviseront pas de récriminer sur la qualité des écorces extraites de cette façon; jusqu'à présent les choses semblent bien aller à cet égard.
En 1876, la France importait environ 20 millions de kilogrammes de ces écorces pour une valeur approximative de 5 millions de francs; mais elle en exportait 57 millions de kilogrammes pour une valeur de 14,880,000 francs.
Résines. — Le pin maritime, tout spécialement dans les Landes et sur les dunes de Gascogne, est la principale essence résineuse, pour ne pas dire la seule, qui soit soumise à l'opération du « gemmage ». Cette opération consiste à pratiquer le long du tronc des arbres, dans des conditions et avec des précautions très nettement déterminées, des entailles dites « quarres », d'où le produit résineux s'écoule par exsudation. Cette résine brute ou « gemme » est recueillie par différents procédés, quelques-uns très primitifs, d'autres plus perfectionnés.
Les produits bruts du gemmage sont : la gemme, qui, fondue ou distillée, donne l'essence de térébenthine. Cette gemme ou résine molle provient directement de la « quarre » ; elle est recueillie périodiquement dans un auget placé sous l'entaille, ou dans un creux au pied de l'arbre. Elle est envoyée par barriques à l'usine.
Legalipoty ou gemme concrétée sur l'arbre même et récoltée l'hiver. Le galipot est moins riche en essence; on s'en sert pour fabriquer les vernis communs.
Le barras, qui est un galipot très impur.
Les produits fabriqués sont : Vessence de térébenthine, la colophane ou brai sec, la résine jaune hydratée, le brai gras, la pâte de térébenthine commune, et celle dite de Venise.
L'efssence de térébenthine est un hydrogène carboné, qu'on utilise pour la médecine , la fabrication des vernis , la préparation des peaux, etc. Une barrique de gemme de 350 kilos fournit en moyenne 60 kilogrammes d'essence et 210 kilos de brai sec.
Le brai sec est très employé dans l'industrie des papiers peints, la fabrication des vernis blancs, des bougies, de la cire à cacheter, des savons pour encollage du papier, etc.
Le brai gras , qui est un mélange de poix noire , de brai sec et de goudron, sert en marine pour le calfatage des bateaux.
Le gemmage se pratique sur des pins ayant au moins 90 centimètres de tour à la base : l'arbre peut être gemmé à vie, c'est-à-dire par quarres successives et par périodes régulières ; ou bien gemmé d mort, pour être exploité complètement en quatre ou cinq ans. Dans ce dernier cas, les quarres sont pratiquées sur tous les côtés à la fois
et menées jusqu'à 3 mètres de hauteur. Les procédés de gemmage sont connus, et leur emploi est réglé par l'intérêt de l'exploitant.
La consommation de ces produits en France monte annuellement à 9 millions de francs. On en exporte pour 6 millions environ en Belgique, en Angleterre et en Allemagne. Les importations sur le marché français atteignent à peine un million de francs, dont la moitié représente la valeur des brais venant d'Amérique.
Vannerie. — La grosse vannerie n'emploie qu'une seule essence , l'osier franc, qui se cultive principalement dans les départements de la Haute -Marne, de la Meuse, des Ardennes et de l'Aisne. Le centre de fabrication le plus important est Origny-en-Thiérache, près de Vervins, dans l'Aisne. On y fabrique les paniers, mannes, hottes, vans, etc., qu'on expédie dans toute la France et à l'étranger.
Cette industrie s'exerce aussi dans les départements de Seine-et- Marne, de la Manche, de la Haute-Marne, des Ardennes, de Meurtheet-Moselle, de l'Oise, de la Haute-Garonne et de Vaucluse.
Ces indications sommaires suffisent certainement à montrer l'importance de ce qu'on appelle les produits secondaires des forêts.