APERÇU DE LA FAUNE FORESTIÈRE. — INSECTES RAVAGEURS
Oiseaux : leur utilité. — Mammifères : herbivores ou carnassiers. — Les fauves des anciennes forêts gauloises. — Gros gibier : cerf, daim , chevreuil , sanglier. — Menu gibier : lièvre et lapin. — Dégâts du gibier. — Moyens de destruction. — Petits rongeurs : écureuils, mulots. — Grands et petits carnassiers : loup, renard, belette, fouine, putois. — Insectes ravageurs des forêts : coléoptères, lépidoptères, hyménoptères. — Conditions qui préservent partiellement les forêts de la France. — Principales espèces de coléoptères ravageurs. — Chenilles des lépidoptères ; processionnaires. — Ravages du hanneton, du bupreste bifascié, du bostriche typographe, de Thyiésine du pin, du bombyx du pin, du tinea laricella, de la courtilière. — Moyens de destruction.
Il ne saurait être question ici de faire une étude complète et détaillée de la faune forestière ; il ne s'agit que d'un aperçu sommaire, d'une sorte de nomenclature des animaux qui , vivant habituellement dans la forêt, sont susceptibles d'y causer des dégâts plus ou moins sérieux.
Les oiseaux se trouvent donc, par le fait, immédiatement hors de cause; leur existence dans les massifs forestiers n'a jamais été une cause de dommage , lors même qu'il s'agit des oiseaux de proie. Au contraire, la masse des oiseaux exerce une action des plus utiles; car la plupart des membres de la gent ailée sont d'intrépides chasseurs d'insectes, et il n'y a pas de pires ennemis des forêts que certains insectes. Les rapaces eux-mêmes, comme le hibou, qui jouissent d'une mauvaise réputation, rendent des services à la forêt en détruisant une notable quantité de petits rongeurs.
Les deux autres catégories dont il faut parler plus particulièrement sont les mammifères et les insectes.
L'influence exercée par les animaux sauvages sur les forêts dépend
de leur mode d'alimentation; les herbivores sont toujours plus ou moins nuisibles ; les carnassiers qui détruisent volontiers les herbivores devraient être regardés comme utiles. Mais il y a deux intérêts en présence, celui de la chasse et celui de la culture forestière, qu'il faut ménager tous deux. Il faut donc empêcher la trop grande multiplication du gibier qui saccagerait la forêt, mais il faut aussi empêcher que les carnassiers ne détruisent trop de gibier.
Grâce aux chasseurs et aux braconniers de toute sorte , il y a plus à craindre maintenant la disparition du gibier que sa trop grande multiplication. Quant aux carnassiers, loups, renards, etc., il y a toujours bénéfice à les détruire.
Les fauves pullulaient dans les forêts de la Gaule , mais certaines espèces ont disparu. Vurus ou bos primigenus, qui était commun au temps de la conquête romaine, était déjà rare sous les rois mérovingiens, qui s'en réservèrent la chasse.
L'aurochs, le veson omnipotens de la chronique de Saint -Gall, n'existait plus que dans les forêts de la Bohême au xnie siècle. Il a disparu depuis.
Dans les forêts des Pyrénées on trouvait le lynx ou loup - cervier, en compagnie de l'ours, qui était alors beaucoup plus commun qu'aujourd'hui.
Au moyen âge les loups abondaient; les chroniques nous les montrent envahissant par bandes les villages et les faubourgs des villes , à la suite des armées , pour dévorer des cadavres restés sans sépulture après un assaut ou une scène de carnage et de dévastation.
Les sangliers n'étaient pas moins nombreux dans les forêts gauloises. Le renne et le grand cerf d'Irlande, maintenant disparus, vivaient en Gaule peu de temps encore avant la conquête des Romains.
L'homme eut longtemps à lutter contre les fauves pour la possession complète de la forêt; cette lutte a détruit quelques espèces, mais les autres ont résisté jusqu'à notre époque. Au reste, les rois et les seigneurs , tous grands amateurs de chasse , avaient intérêt à ne pas laisser tout disparaître. Bien au contraire, ils se ménagèrent des réserves de plaisir cynégétique en organisant des garennes.
La multiplication trop grande du gibier, en vertu du droit de garenne, causait de graves préjudices à l'agriculture. Les plaintes à ce sujet devinrent même si vives, que le roi Jean ordonna la suppression des garennes nouvelles ; mais les seigneurs se soucièrent assez peu des ordonnances royales et ne modifièrent pas leur manière de faire.
Le gibier continua de se multiplier en toute liberté. Aussi les ravages exercés par lui dans les cultures fournirent-ils, jusqu'au xvni" siècle, le sujet de nombreuses ordonnances qui prescrivaient la destruction des bêtes nuisibles.
L'abondance du gibier, il y a cent ans, est à comparer avec sa
Cerr faUaDt mb bois.
rareté d'aujourd'hui. De même, la rigueur avec laquelle le braconnage était puni autrefois est à comparer avec l'indulgence absurde dont on fait preuve maintenant à l'égard des braconniers les plus audacieux et souvent les plus criminels.
Parmi les animaux sauvages herbivores on distingue actuellement les grands fauves, cerfs, daims et chevreuils, les hêtes noires ou sangliers, et le menu gibier, lièvres et lapins.
Le cerf et le daim se nourrissent des fruits des forêts, broutent les jeunes pousses de chêne, de charme et les feuilles de ronces; ils vont
au gagnage dans les champs cultivés , où ils causent des dégâts sérieux. Ils sont vraiment nuisibles quand ils deviennent trop nombreux, et ils peuvent compromettre l'état des peuplements forestiers. On peut alors en détruire un certain nombre par des battues faites en septembre et en octobre, époque où ces animaux sont en « venaison s.
Le chevreuil est moins nuisible aux forêts et aux cultures; il se
nourrit de jeunes pousses, de faînes et surtout de feuilles de ronces; il quitte rarement le couvert.
Le sanglier se nourrit de fruits, de glands et de racines; pendant la nuit il quitte le bois et ravage avec fureur les champs de céréales ou de pommes de terre. II dévore les levrauts et les lapereaux, les faons de chevreuil et les poules faisanes qu'il peut saisir sur leurs œufs. Bref, c'est un animal essentiellement destructeur et qu'il faut pourchasser sans pitié ni relâche. On le détruit surtout en exécutant des battues.
Le lièvre habite de préférence la plaine ou les lisières de bois. Le lapin est plus franchement forestier; il se creuse des terriers où il se réfugie au moment du danger. Le lièvre gîte à découvert et ne compte que sur la vitesse de sa course.
Lièvre et lapin se nourrissent d'herbes, de céréales, de légumes, de bois tendres et d'écorces. Rarement les lièvres deviennent assez nombreux pour causer de sérieux dommages aux peuplements. Le lapin, au contraire, est un véritable fléau pour les bois; l'hiver il ronge tout, jeunes brins, écorces, bourgeons, etc. En outre, il multiplie avec une effrayante rapidité. Là où it y a beaucoup de lapins , il faut renoncer à faire des repeuplements forestiers et à conserver des pépinières.
Pour détruire le lapin passé à l'état de bête nuisible , on met en
œuvre les battues répétées, le furetage des terriers; on fait appel aux gardes et aux chasseurs du pays.
Parmi les autres rongeurs forestiers, il suffit de mentionner l'écureuil et le mulot.
L'écureuil ne fait quelques dégâts que sur les essences résineuses, dont il brise les pousses terminales et dont il ronge les cônes à graines. On l'accuse bien de piller les nids; mais ce sont ceux des geais et des pies qu'il attaque surtout, et ce n'est pas un grand mal.
Le mulot fait souvent de grands dégâts dans les pépinières et les semis artificiels; il est absolument nuisible et multiplie beaucoup. On peut le détruire avec des pièges; mais le meilleur procédé consiste à ne pas chasser de la région les oiseaux do nuit, qui font une guerre
acharnée à ces petits rongeurs. Le hérisson détruit aussi beaucoup de mulots, de reptiles et de larves d'insectes.
Les carnassiers les plus communs dans nos forêts sont le loup, le renard, le chat sauvage, la fouine, la belette et le putois. Tous ces animaux sont des ennemis dangereux pour le gibier. Les chasseurs ont donc intérêt à les poursuivre à outrance.
On chasse les loups et les renards à courre ou en battues; les appâts empoisonnés avec de la strychnine servent souvent aussi à les détruire. Le poison employé peut i^tre l'arsenic, mais son action
{Melolonllia viilgarit).
est moins prompte et moins sûre. Le placement des appâts doit être fait avec précaution et habilement, car le loup et le renard sont très méfiants.
C'est avec des pièges de diverses sortes qu'on détruit les fouines, les putois et les belettes. Ces petits carnassiers , qui se nourrissent exclusivement d'œufs et de proie vivante, sont très redoutables pour les faisanderies et les basses-cours.
Le chat sauvage et le chat domestique devenu chasseur sont de grands destructeurs de gibier; il faut donc les tuer sans pitié.
Comme il a été dit, les oiseaux, qu'ils soient ou non classés comme gibier, ne causent aucun tort aux forêts. Les rapaces diurnes font la guerre au gibier, et par conséquent il est bon de les expulser des forêts qu'on veut conserver giboyeuses. On peut détruire leurs couvées.
Quant aux oiseaux de nuit, ils sont absolument utiles; ils détruisent.
en effet, une énorme quantité de mulots et de gros insectes nuisibles aux arbres, tels que hannetons, sphinx, phalènes, etc. La chouette, le hibou et le chat-huant doivent donc être soigneusement respectés. Il en est de même pour tous les oiseaux insectivores. C'est commettre une action hôte et pernicieuse que de détruire leurs
Les insectes, malgré leur petitesse, sont, entre tous les êtres
DU ver blanc, lanre da hanaeton Hylobe du pin. — Larve de l'hylobe. —
allaquant une racioe. GslerieB creuséea dans un pin par lea larves d'hylobe.
— Insecte altaquant Tarbre.
vivants, les eonemis les plus redoutables et les plus nuisibles des forêts. Ils sont légion , et leur voracité peut faire périr des peuplements entiers.
La grande majorité des insectes nuisibles à la végétation forestière se classe parmi les coléoptères, les lépidoptères et les hyménoptères. Quelques-uns sont des hémiptères ou des orthoptères; très peu sont des diptères.
La diversité des forêts de France , la variété de leurs essences, qui sont ordinairement à l'état de mélange, la prédominance des bois feuillus sur les résineux atténuent sérieusement les ravages des insectes, qui sont parfois si graves dans certains pays d'Europe. Pourtant ces dégâts sont encore trop considérables en France; les attaques
de ces minuscules ennemis font 'dépérir ou succomber bon nombre de massifs forestiers.
Parmi les coléoptères, les principaux ravageurs de forêts sont : le
1. Chenille proceseioDnaire. — 2. PepilloD mâle. — 3. Papilloa reroelle.
hanneton commun, !e bupreste bifascié {corœbm hifascîatîis), le scolyte embrouillé (scolytus intricatus) , l'hylésine piniperde, le bostriche typographe , le bostriche sténographe , le bostriche liseré , l'hylobe du pin et le pissode noté.
Nocluelle du pin {Nociua piniperda). GfomËlre du pin [Geomelra pinariaj.'.
Le hanneton dévore surtout les feuilles de chêne ; le bupreste , autrefois rare, devenu abondant, est redoutable pour le chêne-yeuse et le chêne rouvre; le scolyte embrouillé vit sous les écorces de chêne; l'hylésine piniperde et le bostriche sténographe attaquent indifféremment toutes les espèces de pins; le bostriche typographe est le grand ennemi de l'épicéa ; le bostriche liseré produit la vermoulure noire
du sapin et de l'épicéa ; l'hylobe du pin et le pissode noté vivent sur les jeunes pins, les déforment ou les tuent.
Les lépidoptères fournissent la chenille processionnaire du chêne, qui est très commune, et la chenille processionnaire du pin, l'ennemi le plus dangereux du pin sylvestre, du pin maritime et du pin d'Alep. On doit encore aux lépidoptères : le bombyx moine, la noctuelle piniperde, la chenille géomètre ou fidonie du pin, la pyrale des pousses.
Comme hyménoptères ravageurs, il faut noter les sirex, particulièrement le sirex géant et le sirex spectre, qui attaquent le bois de sapin et d'épicéa.
Les dommages causés par les insectes sont ordinairement plus
Pyraîo de 1« rétine { Torlrix rainia;) , Pyrale des cônes ( Toririx strobiliana) e[ sa chenille , grand, nat. frand. oal.
graves dans les peuplements résineux que dans les feuillus. Les essences résineuses sont plus attaquées par les insectes qui font périr les arbres. Quant aux essences feuillues, le dommage se traduit habituellement par un ralentissement momentané de la croissance.
Quelques exemples suffiront pour faire comprendre la nature et la gravité des ravages causés par les insectes.
Dans les pays où vit le hanneton , la section transversale des tiges d'arbres présente souvent une diminution d'épaisseur des couches annuelles, qui se répète régulièrement de trois en trois ans et pendant une longue période de temps. Ces diminutions d'accroissements correspondent aux années où les hannetons ont été abondants et ont dévoré plus ou moins le feuillage des arbres. Ceci prouve : l» que la production ligneuse est proportionnelle au développement foliacé ; 20 que la génération du hanneton commun est trisannuelle. Il résulte de là aussi que les dégâts de cet insecte occasionnent une réduction d'un tiers du volume que l'arbre peut atteindre lorsqu'il est soustrait à cette voracité périodique. Des faits très nombreux prouvent l'influence nuisible du hanneton parfait sur la formation du bois.
Le bupreste est, avec le bostriche, un des plus redoutables ravageurs des forêts. Le « bupreste bifascié » attaque les chênes; sa larve pénètre sous l'écorce et creuse dans le bois d'innombrables galeries, disposées dans un ordre très régulier. C'est dans ces galeries que la larve se nourrit et se métamorphose en toute sécurité. Les branches habitées pal" cet insecte sont vouées à une mort certaine, en raison môme de la disposition des galeries de la larve.
Ce bupreste a pour ennemis des oiseaux et surtout d'autres insectes
Coilriche lypograplie, grand, nsl. [au militu), — Le mùme, grossi (en bu], ' — BoEtriche calcograplie, grand, oai. (en haut).
— Galeries creuBées dans uo Irooc d'épicéa par la larve du bostriche typographe.
qui lui font une guerre acharnée. De même Ykylecœtus dermestoïdes est l'ennemi mortel du « bostriche liseré »; seulement, pour trouver les larves de bostriche, Vhylecœtus sillonne lui-même le bois de nombreuses galeries, de telle sorte que, tout en combattant le bostriche, il ne peut pas être classé comme insecte utile. Vhylecœtus est un coléoptère comme le bostriche. Ses galeries sont reconnaissables à ce qu'elles ne contiennent pas de vermoulure et ne sont pas enduites de la couche cryptogamique noirâtre qui caractérise, dans le même morceau de bois, les galeries du bostriche liseré. Les larves A'hylecœtus sont donc carnassières, de même qu'un certain nombre d'autres insectes que l'on regardait jadis comme lignivores , parce qu'ils habitent l'écorce ou le bois , mais qui se nourrissent en réalité de proie vivante, et particulièrement de-scolytides.
Le 6 novembre 1864 , un terrible ouragan renversa plus de 88,000 pieds d'arbres, presque tous épicéas, dans les massifs du
Risoux et du Grandvaux, qui font partie du Jura. Ces chablis formaient environ 53,000 mètres cubes de bois, dont, l'exploitation n'était pas encore terminée en 1871.
Pendant ce séjour prolongé sur le sol, ces arbres brisés s'altérèrent et furent envahis par le « bostriche typographe », qui attaque de préférence les épicéas en souifrance. De même que ses congé-
Arbre allaqué par les boslricbai : travail du boslricbe calcographe («n haut);
travail du boetricbe lypograpbe (entai).
- Bostriche curTideoté, grand. Dst. — Ëcorce attaquée par le boElricbe eurvidealé.
nères , ce bostriche multiplie très vite. Après qu'il se fut propagé tout à l'aise dans le chablis, l'insecte attaqua les arbres restés debout et en fit périr un grand nombre.
De 1870 à 1873, on travailla à étouffer ce foyer d'infection en enlevant les arbres attaqués; plus de 180,000 épicéas furent abattus pour ce motif durant cette période désastreuse. Heureusement cette mesure radicale a fait disparaître à peu près complètement le bostriche typographe et conjuré le péril.
On reconnaît qu'un épicéa est attaqué par le bostriche à divers signes, dont voici les plus caractéristiques : les aiguilles deviennent jaunes et tombent; l'écorce, qui prend une couleur rougeâtre et se
détache facilement, est criblée de petits trous d'où s'échappe taxe fine vermoulure. Sous l'écorce on voit des sillons nombreux, noirs, pleins d'œufs et de larves d'insectes. L'arbre dépérit visiblement; il finit par perdre son écorce et se dessécher.
C'est en avril et en mai que les bostriches voltigent autour des épicéas dépérissants ou abattus; ils percent l'écorce jusqu'au liber, creusant ainsi de petites galeries où la femelle dépose ses œufs. L'éclosion se fait au bout d'une quinzaine de jours. Les larves creusent à leur tour des galeries latérales qui vont en s'élargissant;
n [Hylciinu» piniperda) , grand, ttal. — Le même, grouî (fti Haviges produits par l'hyldeicie sur uo tronc de aapîn.
à l'extrémité formant une sorte de chambre , la larve se transforme en chrysalide, puis devient insecte parfait; celui-ci perce l'écorce et sort pour continuer la même série d'opérations nuisibles. La durée de ces diverses transformations est de deux ou trois mois, selon la température.
Il n'est pas facile de détruire un insecte qui se dissimule ainsi sous l'écorce. La meilleure conduite à tenir en pareil cas consiste à ne laisser dans le massif aucun arbre dépérissant , à enlever promptement les chablis et les arbres abattus, à brûler au plus tôt les écorces des arbres attaqués qu'on a soin d'abattre.
L'homme n'est guère mieux armé contre les autres insectes que contre celui-ci. Lorsque le bupreste bifascié a envahi un peuplement de- chênes, il ne tarde pas à se produire de fâcheuses éclaircies; les arbres dont les branches sont atteintes dépérissent promptement. Si on brise ces branches, qui cèdent alors au moindre effort, on met à nu les larves, qui meurent promptement au contact de l'air. Mais
allez donc répéter cette opération pour tous les rameaux languissants des arbres d'un grand taillis ou d'une futaie I En tout cas il faudrait, pour être efficace, que ce moyen fût employé avant que l'insecte , arrivé à l'état parfait , eût quitté la branche qu'il a tuée. Il vaut donc mieux compter sur les insectes ennemis pour la destruction de ce bupreste.
Un autre petit coléoptère, l'hyîésine du pin , attaque également les
Jeune branche alUquée par rbyléaine. — Pousse da eapin creuaée par la même inaecle.
arbres dépérissants ou abattus. Les œufs sont déposés dans l'écorce, et les larves, bientôt écloses, se creusent dans le liber une galerie où elles subissent leurs métamorphoses. L'insecte parfait, qui parait vers le mois de juillet , attaque la base des jeunes pousses de pin et les perfore dans leur longueur jusqu'au bourgeon terminal. Quand vient l'automne, l'insecte se réfugie au pied des arbres, dans la mousse et sous l'écorce.
La présence des hylésines dans une pineraie est décelée par l'aspect des jeunes pousses, qui jaunissent et meurent. Gomme cet insecte malfaisant s'attaque surtout aux sujets languissants , le meilleur moyen de se préserver de ses ravages consiste à débarrasser au plus tôt les peuplements de tous les arbres morts, abattus ou dépérissants.
Tout le monde connaît les ravages causés par les diverses chenilles de lépidoptères. On a vu, dans certaines années, de grands bois de chêne entièrement dépouillés de leur feuillage par cette vermine
mbijx pTocettionea). — Cheoillea du bombyx procesBÎODDiire ea ordre de marcbe.
grouillante et répugnante qu'on appelle la chenille processionnaire; puis, quand ces chenilles, groupées par paquets au sommet des ra-
Bombji du pin. — Chenille du sphynx du pin.
meaus, ont filé leur cocon, il semblerait que les bois disparaissent sous une nappe de neige , en plein 4té. Le moyen le plus efficace de destruction consisterait à enlever tous ces cocons et à les brûler;
mais c'est une besogne peu facile, quand il s'agit de la pratiquer sur une très grande étendue.
Le bombyx du pin est un insecte des plus nuisibles également; sa
Borobj'i cul-bruQ (BornSyi ehnjiorrhta).— Nid velu du bombjx obryiorrbea.
chenille , qui est extrêmement vorace , se nourrit de feuilles de pin sylvestre et dépouille promptement des forêts entières. On a employé beaucoup de moyens pour la détruire ; le seul vraiment pratique est
Sa perde cbagrinée [Saperda earehariai), grand, nat. — Larve de eaperde, grand, uat. — Bois ravagé par la aaperde.
de recueillir et de brûler au commencement de l'hiver la mousse dans laquelle ces chenilles se cachent.
En 1876, un autre lépidoptère, le tinea îaricella, ravageait les forêts de mélèzes des Hautes -Alpes et des Basscs-AIpes. Au mois de
juillet, les massifs, au lieu d'être verts, étaient passés à la couleur rouge brune des feuilles mortes. Toutes les aiguilles avaient été creusées par la chenille mineuse du tinea et s'étaient desséchées. Il semblerait qu'il y a de ces petits ravageurs pour toutes les
CosBua gâle-bois {Costus Ugnipcrda] , grand, nal. — Chenille géanle du cobeub gJte-bois, grand, nat.
essences possibles. Ainsi les coléoptères ptiniores et lymexilides attaquent les pins et les sapins; les coléoptères scoîytides attaquent l'orme, l'épicéa, le sapin, les pins de toute sorte, le figuier, le frêne, le chêne et le genêt à balais; les coléoptères longicornes attaquent le
' Calosome aycophante, insecte ennemi des chenillee procession n aires.
tremble, le sapin, le pin sylvestre, l'orme et le chêne; les coléoptères chrysomélines attaquent le peuplier, le tremble, l'aune, la viorne, la vigne, etc.; les hyménoptères térébranU attaquent le sapin et le pin sylvestre ; ils sont les uns lignivores , les autres phytophages ; quelques-uns sont gallicoles; les chenilles des nombreuses espèces de lépidoptères attaquent un grand nombre d'essences résineuses ou feuillues. Tout est bon à cette pci'nicieuse engeance.
La courlilière est un insecte orthoptère qui vit sous Ja terre et y creuse des galeries pour faire sa ponte. Tout en creusant, cet insecte dévore toutes les racines végétales qu'il rencontre sur son chemin, et
il réussit de cette façon à ravager les pépinières. Les larves très nombreuses provenant de chaque ponte sont également très voraces et consomment toutes les matières végétales qu'elles trouvent à leur portée. On peut détruire cet insecte en bêchant la terre au mois de juin ; les galeries de ponte ne sont pas situées profondément , et les œufs périssent quand ils sont exposés au contact de l'air.
On peut aussi attaquer l'insecte parfait. La courtilière , en efiFet , recherche la fraîcheur pendant les sécheresses estivales, et pour la trouver elle se réfugie sous les planches ou les paillassons posés à plat sur le sol. Il suffit donc de disposer quelques pièges de cette sorte dans un coin de pépinière et de les visiter de temps en temps pendant la chaleur du jour.
En étudiant les mœurs des insectes , on a découvert quelques procédés de destruction plus ou moins efficaces ; mais ces moyens sont insuffisants lorsqu'on est en présence d'une grande invasion comme celle des bostriches, dont il est question plus haut. Dans les circonstances de ce genre, le mieux est souvent de laisser faire la nature; elle ne tarde pas à susciter contre les espèces dont la multiplication est exagérée des ennemis qui se chargent de rétablir l'équilibre. Cela ne veut pas dire, d'ailleurs, que le forestier doive rester inactif; mais, au lieu de poursuivre sans grandes chances de succès un ennemi presque insaisissable, il prendra ses mesures pour que les arbres compromis soient utilisés sans retard et que la végétation des massifs attaqués soit activée, de manière à réparer le plus promptement possible les pertes subies.
Il est certain que les procédés les meilleurs pour prévenir ou réparer les dégâts des insectes consistent à mélanger dans les peuplements les feuillus avec les résineux, à conserver le sous -bois qui maintient la fraîcheur, et à procéder toujours dans le plus bref délai possible à la vidange des bois morts ou abattus.
Naturellement les ravages des insectes et les dégâts du gibier influent plus ou moins sur le chiffre total du revenu donné par les forêts. Ainsi, dans la seule conservation de Paris, en 1876, les dégâts du gibier ont été évalués à près de 89,000 francs. C'est autant qu'il faut retrancher dans l'addition finale. Une invasion comme celle des bostriches de 1864 dans le Jura détermine des dommages et une baisse des produits bien autrement sérieux.