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CHAPITRE II

Provinces du Nord : Ile-de-France; forêt de Laye, forêt Yveline. — Jean Rouvet et le flottage. — Picardie, Artois, Flandre : la forêt de Cressy et saint Riquier; la forêt de Voëse et l'abbaye de Prémontré. — Forêt Carbonnière et forêt de Thiérache.

Provinces du Nord-Est : Forêt des Ardennes. — Lorraine et Barrois. — Forêts des Vosges. — Alsace. — Champagne; la forêt de Der et saint Berchère. — Bourgogne; mines de fer et culture de la vigne. — Morvan. — Bresse châlonnaise. — Franche -Comté.

Provinces du Centre et d'entre Seine et Loire : Forêt d'Orléans; le Gâtinais. — Pays chartrain; le Drouais et le Dunois. — Forêts du Vendômois et du Blésois. — Touraine; Azay- le -Rideau. — La forêt de Bort et Tabbaye de Fontevrault. — Maine et Anjou; la forêt du Mans et le roi Charles VI.

Il est vraisemblable que sous les Mérovingiens et les Carlovingiens la situation forestière ne différa pas d'abord très sensiblement de ce qu'elle était sous les Gaulois. Mais les modifications allèrent progressivement en s'accentuant, et le défrichement gagnait un peu partout du terrain à mesure que les centres de population se multipliaient.

Au moyen âge, l'aspect général du pays n'était déjà plus le même. Moines, seigneurs, vilains, citadins ou campagnards, tout le monde, en un mot, s'était si bien acharné contre les forêts que la superficie du sol boisé se trouvait notablement amoindrie. L'étude des documents de toute nature permet de reconstituer approximativement la topographie des forêts de la France au moyen âge. Quelques indications relatives aux anciennes provinces donneront une idée succincte de ce que fut alors la situation forestière et des transformations qu'elle a subies jusqu'à la révolution.

Dans l'Ile-de-France, le déboisement remonte à une époque très ancienne, antérieure au moyen âge, surtout autour de Paris. La con-

sommation des bois d'œuvre et de chauffage augmentait proportionnellement au rapide accroissement de la population, et l'intensité du défrichement de proche en proche répondait à des besoins sans cesse grandissants. Déjà, sous le règne de saint Louis, il fallait faire venir des environs d'Âuxerre les grosses charpentes nécessaires aux constructions parisiennes.

La grande banlieue de Paris conservait pourtant une belle réserve

é dans la toTét de ChelleB.

de futaies. Les vieilles forêts Yveline, de Sarris, de Saint-Denis, de Rouvray, de Laye, de Meudon, de Vincenaes, de Bondy, de Livry, de Brie, de Montmorency, de Retz, de Compiègne, de Laigue, d'Halatte, etc., formaient au Parisis une riche ceinture de feuillée. Quelques-unes de ces forêts disparurent bientôt; les autres ont été plus ou moins démantelées. Notre bois de Boulogne est le dernier vestige de la forêt de Rouvray. Les bois de Vincennes et de Meudon sont les restes des anciennes forêts du même nom. Les bois de Chelles, où les rois mérovingiens aimaient à chasser, provinrent du premier démembrement de la forêt de Brie, vers la fin du vie siècle.

Les intérêts de la vénerie royale sauvegardèrent en grande partie la forêt de Laye, où les Parisiens vont encore si volontiers prendre leurs ébats dans la belle saison, autour de Saint-Germain.

La forêt Yveline, beaucoup plus vaste, fut aussi un parcours de prédilection pour les équipages de chasse des rois capétiens; elle se reliait d'une part aux forêts de Bière (Fontainebleau), de Montargis et d'Orléans, d'autre part à la forêt de Senart. Dès le xiic siècle, elle fut sérieusement attaquée. Son démembrement a fourni bon nombre

de bois secondaires, disparus i leur tour, dont la trace ne se retrouve que dans les vieilles cbarles du temps. Les moines de l'abbaye de Notre- Dame -des -Vaux- de -Gemuy contribuèrent très activement à la destruction partielle de la forêt Yveline.

Dès le xnie siècle, il y avait pénurie de bois de cbauffage dans l'Ile-de-France. Ce fut à cette époque qu'un bourgeois de Paris, Jean Rouvet, conçut la première idée du flottage, pour amener par le cours de la Seine et de ses affluents jusque dans la grande ville les bois de la Bourgogne et du Morvan.

Au xve siècle, toutes les forêts de la région parisienne étaient très appauvries, et depuis lors leur importance a toujours été en diminuant

L'aspect forestier des provinces de Picardie, d'Artois et de Flandre s'est modifié de très bonne heure, et les moines contribuèrent beaucoup à cette modification au début du moyen âge.

Au vue siècle, saint Riquier se fit ermite dans la forêt de Cressy, qui appartenait au domaine royal des Carlovingiens , et c'est sur l'emplacement de sa retraite que fut fondé un peu plus tard, en son honneur, le monastère de Forêt -Moustier. La forêt de Voëse, également en Picardie, vit s'élever au xiie siècle la célèbre abbaye de Prémontré, dont les moines, aidés par ceux de Saint -Vincent de Laon, firent disparaître, dans l'espace de deux siècles, tous les bois qui provenaient du morcellement de la forêt. Au xie siècle, les moines de l'abbaye de Saint- Nicolas d'Arouaise défrichèrent en grande partie la forêt d'Arouaise sur les limites du Cambrésis et de l'Artois.

La forêt Carbonnière , si souvent mentionnée dans les chartes carlovingiennes , n'existait plus au moyen âge; à partir du vue siècle, elle avait été attaquée sur tous les points par les moines des abbayes de Saint-Amand, de Saint- Christophe de Falempin, de Saint- Sébastien, de Flines, de Hasnon, de Marchiennes et de Vestines. Mais il restait de beaux vestiges du massif originaire, sous forme de forêts distinctes et pourvues de noms nouveaux. Un de ces débris existe encore : c'est la forêt de Mormal , située sur les territoires du Quesnoy, de Bavay et de Landrecies. Au xvne siècle, la contenance de cette forêt s'élevait à plus de 16,000 arpents; elle est encore aujourd'hui de 9,000 hectares. C'est une de nos forêts les mieux conservées, et elle est remarquable par la beauté de ses futaies de chênes.

Pendant les xin© et xive siècles, la forêt de Thiérache fut défrichée parles moines des abbayes de Saint-Denis, de Foignies et deThenaille. Mais les bois restaient puissants et drus entre la Sambre et la Meu^e . Les forêts du Boulonnais et de la Picardie gardèrent longtemps aussi, malgré tout, une étendue respectable; en effet, d'après les relevés de 1667, les forêts de Boulogne, de Guines et de Hardelot représentaient un ensemble d'environ 10,000 arpents.

Le défrichement avait pourtant été poussé avec une nouvelle ardeur au xvie siècle, lorsque la culture des plantes oléagineuses, telles que la navette et le colza, prit une grande extension dans cette partie de la France. La valeur des terres arables augmenta beaucoup alors, et l'agriculture empiéta le plus qu'elle put sur le sol boisé.

Dans le nord-est, la forêt des Ârdeones n'avait plus au moyen âge les dimensions colossales qu'elle présentait lors de la conquête romaine. Les essartements avaient séparé de la forêt mère, en maints cantons, des forêts secondaires d'une notable étendue, comme les forêts de la Fagne et de Mortagne, citées par les chartes du xn» siècle.

Flottage. — Traios de troia.

A la fin du xvi» siècle, la forêt de Mortagne, dans le diocèse de Namur, présentait encore une étendue de 14,000 arpents environ.

Les défrichements n'empêchèrent pas la forêt des Ardennes de rester, pendant plusieurs siècles, la grande forêt de France par excellence. C'était elle que mentionnaient de préférence les chansons de geste et les légendes populaires. Les trouvères l'ont assignée comme théâtre aux infortunes de la vertueuse Geneviève de Brabant.

De nombreuses abbayes furent fondées dans cette forêt; des voies

romaines et d'autres routes d'origine plus récente la traversaient. Dans ces conditions, il était difficile que les éclaircies ne se multipliassent pas. Cependant toute cette région, particulièrement le pays messin , a conservé très longtemps son aspect forestier.

Les territoires de Nancy, de Toul, de Verdun et du Barrois comprenaient une zone boisée, désignée primitivement sous le nom général de forêt d'Argonne, que mentionnent certains documents du xe siècle. Ce massif de bois servait en grande partie de frontière entre la Champagne et la Lorraine. Les défrichements, qui se succédèrent du vue au xiie siècle, détachèrent de l'Argonne les forêts de Dieulet, de BrieuUe, de Hesse, de Souilly, etc. La forêt de Sainte -Menehould, qui. en provenait également, était encore importante à la fin du xvie siècle.

Malgré les éclaircies pratiquées pendant plusieurs siècles, cette contrée était restée tellement boisée, qu'une déclaration royale de 1682 dispensa les habitants d'observer les règles prescrites par l'ordonnance de 1669 pour la coupe et l'exploitation des bois. Cette exception avait pour but de favoriser la création de nouveaux villages aux dépens du domaine forestier.

Le territoire de l'évêché de Nancy était le moins boisé de toute cette région.

Au moyen âge, la chaîne des Vosges était garnie d'épaisses forêts partout où le sol était propice à la végétation arborescente. Le hêtre et le sapin abondaient sur les massifs rocheux du Rossberg, du Hohneck, des ballons d'Alsace et de Guebwiller. Là, les clairières dépendaient surtout de la nature géologique du sol, formé, par places, de grès bigarré peu propre à la croissance des arbres. A partir du xve siècle, les forêts vosgiennes commencèrent pourtant à s'éclaircir comme les autres; au xvie siècle, elles eurent beaucoup à souffrir de la guerre des Paysans.

Ces forêts des Vosges, celles de l'Alsace et de la haute Lorraine sur la rive gauche du Rhin formaient, avec la Forêt-Noire sur la rive droite, une grande marche boisée, qui séparait primitivement les pays de race celtique des pays de race germanique.

Au moyen âge, beaucoup de forêts ^de l'Alsace et de la Lorraine

étaient la propriété commune d'un groupe de villages; une règle uniforme était adoptée pour la gestion et l'administration de ce domaine commun. Ce régime donnait, en général, de bons résultats.

Certaines fractions de la grande forêt vosgienne appartenaient à des abbayes.

Malgré de grands déboisements lefFectués à diverses époques, TAlsace a toujours été une des contrées les plus forestières de la France.

La forêt de la Hartt, la plus importante de cette province, couvrait vingt-deux lieues de pays entre Bàle et Markolsheim. Les guerres de la révolution française ont été désastreuses pour les forêts alsaciennes.

Jusqu'au siècle dernier, la Champagne fut une des provinces les mieux boisées du royaume de France; le chêne, le hêtre et le charme aborfdaient dans ses riches futaies. Cependant de grands défriche-

ments eurent lieu dès le xii« siècle ; ils étaient nécessités par les exigences du Commerce et de l'industrie, qui prirent de bonne heure un remarquable développement dans cette province. En outre, les abbayes exercèrent aussi leur action. La petite ville de Montierender, par exemple, marque aujourd'hui l'emplacement sur lequel saint Berchère, en 672, fonda un monastère au centre de la forêt de Der. L'abbaye prospéra, mais la forêt alla s'amoindrissant ; c'était la règle en pareil cas.

Les plaines occupaient surtout le centre de la province ; les forêts en garnissaient le pourtour. Les plus importantes de ces forêts étaient celles de Perthes, de Val-en-Bassigny, de la Traconne et de Passavant, Cette dernière était située sur les confins de la Champagne et de la Lorraine. La partie de la province avoisinant la Brie fut déboisée de bonne heure; diverses chartes font connaître que dès la fin du xie siècle plusieurs forêts avaient disparu totalement ou en partie, notamment celles de Jouy, de Clairvaux, d'Orient, d'Othe et de Chaource. Quelques-unes n'ont laissé pour tous vestiges que les noms des villages fondés sur leurs anciens emplacements.

La forêt de la Traconne, dans la Champagne pouilleuse, appartenait au domaine royal; en 1663, sa contenance était évaluée à 7,000 arpents environ. La forêt de Passavant présentait à cette date une étendue de 10,000 arpents; la forêt de Perthes était alors réduite à 800 arpents, mais celle de Val en possédait encore près de 7,000.

La Bourgogne, le Nivernais et le Morvan ont été de tout temps et sont restés très boisés ; le Morvan surtout présente assez exactement l'aspect forestier de l'ancienne France. En Bourgogne, les premiers défrichements furent exécutés par les moines ; plus tard l'alimentation des forges nécessita de nouveaux déboisements. L'exploitation des mines de fer ne contribua pas peu à la destruction d'une partie notable des futaies bourguignonnes. Au nord, la Bourgogne était séparée de la Champagne par une marche boisée, qui comprenait entre autres les forêts d'Hervaux, de Maulne, de Bar, de Fretoy, dont il ne reste guère que le souvenir.

Vers Dijon, la culture de la vigne fut, dès une époque très reculée, la cause de vastes défrichements. Les chartes les plus anciennes mentionnent les vignobles de cette région. Dans la partie méridionale de la province, les défrichements les plus sérieux ne remontent guère

au delà du dernier siècle ; ainsi les forêts de l'abbaye de Gluny furent respectées jusqu'à cette époque. La situation forestière de la région d'Autun ne semble pas avoir subi de modifications importantes depuis le moyen âge. Du reste, les Bourguignons étaient fiers de leurs forêts et veillaient volontiers à leur conservation.

Dans le Morvan, la grande forêt de Saint-Germain, ravagée dès le xm« siècle par les usagers, disparut complètement; mais d'autres massifs importants résistèrent mieux aux causes de destruction, notamment les forêts de Ghâtillon et de la Gravelle , la forêt au Duc, etc. La création de nombreuses forges dans le Morvan et le Nivernais fut une autre cause de déboisement; en outre, le commerce du bois devint promptement considérable dans cette région après qu'on y eut adopté la pratique du flottage. Malgré ces conditions peu favorables, cette partie de la France est une de celles où le domaine forestier s'est conservé le mieux.

La Bresse châlonnaise, entre la Seille et le Doubs, possédait primitivement de riches forêts, qui séparaient la Bourgogne de la Franche-Gomté. Ges forêts en sont venues, par une série de réductions, à n'être plus représentées que par les bois de la Marche, de Savigny, de Malvèvre, etc. La transformation de ces cantons forestiers en d'excellentes plaines de culture remonte à une époque fort ancienne, tout à fait au début du moyen âge.

Les magnifiques forêts de la Franche-Gomté subsistèrent en partie jusqu'au siècle dernier. Gette province a présenté, d'ailleurs, de curieuses alternatives : défrichée largement lors de la conquête romaine, eUe était entièrement reboisée dans les premiers temps du moyen âge; puis les guerres et l'extension inconsidérée des droits d'usage amenèrent de nouveaux déboisements. Quelques forêts disparurent ainsi complètement, entre autres une importante, qui s'étendait de Dôle à Auxonne et servait de frontière entre la Bourgogne et la Gomté. Au XV© siècle, on s'avisa tardivement de réglementer l'exploitation de ces bois et de restreindre un peu les droits d'usage. Ges mesures n'empêchèrent pas la région de Poligny d'être presque entièrement dégarnie de ses bois au xvie siècle. Il est vrai que les vignobles avaient en grande partie remplacé les futaies.

A l'époque où les Romains conquirent la Gaule, le territoire com-» t^ris entre la Seine et la Loire était couvert d'un immense massif fofertier, qui englobait le Sénonaîs, le Vendômois et le pays char-

train. Le morceau capital de ce massif était la forêt d'Orléans, de laquelle se détacha très anciennement la forêt de Montargis.

Les Romains avaient déjà pratiqué de grandes trouées dans la forêt d'Orléans pour l'établissement de plusieurs voies de communication. Plus tard, au xe siècle, quelques villas royales furent construites dans ses divers cantons et contribuèrent pour leur part à l'accroissement des clairières. Dès le commencement du moyen âge, cette forêt avait été rattachée au domaine royal, dont elle était une des plus riches fractions, en raison de son énorme étendue constatée par les « comptes de saint Louis » et par divers documents du xiip siècle. Les relevés d'arpentage du xvi© siècle lui attribuèrent 140,000 arpents, et, s'il faut en croire Rabelais, sa longueur était de trente-cinq lieues contre dix- sept de largeur. Mais le percement de nouvelles routes nécessita des abatis considérables; puis, sous les derniers Valois, des coupes abusives furent faites surtout dans la partie septentrionale de la forêt. Bref, au xviie siècle, la contenance était réduite à 70,000 arpents environ. Du xiv© siècle jusqu'au xvie, les rois y chassèrent fréquemment, et François 1er fat un de ceux qui la fréquentèrent le plus dans ce but.

Le territoire du Gâtinais a été conquis par défrichement sur les forêts d'Orléans, de Montargis et de Bière (Fontainebleau).

Au nord-ouest, la forêt d'Orléans rejoignait primitivement la grande forêt gauloise des Carnutes. Mais celle-ci ne subsista pas jusqu'au moyen âge; à cette époque, elle n'était déjà plus représentée que par des bois clairsemés de la Beauce et du Drouais (Dreux); par la suite, ces vestiges mêmes disparurent, et cette région resta dénudée, telle que nous la voyons aujourd'hui. Les noms de beaucoup de localités rappellent que ce pays fut anciennement boisé.

Dès le xie siècle, le Drouais était presque entièrement défriché. A l'époque gallo-romaine, on avait construit entre Dreux et Paris une chaussée, qui nécessita de nombreux abalis, et depuis lors le déboisement ne s'arrêta plus. Au xuie siècle, la forêt de Gault était réduite aux proportions d'un boqueteau sans importance. Les forêts de Dreux, de Lorges, de Châteauneuf et la forêt Yveline ont été les derniers lambeaux de la vieille forêt carnute.

Dans le Dunois, la forêt de Frète val, autre débris de cette même zone boisée, faisait face, sur les bords du Loir, à la forêt de Marchenoir, qui existe encore ; elle se reliait aussi au réseau forestier du Vendômois, où se trouvait la belle forêt de Gâlines, qui se prolongeait

vers le sud et qui rejoignait sur les confins de la Touraine la forêt de Blémars.

Les forêts de Blois et de Boulongne, dans le Blésois, se rattachaient originairement à celles d'Orléans et des Carnutes. La forêt de Boulongne existait encore sous le règne de Charles IX. Celle de Blois fut démantelée en partie par Charles d'Orléans, père de Louis XII, qui employa le bois à construire des habitations pour ses officiers et pour les bourgeois de la ville. Un comte de Blois fit construire dans le xie siècle, au nord de ces forêts, une maison de chasse sur l'emplacement de laquelle fut édifié plus tard le château de Chambord.

La Sologne ne paraît pas avoir eu d'importance au point de vue forestier.

Le Berry n'était pas non plus et n'est pas devenu un pays sérieusement boisé; il renfermait pourtant un certain nombre de forêts, dont les plus importantes étaient situées dans le région de Châteauroux. On trouvait là, par exemple, la forêt Thibaut, les forêts du Berger et d'Argenton, puis une série de grands bois entrecoupés d'étangs.

Près d'Issoudun, on remarquait, au moyen âge, la forêt de la Chèvre. La forêt de Vierzon fut celle qui résista le plus aux causes de destruction, les mêmes en Berry que dans les autres provinces.

Les forêts de Brione, de Brouart et de la Tonne formaient primitivement une marche entre les Bituriges et les Turones (Touraine) ; une autre marche formée par la sylva caput cervinum séparait les Bituriges des Pictaves (Poitou). Une voie romaine, allant de Bourges à Limoges, traversait cette dernière forêt. Au moyen âge, la sylva caput cervinum se nomma la forêt de Sacerge,

Les forêts de la Touraine se maintinrent très longtemps dans de bonnes conditions; elles comptaient jadis parmi les plus belles de France. Les principales étaient les forêts de Chinon, d'Amboise, de Bréchenay, de Bois-Oger, de Plante, de l'Épinat, de Loches, de Preuilly, de Beaumont, de Chenevose, de Bort, de Bourgueil, de Château- Renault et de Blémars.

Les petites villes d'Âzay-le-Rideau et de Montbazon ont été fondées dans deux clairières de la forêt de Chinon, qui se développait entre la Loire, la Vienne et l'Indre. En 1669, cette forêt contenait encore près de 7,000 arpents; elle était originairement beaucoup plus étendue,

mais à partir du xie siècle plusieurs bois secondaires en avaient été détachés.

Il est fait mention de la forêt de Loches dans les documents des xip et xine siècles ; elle était alors très importante. Au xviie siècle, sa contenance était encore de 5,000 arpents. L'Indre la séparait de la forêt de Preuilly, qui rejoignait les bois du Poitou. La forêt de Chenevose a disparu depuis des siècles, mais celle de Beaumont reste représentée par de grands bois.

C'est dans la forêt de Bort que fut fondée, à la fin du xi® siècle, la célèbre abbaye de Fontevrault.

Au nord, les forêts de la Touraine se rattachaient à celles du Blésois et du Vendômois.

Primitivement le Maine et l'Anjou furent très boisés; mais, au commencement du moyen âge, les ermites et les moines soumirent les forêts de ces deux provinces, principalement celles de l'Anjou, à un tel régime d'exploitation à outrance, que certaines d'entre elles ne tardèrent pas à disparaître ; les autres, tout en résistant mieux, eurent sérieusement à souffrir.

Dans le Maine, on mentionnait au moyen âge, sans compter les bois de moindre importance, les forêts de Chamie, du Mans, de Longaunai, de Bercé, de Vibraye, de Perseigne, de Bonnétable, de Sillé, d'Andaine, de Pail et de Monnaie.

C'est dans la forêt du Mans que le roi Charles VI fut frappé de folie. Cette forêt a disparu peu à peu, comme celles de Chamie, a'Andaine et de Longaunai, presque sans laisser de traces. La forêt d'Andaine, voisine de Domfront, est mentionnée dans un acte de l'année 1026.

Les forêts de Perseigne et de Bercé appartenaient au domaine royal ; cette dernière est citée dans un document de 1196.

Beaucoup de « lieux- dits » rappellent à quel point l'Anjou fut boisé. L'ancien massif gaulois, bientôt morcelé, avait été remplacé par un grand nombre de forêts distinctes. Les documents de diverses époques ont signalé dans le nombre les forêts de Bécon, de ChoUet, de Longeron, de Chambiers, de Beaugé, de Nyoiseau, de Craon, de Beaufort, d'Ombrée, de Chandelais, de Belle -Poule, de Durtal et de Brissac.

La forêt de Malpayre est un reste de la forêt de Durtal , qui était beaucoup plus importante au xvn« siècle, et qui servait de limite

entre le Maine et l'Anjou. Les forêts de Ny oiseau, de Craon et de Brissac, disparues anciennement, n'ont laissé comme vestiges que des lieux-dits. En 1575, la fqrêt de Belle-Poule était réduite à rien. La forêt de Beaufort était très belle au xie siècle, lorsque les moines commencèrent à la saccager; au xive siècle, elle était réduite des deux tiers. En 1567, elle ne dépassait plus le chiffre de 1,700 arpents; de 1790 à 1795, elle a fini de disparaître. En 1668, au moment de la réformation , la forêt de Chandelais comprenait encore 6,435 arpents, dont 3,540 de vieilles futaies.

Du xnie siècle jusqu'au xve, les forêts du Maine et de l'Anjou fournirent aux rois de France et aux seigneurs des deux provinces de magnifiques réserves de chasse, aussi giboyeuses que pouvaient le souhaiter les plus passionnés veneurs.

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