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CHAPITRE IV

(suite)

Provinces du Centre et du Midi. — Le plateau central et ses châtaigneraies. — Forez et Beaujolais. — Auvergne et Vivarais. — Sapinières de la Margeride. — Bourbonnais, Limousin , Marche , Angoumois. — Influence de la découverte de l'Amérique sur les forêts de TAngoumois. — Saintonge. — Dauphiné : forêts de la Grande -Chartreuse. — Déboisement des forêts alpestres. — Provence : la forêt Blanche et la Silveréal. — Forêt de la Sainte -Baume. — Corse : pinèdes et maquis. — Languedoc; déboisement des Gorbières. — Forêts des versants pyrénéens. — Gascogne, Quercy, Gévaudan, Périgord. — » Guienne : vignobles et forêts.

La portion granitique du plateau central n'a jamais possédé une végétation forestière du premier ordre; mais l'abondance du châtaignier lui donnait jadis une physionomie particulière. Les forêts de toute la région du centre n'ont pas changé de caractère depuis le moyen âge, bien qu'elles aient diminué d'importance et d'étendue. Dès qu'on y pénètre, on reconnaît à la prédominance de certaines essences que l'on a quitté les pays du Nord. Toutefois le châtaignier n'est plus aussi commun qu'il l'était jadis dans les Gévennes, l'Auvergne et le Velay. Seul le Limousin a conservé en partie ses magnifiques châtaigneraies du xiie siècle.

Les coteaux du Lyonnais , qui dominent le confluent de la Saône et du Rhône, gardèrent longtemps leur parure de forêts; mais si le déboisement a été tardif, il a été complet et rapide. Il ne reste plus trace des grands bois que mentionnent les anciens actes de ce pays. Là, le défrichement a été l'œuvre des bénédictins.

Le Forez et le Beaujolais ont perdu aussi, d'ancienne date, les

forets qu'on y connaissait il y a sept à huit siècles. C'est à peine si quelques bois de minime valeur ont échappé à la cognée dans l'ouest du Beaujolais.

L'Auvergne, le Velay et le Vivarais ont remplacé peu à peu par des cultures diverses un certain nombre de forets , qui revêtaient les flancs de leurs montagnes. Les sapinières du mont Dore, superbes encore en 1669, ne sont plus que l'ombre d'elles-mêmes. Dans les vallées du Tanargue et du Mézenc, l'agriculture a fait disparaître presque entièrement les grands bois. Sur les bords de la Bauble, le bois de Pionçat est le seul reste d'une grande forêt que signala Grégoire de Tours, et où furent situés les ermitages de Saint-EmiHen et de Saint -Bravi.

Malgré les progrès et l'extension des cultures, les forets du Cantal ont gardé de l'importance; il en a été de même pour les bois d'Albepierre, de Mallet, d'Anglars, de Châteauneuf, de Ciniq et de Vigoureux, sur le territoire de l'ancienne vicomte de Murât. Toutefois la forêt de Ciniq, comme maints autres bois de cette province, a été saccagée en vertu des droits d'usage.

Les admirables sapinières du plateau de la Margeride ont été longtemps sauvegardées par suite du manque de routes dans la contrée. L'impossibilité de transporter le bois coupé empêchait, il y a deux siècles, toute exploitation, et arrêtait même Fabus des servitudes. Les lisières seules étaient attaquées par les gens de Saint-Flour, qui y prélevaient un peu de chauffage. Aujourd'hui toutes ces belles forêts sont plus ou moins réduites.

Une charte remontant aux premières années du xiie siècle permet de reconstituer la topographie d'une forêt de Montsalvy, qui existait alors aux environs de Mauriac et dont un comte de la Marche fit donation au monastère de Rocamadour. Cette forêt a totalement disparu.

La majeure partie du sol dans le Limousin a été de bonne heure livrée à l'agriculture. Les forêts importantes n'y ont subsisté qu'en petit nombre jusqu'à la fin du moyen âge ; encore allaient- elles en s'amoindrissant de siècle en siècle.

Les chartes et documents divers des ixe, xe, xie et xii^ siècles nous ont transmis les noms de quelques-unes de ces forêts, presque toutes disparues depuis longtemps, ou bien réduites à n'être plus que de misérables lambeaux. C'étaient les forêts d'Espartignac, de Céloin,

de Mombresme, de Malevalle; et dans le sud de la province : les forêts de Caumont, de Palson, de Surdoire, de Doignon, de Châteauneuf, des Cars, de FlavJgnac et d'Aigueperse.

Le défrichemeDt a été plus tardif dans la région d'Uzerches ; il ne remonte qu'à deux siècles environ.

Une chdUigneraie.

De tout temps le Bourbonnais a été très boisé. Malgré les défrichements qui eurent lieu dans cette proviDce comme ailleurs, la réformation du xviie siècle y releva une belle série de forêts importantes. Dans le nombre figuraient notamment les forêts de Molladier, de Messarge, de Souvigny, de Bagnollet, de Givrais, de Grosbois, de Dreuille, de Lespinasse et de Marsenac, dont ta contenance variait de 1,200 à 3,000 arpents ; puis la grande forêt de Tronçais, la principale du Bourbonnais, qui ne comptait pas moins de 18,000 arpents lors de la réformation de 1668; encore était-elle déjà réduite d'étendue à

cette époque. Depuis lors elle est encore bien déchue de son ancienne splendeur.

Sur la rive gauche de l'Allier, la forêt de Marsenac se prolongeait jusqu'en Auvergne, se rattachant à une zone forestière dont les bois de Randan et de Montpensier sont les derniers vestiges. Sur la rive droite de l'Allier se trouvait aussi la forôt de Vondelle. Quant aux nombreux bois qui existaient jadis dans la région de la Palisse, il n'en reste guère que le souvenir,

La Marche a toujours été plus pauvre en bois, et le peu de forêts qu'elle possédait s'est trouvé réduit ou détruit de très bonne heure. Le pays de Guéret était le mieux pourvu. Le seules forêts de Cervelle et de Saint-Germain ont été les débris un peu importants de l'ancienne Marche forestière. La plupart des autres bois n'ont pas laissé de traces.

L'Angoumois a conservé très longtemps un magnifique réseau forestier. Cette situation, qui se prolongea jusqu'au milieu du siècle dernier, tenait à ce que le domaine boisé de cette province était demeuré tout entier aux mains des seigneurs ou du roi. Les communes n'y participaient pas, du moins en qualité de propriétaires. Ces forêts n'eurent donc à souflfrir que d'une mauvaise gestion ou du défaut de surveillance, ce qu'il eût été possible d'éviter. Le domaine forestier de l'Angoumois fut longtemps partagé entre trente à quarante propriétaires qui relevaient du comte d'Angoulême.

Au xvie siècle, les forêts d'Angoulême et de la Braconne gardaient encore beaucoup d'importance; cette dernière, en 1778, ne mesurait pas moins de 10,300 arpents. Mais, un peu plus tard, les besoins de la marine et des forges de Ruelle firent pratiquer dans ce riche massif des coupes inconsidérées.

Au xiie siècle , la forêt de Grosbois existait au sud d'Angoulême ; le défrichement la découpa, dans l'espace de deux siècles, en cinq petites forêts de peu d'étendue : forêts de Horte, de Dirac, de Bois -Blanc, de Veuil et de Torsac. D'autres bois, d'importance médiocre, mais assez nombreux, représentaient, au nord de la Rochefoucauld, le reste de l'ancienne Marche des Pictaves. Dans l'Angoumois, les principaux défrichements furent effectués au xive et au xve siècle. Après la découverte de l'Amérique, les bois de cette province furent très exploités

pour la marine ; les ports de TAunis et de la Saintonge traversèrent alors une période de grande activité, et de nombreux navires y furent construits.

La Saintonge sut garder jusqu'au moyen âge une partie de ses forêts gauloises. Les chartes du xiie siècle signalent la forêt de Saintes et le grand bois de Sauzel, dont il n'est resté que de maigres bouquets d'arbres et un certain nombre de lieux-dits.

Les forêts d'Aulnay et de Benon passaient pour être les plus importantes de l'Aunis au xvi^ siècle; à l'origine, elles se reliaient probablement à celles de FAngoumois et particulièrement aux forêts de Cognac, d'Ombrets et de Jarnac, dont il n'existe plus que des vestiges insignifiants.

Le Grésivaudan, le Valentinois, le Briançonnais et le Dauphiné restèrent longtemps très boisés ; les forêts de cette dernière province surtout étaient aussi riches que vastes. En 877, une ordonnance de Charles le Chauve mentionne les forêts de Lens et de Vergues en Dauphiné. Sous les Garlovingiens, la forêt de Montléans appartenait au domaine royal.

Dans les premiers temps du moyen âge, les forêts de Limon, de Septême, de Saint-Georges, de Falavier et d'Eyrien formaient autour de Vienne une zone circulaire presque continue. Une forêt très importante, celle de Baratier, occupait la région d'Embrun en 1193, Au xie siècle, tout le pays arrosé par la Galaure était encore inhabité, et ses grands bois étaient intacts. Du côté de Romans se trouvait la forêt de Gambaran, que mentionnait une charte de 1062, et dont il ne restait plus au commencement du xvnie siècle qu'un insignifiant boqueteau.

Les chartreux défrichèrent, au moyen âge, une partie du mont Durbon, dont les pentes portaient de belles futaies de hêtres et de sapins. La forêt de Durbon présentait encore, il y a moins d'un demisiècle, une circonférence de vingt-sept kilomètres. Malheureusement, le mélèze en a totalement disparu.

La Grande-Chartreuse a été fondée en l'an 1084 dans les Alpes dauphinoises; ce fut, naturellement, un centre de déboisement. Mais ici la dénudation du sol ne fut pas poussée trop loin. Aux environs du monastère, dans une zone dont l'altitude dépasse un peu 1,000 mètres, il existe encore d'admirables futaies de hêtres. Les

bois qui entourent la Grande-Chartreuse, peuplés de hêtre, d'érable, de sapin ou d'épicéa, selon l'altitude, peuvent donner une idée assez exacte de ce que fut primitivement l'aspect forestier du Dauphiné.

Entre l'Isère et la Romanche, au voisinage de Grenoble, de nombreux bois prospérèrent jadis; la forêt d'Uriage a seule gardé

La Grande -Chartreuse.

un peu d'importance. D'ailleurs, bien avant le moyen âge, les Romains avaient opéré de grands défrichements dans toute cotte contrée.

Dans tes vallées alpestres, oîi la végétation forestière était anciennement très abondante, les populations, à la fois ignorantes et insoucieuses de leur propre intérêt, saccagèrent tellement les forôts, que les flancs de montagne ne tardèrent pas à être tout à fait dénudés dans beaucoup de cantons. Ces funestes pratiques eurent pour conséquence immédiate la formation de nombreux torrenls, qui ravagèrent périodiquement la contrée et y répandirent la misère avec la stérilité. Lorsque parut l'ordonnance royale de 1669 concernant les eaux et forêts, une grande partie des Alpes françaises était déjà

complètement déboisée. Depuis lorji, et jusque dans ces derniers tomps, l'aulorité judiciaire et l'administration luttaient, sans grand succès, pour empêcher le déboisement de s'étendre davantage. C'est seulement depuis une vingtaine d'années que la situation s'améliore à cet égard.

La forêt de Boscodon, où fut fondée l'abbaye de ce nom, n'a pas manqué de subir le sort commun; après avoir été soumise pendant

cinq ceuto ans à des dévastations incessantes et de toute sorte, elle a fini par être réduite presque à rien.

A l'époque mérovingienne, des bois importants s'étendaient entre Grenoble et Valence , dans le sud-ouest du Dauphiné; ce massif était encore représenté, il y a deux cents ans, par la forêt de MarsaDnc, dont il ne subsiste plus grand'chose maintenant. De môme le canton de Pierrelatte, actuellement dénud^, possédait au xw^ siècle de beaux ombrages que la cognée n'a pas respectés plus que tant d'autres.

Les forêts de Chalambert et de Taulignan, les bois de Luba, de Montjoye et de Salles provenaient du démembrement de l'ancien réseau forestier, dans la région de Montélimart. Au xviie siècle, la forêt de Vercors était la seule épave de quelque importance dans la r^ion de Die. *

D'une manière générale, le aol et le climat de la Provence sont peu propres à la culture forestière; cependant, au moyen âge, cette province était plus boisée qu'elle ne l'est de notre temps. Les anciens documents ont perpétué le souvenir de quelques forêts disparues; on sait ainsi qu'une forêt garnissait anciennement les pentes du mont Ventoux; on sait, de la même façon, qu'il existait dans le diocèse d'Aix, au xii^ siècle, une forêt nommée la « forêt blanche » , en raison des peupliers argentés qui y croissaient en grand nombre.

Le diocèse d'Arles possédait également, au xn« siècle, une forêt d'ormes, nommée la « forêt royale ». Cette « silveréal » occupe encore, dans la petite Camargue, une étendue nominale de 5,000 hectares; mais les quatre cinquièmes de celte superficie sont absorbés par des marais ou des landes, et le pin a remplacé l'orme partout. Cette pauvre forêt est parfois désignée sous le nom de pinède des Saintes Maries. Il est à noter qu'en Provence le pin chasse peu à peu toutes les autres essences forestières; le hêtre, le chêne et l'if tendent à disparaître tout à fait de cette province, où ils ont formé jadis des peuplements de quelque importance dans certains cantons.

Les forêts proprement dites ont toujours constitué la plus minime fraction du sol boisé, dans la région des Bouches -du -Rhône; ainsi les forêts de Suez, de la Taillade, de Cadarache et de la Pallière étaient de peu d'étendue. Leurs essences dominantes étaient le chêne vert et le pin. Il paraît certain que les pinèdes et les chênaies de cette contrée furent autrefois, c'est-à-dire il y a cinq à six siècles, beaucoup plus nombreuses et plus florissantes.

Le déboisement n'a pas moins sévi dans la région du Var et des Alpes -Maritimes; cependant l'Esterel est encore garni de chênes, de hêtres et de pins, comme au moyen âge. Le mélèze et le sapin, qu'on y trouvait autrefois en abondance, sont devenus de très rares exceptions; ces deux essences semblent destinées à disparaître complètement de la basse Provence.

Jadis le massif forestier de la Sainte-Baume comprenait des futaies de hêtres et d'érables, auxquels se mélangeaient l'if et le tilleul. Les incendies ont contribué beaucoup à la destruction ou à l'appauvrissement de ces futaies. Sur différents points, notamment dans la chaîne des Maures, les essences forestières ont été remplacées peu à peu par l'arbousier, l'oranger, le myrte, le laurier rose, le pin d'Alep et le pistachier, c'est-à-dire par une végétation qui n*est pas dépourvue de mérite , mais qui est beaucoup plus chétive.

LES FORÊTS DE LA FRANCE Si

Parmi les arbres de la Provence, l'olivier mérite une mention spéciale; sa culture est des plus florissantes et gagne sans cesse du terrain.

En Corse, il existe depuis les temps les plus reculés de magni-

fiques forêts, où domine le pin laricio. Beaucoup de ces forêts n'ont pas encore été exploitées, à cause du manque de routes pour le transport du bois. Ces foriHs peuvent fournir de beaux et l>ons bois de construction; les pins y atteignent des proportions gigan-

A cêté de ces pinèdes colossales, il faut mentionner les maquis, véritables forêts naines, dont le bois n'est guère exploité que pour la fabrication du charbon ou pour la confection des menus objets de bimbeloterie. — Mais revenons à la France continentale.

On n'imaginerait guère aujourd'hui que le bas Languedoc fut autrefois un pays boisé. Un acte du temps de Charles le Chauve (864) signalait dans la région narbonnaise deux grandes forêts, la sylva Montederna et la sylva Bitoranda. Au xii® siècle, la forêt de Fontfroide existait dans la môme région. Il y a cent ans, ces trois massifs jadis importants n'étaient plus représentés que par de petits bois sans valeur.

La chaîne des Corbières, autrefois bien garnie, ne possède plus que de maigres et rares taillis, contre lesquels s'acharne toujours le déboisement. La végétation arborescente y est de plus en plus remplacée par la bruyère, le genêt et le romarin. Sous ce rapport, les montagnes Noires ont été un peu moins maltraitées.

Aux environs de Cette et de Montpellier on ne trouve plus trace des bois anciens, qui pour la plupart ont été détruits depuis plusieurs siècles.

Sans être aussi dévasté que les Alpes, le versant français des Pyrénées est bien déchu de son antique splendeur. Dans la partie orientale, le déboisement s'est accentué surtout depuis deux cents ans; à cette époque, le Canigou était encore couvert de riches sapinières, qui alimentaient un grand nombre de forges : forêts et forges ont disparu. Il en a été de môme dans le comté deFoix.

Les pays de Conserans et de Comminge ont été moins atteints par le défrichement; au xve siècle, leurs forêts alimentaient de nombreuses forges, où l'on exploitait le minerai de fer de la contrée.

Vers l'ouest, le versant français commença à se dégarnir prématurément; Strabon signalait même déjà ce fait. En revanche, Froissart a parlé du Béarn comme d'un pays très boisé. Bien avant cet historien, au vnie siècle, une épaisse forêt de hêtres tapissait entièrement le défilé de Ronce vaux.

Certaines forêts ont mieux résisté que d'autres, par exemple la forêt de Gabas, dans la région d'Oloron , et la forêt d'Iraty, au voisinage de Saint-Jean- Pied- de -Port. Les noms de diverses localités rappellent aujourd'hui le souvenir d'anciennes forêts, dont il ne reste plus d'autre trace. L'abbaye cistercienne de Sauvelade fut édifiée, en 1127, dans la grande forêt du Faget, dont les futaies de hêtres {fagus) ont disparu depuis plusieurs siècles. Ces belles futaies étaient nombreuses anciennement dans le Béarn et la Navarre française. C est le développement de l'industrie métallurgique qui, sur certains points, leur a été le plus préjudiciable à diverses époques.

La Gascogne a été défrichée presque partout et livrée aux cultures agricoles bien avant le moyen âge, et en grande partie dès la période gallo-romaine. Les plus anciennes chartes locales parlent beaucoup

Fui aie de hSlres.

plus de champs cultivés, de potagers et de vignobles que de bois; quand vint le moyen âge, presque tous les bois de quelque importance avaient déjà disparu. Cependant la grande forêt de Baconne existait encore dans le haut Armagnac, et elle conserva longtemps son aspect de l'époque gauloise. Les bois du BIgorran s'étaient aussi passablement conservés.

Dans le diocèse d'Auch, de simples boqueteaux et des lieux- dits furent de bonne heure les seuls vestiges des forets détruites. Les anciens documents font connaître qu'une belle forêt de hêtres existait, au vnie siècle, autour de l'abbaye du Haut-Faget; que l'abbaye de Gimont, au xii» siècle, était située au centre de la Plana sylva; qu'une forêt dite Nigra vallis se trouvait près d'Auch, au xi© siècle; qu'une forêt importante, Mediana sylva, prospérait à la même époque dans le diocèse de Tarbes.

Au xne siècle , les bords de la Garonne et du Tarn étaient très boisés entre Toulouse et Montauban ; mais ce massif, dont la Grand' Selve était la forêt principale, fut réduit progressivement à la contenance d'un petit bois sans valeur.

L'abus des droits d'usage et le défrichement réduisirent, dès le milieu du moyen Age, les forêts du Rouergue à de misérables proportions; il n'est resté qu'un vague souvenir des chênaies qui garnissaient anciennement les collines de cette province. Les derniers lambeaux de la grande forêt de Palance, près de Rodez, ont fini de disparaître au siècle dernier.

Sur les confins du Rouergue et du Languedoc , la forêt de Guillaumard a présenté longtemps une étendue notable.

Le domaine forestier de l'Albigeois fut ménagé davantage pendant plusieurs siècles; on y comptait un certain nombre de forêts importantes, telles que les forêts de la Narbonnaise, de Cabarède, de Giroussens, de Vialavert, d'Angles, de Breton, de Castres , de Grésigne.

Au moyen âge, la grande forêt de Grésigne était ravagée par les communes riveraines en vertu du droit d'usage; cependant, au xviie siècle , elle présentait encore une contenance de plus de 7,000 arpents. Les forets de Breton et de Castres étaient les seules réserves d'un réseau do grands bois appartenant aux Templiers et concédés par eux, à titre d'usage, aux populations environnantes. Il ne reste que des vestiges insignifiants des forêts de Giroussens, de Vialavert et d'Angles.

Dès l'époque romaine, le territoire de l'Agénois a été consacré exclusivement à l'agriculture. Le Quercy, au contraire , avait conservé une certaine quantité de forêts, surtout dans la région de Figeac. Un

diplôme de Fan 838 mentionne la forêt de Prendeignes, dont les importantes futaies de chênes et de châtaigniers existaient dans le haut Quercy, vers les confins de l'Auvergne. La forêt de Trégazon est citée dans une charte de 878. De même, au viiie et au ix© siècle, la forêt de Lavaur se trouvait sur les confins du Quercy et du Languedoc; elle se rattachait à la foret de la Garrigue.

Le Vivarais et le Gévaudan, quoique plus boisés anciennement, n'ont jamais été très riches sous ce rapporf. Le Velay était mieux partagé; on y rencontrait, entre autres, les forêts de Dauzon et de Bauzon, qui ne formaient primitivement qu'un seul massif. Les défrichements entrepris au moyen âge par les moines avaient fini par réduire beaucoup leur étendue.

En Périgord, beaucoup de lieux- dits prouvent que la contrée était abondamment garnie de bois. La forêt de Ver était la plus importante du réseau; une ancienne voie romaine la traversait, allant de Périgueux à Gahors.

La Guienne n'a jamais été très boisée. Les forêts de Goly, de BourzoUes et de Saint- James étaient les restes des marches forestières qui séparaient originairement cette province du Quercy, du Périgord et de l'Angoumois. Encore faut -il, pour trouver trace de ces forêts, remonter à plusieurs siècles. Quelques lieux-dits marquent seuls aujourd'hui l'emplacement de la grande forêt de Saulve-Majour, qui existait, en 1078, au sud de Bordeaux.

Dans le Médoc et le Bazadais, les vignobles ont pris de toute antiquité, pour ainsi dire, la place des bois. Enfin on a conservé tout au plus un vague souvenir de futaies qui garnissaient anciennement, paraît-il, les rives de la Garonne et de la Dordogne, dans les pays de Benauge et d'Entre -deux- Mers.

Sur les confins de la Guienne et de la Saintonge se trouvait la forêt de Pleine-Selve, où fut fondée, en 1148, l'abbaye de Saint-Geniès-de la-Plaine. Elle mesurait, de l'est à l'ouest, une étendue de trois lieues, et se reliait probablement, dans les anciens temps, avec la forêt de Saintes.

Mais, en réalité, la Guienne n'a jamais été un pays véritablement forestier.

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