‹ Les forêts et les eaux souterraines dans les régions de plainesChapitre 3 sur 7 · Séance du 18 mal · texte numérisé non relu

Séance du 18 mal

2. VEdimburgh Revieu) (numéro de janvier 1893), d'où sont extraits ces renseignements, ajoute : « Le mal provient de la destruction des forêts ; la loi par laquelle le gouvernement a interdit Texploitation désordonnée des bois est arrivée trop tard. Le reboisement est une œuvre de longue haleine et c'est le seul rcDiède à la situation. » (Trad. dans Bévue des Eaux et Forêts, 1895. p. 507.)

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gique dans les forêts qui se trouvent disséminées sur une faible sur- '''^M

face de la région dite des terres noires ou du ichernozem. Cette région que Ruprecht appelle le continent du tchemozem, s'étend sur 95 millions d'hectares et forme la plus grande parlie de la Russie d'Europe au sud d'une ligne passant par Kiev, Moscou et Kazan. La direction des travaux fut confiée à M. Olotzky. Ces recherches, entreprises avec mélhode sur de grandes surfaces et dans des conditions aussi semblables qne possible de sol et de relief t— les plus propres, . par suite, à faire ressorlir l'influence du seul élément variable, la présence ou Tabsencedèla forêt, — forment une contribution importante à l'étude de cette vieille question si ardemment discutée et encore incomplètement élucidée : l'action des forêts sur les nappes souterraines et les sources.

Le déparlement forestier organise, de son côté, des excursions hydrologiques dans les régions où l'assèchement du climat et la diminution des eaux courantes et des sources ont provoqué le plus de plaintes. On sent que la recherche des causes de. ce phénomène est d'un intérêt capital pour la Russie d'Europe qui ne reçoit guère plus •d'eaux météoriques qu'il n'en faut pour les diverses cultures, puisqu'il n'y tombe que de 20 à (îO centimètres d'eau.

Cette question est connexe, mais distincte, d'une autre, qui donna lieu autrefois à de longues discussions, à de passionnées controverses, mais sur laquelle tout le monde est d'accord aujourd'hui, je veux parler de Tinfluence des forêts sur le régime des cours d'eau et sur les inondations.

Les crues fortes et subiles qui sont les plus désastreuses sont provoquées par les eaux de ruissellement circulant à la surface des terrains imperméables dans les régions accidentées des bassins. Dans les plaines, les eaux des pluies ou des neiges s'infiltrent dans le sol, s'il est perméable, et vont enrichir les nappes souterraines dont les sources sont les émissaires. Si le sol est imperméable, ces eaux restent à l'état stagnant jusqu'à ce qu'elles se soient complètement évaporées; mais dans les montagnes elles s'écoulent suivant la ligne do plus grande pente avec une vitesse d'autant plus grande que la pente est plus rapide et viennent se déverser dans les misseaux en les gonllant très vite et en provoquant des inondations désastreuses.

A la suite de celles de 1856, dont les ravages constenièrent la France, Ton vit surgir de nombreux écrits sur les moyens à employer pour provenir le retour de semblables calamités. Parmi ces moyens, celui qui fui préconisé surtout fut le maintien des forêls et le reboisement des versants montagneux imprudemment dénudés.

■ H y eut à ce moment une irrésistible poussée de l'opinion publique en faveur du reboisement des montagnes dont les écrits de Fabre, Thury, Surell, Gras, Boussingault, de Gasparin, Becquerel, Clavé (pour ne citer que les plus importants) montraient l'urgente nécessité si Ton voulail, d'une part, empêcher la dégradation du sol sur les pentes des montagnes et la formation des torrents, et, de l'autre, régulariser le régime des cours d'eau et prévenir les inondations. La loi du 28 juillet 1860 sur le reboisement, complétée par celle du 8juin 1864 sur le regazonnement, fut la conséquence de cette agitation et les remarquables travaux faits depuis 40 ans par l'administration foreslière dans les régions les plus dévastées de nos Alpes françaises attestent, par les résultats déjà obtenus et reconnus par tous que c'était là le meilleur moyen à prendre pour arriver au. but. Ces résultats sont si nets, si évidents, que les autres nations se sont empressées de nous imiter et de venir étudier chez nous les procédés mis en œuvre avec succès dans les conditions les plus difficiles par l'administration foreslière française. Aujourd'hui, ce sérail un lieu commun de plaider cette cause ; elle est gagnée. Tout le monde est convaincu que les forêts constituent le meilleur moyen de fixer le sol sur les pentes des montagnes de manière à empêcher le ravinement et la formation des torrents, même après les pluies les plus violentes et sur des terrains meubles; tout le monde est convaincu aussi que les forêts diminuent le volume d'eau qui arrive au thalweg des bassins dénudés de toute la quantité retenue et évaporée par le dôme de feuillage et la couverture morte qui tapisse le sol et surtout qu'elles ralentissent dans une large mesure et l'écoulement des eaux superficielles et la fonte des neiges de façon que les crues sont moins hautes et moins soudaines.

Dans ce concert, les seules voix discordantes ont été celles de deux ingénieurs des plus distingués, Belgrand et Vallès.

M, Belgrand dit* que les forêts ne retardent pas Técoulement des eaux pluviales, parce qu'il a constaté que les crues des cours d'eau du Morvan, région boisée, ne sont ni moins violentes ni moins rapides que celles qui proviennent de TAuxois, région déboisée. Ce n'est d'abord pas dans le bassin de la Seine, qui présente une vaste surface avec de très faibles déclivités, qu'il faut chercher des exemples, mais dans les rivières des montagnes telles que les Alpes, les Pyrénées, où le ruissellement est à son maximum d'intensité et où le ralentissement dû à la forêt est le mieux marqué.

Du reste, M. Belgrand a soin d'ajouter que ses observations ne s'appliq^aent qu'au bassin de la Seine et aux forêts peuplées d'ar- Lres à feuilles caduques. 11 est possible, dit-il, que les choses se pas- :5ent tout autrement dans les régions tropicales où les pluies qui produisent les crues tombent sur des forêts toujours couvertes de feuilles*.

L'assertion de M. Belgrand, même limitée au bassin de la Seine, est loin d'être inattaquable.

D'abord il pleut beaucoup plus dans le Morvan que dans l'Auxois et, surtout, le relief en pentes raides des montagnes granitiques du Morvan favorise bien plus le ruissellement que celui de l'Auxois, pays formé de coteiaux liasiques à pentes douces couronnées de plateaux calcaires.

L'opinion de M. Belgrand s'appuie sur des expériences faites en 1852 sur deux ruisseaux à versants imperméables situés près d'A vallon ; mais ces expériences prêtent le flanc à des critiques tellement sérieuses qu'on ne peut accorder aucune confiance à des conclusions fondées sur de tels résultiats*.

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