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Adolphe d'Âssier, le Brésil contemporain

2. M. AVallace, qui a passé de nombreuses années dans rAmérique tropicale et dans les îles de l'archipel malais, affirme que les couleurs brillantes des fleurs jouent un [rôle bien autrement important dans les paysages de nos climats tempérés, que jamais sous les tropiques il n'a rien vu de comparable à l'effet que produisent chei nous dans les bois, les genêts, les bruyères, les jacinthes sauvages» l'aubépine,' les boutons d'or.

couches de feuillage, réfléchie de feuille en feuille depuis le faîte de la forêt, n'arrive dans Ip fond qu atténuée, réduite à un vague crépuscule verdâtre, qui s*assombrit encore quand, à l'approche d'un orage, le ciel se voile de nuages épais. Alors tous les objets perdent leurs contours, se déforment à vos yeux, paraissent grossis et prennent un aspect mystérieux, inquiétant. Le ti'onc gisant, à demi recouvert par la végétation, ressemble à un Jaguar énorme accroupi dans l'herbe. Cette tige tortueuse, enroulée sur elle-même, n'est-ce pas un Boa guettant une proie, et toutes ces Lianes grêles qui pendent, ne sont-elles pas autant de Couleuvres suspendues aux branches des arbres? Qu'un léger souffle de vent vienne à balancer ces formes végétales et à leur donner une apparence de vie : plus de doute, le tronc d'arbre, la tige tortueuse, les Lianes vont rugir, vont mordre, vont s'élancer sur vous*.

La solitude et le silence qui vous entourent accroissent votre émotion. Dans la journée, tous les animaux, accablés par la chaleur, se tiennent cachés ; les oiseaux se taisent, ou si quelques-uns, à de longs intervalles, se font entendre, ce ne sont pas là des chants; ce ne sont pas de ces gazouillements légers, de ces modulations vives et gaies qui animent nos bois ; c'est un cri rauque et court, plusieurs fois répété, c'est une note unique, prolongée et mélancolique*, ou bien un roucoulement plus fort, plus grave et plus triste que celui du ramier'. Il s'élève aussi de temps en temps, au milieu d'un calme profond, des bruits singuliers et inexplicables : tout à coup on croit entendre prés de soi un soupir étouffé; puis c'est une voix plaintive appelant dans le lointain; voici ensuite un coup brusque, sonore, comme le rebon-

1. Paul Marco y. Voyage de V Océan Pacifique à V Océan Atlantique à travers V Amérique du sud. Paris, 1868, 2 vol. in-8*. Hachette

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