CHAPITRE XIII
La végétation forestière de l'Inde. — Les jungles et les Tigres. — Le Figuier banyan. — Le Hanglier. — Les forêts de l'Himalaya. — Les éléphants. — Infériorité de la flore africaine. — La forêt de Mitammba. — Les hautes herbes du Nil Bleu.
Les Indes orientales, y compris les îles de l'archipel de la Sonde, ne nous offriront pas une végétation forestière supérieure à celle qui couvre de ses massifs presque ininterrompus l'Amérique tropicale, particulièrement le Brésil. La flore, favorisée par un climat à la fois chaud et humide, y est aussi d'une admirable richesse. Les Lianes, les Ëpiphytes, ces parasites qui s'établissent sur les arbres et les enveloppent de leur feuillage et de leurs fleurs, y figurent en grand nombre. On y retrouve aussi la belle famille des Palmiers, représentée par près de trois cents espèces. Mais les plus grandes de ces espèces, môme le Corypha qui, au Malabar et dans l'île de Geylan, atteint 22 mètres de hauteur, restent inférieures à celles de l'Amérique. Beaucoup d'entre elles, plus de la moitié, sont des Palmiers nains ou des Palmiers-lianes, qui ne peuvent s'élever qu'à l'aide de supports. En outre, les agglomérations végétales, si elles ont sur certains points autant de densité, présentent moins d'étendue. L'Asie, au point de vue forestier, demeure donc décidément en arrière du nouveau continent.
Les plus belles forêts indiennes se trouvent dans les grandes îles de la Sonde. L'Hindoustan en a conservé quelques-unes; on cite celle qui couvre une partie du delta du Gange et qui , dit-on , n*a pas moins d un million et demi d'hectares. Cette forêt gagne continuellement du terrain : les torrents qui, au moment des grandes pluies et de la fonte des neiges, descendent des flancs de THimalaya, entraînent des avalanches de terres, qu'ils déversent dans le fleuve ; ces terres sont charriées vers la mer et forment chaque année de nouveaux dépôts qui prolongent les plages du delta ; la forêt s'en empare aussitôt, et la mer recule devant elle. Ces bois marécageux sont impénétrables ; les crocodiles et les serpents y fourmillent ; leur insalubrité est telle qu'on les regarde conune le berceau empesté du choléra.
L'Hindoustan est d'ailleurs, nous l'avons dit, une contrée depuis longtemps épuisée par l'homme; ses paysages ont un air de vétusté , de flétrissure, qui attriste. Une grande partie de son territoire consiste en d'immenses plaines sablonneuses tapissées d'une herbe jaune et desséchée, ou bien d'un misérable arbuste épineux, blancliâtre, qui leur donnent un aspect sauvage et désolé ; de temps en temps on y rencontre les débris d'un village, butte d'argile, semée de fragments de poterie, avec quelques tombes dispersées à l'entour, ou même une ville considérable, dont les maisons et les mosquées sont encore debout, mais abandonnée, on ne sait pourquoi, et né renfermant plus un seul habitant*. Enfin vous apercevez à l'horizon une vaste nappe de verdure, mais ce n'est pas la grande forêt que vous espériez; il y en avait sans doute une autrefois : elle aura été détruite par le feu, et ce n'est plus aujourd'hui qu'une jungle.
Les jungles sont la forme de végétation forestière la plus répandue dans l'Inde, et la plus caractéristique de