CHAPITRE XIV
Influence des forêts sur Tesprit de l'homme. — Le culte des arbres chez les Grecs et chez les Romains. ~ L'arbre et les fées au moyen âger. — Jeanne d'Arc et les bois. — L'if de saint Martin. — Les arbres sacrés de l'Orient. — Un poète contemporain adorateur des arbres.
Les grands arbres, élevant leur cime jusqu'au ciel et écrasant de leur fût gigantesque Tinfime tjille humaine, interposant leur vaste ombrage entre le soleil et la terre, servant d'asile aux oiseaux et à leurs nids, ne se dépouillant de leur feuillage que pour en revêtir un nouveau, ne se lassant pas de prodiguer leurs fruits, survivant à de nombreuses générations au point de sembler éternels, ont dû prendre aux yeux des hommes primitifs un caractère surnaturel; ils leur ont paru sacrés. Puisque les peuples anciens ne s'expliquaient le mouvement et la vie de tous les êtres de la nature que par l'intervention de dieux .et de génies, invisibles, mais partout présents et toujours actifs, comment n'auraient-ils pas attribué les grands arbres des forêts aux plus puissants et aux plus nobles de ces êtres supérieurs ?
C'est ainsi qu'à Dodone, l'antique cité des Pélasges, une forêt de Chênes entourait l'autel de Jupiter. On croyait que ces arbres étaient les confidents du souverain des dieux et qu'ils révélaient sa volonté par le murmure de
leurs feuilles. Les vases d'airain qui étaient suspendus aux branches n'avaient d'autre ofilce que de traduire ce murmure par des accents plus sonores, lorsque le vent les agitait et les faisait s'entre-choquer. Suivant une autre tradition, les Pigeons qui habitaient dans les Chênes de Dodone rendaient aussi des oracles par leurs roucoulements. Hais de qui ces oiseaux tenaient- ils leur science, si ce n'est des arbres dans l'intimité desquels ils vivaient? Quand les bois n'étaient pas consacrés aux grands
dieux, tels que Jupiter, Apollon ou Diane, les Hellènes ne les abandonnaient pas à l'empire d'une nature sourde et aveugle ; ils les peuplaient de Dryades, d'Hamadi^ades, de Napées. Venait-on à abattre quelqu'un des arbres de ces bois? Les coups retentissants de la hache étaient les plaintes de ces charmantes divinités, chassées de leur asile.
Les Pélasges de l'Italie et, après eux, les Latins professaient le même culte pour les arbres. Diane régnait sur
leurs forêts. Il n*y avait pas de bocages sans Faunes, sans Sylvains. Virgile, dans YÉnéide, nous montre le vieux roi Latinus allant consulter le dieu Faunus, descendant ^ de Saturne, oracle célèbre alors et que Ton venait interroger de tous les points du Latium et de Tltalie : le roi pénètre dans le bois sacré, dépose ses offrandes sur l'autel de Faunus, se couche dans Torabre et le silence de la nuit sur les peaux des brebis qu'il a immolées, et s'endort ; bientôt il voit vaguement voltiger autour de lui des fantômes étranges et il entend les voix de la forêt, qui sont le langage du dieu. On prétendait que les oracles de Faunus se rendaient encore par des incisions pratiquées sur l'écorce des arbres, sortes de bouches par lesquelles s'échappaient les secrets divins.
A Préneste, c'étaient des bâtons de Chêne, marqués de certains signes sacrés, qui étaient tirés au sort par les consultants et transmettaient les réponses des dieux. Ces bâtons avaient sans doute retenu quelque chose de l'esprit de l'arbre duquel ils avaient été détachés. Ne > serons-nous pas tentés de voir en eux l'origine de ces baguettes divinatoires, rameaux de Coudrier, d'Aune ou de Hêtre, qui, au moyen âge, avaient la vertu de découvrir dans le sein de la terre les sources et les trésors?
Caton nous apprend gue, de son temps, la vénération pour les bois sacrés était si grande qu'y abattre un arbre était considéré comme un sacrilège qui ne pouvait s'expier que par un sacrifice solennel. Beaucoup plus tard, sous les empereurs, ce sentiment était encore vivace dans les campagnes.
Les grandes forêts de la Gaule, de la Grande-Bretagne, de la Germanie, ne frappèrent pas moins vivement l'imagination des peuples qui habitaient ces contrées, et ils en firent la demeure de leurs dieux. Les arbres, particulièrement les Chênes, étaient pour eux des êtres animés et divins. Dans leurs cérémonies religieuses, qui se célébraient au fond des forêts, les druides se cou*
Tonnaient de feuilles de Chêne et récoltaient, comme emblème sacré, le gui toujours vert, enfant du Chêne. Les Gaulois aimaient à se faire enterrer à Tombre des hautes futaies, dans la société des esprits sylvestres.
Lucain a dépeint avec énergie une forêt sacrée , située près de Marseille, et l'impression profonde qu'éprouvèrent les soldats romains en y entrant avec César pour la détiniire. « C'était, dit-il, une antique forêt, jusqu'alors respectée par les siècles, enfermant sous la voûte de ses branches entrelacées un air obscur et une ombre glacée par Uétemelle absence du soleil. Là ne régnent ni les Faunes, ni les Sylvains, ni les Nymphes, divinités bocagères, mais les affreux autels d'une religion barbare, et chaque arbre a reçu l'aspersion du sang humain. On dit que l'oiseau craint de se poser sur ces branches, la bête fauve de se coucher dans ces halliers ; que jamais le vent , jamais l'éclair jaillissant des nuées orageuses n'approchent de ces cimes : les arbres frémissent d'eux-mêmes. De nombreuses sources forment des ruisseaux d'une eau noire. Les mornes effigies des dieux sont des ébauches sans art, des troncs informes et grossièrement taillés . \a mousse qui les couvre, leur vétusté livide inspirent l'effroi.... Les habitants n'osent fréquenter ce temple de leur culte; ils l'ont abandonné aux dieux. En plein jour comme au milieu de la nuit, le prêtre lui-même n'en approche pas sans pâlir : il a peur de surprendre le maître de ces sinistres demeures.... César donna l'ordre d'abattre la forêt, qui, voisine de ses travaux et épargnée dans la précédente guerre, dressait sa futaie altière et touffue au milieu des monts dépouillés d'alentour. Mais les plus braves sentirent trembler leur main. Troublés par la formidable majesté du lieu, ils croyaient que, s'ils frappaient ces Chênes sacrés, les haches repoussées reviendraient sur euxmêmes. Alors César, voyant ses soldats terrifiés et immobiles, s'empare d'une dé ces armes et en assène un coup
violent sur un Chêne qui touchait aux nues. Le fer s'enfonce profondément dans l'arbre profané. « Maintenant, s'écrie-t-il, vous n'aurez plus peur. Si c'est un sacrilège, c'est moi qui l'ai commis. » Aussitôt l'armée entière obéit. Ormes, Yeuses, Chênes, Aunes amis des eaux, Cyprès, inclinèrent pour la première fois leurs têtes chevelues et livrèrent passage à la lumière du jour. Toute la forêt tomba ; les arbres se soutenaient mutuellement dans leur chute. »
' Au commencement du neuvième siècle, lorsque saint Bonaventure entreprit de convertir au christianisme les peuples de l'Allemagne, il rencontra pour adversaires les arbres sacrés , avec lesquels s'identifiaient- Odin , Thor, Freyja, et qui menaçaient de perpétuer ces divinités en leur prêtant pendant des siècles encore leur propre vie. Il y avait particulièrement dans le pays des Hessois un grand Chêne qui était l'objet d'une vénération superstitieuse. D'après l'avis de quelques néophytes, Boniface résolut d'abattre ce Chêne. Tandis qu'armé d'une cognée, il frappait l'énorme tronc de coups redoublés, la foule païenne, groupée en cercle autour de lui, l'accablait de railleries, de défis et de malédictions. Enfin l'arbre sacré tomba. Mais on ne put croire qu'il se fût laissé vaincre sans une intervention miraculeuse. Le vent qui avait incliné sa cime et aidé à sa chute fut pris pour le souffle d'un dieu plus puissant, auquel la plupart des assistants se convertirent. Du reste ^ le Chêne de Thor ne dérogea pas ; il reçut une. destination pieuse ; il servit à construire une chapelle dédiée à saint Pierre.
Les Germains avaient aussi leurs bâtons prophétiques semblables à ceux de Préneste; ils interrogeaient le chant des oiseaux, interprètes des bois, ainsi que les hennissements de chevaux sacrés, nourris dans les forêts.
Chez les peuples Scandinaves, c'était le Frêne qui était l'arbre sacré par excellence. L'esprit du créateur
du monde habitait en lui. Aussi le Serpent, symbole du mal, n'osait-il approcher de cet arbre. Les feuilles et le bois du Frêne passaient pour des préservatifs infaillibles contre ce reptile. Dans l'ouvrage d'Olaûs Magnus publié à Rome en 1555 (sur Uhistoire, les mœurs ^ les superstitions des peuples du Nord), se trouve une curieuse gravure illustrant le chapitre qui traite du moyen d'éloigner les Serpents des enfants pendant le temps de la moisson : on y voit de petits enfants paisiblement endormis dans des berceaux suspendus aux branches de grands Frênes, tandis que leurs mères sont occupées à moissonner un champ de blé au-dessous d'eux.
Quand le christianisme fut établi en Europe, la Vierge et les saints héritèrent malgré eux des dieux du paganisme. Les arbres sacrés leur furent attribués 'par la piété naïve des habitants des campagnes, imbus des traditions de leurs ancêtres. Jeanne d'Arc, dans son en-fance, allait suspendre des guirlandes de feuillage et de fleurs aux branches d'un Hêtre voisin de la chaumière de sa famille, et qui était, personne n'en doutait, le séjour des fées. Plus tard elle croyait voir l'image des deux saintes qu'elle invoquait lui apparaître dans la ramure des arbres du « Bois chesnu » ; la voix de son âme, qui lui parlait tout bas, elle croyait l'entendre dans le murmure des feuilles agitées par le vent. Dans un des interrogatoires qu'on lui fit subir pendant son procès, on lui demanda si elle entendait encore ses voix : « Ah! je les ouïrais bien, s'écria-t-elle, si j'étais en quelque forêt I » Jeanne d'Arc, on l'a dit avec raison, était tout autant druidesse que chrétienne. Les paysans qui l'entouraient n'avaient pas d'autres idées qu'elle sur les relations des esprits célestes avec l'homme à travers la nature. Après la mort de Jeanne, on racontait que les bois aimaient et protégeaient la jeune bergère : « Quand elltî ^rdait les brebis de ses parents, le loup jamais ne mangea ouaille de son troupeai. Lorsqu'elle était toute
Le l'almier-dailiet.
petite, les oiseaux des bois venaient à son appel manger du pain dans son giron, comme privés. »
Les Ifs séculaires que nous voyons souvent plantés à droite et à gauche du portail des vieilles églises, dans nos villages, étaient autrefois l'objet d'une vénération religieuse, et c'est à ce sentiment qu'ils doivent d'avoir été épargnés. Dans le cloître de Vertou, en Bretagne, il y avait un If magnifique, né, disait-on, du bâton de saint Martin, premier abbé de ce monastère. Les princes bretons priaient toujours sous son ombrage avant d'entrer dans l'église. Personne n'osait en arracher une feuille; ses branches avaient beau se couvrir tous les ans d'une multitude de baies écarlates : les oiseaux eux-mêmes les respectaient. Un jour des pirates normands se montrèrent moins scrupuleux, deux d'entre eux grimpèrent sur l'If de saint Martin pour y couper des branches afin de se faire des arcs. L'un et l'autre furent précipités du haut de l'arbre, et tués sur le coup.
Les mêmes croyances régnèrent longtemps en Irlande et en Angleterre. Lorsque le Chêne consacré à saint Colomban, à Kenmare, fut renversé par un orage, personne ne se permit d'y toucher; on eût cru le profaner en l'employant à des usages vulgaires. Seul un tanneur s'enhardit; il enleva une partie de l'écorce pour tanner son cuir, et de ce cuir il se fit des souliers. Le jour même où il les mit pour la première fois, il fut atteint de la lèpre, dont il ne guérit jamais. On ne douta pas que ce ne fût la punition de l'injure faite à l'arbre du saint. A Norwood, dans le sud de l'Angleterre, — c'était vers 1650, — il y avait un Chêne vénéré sur lequel poussait du gui. Des paysans, à plusieurs reprises, coupèrent des rameaux de ce gui pour les vendre à un pharmacien de Londres. Peu de temps après, ils devinrent l'un boiteux, les autres borgnes. Quelques années plus tard, un bûcheron, quoique n'ignorant pas ce qui était arrivé, se chargea d'abattre le Chêne. Il eut, lui aussi, à se repentir de son irrévé-
rence : il se cassa la jambe. Dans le comté de Kent, à Eastwell, le comte de Winchelsea fit raser une antique futaie de Chênes, voisine de son château. Pour décider ses ouvriers, il dut, comme César, donner l'exemple et prendre lui-même la cognée. Bientôt après, la comtesse fut trouvée morte dans son lit, et son fils, lord Maidstone, périt, tué en mer par un boulet de canon. C'était la forêt, ou plutôt c'étaient les génies de la forêt qui s'étaient vengés*.
Aujourd'hui encorç, dans nos campagnes, il n'est pas rare de voir, sur le bord d'une route ou à l'angle d'un bois, un vieil arbre à la cime brisée, dont le tronc est décoré d'une statuette de la Vierge; des bouquets y sont suspendus ou déposés au pied. Les ouvriers des champs, surtout les femmes, en passant devant, font le signe de Ja croix; le dimanche, elles s'y rendent exprès, s'y arrêtent, se mettent à genoux et adressent leurs prières à sainte Marie du Chêne, à sainte Marie du Tilleul, à sainte Marie du Mélèze ou du Sapin. En Allemagne et en Russie, il y a des villages où il ne se trouvera pas un paysan pour abattre tel arbre centenaire, creux, mutilé, plus qu'à demi mort. Ou si quelqu'un s'y décide, on le verra, avant de porter le premier coup de cognée, s'agenouiller devant lui, les mains jointes, la tête nue, comme pour lui demander pardon et se recommander à sa clémence. Souvent il se contentera de couper le tronc, épargnant la souche et les racines, afin qu'elles puissent produire des rejetons : de cette façon, il ne lui aura pas tout à fait ôté la vie, et il âïira mis sa conscience en repos.
L'origine du culte des arbres se perd dans les ténèbres des temps préhistoriques. Dès qu'on possède quelques documents figurés ou écrits, on y trouve la trace de ce culte. L'arbre sacré, symbole de la vie divine, c'est-à-dire de la vie
1. Les arbres et les fleurs cfiez les Patené et chez les Chrétiens (Revue Britannique^ 1864).
sereine, bienfaisante, éternelle, est représenté dans les plus anciennes sculptures égyptiennes et assyriennes; les adorateurs des dieux en tiennent à la main les fruits, qui doivent leur communiquer la force et la sagesse d'en haut. Cet arbre était le Palmier-dattier, le bienfaiteur de rOrient; le Pin, ou le Cèdre, lui était quelquefois substitué en Assyrie, et sa force, sa majesté lui donnait des titres à cet honneur. Les Juifs et les Arabes mettaient aussi le Palmier au-dessus de tous les autres arbres; ils disaient qu'il avait été créé dans le Paradis terrestre du même limon qu'Adam, et ils lui accordaient la connaissance du présent et celle de l'avenir : cet arbre privilégié prophétisait par ses feuilles, qu'on voyait remuer bien qu'il n'y eût aucun soufQe de vent; Abraham, au dire des rabbins, comprenait ce langage des Palmiers. Le Figuier (Ficm religiosa) joue le même rôle chez .les Hindous. Brahma, en nommant les divers rois des animaux et des végétaux, qui étaient les agents de la conservation du monde, l'avait désigné pour être le souverain des arbres. Ce végétal extraordinaire, dont les nombreux rameaux se replantent dans le sol, de façon qu'un seul pied aftive à former tout une forêt, est considéré comme le symbole de l'intelligence. Le bouddhisme est resté Adèle à cette croyance. Il professe une véritable vénération pour la forêt, qui, toujours paisible, toujours écoutant et méditant, apprend tous les mystères. Bouddha est resté sept ans, plongé dans ses sublimes pensées, sous l'arbre Bodhi, en qui s'est personnifiée la sagesse. C'est à l'ombre de cet arbre, qui a le don des miracles, que les disciples de Çakya-Houni peuvent acquérir la connaissance de la vérité suprême. Chardin rapporte que les Persans ont des arbres sacrés, auxquels ils donnent le nom « d'arbres excellents ». Ce sont généralement des Platanes ou des Cyprès. On les couvre de clous, d'ex-voto, d'amulettes; on brûle à leur pied de l'encens ou des cierges pour obtenir la guërison des malades, l'accomplissement de ses vœux.
On vient se coucher et dormir sous leur ombrage dans Tespoir de goûter en songe les félicités des bienheureux.
Cette ancienne et universelle dévotion à l'égard des arbres, qui subsiste encore chez les populations peu éclairées (chacun sait que les sources, les fleuves, certains animaux en ont été aussi Tobjet), trouve son explication dans la nature humaine. Est-il surprenant que des hommes naïfs, privés de Tappui d'une ferme raison, livrés à leur imagination et à leur cœur, cherchent parmi les êtres qui les entourent, surtout parmi ceux qui leur semblent beaux, doux, bienfaisants, des amis et des protecteurs; qu'ignorants, souvent malheureux, frappés ou menacés de toutes parts, ils leur demandent une inspiration dans leurs doutes, une aide dans leur faiblesse, une consolation dans lej^rs peines? N'y a-t-il pas des heures de détresse où les plus raisonnables d'entre nous se troublent, . tendent des fnains suppliantes, cherchent à tâtons en haut, en bas, partout, une autre main plus forte et secounible, invoquent, implorent toute la nature, Dieu et tous les dieux?
Un de nos poètes contemporains, dont l'inspiration a ce caractère particulier d'avoir toujours été puisée aux sources les plus hautes, M. de Laprade, épris de pureté et de paix, séduit par la tranquillité et par l'innocence du monde végétal, a presque divinisé, lui aussi, les plantes ; il a donné une âme aux arbres, une âme puissante et calme qu'il admire, qu'il envie, et contre laquelle il échangerait volontiers sa vie d'homme, sujette aux troubles et aux luttes des passions. Dans ses beaux vers : A un grand arbre , il dit :
L'esprit calme des dieux habite dans les plantes. Heureux est le grand arbre aux feuillages épais ! Dans son corps large et sain la sève coule en paix, Mais le sang se consume en nos veines brûlantes.
.... Saiut, toi qu'en naissant Thomme aurait adoré! Notre âge, qui se rue aux luttes convulsives, Te Yoyant immobile, a douté que tu vives, Et ne reconnaît plus en toi d'hôte sacré.
Ah! moi, je sens qu'une âme est là sous ton écorce. Tu n'as pas nos transports et nos désirs de feu ; Mais tu rêves, profond et serein comme un dieu. Ton immobilité repose sur ta force.
Salut I Un charme agit et s'échange entre nous.
Arbre, je*suis peu fier de l'humaine nature.
Un esprit revêtu d'écorce et de verdure
Me semble aussi puissant que le nôtre et plus doux.
La science a porté sa lumière sous récoreô des Chênes; elle nous y fait voir des fibres, des vaisseaux, de la sève qui circule sous l'empire de lois physiques, mais nulle trace d'un dieu. Toutefois la vie qui anime l'arbre, qui détermine sa stature, sa forme, sa durée, reste un mystère, c'est-à-dire un abîme où l'imagination peut se donner librement carrière, et en voyant tomber une belle futaie sous la hache du bûcheron, iUse trouvera toujours un rêveur pour dire avec un chagrin mêlé de dépit^ comme le poète que nous avons déjà cité.
Prends ton vol, ô mon cœur! La terre n'a* plus d'ombres, Et les oiseaux du ciel, les rêves infinis, Les blanches visions qui cherchent les heux sombres, Bientôt n'auront plus d'arbre où déposer leurs nids.
La terre se dépouille et perd ses sanctuaires ; On chasse du vallon ses hôtes merveilleux.
Les dieux aimaient des bois les temples séculaires : La hache a fait tomber les Chênes et les dieux*.
1. Dans la Mort d'un Chêne, Lire les trois pièces qui composent le Poème de V Arbre, et aussi le poème d'Hermia.