‹ Les forêts intérieures du Canada [microforme]Chapitre 10 sur 38 · CRE SS · texte numérisé non relu

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c’est de voir les autres jouir d’un bien-être qu’ils n’eussent jamais obtenu chez eux, même au prix d’un travail opiniâtre ; et ils réfléchissent avec raison que, s’ils étaient restés au lieu de leur naissance (d’où plusieurs ont été chassés par le besoin), ils y auraient eu les mêmes maux à endurer sans la moindre chance d’améliorer leur sort, ou de devenir possesseurs de terres affranchies de toute redevance. « Qu’est-ce, pour nous, que deux, trois, ou même quatre années de souffrances , comparées à une vie entière de travail et de pauvreté ? » Telle est la remarque d’un pauvre laboureur, qui nous racontait quelques-uns des obstacles qu'il avait rencontrés dans ce pays. Il savait, disait-il, qu’ils n'étaient point insurmontables, et qu'avec de l’industrie il en viendrait à bout.

J'ai déjà vu plusieurs de nos pauvres voisins qui ont quitté leur paroisse, il y a près d’un an; ils sont établis sur les terres de la compagnie du Canada, et ils font bien leurs affaires. Ils ont quelques arpents de défrichés ; mais ils sont obligés de travailler à la journée pour faire vivre leurs familles, et ils s'occupent de leurs propres terres quand ils le peuvent. Eh bien ! ils sont gais, et disent que, dans peu d’années, ils pourront se procurer quelques douceurs qu’ils n’auraient jamais eues dans leur patrie, quand bien même ils auraient sué sang et eau sur la besogne; mais ils se plaignent que leurs femmes regrettent toujours la patrie, et se lamentent d’avoir traversé les mers. Il paraît qu’il en est de même dans toutes les classes ; les femmes sont mécontentes et malheureuses. Fort peu entrent de bon cœur dans la vie des nouveaux colons. Elles manquent des petites douceurs domestiques auxquelles elles avaient été accoutumées; elles regrettent les amis et les parents qu'elles ont laissés dans la mère-patrie, et elles ne peuvent supporter la solitude de ces lointaines forêts.

Rien de cels ne me décourage ; je sais que, dans notre intérieur, je trouverai amplement de l'occupation ; et, quand je sortirai , j'ai des sources de jouissance qui seront un remède contre l'ennui. De plus, n’ai-je pas raison d’être gaie et satisfaite pour l’amour de mon bien-aimé mari? Le changement n’est pas plus grand pour moi que pour lui ; et si, pour le suivre, j'ai quitté volontairement maison, amis et patrie, irai-je l’attrister par des regrets inutiles ? je partage bien ce sentiment de Goldsmith, mon poète favori :

« En quelque lieu que nous soyons renfermés, Nous pouvons encorc faire ou trouver notre bonheur, »

Mais je serai bientôt mise à l'épreuve, car nous quittons cette ville demain matin, à dix heures. L'achat du terrain du lac est conclu; il se compose de trois arpents et d'une hutte (ou shanty). Les trois arpents sont coupés , mais la hutte n’est point habitable; ce n’est qu’un hangar élevé par les bûcherons pour servir d’abri momentané ; en sorte qu’il nous faudra bâtir une maison. La saison est assez avancée, trop avancée pour pouvoir récolter une moisson entière , car la terre n’est pas défrichée, elle n’est que dépouillée d'arbres , et il est trop tard maintenont pour ranger le bois, brûler le terrain en friche et semer le froment ; mais il sera prêt pour la récolte du printemps. Nous avons payé cinq dollards et demi par arpent pour ce lot ; c’est un prix assez élevé pour un terrain en friche et aussi éloigné de la ville; mais la situation est bonne, on est en face du lac, et pour cela mon mari préférait payer un peu plus que si le lot avait été plus avant dans les terres,

Selon toute probabilité, il se passera quelque temps avant que j'aie le loisir dé re- d prendre la plume. Nous resterons les hôtes de... jusqu’à ce que notre maison soit S habitable ; ce qui'sera, je suppose, vers Noel.

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