‹ Les forêts intérieures du Canada [microforme]Chapitre 18 sur 38 · US · texte numérisé non relu

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mourante, de :a repousser , et d'alimenter l'incendie avec de nouveau combustible.

On brule toujours en deux fois : d’abord on met le feu aux monceaux de branches qui sont restés sur la terre pendant l'hiver, jusqu’à ce que les vents secs et le chaud soleil d'avril et de mai les aient desséchés ; cette besogne s’achève avant d’amonceler le gros bois.

Si la saison est sèche et le vent fort, presque tout le jeune bois est consumé et les gros arbïes réduits en tisons dans le premier incendie. Cela fait, on entasse le reste pour la seconde opération ; puis enfin on réunit les derniers débris t on les brûle jusqu’à ce que la terre soit parfaitement nettoyée de tout, excepté des souches qui restent debout et brdlent rarement tout à fait; elles offusquent les yeux pendant plusieurs années. Ensuite on disperse les cendres de tous côtés, et une tois le champ entouré d'une palissade de bois fendu , le grand ouvrage du défrichement est terminé.

Notre récolte, cette 1nnée, se compose d'avoine , de maïs, de citrouilles, de pommes de terre et de navets. À ia moisson prochaine, nous aurons du froment, du riz, de l’avoine, des pommes de terre ei du maïs, ce qui nous permettra d'augmenter notre bétail. A présent, nous n’avons qu’une paire de bœufs (Buck et Brig, noms des troisquarts des bœufs de labour au Canada), deux vaches, deux veaux, deux jeunes cochons, dix poules , trois canards et une jolie petite jument brune; cette jument est si habile à détruire les barrières à sept rangées, que nous serons obligés de nous en défaire. Les animaux maraudeurs de toute sorte sont de grands perturbateurs de la tranquillité pubique et de l'amitié particulière; c’est pourquoi tout colon, qui attache du prix à vivre en bonne intelligence avec ses voisins, aime mieux se défaire des bœufs les plus travailleurs du district que de les garder s’ils sont maraudeurs.

Un de vos petits fermiers aurait une bien pauvre idée de nos possessions du Canada, surtout si j’ajoute que tout notre assortiment d’ustensiles de ferme se compose de deux faucilles, de plusieurs haches, d’une bêche et d’une couple de troncs; joignez à cela une singulière espèce de herse qui est faite en forme de triangle, pour passer plus facilement entre les troncs. C’est là une machine bien grossière, comparée aux herses si joliment peintes, que j'étais accoutumée de voir en Angleterre. La nôtre est grossièrement taillée et assemblée sans aucun égard pour l'apparence. On ne considère ici que la force et la durée, on se sert rarement de la charrue pour la terre avant la troisième ou quatrième année. La coutume générale d’ensemencer de froment ou d’avoine Ja terre nouvellement défrichée , et de semer en même temps du gazon pour faire des pâturages, rend la charrue inutile jusqu'au moment où le gazon a besoin d'être retourné. Cette méthode est suivie par la plupart des colons, quand ils défrichent les forêts; car ils abattent et brûlent toujours assez de bois pour faire place à des récoltes de froment ou de légumes printaniers, tandis que les terrains plus anciennement défrichés restent en prairies.

Le bas prix des grains de toute espèce, maintenant que le froment ne rapporte que 2 schlings 9 pence, à 4 schellings le boisseau, rend ces récoltes un cbjet moins important que le soin d’engraisser et d'élever des bestiaux et de la volaille ; les gages sont proportionnés au produit des terres. Un laboureur recoit par mois dix et même onze dollars et sa nourriture, tandis que le froment ne se vend que 3 schellings, 3 schellings et demi, ou au plus 4 schellings, et quelquefois moins encore, Les profits sont peu de chose en proportion des avances qu'exige la culture des terres, et lesterres à leur tour ue sont pas aussi productives que devrait l'être un sol nouvellement défris

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ché. Cependant le rapport varie suivant la situation et la fertilité du tersain , qui et généralement moins productif dans le voisinage immédiat des lacs et des rivières, pares qu'ily est marécageux ou inégal, couvert de pins, ek rempli de blocs de granit et da pierre calcaire, et qu'alars les premières couches en sont pauvres ef sablonneuses.

Gest ce qui arrive sur les petits lacs et sur les rives de l'Otonabée. Les lots plus reculés sont généralement d’une qualité supérieure , et produisent du bois dur, tel que le bois de basse, l’érable, l'hickary, le noyer du Canada, le chêne, le hêtre et le bois de fer, tous arbres qui indiquent toujours un sol productif.

Malgré cette infériorité, 1e voisinage de l’eau est considéré comme une chose fort importante dans l'achat des terres ; et les lots qui jouissent de tele priviléges se vendent oxdinairement à un biez plus haut prix que les lots placés plus avant dans les terres. Ils sont en général eutre les mains des premières classes de colons qui peuvent payer quelque chase en sus pour une situation plus agréable, et pour les améliorations qu'ils espèrent voir naître dans leurs propriétés, quand le pays sera plus peuplé et mieux eultivé.

Nous ne pouvons nous empêcher de regarder ayse une satisfaction infinie les quelques arpents défrichés qui entoureut la maison, et qui sont couverts de moissons. La vue d'un tel espace au milieu de la foxêt compacte communique à l’âme une’satiafactiou dont ne peuvent se former une idée çeux qui vivent dans un pays découvert ou méme boisé en partie. Les splendides rayons du soleil et le ciel pur qui sur çe point apparaissent librement , réjouissent aytant les yeux et le cœux que le frais owbrage d’un bois de palmiers réjouirait le voyageur épuisé dans les déserts sablonneux de l'Afrique.

Si ce spectacle ngus émeut si vivement, nous qui de nos fenêtres jouissons de ba vue d'un lac dont la largeur est d’un quart de lieue, que doivent éprouver caux dont le défrichement s'ouvxe dans les profondeurs de la forêt, et qui sont fermés de tous eûtés par un impénétrable mur d'arbres, à travers lequel l'œil cherche en vain à découvrir d’autres objets et une autre perspective ; mais les pousses de bois sont si seurées, qu'au delà du terrain éclairci tout est enveloppé dans une obscurité profonde. Un colon, à sou arrivée sur son lot, n’en connait pas plus les bornes et l'aspect naturel, qu'il ne connaît le passage du nord-ouest.

fl y a done dix à parier contre un qu'il ne choisira pas le meilleur site pour élever sa maison ; c’est là une raison suffisante powr ne pas faire de constuuctions coûteuses avant que le terrain soit suffisamment éclairci. A mesure qu'il défriche, le colan découvre des points qui lui font regretter d’avoir bâti avant de connaitre la meilleuxe pasition. Mais les circonstances permettent rarement de tarder à construire , lorsqu'on défrighe dans les forêts. On a hesoin promptemient d’un abri , et, en général, on le commence. sur le premier arpent quise trouve défniché. Cependant l'émigrant espère , au bou de quelque temps, être à même de satisfaire son goût et son amour pour le confortable, en s’érigeant une habitation meilleure et plus belle que sa maisanrustique ou sa butte, qu'il ne regarde uniquement que comme une demeure temporaire.

Quand vous arniyämes dans ce pays, rien ne me surprit. davantage que l’ahgence totale des avbres, autour des demauxes. et des ‘axes défrichées ; la hache du bâcheron abat sans pitié tout ce.qui se trouve sur son chemin. L'homme semble en.guerre avec les arbres de la forêt, comme s'ils étaient ses plus odieux ennemis; aar il n'épargne ni le jeune acbrisseau. paré de sa première verdure , ni le tronc respectahle qui s'élève avec orguall, L combat les forêts avec le fer et le feu,

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On peut donner plus d’une raison satisfaisante pour ce manque de goût apparent. Les arbres de la forêt croissent si serrés que leurs branches n’ont point assez de place pour s'étendre. Elles s’élèvent en jets d’une hauteur surprenante, comme des semences sur couches qu’on n’a point suffisamment élaguées. De tels arbres, quand ils ne sont point soutenus par d’autres, sont élancés, faibles, et manquent entièrement de cette forme agréable et de ce feuillage touffu qu’il leur faudrait pour orner les habitations; mais ce n’est pas encore la plus forte raison pour ne les pas laisser, en supposant qu’on entrouvât quelques-uns plus convenables que les autres.

Au lieu de jeter des racines profondes, les arbres des forêts , à l’exception des pins, n’en n’ont que de superficielles, et ces racines ne sont point capables de résister au vent, quand il courbe le sommet dustronc, qui agit alors comme un lévier puissant pour les arracher du sol.

Plus l’arbre est haut, plus il doit redouter la tempête, et si ceux qui sont entourés étroitement tombent, on peut juger du sort qui attend un arbre isolé, lorsqu'on le prive de ses premiers protecteurs,.et qu'il se trouve exposé aux fureurs de l’ouragan. Il est certain qu’il doit suecomber,.et-encore blessera-t-il quelques bestiaux qui seront à sa portée. Voilà la grande raison pour laquelle on ne laisse point d’arbres quand on fait la coupe. De {plus, c’est une chose beaucoup moins facile que je ne le pensais, de les épargner en abattnnt le reste , car la chute d’un arbre en entraîne souvent deux, trois, ou même davantage. Un bon hûcheron tâche d’aider à cela, autant que possible, en coupant en partie les plus petits , dans la diveetion où il a l’intention de faire tomber le plus gros,

Je désirais tant conserver quelques hétres qui me plaisaient , que j'avais prié les bûcherons de les épargner, mais le seul qui eût échappé à la hache, avait encore à passer par l'opération du fer , qui dessécha et brûla ses feuilles d’un vert si tendre : il est maintenant debout, comme un triste monument de l'impossibilité de conserver aucun arbre de cette manière. Si vous désirez des arbres , la seule chose à faire est de les planter quandils sont jeunes, dans des situations favorables ; alors ils jettent de profondes racines et étendent leurs rameaux comme les arbres quenous avons dans nos pares et sur nos routes.

Voiciun autreplanque nous voulons mettre à exécution : nous conserverons plusieurs arpents de bois dans une position convenable, nous en abattrons les vieux arbres pour les brûler , nous laisserons les jeunes pousser pour l’ornement. Cette manière de se procurer un petit bois n'est pas assujettie aux inconvénients dont j'ai parlé ci-dessus , et réunit l’utile à l’agréable.

On éprouve une singulière inquiétude d’esprit en suivant la chute de l’un des pins ou des chênes gigantesques de la forêt. 11 semble d’abord résister à la grêle de coups que lui portent les haches de trois et même de quatre bûcherons. Tandis que l’œuvre de destruction s’accomplit, on aperçoit un léger mouvement, nn tremblement presque imperceptible dans les branches. L'arbre s'incline par degrés, tundis que le bruyant déchirement du tronc avertit qu'il ne tient plus à la terre. La hache du bûcheron a terminé sa tâche; le mouvement de l'arbre s'accélère à chaque instant , jusqu’à ce qu’il tombe dans la plaine uvec un bruit semblable au tonnerre et un craquement qui fait trembler le sol, et chanceler les arbres voisins.

Quoique positivement moins exposé au vent que les îles Britanniques , le Canada est parfois sujet à des tempêtes violentes , approchant beaucoup de ce qu’on pourrait appeler

des tourbillons et des ouragans. Je vous ai donné la description d'une de ces tempêtes dans une de mes premières lettres. J'ai été témoin, cet été, d’un ouragan, encore plus terrible.

Le ciel se couvrit soudain de nuages électriques : l’orage venait du nord-ouest et sa fureur paraissait concentrée sur une étendue de quelques centaines de toises. J’observais avec un certain intérêt la rapidité croissante des nuées sombres, noires et cuivrées , qui couraient au-dessus du lac, quand je fus surprise par le bruit des arbres qui tombaient sur la rive opposée, et plus encore en voyant l'air rempli des débris des pins qui se trouvaient à moins de cinquante toises de la maison, tandis qu’on sentait à peine le vent sur le terrain plat où je me trouvais.

En quelques secondes l'ouragan eut traversé l’eau, et avec une puissance irrésistible renversa trente à quarante arbres , courbant lesautres jusqu’à terre comme des roseaux. C'était un spectacle imposant que cette haute forêt se courbant devant la fureur de la tempête , et les grands troncs déracinés les uns après les autres , comme un château de cartes qu’un souffle fait écrouler. Heureusement pour nous , le vent ne fit que passer par-dessus nos prairies et ne nous causa d’autre dégât que de déraciner trois gros pins sur les bords élevés du lac. Mais dans la direction de notre voisin * , il fit beaucoup de mal , brisant une grande partie des perches qui formaient les barrières , écrasant les récoltes sous les troncs renversés et sous les rameaux épars, et occasionnant ainsi de grandes pertes et beaucoup de travail pour réparer les dommages.

Les racines soulevées des arbres que renverss le vent, génent et défigurent beaucoup le terrain dans les endroits défrichés , et l'on à beaucoup plus de peine à les extirper que celles des arbres tombés sousla hache. Quelques-unes des souches de ces arbres renversés par l’ouragan , se redressent d’elles-mêmes si on les sépare du trone peu de temps après la chute de l'arbre ; le poids des racines el de la terre retournée suffit pour les remettre à leur place ; nous avons souvent employé ce moyen.

Nous avons eu , cet été, une température aussi variable que possible. Le printemps a été chaud et agréable, mais depuis le milieu de mai jusqu’au milieu de la moisson, nous avons eu des pluies abondantes , un ciel nébuleux , des journées chaudes et humides et defréquentes tempêtes mélées detonnerre et d’éclairs mais qui m’ont paru moins destructives que de tels orages dans notre patrie. L’autos e aussi a été humide et froid. Je dois dire que jusqu’à présent , je n’ai point une idée très-favorable du climat ; cependant, il n’est pas juste , après une si courte expérience, de le juger ; car chacun dit que cet été n’a pas été comme ceux qui l’ont précédé.

Les insectes nous ont tourmentés, et comme l'automne les fait périr, je l'ai vu approcher avec joie, Ces insectes sont de plusieuts sortes et très-nombreux; etilsne respectent personne , comme je l’ai appris par ma triste expérience.

J'attends impatiemment des lettres de la famille; donnez-moi bientôt de vos nouvelles,

Adieu , chère amie.

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