‹ Les forêts intérieures du Canada [microforme]Chapitre 20 sur 38 · EM · texte numérisé non relu

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Quand il fait soleil, mes yeux souffrent beaucoup de l'éclat de la neige, ma vue en est troublée pendant des heures entières, après que j'y ai été exposée. Je conseille fortement à tous ceux qui viennent en ce pays de se pourvoir de verres bleus ou verts, et surtout de ne point oublier des voiles de crêpe ou de tissu vert. La grosse de lunettes vertes du pauvre Mozes n'aurait pas été une si mauvaise marchandise au Canada (1).

Un de ces soirs que je revenais de visiter une amie malade, j'ai été enchantée de l’effet produit par la neige : la terre, les arbres, chaque branche, chaque feuille sèche, et les pierres sur mon passage, tout brillait comme des diamants, c’étaitun spectacle magique; les objets les plus grossiers et les plus ordinaires avaient soudain pris un aspect éblouissant qui surpassait tout ce que l'imagination la plus vive pourrait concevoir; chaque parcelle de glace jetait des feux étincelants : on aurait pu se croire dans Ja vallée des pierres précieuses dont parle Sinbad; en outre, la température n’était pas désagréablement froide.

Par un temps de grand vent, j'ai souvent éprouvé en Angleterre un froid beaucoup plus insupportable qu’au Canada, quoique le thermomètre indiquât ici une température beaucoup plus basse. Nos nuits de gelée sont accompagnées d’un calme si parfait, que l’on n’éprouve aucune sensation pénible.

Nous avons certainemert, dans notre hiver, quelques jours d’un froid excessif ; mais cette température ne continue pas plus de deux jours de suite. La partie la plus froide du jour est d’une heure ou deux avant le lever du soleil, jusque vers neuf heures du matin : alors, nos grands feux de bois ou nos poêles de métal ont tellement échauffé la maison, qu’on ne s'inquiète guère du froid exté;‘*ur. Quand on sort on souffre moins du froid qu’on se l’imaginerait, pourvu que l’on agisse et qu’on soit bien vétu; le nez et les oreilles sont les parties les plus exposées à souffrir.

Les messieurs qui arrivent d’une longue route offrent un aspect singulier en entrant dans les maisons, et si ce n’était la pitié qu’on éprouve, on sourirait volontiers en les voyant : les cheveux, les favoris , les sourcils, les cils, la barbe, tout est incrusté de glaçons. J'ai vu de jeunes demoiselles allant en soirées, leurs <heveux bouclés étaient noirs comme du jais, mais le père glaçon les avait bientôt rendus blancs comme de l'argent; en sorte qu'on aurait pu croire que ces belles jeunes filles avaient été métamorphosées en la personne de leurs aïeules. Heureusement pour la beauté et la jeunesse, un tel changement n’était que passager.

Dans les villes et dans les parties les plus peuplées de la province, on voit arriver avec plaisir l’approche de l’hiver, loin de la redouter ; c’est pour tous une saison de loisir et de divertissement. Les voyages se font alors'vite et agréablement ; les € mins, dans la forêt même, deviennent très-convenables, et s’il vous arrive de verser uns ou deux fois pendant le voyage, cet événement est accompagné de si peu de danger, qu’on n’éprouve

pas une grande compassion pour votre chute dans la neige; ainsi , le plus sage est de secouer votre léger fardeau et de prendre la nlaisanterie de bonne grâce, si cela vous est possible.

Les courses en traîneau sont assurément une très-agréable manière de voyager ; plus laneige est épaisse, et plus on trouve la saison propice ; plus elle durcit, plus le nouve-

(1) Les oculistes condamnent les lunettes vertes, comme pernicicuses pour les yeux par la chaleur qu’elles occasionnent, De le gaze de couleur ou des garde. vue de couleur sont préférab'es, Ep,

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ment de la voiture est rapide. Les chevaux sont tous ornés de petites sonnettes en cuivre, attachées le long d’un cordon autour de leur cou ou de leur ventre; le joyeux tintement de ces clochettes produit un son aussi léger qu'amusant.

J'ai copié pour vous les vers suivants, dans l’Albion de New-York ; je crois qu'ils vous feront plaisir.

Lés clocitettes des traïîneaux.

Le soir venu, quand le feu brille,

Et répand sa vive chaleur,

il est doux, lorsque la famille

Songe au retour du voyageur,

Quand les orcilles inquiètes

Se détournent au moindre écho,

D’entendre soudain les clochettes Les clochettes du traîneau.

C’est lui ! les clochettes joyeuses

Semblent nous cricr : le voici !

Il a passé le bois d'Yenses ;

Il peut déjà voir jusqu'ici.

Et, comme chantent les fauvettes

Au joli temps du renouveau,

Plus vives sonnent les clocheites Les clochettes du traineau.

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