‹ Les forêts intérieures du Canada [microforme]Chapitre 22 sur 38 · WEST MAIN STREET · texte numérisé non relu

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part convertis maintenant au christianisme, et qui font de grands progres dans la civilisation et l’agriculture. La chasse et la pêche sont cependant leurs occupations favorites. Ils quittent pour cela leurs maisons confortables dans les villages indiens, et retournent, à certaines époques fixes, dans leurs forêts. Je crois qu'il est généralement reconnu que leur nombre diminue ; et quelques tribus sont presque éteintes dans le Canada (1). Cette race disparaît totalement de la surface de la terre, ou se mêle par degrés avec les colons; et enfin, dans quelques siècles d'ici, les noms mêmes de leurs tribus resteront à peine pour dire qu'elles ont existé autrefois.

Quand vous enverrez une boîte ou un paquet, joignez-y, je vous prie, quelques bons traités religieux, ou des livres d’hymnes ; car ils font grand cas d’un cadeau de ce genre. Je vous envoie l’hymne qu'ils nous ont chantée dans le wigwam; c’est une traduction de l’indien, écrite par le fils aîné du chasseur Pierre : il fut très-content quand je lui dis qu’il fallait qu’il me la copiât pour que je l’envoyasse au delà des mers, dans ma patrie, afin que les Anglais pussent voir comme les Indiens écrivent bien.

Le petit bossu Maquin m’a fait un petit modèle de canot en écorce de bouleau, que je vous envoie; vous l’accepterez comme une curiosité et comme un souvenir. Les peaux d’écureuils rouges et noirs sont pour Jane; les éventails de plumes et les papiers de plumes sont pour Sarah. Dites à celle-ci que la première fois que j’enverrai un paquet, elle y trouvera quelques-uns de nos beaux oiseaux rouges pour les empailler; ce sont, jen suis certain, les rossignols de Virginie ; ils arrivent en mai et en avril, et nous quittent vers la fin de l’été. Ils ressemblent exactement à un rossignol de Virginie que je vis empaillé dans une belle collection d'oiseaux d'Amérique ; l'oiseau bleu est également fort joli et nous visite vers le même temps ; son plumage est d’un bleu céleste ; mais je ne l’ai jamais vu posé, en sorte que je ne puis le décrire parfaitement. Les becsen-croix sont très-jolis ; le mâle et la femelle diffèrent entièrement de couleur; l’un a sur le dos et sur la poitrine un mélange de rouge et d’orangé qui se fond en vert-olive et brun; l’autre, plus semblable à notre bruant, n’est pourtant pas tout à fait si éclatant de couleur; mais il a l’air plus innocent, ils viennent, en hiver, à nos fenêtres et à nos portes aussi familièrement que des rouges-gorges. L'hiver, la plupart de nos oiseaux nous quittent ; on cesse d’entendre jusqu’au cri martelé de la tête-rouge et du petit pivert gris et blanc; on n’entend plus que rarement aussi le cri aigu de l’écureuil ; et un silence profond et imposant finit par régner dans la forêt.

J'allais oublier mes petits favoris, une espèce de mésange qui ne nous abandonne pas tout à fait. Par un jour de beau soleil, on voit des troupes de ces oiseaux fluets se balancer sur les légers bourgeons des henlocks ou des jeunes pins, dans les plaines et dans les forêts ; et je me suis arrêtée plus d’une fois pour voir leurs jeux et pour écouter leur joyeux ramage. Je n’en suis pas tout à fait sûre, mais je crois que c’est le même petit oiseau, connu parmi les naturels du pays sous le nom de fhif-a-be-bee; son chant, quoique faible et assez monotone, n’est pas sans agrément ; et nous l’aimons parce que c’est le seul que l’on entende durant l’hiver.

(1) La compagnie du nord-ouest a fait le recensement de toutes les tribus, et l’on a reconnu ue la population indienne de cet immense continent n'excédait pas cent mflle Ames. Dans un ocument parlementaire de 1834 , les Indiens du Bas-Canada sont portés à 8,487, et ceux du

Haut-Canada à 18,700, et dans ce nombre, on a compris ceux qui habitent les bords du lac Huron ct les parties de l’ouest,

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DU CANADA. n1

On m'avait beaucoup parlé du bruant-de-neige, mais je n’en avais jamais vu avant l’autre jour, et je me trouvais trop loin pour remarquer sa forme ou sa couleur. Le jour était extraordinairement beau, les cieux sans nuage et l’air presque chaud; j’avais les yeux tournés vers le lac, lorsque les pins qui bordent le rivage me parurent comme couverts d'étoiles d'argent qui scintillaient et brillaient sur l’azur du ciel; je fus si charmée de cette nouveauté que je sortis en hâte pour aller l’observer de plus près; aussitôt, à mon grand étonnement, mes étoiles s’envolèrent toutes sur un autre arbre, où, par un balancement et un frémissement continuel de leurs petites ailes blanches que frappaient le soleil, elles produisirent le bel effet qui avait d’abord attiré mes regards : bientôt, tous les pins que l’on pouvait voir de la fenêtre furent illuminés par ces charmants oiseaux. Vers midi, ils partirent, et je ne les ai revus qu’une fois depuis; mais, il ne m’a jamais été possible de les examiner de près.

Parmi nos oiseaux chanteurs , le rouge-gorge , le merle et un petit oiseau qui ressemble à notre roitelet ordinaire , sont ceux que je vois le plus fréquemment. Le rougegorge du Canada est beaucoup plus gros que le rouge-gorge de notre pays ; c’est un oiseau trop gros et trop lourd pour rappeler notre petit favori « l’oiseau familier au poitrail rouge » , ainsi qu’il est appelé par Bishop-Carey, dans un sonnet adressé à Elizabeth, fille de Jacques 1°", à l’occasion de son mariage avec l’infortuné prince palatin Frédéric.

Le chant du rouge-gorge du Canada n’est point à mépriser ; les notes en sont claires, douces et variées; il possède le même caractère vif et joyeux qui distingue le ramage de l’oiseau dont il porte le nom. Mais leurs mœurs sont fort différentes. Le rouge-gorge du Canada est moins sociable pour l’homme, et l’est bien plus pour ses semblables : ils se rassemblent par troupes peu après la saison de la fonte , et paraissent vivre en fort bonne intelligence; mais ils n’approchent presque jamais de nos demeures. Le poitrail est d’un rouge de saumon , la tête noire; le dos est comme de l’acier bruni , ou de la couleur de l’ardoise ; enfin , ils sont de la grosseur d’une grive.

Selon moi, le merle est peut-être notre plus bel oiseau chanteur; il est au moins aussi bien fait que notre merle d'Angleterre , et beaucoup plus beau dans son plumage, qui est luisant, changeant, et d’un noir tirant sur le vert. Le haut de l’aile du mâle, parvenu à sa croissance, est d’un orangé vif ; cette particularité ne se trouve pas dans les jeunes oiseaux , nidans la femelle, qui est légèrement mouchetée.

Vers le milieu de l'été, quand le grain commence à mürir , ces oiseaux s’assemblent en troupes nombreuses, sous la conduite des plus âgés. Quand ils s'apprêtent à fondre sur un champ d'avoine ou de froment , deux ou troismontent la garde comme des sentinelles, et, à l'approche du danger, ils crient geck-geck-geck; cette précaution semble superflue; car ils sont si effrontés que rien ne les effarouche; et s'ils s’envolent, c’est pour retomber sur le même champ à fort peu de distance , ou pour se percher sur les arbres qui sont leurs postes d'observation.

Ils ont parfois pour s'appeler un cri plaintif qui est absolument comme le frémissement soudain d'une harpe, et vibre aux oreilles pendant quelques secondes. Je suppose que c'est leur manière d'appeler leurs camarades éloignés , car je ne les ai jamais entendus pousser ce cri lorsqu'ils étaient tous réunis, mais seulement lorsque quelques uns étaient perchés sur un arbre, près des bords du lac. Je les ai appelés les harpistes, à cause de ce cri particulier. Je vous fatigue avec mes esquisses ornitholo-

giques, mais il faut que je vous fasse encore la description de deux ou trois oiseaux.

L’aigle-chauve vient souvent sur notre terrain. Il a un corps brun foncé et une tête blanche comme la neige. Il est quelquefois dangereux pour les poulaillers; ceux que nous avons vus ont dédaigné un si maigre gibier, et ont pris majestueusement leur essor à travers le lac.

Nous voyons de temps en temps le faucon pêcheur raser la surface de l’eau, et il est

considéré comme un ennemi par ceux dont l’amusement est de pécher à la lance sur les lacs.

t Puis, nous avons le faucon-moustique ou de nuit qui, tandis que des centaines de demoiselles aquatiques les poursuivent plus bas; malgré leur assistance, nous sommes impitoyablement piqués par ces pestes d’été qu’on appelle les moustiques et les mouches noires.

Le!pivert à tête rouge est magnifique. Il a le cou'et la tête d’un riche cramoisi; son dos, ses aîles et sa poitrine sont mi-partis du plus beau blanc de neige et d’un noir de jais. Depuis le lever jusqu’au coucher du soleil, on entend le martellement continuel des piverts et le cri discordant âu geai bleu.

Le printemps dernier, j’ai trouvé une petite famille de piverts confortablement installés dans un vieux pin, entre l’écorceet le tronc de l’arbre. Le père et la mère y avaient construit un nid douillet, mais un peu négligé; les petits semblaient fort heureux, et mettant leurs drôles de têtes chauves hors du trou, ils saluaient leurs parents qui, pour satisfaire à leurs demandes, pillaient les troncs du voisinage, aussi affairés que des charpentiers.

L'un de nos bûcherons m’a donné un nid d’oiseaux fort curieux: il était entrelacé à la partie supérieure d’une branche fourchue, en sorte qu’il avait tout l’air d’avoir été cousu au rameau avec du fil gris. Le nid n’était assujetti qu’aux deux côtés de l’angle, mais si fortement qu’il semblait devoir résister à tout poids ou à toute pression ordinaire; il était construit avec les fibres de l'écorce du bois de basse, qui sonttrès-filandreuses et peuvent donner un fil très-fin ; en somme, c’était un curieux modèle de l’habileté de ces admirables petits architectes, Je ne pus en découvrir l’auteur, mais je suppose que ce nid doit avoir appartenu à la petite mésange d’hiver dont je vous ai parlé.

Le nid de rouge-gorge que j'ai trouvé, tandis que je cherchais un nid de poule dans un amas de buissons, tout au bout de notre clairière, ressemble beaucoup à ceux de nos rouges-gorges, sauf la différence de grosseur et de matériaux; les, œufs , au nombre de cinq, étaient d’un bleu foncé,

Avant de quitter les oiseaux, il faut que je vous rappelle les petites maisons que les Américains construisent pour les hirondelles ; j'ai depuis découvert une de leurs grandes raisons pour chérir cet utile oiseau. Il paraît que l’antipathie la plus enracinée existe entre les faucons et les hirondelles. Aucun faucon n’habite dans le voisinage de celles-ci, car elles les poursuivent pendant plusieurs milles, se faisant pour ainsi dire leurs mauvais génies et les tourmentant de toutes les manières: il est bien singulier qu’une si petite bête puisse ainsi terrifier un aussi formidable ennemi de presque toute la race emplumée. J'aurais pu être incrédule sur ce point, si je n’eusse moi-même été témoin du fait, Par un beau jour d'été, je regardais par ma fenêtre, quand je vis un faucon d'une grande taille fuyant gauchement le long du lac, en poussant des cris de détresse ; à une toise au plus de distance, un petit oiseau (de loin il me paraissait être érés-petit) le poursuivait en le serrant de près, et criait aussi. J'observai cet étrange spectacle jusqu’à ce que le bois de pins l’eût dérobé à ma vue; et je me l’étais souvent rappelé avec étonne-

ment, lorsqu'un voyageur canadien français, très-intelligent, me raconta par hasard ce que je vous ai dit plus haut, ajoutant qu'on attachait tant de prix à l’hirondelle, qu’on’ eu avait vendu fort chier pour en envoyer dans différentes parties de la province: Ces: oiseaux n’abandonnent jamais leurs vieilles demeures, quand ils sont une, fois naturalisés; les mêmes couples reviennent constamment chaque année à leur ancienne maison.

Ce fait singulier, des hirondelles chassant les faucons de leurs retraites’, est digne: d'attention, d'autant plus qu’il est très-authentique. C’est un détail de plus à ajouter aux exemples si surprenants que rapportent les naturalistes sur la sagacité et l’instinet de ces: oiseaux.

Cependant, j'ai barbouillé tant de papier, que je crains bien que ma lettre ne vous fatigue.

Adieu.

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