LES FORÊTS ANTÉRIEURES
Nous avous.encore le navet indien ; c’est un très-bel aru» dont la racine ressemble, m’a-t-on dit, au capava, quand elle est bouillie ; les feuilles en sont belles et légèrement pourprées ; le navet est vert, tacheté de violet. Les Indiens se servent de sa racine comme d'une médecine et d'un mets. Les colons.en mangent souvent comme légume ; mais je n’en ai jamais goûté moi-même, Pursh nomme cette espèce. grum aérapurpureum.
Je ne dois pas oublier un de nos plus grands ornements, l’herbe fraisier, ou épinand à fraises , ou fraisier d'Inde, car on l’appelle de ces trois noms. Cette plante singulière pousse plusieurs branches d’une haute tige ; ces branches sont garnies de belles feuilles qui ressemblent extérieurement aux longues feuilles de nos épinards de jardin. La plus belle de ces plantes est d’un éclatant cramoisi; elle est charnue comme le fraisier, et contient nne quantité de graines violettes encaissées, .en partie, à la manière de la fraise. Le fruit croît très-près de la tige, l’enveloppe-complètement, et forme un long bouquet de baies du plus beau rouge. J'ai cueilli des branches d’un pied de long, toutes eouvertes de ce fruit si agréable à l'œil, et j'ai regretté qu'il fût tellement insipide qu'en ne peut le manger: Sur le bord de l’eau, et dans les terrains gras, il croft.en abondance. Une racine pousse vingt à trente branches qui ploient sous le poids de leur niche fardeau. À mesure que les rejetons supérieurs et ceux du milieu mâxissent-et disparaissent , les branches latérales se font place, et présentent ainsi une succession. continuelle de fruits, depuis juillet jusqu'aux gelées de septembre.
Les Indiens se servent du jus de cette plante pour la teinture,.et mangent, dit-on, le fruit. On s’en sert souvent aulieu d’encre rouge, mais elle s’altère , si elle n'est pas mêlée avec de l’alun. Une de mes amies m’a dit qu’une fois elle croisa-une lettre, qu’elle envoyail à une parente , en Angleterre, avec cette encre de fraisier ; mais, n’ayant pas eu la précaution de fixer la couleur, quand l’épître tant désirée arriva , la moitié en était tout à fait illisible, parce que la couleur avait à peu près disparu ; en sorte qu’au lieu de causer du plaisir, la lettre ne fut qu’une source de contrariété et d’embarras pour le lecteur, et de mortification pour l'écrivain.
Tout, dans la racine de sang, sanguinaire, comme l’appellent quelques-unes des tribus du pays, mérite l'attention, depuis la racine jusqu’à la fleur.Aussitôt que le soleil d'avril a réchauffé la terre, et a fondu la neige, on distingue un grand nombre de boutons très-blancs, au sommet d’une tige nue, et enveloppés en partie dans une belle feuille qui ressemble à celle de la vigne, d’un vert pâle tirant sur le bleu, curieusement semée en dessous d’un orangé pâle. La feuille jaillit seule d’une racine filandreuse, d’où sort un suc épais; lorsque l’on remet cette racine, ses pores laissent échapper une certaine quantité de liqueur rouge-orange : ce jus est employé dans la teinture par les Indiens, et dans la guérison des rhumatismes et des maladies de peau. Les fleurs de la sanguinaire ressemblent beaucoup au croeus: le bouton, quand il commence à se former, est soutenu par la feuille et y.est fermé ; bientôt la fleur s’élève au-dessus de son
protecteur, tandis que la feuille, ayant rempli son devoir de tuteur envers le tendre bouton , prend alors tout son développement. La lisière des prairies, quand la terre en est bien nourrie , est propre aux végétaux , paraît être le sol choisi par cette plante.
L'ancolie écarlate est une autre de mes fleurs favorites : elle est d’un rouge vif, bordé de rouge auprès des tubes ; les nectaires sont plus allongés qu'aux ancoliesdes jardins, et forment une espèce de couronne murale , surmontée de petites boules. Cette ancolie, avec ses longues et brillantes fleurs qui se balancent , est une haute et gracieuse plante ;
elle croît au soleil et à l'ombre, non pas, peut-être, dans les forêts très-serrées., mais dans les lieux où le menu bois a été élagué ;par ie feu ou par la hache; elle semble même fleurir dans les terrains pauvres et.pierreux, et ou la trouve près de toutes les habitations. L’ancolie à plumes se plaît dans l'humidité des marais et.sur le bord des ruisseaux ; elle monte jusqu’à trois, et même quatre et cing pieds , et c’est un fort.bel ornement,
Nous avons des violettes .de toutes couleurs, de toutes tailles, et de toutes formes, excepté seulement la délicieuse viola odorata des bois de notre patrie. Cependant,
je ne sais pourquoi nous chercherions querelle à ces douces filles du printemps, parce
qu’elles. sont dépourvues du parfum que possèdent teurs sœurs plus favorisées. Plusieurs de vos violettes des bois, quoique très-belles, sont aussi sans ‘odeur. Ici, la variété des couleurs doit compenser le manque de parfum. Nous avons des violettes bleues de toutes les nuances : les unes veinées de violet, d’autres d’un bleu plus foncé ; nous en avons d’un blanc délicat, avec desombres violettes; nous en.avons de couleur de soufre, avec des veines noires. D’autres ressemblent à la pâle primevère, et sont veinées de bleu foncé , les deux dernières espèces sont remarquables pour l’abondance et la grandeur de leurs feuilles. les fleurs jaillissent en grappes à chaque jointure, et sont remplacées par de larges capsules, couvertes d'un épais duvet blanc et cotonneux. Il y a une espèce de violette qui croît dans les bois, et dont les feuilles sont extrêmement larges ; les bourses qui contiennent les semences sont larges aussi ; mais la fleur est si petite et si insignifiante, que ce n’est qu’en examinant de près la plante, qu’on l’aperçoit; ceei a donné lieu à l'opinion vulgaire qu’elle pousse. sous terre. Les fleurs sont d'un jaune pâle et verdâtre. Le magnifique poëme de Bryant «da Fiolette Jaune» donnela description de la première violette.
Il y a une gracieuse vio/a tricolor. qui fleurit en antomne ; elle est de la grandeur d’une petite pensée, et ses trois couleurs sont le blanc pur, le violet clair et le lilas ; les pétales supérieurs sont blancs , celui du bas est violet, et les ailes des côtés d’un lilas rosé. Je fus frappée de l'élégance de cette fleur rare, dans un voyage que je fis à Péterborough , en allant à Cobourg ; je n’ai pu en conserver des échantillons , et depuis je n’ai pas fait ce chemin, La fleur poussait sur la route , au milieu de trèfle sauvage ; les feuilles étaient petites, arrondies, et d’un vert sombre.
Nous avons plusieurs belles variétés d’asters arborescents : ils sont fort élevés ; les uns ont des fleurs larges d’un lilas bleu clair, ou blanches ; d’autres-ont de petites fleurs blanches, avec des anthères rouges, qui semblent des paquets de duvet rouge poudré d’or; ces anthères produisent un jolieffet, opposées aux pétales blancs et étoilés. J'ai vu
dans les plaines une variété de grands asters, dont les fleurs, de la grosseur d’une pièce de douze sous, sont de couleur blanc de perle , avee des anthères brunes. Cette plante devient très-haute, et la tige principale produit des rameaux gracieux qui se couvrent de fleurs ; les feuilles de ces espèces sont violettes en dessous , et ont la forme d'un cœur ; les feuilles et les tiges sont veloutées.
Je ne crains pas de vous fatiguer avec mes descriptions de fleurs ; j’en ai encore plusieurs à citer, entre autres, ces élégants petits arbustes toujours verts, qui abondent dans ce pays, sous le nom de verdures d'hiver, et dont trois ou quatre sont remarquables par la beauté du feuillage, de la fleur et du fruit. L'une de ces verdures d'hiver, trèsabondante dans nos fôrêts de pins, est extrêmement belle ; elle a rarement plus desix pouces ; les feuilles sont d’un vert clair:et brillant , de forme ovale et alongée , délica-
tement découpées comme les bords d’une feuille de rosier ; et la plante sort de dessous la neige, aussitôt après le premier dégel, aussi fraîche et aussi verte qu’avant les froids : elle semble craindre de fleurir. Je n’ai jamais vu de ces plantes en fleur ; jeles ai gardées soigneusement pour vous , mais la plante desséchée ne vous donnera qu’une idée imparfaite de l'original. Vous savez que vous appeliez toujours vos sujets séchés , des cadavres de plantes ; et vous disiez que, lorsqu’elles étaient bien peintes , cette représentation leur ressemblait beaucoup plus. La tige de la fleur s’élève de deux à trois pouces au-dessus du centre de la plante , et elle est couronnée de boutons cramoisis et de fleurs arrondies composées de cinq pétales, qui vont en fonçant, depuis le rose le plus pâle jusqu’au rouge le plus vif. Le stigmate est d’un vert d’émeraude , et forme au centre un turban légèrement côtelée, autour duquel sont disposées dix étamines de couleur améthyste : enfin, c’est un des bijoux du monde floral , et l’on pourrait avec raison le comparer à un anneau d’émeraude entouré d’améthystes. Le contraste des couleurs y est extrémement agréable, et les boutons cramoisis et les feuilles luisantes toujours vertes , ne sont guère moins admirables que la fleur. Ce serait une belle acquisition pour votre cellection de plantes d'Amérique ; mais je doute qu’elle fleurisse loin de l’ombrage des forêts de pins.! Cette plante paraît être la chimaphila corymbosa , ou verdure d’hiver, décrite par Pursh , avec quelque légère différence dans la couleur des pétales.
Une autre de nos verdures d’hiver croît abondamment dans les pleines du lac de Riz ; la plante n’a pas plus de quatre pouces ; les fleurs pendent en petites grappes peu serrées ; elles sont d’un blanc verdâtre , et ressemblent par la forme à la fleur de l’arbousier ; les fruits sont écarlates , et connus sous le nom de graines d’hiver, et graines de perdrix ; ce doit être la gualtheria procumbens. Mais on trouve une petite plante verte encore plus belle, de la même espèce , dans nos marais de cèdres, connue sous le nom de graines de pigeon ; elle ressemble à l’arbutus pour la feuille et la fleur , encore plus que la première plante ; le fruit écarlate est renfermé dans une coupe ou réceptacle de même couleur , découpé sur les bords en cinq pointes. Ce réceptacle est charnu, et participe de la même nature que le fruit. Les fleurs de cet élégant petit arbuste, comme celles de l’arbousier dont il semble la miniature , retombent en grappes vers le même temps où le fruit de l’année précédente est en parfaite maturité ; cette inconstance n’est pas un des moindres charmes de la plante. Si je ne me trompe, c’est la gualtheria shallon, que Pursh assimile à l’arbousier ; c’est aussi une de nos verdures d'hiver.
Il ya ici une autre jolie plante rampante, avec de petites fleurs délicates en forme d’entonnoir, et une quantité de petits boutons arrondis, d’un vert foncé, légèrement bigarrés, et de petits fruits d’un'rouge vif, qui viennent aux extrémités des branches. Les fleurs de cette plante croissent par paires, et sont si étroitement unies au germe , que le fruit écarlate, qui prend la place des fleurs, semble être un fruit double, contenant les semences des deux fleurs et un double bourgeon. On appelle aussi cette plante verdure d’hiver, ou les jumelles ; elle ne ressemble à aucune des autres verdures d’hiver, elle vient dans les bois remplis de mousse, rampe à terre, et paraît se plaire à couvrir de petites éminences et des inégalités de terrain. Pour l’élégance de la pousse, la délicatesse de la fleur, et le brillant du fruit, cette plante verte n’est guère inférieure à aucune des autres.
Il existe dans nos foréts une plante, connué sous les noms de canardmäle, pomme
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de mai, et pied de canard : le nom botanique de cette plante est podophyllum; elle appartient à la classe et à l'ordre des polyandria monogynia. La fleur est d’un blanc jaune ; la corolle se compose de six pétales, le fruit en est oblong, et jaune tirant sur sur le vert quand il est mûr; il est de la grosseur d’une olive ou d’une prune de Damas; lorsqu'il est entièrement mûr, il a le goût du tamarin confit ; c’est un acide agréable; cette plante paraît être peu productive, quoiqu’elle vienne rapidement dans les terrains boisés ‘et humides. Les feuilles poussent séparées, en palmes, et donnent beaucoup d'ombre lorsqu'il s’en trouve une certaine quantité rapprochées les unes des autres ; la tige soutient les feuilles par le milieu; quand elles paraissent d’abord au-dessus de la terre, elles ressemblent à un parapluie ou à une ombrelle fermée; toutes les pointes des feuilles sont abaissées ; peu à peu elles s'étendent et forment un dais légèrement convexe. Le fruit ferait avec du sucre une confiture excellente.
Le lis offre un grand nombre de variétés de toutes dimensions. Le martagon rouge abonde dans nos plaines; la violette dent-de-chien, erythronium, avec ses feuilles tachetées et ses fleurs jaunes, délicatement mouchetées de taches rouges au dedans et rayées de pourpre sur la partie extérieure du pétale, est un bel ornement de nos bois, où ces plantes se propagent; elles forment un tapis magnifique; les feuilles poussent une à une, de tubes séparés. Il y a deux variétés de cette fleur, la variété jaune pâle, qui n’a ni taches ni raies, et la variété jaune foncé, qui a les unes et les autres. Les anthères de celle-ci sont dorangé rouge , et couvertes avec profusion d’une substance poudreuse et fine. L'’asphodèle ou narcisse de nos! bois est une fleur inclinée et délicate, d’un jaune pâle; trois fleurs et plus, se succèdent à l’extrémité de la tige : sa hauteur est de six à huit pouces; elle se plaît dans l’ombre épaisse des forêts humides. Elle semble réunir l'extérieur de la jonquille et du narcisse.
Une très-belle plante de la famille des lis, croit abondamment dans nos bois et sur nos terres défrichées; faute d’un meilleur nom, je l’appelle le lis douri, quoiqu’elle soit très-répandue sur une grande partie du continent. Les Américains appellent les variétés blanche et rouge de cette espèce « la mort rouge et la mort blanche. » La fleur est d'un rouge foncé, ou d’un blanc éclatant, quoique souvent la dernière variété soit tachetée de rose fin ou de vert foncé ; ces accidents de couleur paraissent être causés par le rapprochement du calice et du pétale. On n’a pas encore découvert pourquoi elle porte un nom si formidable. La fleur consiste en trois pétales, et le calice forme trois:parties; elle appartient à la classe et à l’ordre des hexandria monogynia ; le genre est celui des trois divisions; elle porte trois ovaires pour les semences ; les bois secs et les terres défrichées sont le sol qui lui convient ; les feuilles poussent par trois, s’élancent des jointures, et forment un grand rond, un peu pointu à l'extrémité.
Nous avons des muguets, et leur cousin, le sceau de Salomon, petit martagon ou bonnet ture qui fleurit, et est de la couleur du primevère , puis une infinité de petites fleurs de la famille des lis , remarquables pour la beauté du feuillage ou la délicatesse des formes.
Nos fougères sont-très élégantes et en grand nombre; j’en ai de huitsortes différentes, cueillies dans notre voisinage; quelques-unes sont fort élégantes , particulièrement une que j'appelle la « fougère des fées », à cause de sa légèreté. Un jet élastique, d’un rouge violet, est surmonté de plusieurs branches légères qui sont subdivisées et pourvues! d'innombrables folioles ; chacune des folioles a une tige qui la rattache à la branche, et cette tige est si déliée que le moindre souffle met toute la plante en mouve-
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